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vendredi 7 décembre 2012

Feuilleton de l'objet (4) : le fonctionnel, le futile, le tarabiscoté

Il s'ensuit alors une conséquence importante : il convient alors de procéder à leur décrassage, à leur dépoussiérage, parce que ces objets ne reviennent qu'avec des enduits ou des masques humains. On leur prêtait une 'âme' alors qu'on doit se contenter de leur surface "nette, lisse, sans éclat louche ni transparence... Les objets perdront peu a peu leur inconstance et leurs secrets, renonceront à leur faux mystère, à cette antériorité suspecte qu'un essayiste a nommé 'le coeur romantique des choses'."
Or, la philosophie n'a pas échappé à cette loi des trois états, même si elle donne un sujet plus élaboré que 'l'homme' ou la 'conscience', c'est-à-dire 'la pensée' ; elle aussi se tourne assez peu vers la fabrication, surtout celle qui nous vaut le fonctionnel( l'ustensile) ou le futile (la camelote) ou le tarabiscoté (les ors, les placages, les laques) ou la copie (tant dévalorisée).
Ces trois étapes prouvent donc que l'objet n'émerge que tardivement et de façon douteuse. Le philosophe n'est que trop porté à l'oublier ou à le dédaigner.

prochain épisode : chercher l'humain dans l'objet

lundi 3 décembre 2012

Feuilleton de l'objet (3) On voit la chaise, la forme des barreaux

c) Toutefois,après cette fièvre du décoratif, où l'objet ne tient que le rôle de symbole, on finira par en arriver lentement à lui, au "parti pris ds choses". Enfin. Nous ne sommes pas les seuls à penser qu'on ne les prend pas en compte aisément ou de gaité de coeur. Il suffit à cet égard, de lire Alain Robbe-Grillet.
Après avoir rappelé, en termes vifs et sulfureux, le passé assez misérable du roman (le romanesque), il nous montre les difficultés auxquelles on se heurte, quand on veut le secouer ou le remobiliser : 'Toute l'organisation littéraire en place, -depuis l'éditeur jusqu'au plus modeste lecteur, en passant par le libraire et le critique - ne peut que lutter contre la forme inconnue qui tente de s'imposer? Les esprits les mieux dis^posés envers l'idée d'une transformation nécessaire... restent malgré tout les héritiers d'une tradition".
En quoi consiste ce bouleversement ? Le voici en train de s'esquisser : "Dans le roman initial, les objets et les gestes servaient de support à l'intrigue, disparaissaient complètement pour laisser la place à leur seule signification : la chaise inoccupée n'était plus qu'une absence ou une attente, ...les barreaux de la fenêtre n'étaient que l'impossibilité de sortir. Et voici que maintenant on voit la chaise, la forme des barreaux."

les " " sont des extraits de Pour un nouveau roman de ARB

demain : l'âme et/ou la surface nette ?

vendredi 30 novembre 2012

Feuilleton de l'objet (2) "la courbe, la guirlande et l’ondoiement"



  • b) Plus tard, seconde période, on élargira le cercle et on s’ouvrira justement aux êtres vivants, à la Nature, aux arbres, aux animaux, aux coquillages ou alors on s’enfermera dans le conventionnel, le noble, -par exemple, on s’attardera sur les armes, les trophées de guerre, les flambeaux et les lustres, les bijoux et les dentelles, bref, sur ce qui distingue les sujets, preuve qu’on ne les abandonne pas tout à fait.
A cet égard, n’oublions pas de signaler, dès maintenant, dans le domaine des Beaux-Arts, l’importance du style Art nouveau (abusivement nommé Modern Style) : il s’oppose farouchement au système industriel et aux lignes droites. Horreur de la machine qui répand la laideur et la série ! D’une part, on la cache (le camouflage), d’autres part, on diffuse ce qu’on tient pour le seul « poétique » dans le cadre urbain, c’est-à-dire, des fleurs et des feuilles ; la vie se dresse contre la fabrique ! On ne cesse de blâmer la marchandise standardisée et lourde (qu’on songe aux moulages de fonte !). On intègre les plantes, on s’inspire des animaux, ou même du corps de la femme ; on privilégie, à tout prix, la courbe, la guirlande et l’ondoiement (Gallé, Lalique, Majorelle, Guimard, sans oublier les maîtres, Ruskin et Morris).
On arrêtera difficilement ce mouvement protestataire et l’art décoratif qui suivra n’y réussira d’ailleurs pas : en dépit de son néo-classicisme et de son retour à la géométrisation –arabesques de fer, frises, appel aux matériaux nobles et notamment aux bois exotiques, -il stylisera plus qu’il ne se dispensera du modèle naturaliste ou floral.
On nous éloigne toujours de ce qu’on juge « trivial » ou « ordinaire » ou « utilitaire ».

La semaine prochaine : c) : « le parti pris des choses » : vivement !

jeudi 29 novembre 2012

Feuilleton de l'objet (1)

Il nous a semblé que l'objet, dont nous entonnons l'éloge, en même temps que celui de la société dite de consommation, n'avait pas retenu l'attention, encore moins la faveur des philosophes. Ils s'en méfient. Ils ont été davantage attirés par le sujet. Nous tenterons d'ailleurs d'expliquer les raisons de ce que nous considérons comme un dévoiement.
Contrairement à ce qu'on pourrait croire, on ne s'en avise pas facilement : on reste le prisonnier de "la subjectivité".
Nous serions tout de suite disposés à soutenir l'existence d'une loi des trois états de l'écriture, de la littérature, sinon de l'attention et de la réflexion :
  • a) D'abord, dans un premier temps, on ne se soucie que de l'homme (sorte de narcissisme culturel). On l'analyse alors dans sa conduite ou ses passions. Le romancier excellera à nous raconter "une vie", quand ce ne sera la la sienne. La peinture connaît la même évolution : rappelons que Le brun reprochera sévèrement à Carrache (Annibal) d'avoir dans sa Nativité placé un âne et un boeuf  près de l'enfant Jésus ! L'artiste devrait éviter le pittoresque et ce mélange : qu'il éloigne donc le quotidien et le familier !
b) au prochain épisode

Eloge de l'objet -Introduction - François Dagognet - Vrin 1989