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jeudi 6 janvier 2022

Une porte de grange


La porte de la grange qui donne sur la cour

montre sur sa surface des traces du passé,

souvenirs de couleurs des anciennes peintures ;


les fentes des panneaux nous parlent de saisons ;

des hivers algides et des été ardents

ont révélé des fentes comme des plaies ouvertes ;


la matière est si sèche qu’elle semble rainurée 

par un peigne d’acier aux pointes acérés ;


la vieille porte bouge sous l’haleine du temps

et montre sur sa peau les stigmates de l’âge,

manifestations brunes de son vieillissement.


Comme la main qui tremble trace sur le papier,

tentatives de mots, des signes  peu lisibles,

qui pourtant de l’oubli extraient des souvenirs


comme syllabes tombées d’on ne sait quel soleil

s’envolant dans le soir : leur lueurs nous éclairent.


De la porte de grange qui donne sur la cour,

un vantail a frémi sous la poussée d’un souffle

faisant grincer un gond tordu, humide et froid,


comme un disque vieilli, parmi les craquements

d’un matériau usé nous rend des voix contraintes,

d’où sourd la poésie plus forte que l’usure.


Écrire avec ces sons les petits bruits du temps ;

écrire le silence d’un passé accompli ;


écrire ce qui se tait sous l’écorce des mots

craquelés de saisons et rechercher en vain,

dans le lambeau des songes, un peu de vérité,


De la porte de grange que nous restera-t-il,

Un peu de ce qu’elle est, un peu de ce qu’elle fut,

Dans la lumière orange d’une fin de journée


Qu’y a-t-il à sauver de ce qui fut vécu ?

Peut-être d’avoir aimé et de l’avoir été.

mardi 4 janvier 2022

Sur le seuil : klasma des portes

 

Je n'aime pas qu'on me claque. Il y a des échardes un loquet pendouillant des courants d'air des chicots de bois. Mes ferrures sont fragiles, de la rouille tranquille des siècles de poussière des écailles de temps. Je ne suis pas une traître des judas des fentes des termites ignorés. Je grince au moindre mouvement. De l'huile 3 en 1 des entrebâillements des ni oui ni non. Si j'étais humaine, pas sûre que j'aimerais passer ma vie entière dans cet intérieur. Il y a des seuils de la tolérance des valses hésitations de la peinture décolorée des pas qui s'éloignent.


codicille : à la façon Stéphanie Chaillou (un léger défaut d'articulation). 100 mots. titre de pièce de théâtre

jeudi 16 décembre 2021

à l'affût

à l’affût d’un tout près – d’un presque réussi

quand on va parmi l’obscur – à errer dans ce

qui est friche – aussi sombre que des corbeaux

presque épris de fièvre – à tenter de percer

ces nappes de nuit – à égrapper les épines des

buissons où s’accrochent nos doigts – à passer

au travers des ombres froides du silence – ici

ou là – dans le bruit du monde âpre qui alarme

et que l’on n’en finit pas de buter sur tout

ce qui s’érige sur le chemin – comme des pieux

ou comme des fantômes – et puis un seuil ouvre

soudain l’espace – on est arrivé aux portes de

 

dimanche 12 décembre 2021

Portes d'hiver




Il y a de ces portes, sans âme, sans bordures
On ne sait si elles s'ouvrent ou se referment
Certains les nommeront sas, portillons, port
Trouée. Elles laissent passer l'avant et l'arrière
Mistral et Tramontane,  la neige et le réconfort
Il y a de ces portes sans bosquet ni extrémité
elles observent l'émotion hivernale  disgracieuse
le fondu photographique d'un paysage déshabillé

Quelle magie diabolique piètre et malheureuse?
Pitreries des arches antiques oubliées en lisière
sur la route, sans appétit sinon celui du rêve bohème
de retrouver l'odeur des beaux jours, du soleil, des bourgeons
et l'aplomb telle une rude pierre ne supportant pas le badigeon




samedi 11 décembre 2021

# 3 -Portes

      L'étrange histoire des cadavres dans le placard ne se mesure pas à l'épaisseur de la porte brinquebalante qui malgré tout ferme aère ventile le meuble sans âge échoué dans la cave. Peinte en bleu pétrole elle se voudrait joie lumière ciel grec mais elle n'est que bleu délavé coulées de peinture taches de graisse autour du pêne. La clef rouillée qui la sert geint quand on l'enfonce dans la serrure obscure et solennelle. Elle l'ouvre quelquefois sur des rangées de bocaux joufflus contre lesquels vient cogner et mourir la mouche d'Europe très vite happée par le noir des secrets.

mercredi 8 décembre 2021

à huis-clos

à huis-clos bien cloîtrée entre les quatre murs

le regard fixé sur la porte – cet ultime bloc

rempart contre un dehors dont on ne peut plus –

à détailler chaque écharde de bois – morceau de

l’obscur – écorchure du temps – toutes graphies

de pleins et déliés – toute cette ponctuation –

où le front des heures se cogne – ensanglanté –

rester dedans à regarder dehors – ne voyant que

cette répétition de rien – dans chaque fibre de

bois – puisque tout n’est rien – mots gravés là

sur le chambranle de la porte – qui martèlent –

les parois du crâne enserrées entre les mots et

les pensées sous les verrous – porte bien close

 

lundi 6 décembre 2021

à l'heure dite

à l’heure dite – la main prête à frapper –

là en plein cintre – sur l’âme de la porte

l’âme où se cadre l’invisible – c’est le

doigt plutôt – l’index légèrement replié –

il tape cogne avec énergie – ou par petits

coups brefs – le corps lui espère derrière

l’âme un sésame de passage – quand l’index

plié pose le geste qui va décaler le corps

attisé du désir d’errer d’un dehors vers

un dedans – l’au-delà de l’âme de la porte

cet écrin de bois de bronze de pacotille

dont on peut du feu de la phalange pliée

délivrer l’ouverture – toutes les portes –

comme un origami d’un seuil qui se déploie

 

dimanche 5 décembre 2021

les deux battants en jus d'érable







Portes

 Toujours à travailler nos klasmas! Nous affinons notre regard autour des objets. Dans un premier temps, le regard sera commun sur le même objet, à savoir une porte! 

Ces portes peuvent être celles de l'enfance ou plus contemporaines et le regard va s'appesantir sur elles, tenter de faire résonner tout ce qu'elles ont à exprimer. Cela peut être aussi la porte dans la symbolique qu'elle peut évoquer. Ne pas oublier, nous sommes dans la mise à l'honneur du détail.

Plusieurs textes autour  des portes sont les bienvenus!!!

Ne pas oublier les contraintes de forme que chacun se donne: nombre de mots, de phrases, rythme, ponctuation, mots piochés dans les boites à mots, la présentation sur la page... Un inventaire de formes est en cours...