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samedi 12 décembre 2015


au musée des rêves il y a
des étendues d’eau
des bottes d’esquimaux
la maison de l’enfance
la sœur, pure présence
le chaton gris évaporé
un plat à gâteau vide, blanc
une pelle dedans
le visage de l’ancien amour, rouge
des plaques urticantes
les feuilles mortes dans le caniveau
la maison japonaise du psy
des cordes entre deux eaux
l’échafaudage qui tremble
des escaliers à monter à descendre
du vertige à apprivoiser
la peur du chat perdu
le père au même âge que toi
un pan de cils qui tombe
le poids du premier rôle
ne pas savoir le texte
vouloir fuir la scène
recevoir une assiette vide
penser que c’est une roue
planer au dessus d’un l’escalier qui tourne
échapper au loup
savoir traverser
pouvoir voler




jeudi 3 décembre 2015

Le musée des rêves

On y chuchote à l'imparfait, en observant dans les vitrines opaques des clones qui nous ressemblent par morceaux.
On traverse tour à tour
La chambre des promenades, nue
La chambre des conduites sans chauffeur
La chambre des rivières du temps
La chambre des pierres et des fontaines
La chambre des rêves non identifiés
La chambre des images escamotées où les ombres à peine entrevues s'effilochent en brume de révélation fugace mais à jamais perdue
La chambre de l'escalier qui mène en soi en colimaçant.

Le Musée des rêves est ouvert 7 nuits sur 7. L'entrée se fait pas la fenêtre dérobée, ou par le troisième œil, par la bouche du petit déjeuner, par le cahier à spirale, car un rêve ne vaut que d'être raconté, mis en mots ou en sons.
Et pour peu qu'on y croise un autre, les images se mettent en 3D. Picachou contre Totoro, Super 8 contre HD.
L'entrée semble gratuite, mais il faut y mettre un peu du sien.

Parfois il n'y a rien à voir. Le rideau est tombé dès la fin de la connexion.

Dans l'aile Ouest du Musée se trouve l'expo permanente. On y chuchote au conditionnel, voire au  futur Y sont exposés, des chefs d'oeuvre de rêves non rêvés, des rêves grandeur nature au pays des géants, irréalisables, inaccessibles, hors de propos, mais qui avaient tenu un temps leur place dans la galerie des rêves à la mode, ou dans celle des Refusés et qui pensent encore avoir leur heure de gloire.

Et puis trône, en belle place, le plus beau rêve, qui telle l'oeuvre d'art quand elle vous touche, vous donne envie de rentrer chez vous et de vous y mettre, vous aussi, à faire le Bonnard, l'Hokusaï, l'Odilon REDON.

Pas de musée des rêves

Les rêves bougent sans cesse. Ils courent, volent, s'envolent, s'interpénètrent. Quand on veut les écrire ou les raconter, ils s'échappent, s'évadent. J'ai bien essayé de les collectionner, de les épingler comme des oeuvres dans un musée, de les mettre en conserve, de les consigner dans un grand cahier. Quand j'ouvre le cahier des année plus tard, je ne les reconnais pas, ils ne sont plus miens, ils n'ont l'air de rien. Tout a fondu dans le papier. Envolés les images dynamiques, les glissements de sens, les changements d'époques, de personnages. Disparues les superpositions de lieux et les paroles immédiatement intelligibles. Les rêves résistent mal au bocal. Ces traces sur le papier ne sont que résidus mémoriels sans vie. Ce n'est qu'en rêvant à nouveau que je plonge dans cet abîme de visions et de mise en abyme.
Dans un musée, bien sûr, je peux rêver, voler des images qui viendront hanter mes rêves. Je peux thésauriser sans m'en rendre compte tout un bestiaire qui viendra alimenter un imaginaire que j'ai longtemps cru personnel. Des figures de Goya, Dali, Ensor et tant d'autres hantent mes rêves ou leur donnent figures et formes.
Enfant, un temps, j'ai eu la capacité, en fixant le plafond, les rainures dans un plancher ou une quelconque tache d'humidité sur un mur, d'y voir tout un peuple merveilleux d'elfes et lutins ou grouillant de visions de monstres et de loups. Les murs parlaient, sous les lits se glissaient des fantômes, cachés derrière les rideaux, des yeux me regardaient. J'habitais alors des lieux peuplés d'un monde qui s'est, peu à peu dépeuplé, vidé asphyxié. Où sont allés ces vivants habitants, nombreux, mouvants, fidèles compagnons quoique rarement bienveillants. N'auraient-ils pas été épinglés sur un mur ?

réveil

Entre les persiennes des songes, le souffle du matin murmure des mots azurés
    l'encre de chine reprend son vol
    les voix des défunts s'apaisent et des tâches étoilées recouvrent leurs linceuls

Le mouvement du monde repousse le décor
   redresse les corps à l'envers

Entre les murs du musée : bataille des rêves en stock et des lendemains désenchantés
   un jour, le renoncement de l'hiver sursautera à nos oreilles
   tout sera oublié