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samedi 2 mai 2026

POUR ALLER OU?     /5/

                         LE MONDE.

       Jamais l'aube n'avait été aussi claire. Elle sent déjà sur sa peau, dans son corps les effets du soleil nouveau-né. Depuis combien de temps est-elle partie? Combien de nuits passées sous les étoiles? Combien de gîtes,de dortoirs, d'auberges? Compter n'est pas son fort. elle préfère se laisser porter, jouer avec les aiguilles de son cadran solaire. Effeuiller une marguerite lui sert de point de repère. Je suis partie depuis un mois, trois semaines, quinze jours, une semaine.  Des rencontres, des amours de pleine lune, des sentiments partagés, commentés, détestés, abandonnés. Pourquoi les vitraux si modernes de la basilique  Saint Julien de Brioude se fondent-ils avec une telle harmonie au sein de l'architecture romane de l'édifice? Pourquoi oui pourquoi? Et tant d'autres questions. Viennent les heures, les minutes, les secondes, vient le moment où il n'y a plus de pétales. Se poser, penser, tout ce temps qui avance plus vite qu'elle, qui la précède sans jamais se retourner même pas pour voir si elle suit. Tout ce temps qui vient de si loin, qui a vu son berceau dans le froid, qui a vu "les matins blêmes, les aubes grises de Verlaine". Barbara murmure à son oreille et suit le temps d'avant. Elle, elle se retourne sur le sentier bordé d'aubépines qui l'accompagnaient petite fille.
       "Kikiwi, haut les coeurs"; elle se souvient du nom de cet oiseau jaune et noir croisé dans son album sur La Guyane qu'elle feuilletait avec délice quand elle avait fini ses devoirs. Il est loin le temps de la table lourde en bois ciselé de petits ronds en pleins et en déliés que son père avait amoureusement travaillé. Une table, il y a longtemps qu'elle n'a pas pris le temps de s'y asseoir autour. Sa salle à manger, c'est l'horizon, c'est la nature charnelle avec le ciel en clef de voûte. Sa table, c'est quelque pierre abandonnée, qu'elle devine aux ombres cabossées qui longent les chemins. L'herbe vert tendre ou défraîchie lui sert de nappe aléatoire qu'elle habille au gré de ses étapes et des fleurs rencontrées. 
Elle a soif du dehors. Retrouver le dedans serait une prison comme la prison Sainte Anne, abandonnée,  qu'elle avait découverte en Avignon chargée d'une exposition "Le tombeau des lucioles", une mise en abîme de cet univers pénitentiaire si lourd aux grilles entravées. Elle entend les pas des prisonniers surgissant de nulle part. Elle voit les mains s'agrippant sur les murs salis d'excréments écrasés par le temps. Fermer les yeux. Respirer. Respirer encore, oublier les odeurs fétides. Tourner, tourner pour ne pas sombrer, devenir le derviche tourneur d'un fétu d'espérance.  Se gargariser du parfum des fleurs et des notes poivrées du jour et de la nuit. Un pas, et puis un autre,elle avance vers quand, vers où? Elle l'ignore même au moment où elle y pense. Tricoter ses pas sous les aiguilles d'un grand soleil. Point jersey, un rang à l'endroit, un rang à l'envers, ses pieds dansent et l'emmènent vers des ailleurs à l'allure de désir. Le temps de l'innocence comme on veut nous faire croire, elle l'a capturé dans sa boîte rouge et noire. Croire en la liberté incarnée. 
Elle quitte les chemins les poches remplies d'images et de bruits. Pèlerine au bagage léger et au coeur gonflé.  "Un bleu d'adieux, étouffé,...pénètre avec des bouffées de brume " (Colette: La naissance du jour")
                                     
             

dimanche 19 avril 2026

POUR ALLER OÙ? /4/ S'ÉCRIRE.

 

     Habitée par une douce mélancolie elle quitte sa campagne et sa nuit étoilée. Ses allers-retours dans le temps ne lui font plus peur. Elle se retrouve assise au bord du Huécar plissant les yeux sous un soleil vengeur. Les eaux du fleuve transpirent la chaleur d'août et les vieilles maisons de Cuenca, une falaise aux mille fenêtres la protègent des charges ennemies. 
                                                                    


Elle sait bien que dans quelques instants elle sera assise dans une petite chambre éclairée d'un seul rai de lumière. Assise à la table en bois sombre et bosselé, écrire , s'écrire va être le préliminaire de ses semaines de vacances et peut-être plus. Ses mots, ses premiers mots, elle veut les cacher de l'impudeur de leur signification. L'atmosphère étouffante mais fraîche de la chambre lui dicte une grammaire des sentiments apaisés qui la conforte dans son désir permanent de chaleur humaine sans céder à une quelconque léthargie du coeur. Elle couche son autoanalyse sur les feuilles de papier qui s'accumuleront au fil des jours passés dans cette chambre. Ses mots empruntent à l'esthétique de la méditation tout comme à son angoisse d'être sans vouloir jamais l'affirmer. Elle veut y être femme proche de la nature avant tout. La nature, elle y puise ses mots et elle devient sa langue. 
     Immersion entre sauts et gambades, le regard accroché à l'insaisissable, elle se veut transgressive même si les vrilles de la vie pèsent déjà sur ses épaules gorgées de fiction romanesque. Sous la bille de son stylo, elle devient enfin l'héroïne d'une histoire. Autofiction, mythification d'un vécu, des vécus peu importe. Elle se sent renaître. Et derrière son mauvais lyrisme, elle laisse émerger ses doutes, ses contradictions sans oublier son souci de véracité. Elle est autrice et elle est personnage. Son écriture, comme une icône, faire voir, se laisser voir, déroule son voyage et ses routes intérieures. Elle se sait sous l'emprise des mots relayée par sa main qui griffonne les caractères malhabiles. 
Elle la regarde sa main. Elle les regarde ses mains. Elle les sait déjà fatiguées. Elle les a étudiées et leur anatomie lui brouille la mémoire. Encore des mots, scaphoïdes,  métacarpes, trapézoïdes, organe préhensible, oui mais jusqu'à quand? Dans sa longue marche, il lui faudra bien se nourrir, toucher, manipuler. Elle avisera.  Elle fait bouger ses doigts, auriculaire, annulaire, majeur et les deux autres. Elle pense à la chiromancie, aux mains de terre, de feu,de métal, de bois. Dans sa tête elle entend "Les mains d'or", elle entend sa ville. Sa ville lui manque. Elle accélère la cadence des mots sur le papier. Une petite larme qui se transforme en oubriette sur la rocaille devant la maison de son enfance. Et sa main danse la valse de sa mémoire. Devant la fenêtre ouverte, elle redessine sa forêt, les tournesols du jardin, fausse élève de Van Gogh qui lui a dessiné des mains. 
                                                                   

"Ce n'est pas trop que de naître et de créer chaque jour... Je ne cueillerai plus que par brassées. De grandes brassées de vent, d'atomes colorés, de vides généreux". Colette lui vient encore en aide. La petite fille qu'elle était danse dans sa poitrine. Une petite fille danse sur la terrasse. Elle se précipite pour la photographier.                                                              
                                                         

mardi 31 mars 2026

     POUR ALLER OÙ ?   /3/

        LE MONDE.

      Falsifier l'heure volontairement à la vieille montre gousset autre grigri du temps d'avant et croire qu'elle va faire reculer la nuit. Poser son sac à même le pré fauché qui sent encore le foin. Fermer les yeux, respirer l'insaisissable qui s'offre sans se livrer. Audacieuse elle reprend son voyage ouvert à la fenêtre du monde. Petite fenêtre percée entre quatre murs de granite,

  

 tunnel sombre comme les images qui lui viennent à l'esprit. Par exemple le monde de Ceija Stropka, peintre gitane analphabète qui a si bien su traduire les horreurs de son temps. D'ailleurs est-ce seulement son temps ou le nôtre le mien maintenant et pour les siècles des siècles. Son voyage, ses voyages, le monde, elle ne veut pas tourner en rond elle s'engouffre par la petite porte du temps. Croire en son premier pas, puis un autre, encore un autre, surmonter ses doutes. Pour une fois croire que l'inconnu lui appartient. Ce n'est pas une mise en scène ou alors le plateau est si vaste! Il n'y a pas d'acteurs sur scène, tout se passe en coulisses. Elle est aux abois à la perspective d'un coup de théâtre qui pourrait la projeter au-delà des frontières de son quant à elle. A moitié endormie, le globe terrestre s'immisce sous ses paupières. D'un battement de cils, elle fait défiler toute une cartographie, souvenirs souvenirs.
      Gloire à tous les noms qui sortent de sa mémoire en fusion. Petit Piton de la  Fournaise qui éructe sa litanie de souvenirs- écheveau de larmes. Il est fini le temps des Amsterdam, Bruges, Lisbonne, Syracuse. Il est fini le temps des amphithéâtres grecs ou latins sandales aux pieds se jouant du côté cour et du côté jardin. Il est fini le temps des rivages calcinés de soleil où l'oeil inquiet palpite à l'infini des vagues.
Les yeux maintenant grand ouverts elle ausculte le ciel, son nouveau monde, les planètes qu'elle essaie de rejoindre tant la nuit est claire. Elle interroge sa mémoire pour retrouver la phrase-miracle qui l'emmènerait dans l'autre galaxie.  Soudain tout s'éclaire: "Me vois-tu moi, je suis un nuage". Mercure, Vénus, la Terre, Mars, Jupiter,  Saturne, Uranus, Neptune! Bon la Terre,e elle est allongée sur son drap, mais les autres?   Sans compter les quelques unes ajoutées. Autant de destinations, autant de vagabondages sans dépenser de l'énergie fossile, sans jets privés ou publics. Autant de "Naissance du jour" à admirer.
                                                          


  Son autre Finistère qu'elle avait photographié à l'été 1980 à La Pointe du Raz. C'était déjà ses petits bouts de visite en bakélite rouge et noire quand elle jouait de la phrase de Susan Sontag "Photographier le Monde, c'est se l'approprier". 
*"La nuit dorée va finir, entre les étoiles pressées, se glisse une pâleur qui n'est plus le bleu parfait des minuits d'août. Mais tout est encore velours, chaleur nocturne, plaisir retrouvé de vivre éveillée parmi le sommeil." (Colette: La naissance du jour.)

samedi 21 février 2026

POUR ALLER OÙ ? /2/ SOUVENIRS SENSIBLES


     Bafouillante entre ses lèvres  desséchées elle récite, se répète les mots de Colette qu'elle a appris par coeur "Je crois que la présence en nombre de l'humain fatigue les plantes". Et elle se félicite d'être là toute seule entre ciel et terre, entre terre et pierre. Protégée du soleil d'août par la carrure des arbres qui vivent là depuis des décennies. Elle aime à se dire que cette forêt désordonnée lui ressemble. Les troncs sont tordus , les branches de guingois, mais la sève coule toujours forte source de leur vie, source de sa vie qui oscille entre élans subits et cataplasme de la pensée.

                                   


           Camouflée derrière le Rocher originel elle ferme les yeux et se laisse aller aux souvenirs sensibles. Druidesse de l'instant elle gravit les autels de la Roche mythique, se penche sur la première cupule en forme de croix, abreuvoir des oiseaux. Osera-t'elle franchir l'interdit de la salubrité et goûter au précieux liquide qui l'emmènera dans le passé qu'elle rêve de réaffronter. Pour le moment, elle se contente de regarder sa figure en miroir dans l'eau souillée. Et le visage cabossé qui s'y découpe l'invite à la tristesse du temps qui passe trop vite. Banalité mais certitude. Elle continue son exploration et s'assoit près du tout petit bassin en forme de fer à cheval. Autre petit moment de rêveuse solitaire. Et tandis que ses doigts éclatent les gouttes tièdes, ses pensées galopent vers le passé. Elle balaye d'un revers de mémoire les douleurs, les peurs, les manques de sa vie de petite fille.
Non, ce qu'elle veut garder et emmener avec elle dans sa fuite ce sont toutes les couleurs, les odeurs qui l'ont accompagnée les soirs d'été quand les étoiles pleuvaient sur ses yeux ébahis, la neige qui étouffait ses pas et lui apprenait le silence, le vent son compagnon d'aventures.
Elle se lève et du haut de sa Roche que l'on dit druidique elle salue l'horizon avant que d'amorcer la descente et partir à nouveau, seule, avec d'autres mais elle sait qu'elle doit s'en aller. Je l'accompagne. Malgré toutes les craintes, l'air fleure bon l'inconnu.


     Désorientée quand elle touche le sol, son débardeur blanc lui colle à la peau, son pantalon de toile cache des jambes égratignées à qui elle rêve de faire découvrir le monde. Son premier réflexe, mettre les mains dans les poches. De la gauche, elle extirpe un mouchoir malade d'avoir trop mouché. De la droite sa main froisse un carton léger. Quand elle arrive enfin à l'arracher au tissu, elle reconnaît la vieille carte postale qui l'accompagne depuis tant d'années. Elle et son chien. Son chien et elle que Fragonard aurait jeté sur la toile ou du moins elle le croit. 

                                               


 "S'il m'était resté fidèle" le peintre avait ainsi baptisé son dessin. Qui était fidèle à qui? L'histoire s'entremêlait. De la carte postale surgissait le passé. Combien de jours, combien de nuits passées à laisser jouer sa main dans la fourrure blanche et noire accoudée à la solitude. Fidèle, il le fut. Dix sept ans. Puis pour pierre tombale une petite brique aux couleurs chaudes à même la terre. Et sur la brique, à la peinture blanche en lettres malhabiles son nom "O" comme une étape, un aboiement plaintif pour lui dire "Continue-moi, continue-toi".

     Elle passe sur ses épaules son sac à dos à l'âge fatigué  et elle emprunte le chemin qui traverse le bois sombre éclairé des quelques rayons que le soleil veut bien lui concéder. Sous ses pieds , un tapis d'épines. Le chemin est encaissé. La mousse peine à exister sur ses bords pierreux. Quand son regard est attiré par un morceau de papier. Elle se baisse, ce n'est qu'un petit bout de feuille rectangulaire "dix cm sur cinq cm" mais il est jaune, jaune resplendissant. Le jaune qu'elle aime. Le jaune des boutons d'or qu'elle mettait sous son menton quand elle était petite et qu'elle demandait si leur couleur se réfléchissait sur sa peau. Le jaune du blé, de la paille, du miel, du cuivre de la clarinette, de l'ouverture d'esprit. Elle en aime même le rire jaune, les feuilles d'automne et dit-on la femme de mauvaise vie. Elle aime sa symbolique, une couleur chaude synonyme de vie, de lumière, de richesse.
Elle s'assoit, rien ne la presse. Son esprit se met à voyager du " Mystère de la chambre jaune" au "Chien jaune"; elle se surprend même à fredonner "Le sous-marin jaune", chanson qu'elle fredonnait sous le manteau pendant les cours de géographie. Elle aime le jaune même si elle sait bien qu'il a aussi mauvaise réputation. Elle fait travailler ses lectures, ses livres d'images. Et il lui revient l'image de Judas, le traître représenté tout vêtu de jaune, l'étoile jaune cousue sur la poitrine de ceux en partance pour les camps, le passeport jaune des forçats qui revenaient du bagne, quand ils en revenaient, comme marque de l'infâmie.
Elle le sait. Pile ou face. Un côté lumineux, un côté sombre. Elle a élu le côté clair depuis bien longtemps et puisque la Terre tourne autour du soleil, elle le cherche pour louer ses couleurs. Le jour avance, il faut faire vite, il va bientôt se coucher. Hélios, le dieu-soleil va de nouveau pleurer la disparition de son fils et ses larmes s'appelleront la rosée.
Combien de temps reste-t'elle là à attendre les oiseaux, les animaux sauvages, la parole des plantes de l'ombre? Elle veut se lever. Je crois qu'elle a mal au genou gauche . Colette lui murmure "Le frais du soir s'accompagne, ici, pour moi, d'un frisson qui ressemble à un rire, d'une robe d'air nouveau sur la peau libre". Emue, elle tâte son sac à dos et au travers du mauvais nylon elle reconnaît le petit rectangle en bakélite, son grigri, son petit appareil photo, son compagnon de route qui lui a joué un tour. Lui, il n'est pas jaune et noir, il est rouge et noir. Mais  ça, c'est encore une autre histoire.


mardi 17 février 2026

Pour aller où ?

POUR ALLER OÙ ?     /I/.

           - Prélude. 

        "Vivre c'est partir" pour reprendre Marie Hélène Lafon.
       A ce point est-ce si vrai? C'est peut-être mourir un peu. Laisser un peu de soi quelque part. Laisser les souvenirs sensibles et répondre à l'appel du monde. Je devine les fuites: fuites obligées, fuites craintes. Je les voudrais désirées, souhaitées. A travers elles, s'écrire. Parler d'elle, d'une unique, d'elles au pluriel, héroïnes ou victimes, parler de moi. Décliner le temps qui passe et qui déforme toutes les formes primitives. A travers leur image, les images choisies, mises à plat, sorties du tiroir de mes pensées. Elles existent, dans la chair, dans leur désir charnel. J'existe entre les lignes. A travers les regards, les courbes, les trompe -l'oeil; elles seront le féminin, chercheront l'Identité tout au long de leur lente émancipation.
     Elles seront.
     Elle sera.
     Je serai. 
Entre réalité et fiction.
Entre rêve et possibilité.

                                       

                                            

"Vivre, c'est partir' M.H Lafon. 

     Voici donc le N°I de mon projet d'écriture. Un texte (récit) long qui prend ses racines autour de " L'éloge de la nature". Le jeu de miroir entre l'autrice / le ou les personnages, entre fiction et écriture de soi.
Il prend ses racines autour de l'exposition sur Colette à la  BNF (fin 2025 - début 2026)et des thèmes qui y étaient développés.
- Souvenirs sensibles
- Un monde.
- S'écrire.
- Le temps
- La chair. / Le désir
en y mêlant  Le féminin / L'Identité / L'émancipation / La nature.
Et partant de l'idée que: 
Elle = Je. (alternance).
Elle = écriture de soi  (Je = fiction.)
Chaque paragraphe commencera par les lettres successives de l'alphabet.

Mon projet s'intitule "Pour aller où? " avec toujours cette idée de fuite: pourquoi? comment? pour qui? pour où?
 

mardi 18 novembre 2025

VIII  -  VOIR  -  CHERCHER où TROUVER.     (VIII  BIS )


   La grille rouillée roule ses yeux ardents sous leurs semelles meurtries. La longue marche a épuisé leur légèreté et leurs pas sont les larmes des coups reçus enfouis sous leurs cicatrices à corps ouvert. Le silence emmure les lèvres vrillées par la souffrance et le temps accélère la douleur des non-dits. Plus rien n'affleure à la surface des sentiments. Même la haine a suivi l'envol des oiseaux . Elle s'est muée en une traversée diagonale de la frayeur pour échapper à la résurgence du mal. 

    VII  -   CHERCHER   -  VOIR où TROUVER.     (VII   BIS )

   Le goéland sur son nuage
gardien du sable
gardien de l'eau
son oeil glauque et perçant
reflète les incertitudes 
du monde.
Petit Pouvoir
au-delà des luttes intestines
Sa solitude vulnérable
n'en fera qu'une bouchée
sous les incisives grotesques 
de l'Univers
ensorcelé
combat des chefs
yeux révulsés
par l'appât du vide
du rien qui servent tout
Il s'accroche à la certitude du ciel
à sa noirceur qui n'existe 
que par l'aiguille de Lumière
qui traverse les nuages
 de la nuit
L'Aiguille-Espoir.


 

 

 VI  - VOIR  - CHERCHER où TROUVER.   (VI  BIS)


    L'horizontal
entre le ciel et l'eau
Figure géométrique
Figure équilibriste
mais maintenir
se maintenir
sous les ciels laiteux
Ne pas poser bagage
Fendre les vagues
Guider sa barque
sur les strates de l'eau
Elire la nuit épistolaire
pour réécrire sa vie
Pouvoir encore rêver
et voguer, voguer
sans vague à l'âme 
à l'abri des maisons endormies
Enfin pouvoir aimer
à portes grandes ouvertes.



 

 

 

mardi 24 juin 2025

 CHERCHER  -  VOIR  où  TROUVER.  /12/

 



Derrière les spirales closes entre les cercles de métal la matière du temps s'enfuit ignore la réalité du présent. La géométrie du carré s'est effacée dans la topographie du rond. Illusion de douceur. L'enfermement est le même et les années se meurent à rechercher l'issue du labyrinthe. Froideur de la matière sous sa couleur de plomb. 
Ainsi les veines du parquet mimétisme des raboteurs veines saillantes sous le poids de l'outil. Leur prison est la même à genoux. Dur labeur encerclé de par les lignes droites. Temps imparti pour la perfection d'un rendu les yeux chargés des copeaux de fatigue. 
Soulever les paupières ou du moins essayer apercevoir le ciel. La verticalité des murs les fenêtres étroites empêchent la lumière mais l'Esprit la devine. Et par-delà les cheminées par-delà les nuages abscons une étoile l'étoile de la Liberté. Où se cache la Vérité?

CHERCHER  -  VOIR  où  TROUVER.  /11/


 

 

 

 


 

 

 

 

 

La vie la mort créées
entre deux temps
entre des murs suintant 
la douleur d'exister
larmes-grêlons piétinées 
à pas lents 
sur la glaise mouvante
s'en aller
greffons multipliés à l'empathie
d'un mur
candélabre implorant 
aux bras fendus de joie
"Entre vidas" pour légende
"Entre muerte" en direction
repos du corps
abandon
souplesse de la main-nonchalance
 sur papier déchiré
le monde du visible
derrière les paupières closes


 CHERCHER   -  VOIR   où   TROUVER.  /10/





       Virgules de sang
apostrophes posées sur la berge
en attente d'un peut-être départ
langues de feu
lutte extrême
souffle du chaud et du froid
aux frontières de la mer gelée 
la glace-baldaquin pour les corps immolés
pour les corps pétris
sous le bleu profond 
des lignes de la nuit
en attente d'une île
réversion des couleurs
émergence d'un souffle
dans le vert sombre de la 
pierre dressée
de l'horizontal au vertical
l'effort de vivre et de créer
                                                                                                                                                                                         
 
 
 

lundi 23 juin 2025

 CHERCHER - VOIR où  TROUVER  ( IV- bis)

 Le moucharabieh de la peur
sur fond de mur de pierres
petits carrés-mouchoirs
voilage de l'indifférence
de la liberté emmurée
mot pernicieux déchiré refoulé
mot enterré dans la profondeur d'un
couloir
aux cris lugubres de l'oubli
des idéaux meurtris sous les pieds
lacérés des pertes ajoutées
froid tremblement lumière sourde
aux cris mouroirs
aux cris miroirs
d'un échappement impossible
seul le labyrinthe des jours 
vide de l'enfermement
du retour impossible
tourner tourner tourner
ne pas sombrer 
être le derviche de son ombre
d'une autre vie imaginée

 

mercredi 21 mai 2025

 CHERCHER - VOIR où TROUVER  (III bis)

Sur un bateau les arbres
arche de Noé impérieuse
défiance du monde
avaleur du temps sur les vagues atones
au-dessus
le ciel déverseur de nuages
ils crient les arbres
avalés par le gris
happés par les grands fonds
et leur incantation
est notre incantation
notre âme nos cris
nos corps
dans la nuit épouvante du monde
nous engager à résister
ne pas finir en cage tressés ligotés
nous en indifférence
prisonniers de nos calculs erronés
l'incarcération de notre conscience





CHERCHER - VOIR où TROUVER (II bis)

 Approfondir l'espace
repousser les maisons
creuser le ciel
redessiner ses reflets endormis
les coquelicots explosent
paysage de sang taches de feu
le phare baigne sa tour
dans l'eau inversée du matin
des maisons alignées
espace démantelé espace obstrué
une fenêtre solitaire
ouverture-douceur ouverture-couleur
dans le règne de l'horizontal
les abscisses et les ordonnées
du règne de la construction
l'essence de la ville
la réflexion de l'architecture urbaine
lever les yeux
et confronter la courbe des nuages
découvrir cachées
les alvéoles des feuilles du tilleul
redessiner du pied les vaguelettes
la douceur de leurs accolades
les angles de notre vie brouillée
par la mathématique des éléments
redéfinir notre façon de voir


mardi 20 mai 2025

CHERCHER - VOIR où TROUVER  /1bis/

Dans le brouillis des cheminées obscures, les oiseaux noirs errent dans le ciel de fumée. Le voile blanc qui s'élève les enseigne sur leur direction à vivre, eux aux ailes calcinées, eux aux ailes veinées de sang, eux aux corps concupiscents des corps brûlant dans la folie humaine. Leurs chairs enchevêtrées débordent l'espace-feu, salissent l'herbe foulée des pattes ordurières d'avoir tué encore tué. La forêt adjacente transpire l'odeur des âmes en lambeaux. Fétide, elle souffle la purulence  de leur dislocation se ralliant aux couleurs ombrées des corps décomposés. Verticale, elle rallie la fumée vers le ciel; verticale elle rallie la douleur, la laideur, ne laisse aucun espace à une rédemption. Pourtant, pouvoir s'échapper de cette spirale infâme, pouvoir poser son corps de cendres sur un tapis cardé aux couleurs d'existence. Le transformer en urne funéraire en pointillés de coeur. Lui voler quelques grains pour pouvoir les semer. Ainsi réinfanter la Vie.

lundi 5 mai 2025

 CHERCHER - VOIR  (9)




 

VOIR - CHERCHER où TROUVER  (9)

Ici de l'eau 
accouchée d'une étoile
encense la journée de
ses  soupçons dorés
perles d'amour au passant esseulé
gouttes de vie au chat
sur la margelle
enchantement étonnement
aux limbes des étés
lignes perpétuelles des bleus
réinventés
Là-bas des points tellement petits
tellement vivants
bras levés offrande impénitente
à l'eau-de-vie l'eau-de-là
sous-jacente  par-delà les nuages
courbure des corps
dédoublement des sens
dos de livres épinglés
sur lignes de la connaissance
ne pas courber l'échine devant le
poids des mots
prendre le temps
le temps de les apprivoiser
le temps de lire et de comprendre
pour aimer
aimer le feu qui coule sous la braise
aimer l'eau pour attiser
le feu
le feu du savoir tapi à l'angle des vagues
virgules cognitives du pouvoir des mots







 

CHERCHER - VOIR (8)


 

 CHERCHER - VOIR où TROUVER (8)

 Engrillagées  derrière les murs
de lave de feu de sang
et derrière l'impudeur de la
folie humaine le regard battu
par les lignes-frontières
les diagonales du crime
femmes accusées molestées dépecées
dans leurs chairs leur corps
anéanti nié renié
petit carré bleu jeté dans le reflet des vagues
fantasmes engloutis
les pieds liés
les poings meurtris
dans l'eau sournoise
clepsydre de la liberté
il n'y a pas de rivage pour entreposer ses rêves
pas de relief pas de possibles
pouvoir tourner la tête
suivre l'oiseau des yeux
s'enfuir trouer les murs
déchirer les tentures découper les tissus
tissus-habits tissus-mensonges
oser penser à un ailleurs
pour reconstruire l'ici

lundi 7 avril 2025

 CHERCHER - VOIR (7)

 

 VOIR - CHERCHER où TROUVER  (7)

Espérer des au-delà
Attendre
à l'horizon du monde
Derrière la ligne droite
franchir le bleu pour
découvrir
se découvrir
seul mais le regard vivant
Avoir envie de percer
les mystères-sorciers
Ensorcelée
mais refuser pour ne pas se laisser
dévorer
mais refuser la peur
Victoire cachée
dans les yeux de la nuit
ou du jour
Lichen sur la peau
manteau des certitudes
maladie acnéique
rongeuse du temps
Se faufiler tout de guingois
au tréfonds de la gueule
ouverte
S'accrocher aux dents comme
on s'accroche aux branches
S'ébrouer
jeter le masque du vivant
Percer la carapace de cuir
tendue
Et  saluer le ciel
toile de maître de gris drapée
rayons divins s'échappant
d'un espoir nébuleux
Et saluer le ciel
miroir de lumière

mardi 18 février 2025

 CHERCHER - VOIR (6)

 


 VOIR - CHERCHER où TROUVER (6).

Exister
d'un élan frondeur
tel le paille-en-queue
à l'horizontale des éléments
être la figure géométrique du paysage
aller de l'avant
tracer sa route
en équilibriste de la houle
et du vent
persister
sans se laisser distraire
même si quelquefois
les nuages abondent dans le ciel laiteux
savoir poser son bagage sur une barque
aspirée
par les strates du ciel
quand les verts charpentés entrent en correspondance
et que les bleus marins acceptent de répondre
la nuit épistolaire
continue
s'y meurt le jour
en spirales ajourées
viennent y naître les étoiles
comme autant de projets autant de certitudes
voguer de l'une à l'autre
se pelotonner dans leurs branches
faire de leur aura un châle-protection
et écouter
écouter la complainte 
qui s'élève des maisons endormies
aimer
aimer la lumière-confusion
blottie dans un croissant de lune
pour encore espérer

 (photo d'un paille-en-queue, La Réunion
"un ciel à Honfleur" de Nicolas de Staël
"Nuit étoilée" de Van Gogh)

 

mercredi 29 janvier 2025

CHERCHER - VOIR/5

                                 


VOIR- CHERCHER où TROUVER (5)

S'évader
Nager à contre-courant
Ne pas sombrer
Surtout ne pas sombrer
Prendre son corps par la main
Et avancer
Insidieusement
Lancer son cri avec ses bras
Précipiter l'ondulation
des vagues
Les yeux rivés sur le sable
si loin
Mais l'espérer
Jouer des pieds
Se traîner jusque vers les falaises
entrouvertes
miraculeusement
Telle la Mer Rouge devant Moïse
Puis valser valser jusqu'à
l'étourdissement
De la tête et du coeur
Valser jusqu'à l'oubli
des grilles
Alors découvrir un chemin
La liberté à fleur de la campagne
A fleur de la rivière
A fleur des gouttelettes sur
Les roseaux mouillés
A fleur de la lumière
De ses matins ourlés
Pour enfin se laisser tomber
Fermer les yeux
Respirer s'autoriser à
Exister