PASSE.
Il n'a plus beaucoup de cheveux, un crâne luisant et croit-il une certaine sagesse. Sa barbe qu'il entretient blanche et luisante le vieillit avec élégance. Il avance en sifflotant dans le chemin, il va ouvrir les portes de la maison qu'il vient d'acheter, sa dernière folie, il ajoute.
Elle arpente les chemins tôt les matins. Les bras croisés derrière le dos, le fichu sur la tête, elle marmonne sans arrêt sur tout et sur rien. Ce matin, elle en veut particulièrement "au docteur" qui l'envoie passer "une imagerie", non une échographie à l'hôpital Emile Roux au Puy en Velay.
Il pleure son vieux chien mort assis sur le muret du jardin. Mirka, il l'appelait. Ses yeux fanés retiennent les larmes qu'il n'ose pas montrer. De son nez coule la morve de la tristesse.
Elle marche bien droite impeccable dans sa robe noire et son cardigan en mohair. Elle se sait toute petite alors pour se grandir elle porte ses souliers neufs à talons qui la blessent un peu. Elle est jolie même si avec toutes les années elle ressemble à une pomme reinette un peu fripée. Elle veut lui plaire, c'est la communion de sa petite-fille.
PRESENT.
Marcellin est dans sa cour. Le pantalon de coutil bleu retenu bien haut par une ceinture en cuir vieilli. Le pull-over tricoté à la main ne compte plus les accrocs. Il ne fait pas bien chaud, il frissonne. Ses yeux balayent l'horizon, "on dirait bien qu'il va pleuvoir, c'est bon pour les champignons ça!"
Elle regarde le ciel comme si sa vie en dépendait. Une main au-dessus des yeux en visière, l'autre dans le dos, cette fichue douleur qui ne veut pas s'en aller! S'il fait orage, ses petits comme elle dit, ne viendront pas. Et alors elle ferme les yeux pour ne pas montrer qu'elle a envie de pleurer.
Hagarde elle erre dans le bois. Elle cherche le chemin qui conduit à la source d'eau ferrugineuse dont elle a souvent entendu parler. De sauts périlleux en enjambées maladroites elle essaie de garder l'équilibre entre les branches qui obstruent le passage quand elle devine une pancarte en carton aux lettres blanches peintes à la main "Source de la Suchère".
Elle se lève moins tôt maintenant qu'elle est en retraite mais c'est le froid qui la réveille. Elle dort presque toutes les nuits la fenêtre ouverte. Aujourd'hui c'est un vrai temps d'hiver. Elle allume le poêle, enfile une vieille paire de bottes, elle veut porter les épluchures de légumes au compost et à ses poules, elle vit presque en autosuffisance. Une marche, deux marches de l'escalier en pierres, elle glisse et ne peut pas se relever.
FUTUR.
Il passe son bac en juin puis il doit travailler pendant ses vacances pour payer ses études. En septembre il intègre une grande école à Clermont-Ferrand. Il attend la date avec impatience, enfin être étudiant!
Les cheveux maintenant blonds et courts sur une frimousse rieuse. Elle fait une nouvelle saison sur les bords du lac d'Annecy. Avant, elle revient voir une nouvelle fois l'auberge où elle a grandi. Elle chante, elle est peut-être amoureuse.
Ils partent au lever du soleil. Bras dessus bras dessous l'air frais du matin gonfle leur poitrine. Ils ne se retournent même pas quand ils entendent le grand bruit qui vient de la ferme où ils se sont aimés toute la nuit. Le toit vient de s'écrouler.
Elle ferme les volets ce lundi à onze heures du matin. Elle entend une dernière fois grincer les crochets qui commencent sérieusement à manquer d'huile lubrifiante. Partout c'est le silence. Elle tremble de froid et de solitude dans la maison vide maintenant. Elle remonte la fermeture de son manteau pour tenir ses souvenirs au chaud. Un dernier tour de clefs, un dernier regard amoureux. Ne plus se retourner la maison est vendue.
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mardi 13 février 2018
samedi 10 février 2018
Cartographie 7
Passé
Antoine “Le Rouge” Giraudet, 28 ans crocheteur, en compagnie de sa bande de “chauffeurs” qui sévissait dans la région de Saint-Genest-Malifaux, s’était introduit dans la maison de M.Minaire, pendant la nuit. Afin de lui faire avouer ou il cachait son argent, il lui ont brûlé les jambes et la barbe, il a fini par leur donner 40 francs, une chaîne en or, une montre, deux bagues, du pain et du lard. Une partie de la bande a été jugé au Puy-en-Velay, la plupart des peines ont été commuées en peines de travaux forcés à perpétuité, seul Giraudet a été guillotiné le 19 juillet 1851 à Saint-Genest-Malifaux.
Barthélémy Robert, membre d’une bande de chauffeurs dont la plupart des membres ont été jugés et condamnés par le tribunal du Puy-en-Velay en 1850, est condamné par le même tribunal pour l’attaque de la ferme Giraudet à Dunières et le meurtre du fils de la maison Joseph Giraudet. Barthélémy Robert est également jugé pour sa participation à l’affaire Minaire à Saint-Genest-Malifaux. Il a été guillotiné le 18 juillet 1851 à Dunières
Marcellin “Bête à Coire” Freycon, 23 ans, garçon boucher, libéré de la Centrale de Riom le 29 décembre 1844, le 6 janvier 1845, à Saint-Genest-Malifaux, étrangle avec une ficelle, M. Bourrin, aubergiste et sa dame de compagnie Marianne Thainet. Il incendie ensuite le bâtiment pour cacher ses crimes. Condamné le 3 décembre 1845 par le tribunal de Montbrison, il est guillotiné le 5 mars 1846
Quand la porte se fut ouverte, la discussion s’engagea en patois du Pilat; quand mon compagnon m’eut présenté, la conversation se poursuivit en français. L’homme nous servit à boire du vin ordinaire dans des verres Duralex. Ils avaient une drôle de couleur bleutée de n’être jamais lavés.
Présent
Vers cinq heures du matin, la neige se met à tomber sur Richigny, il se dit que c’est une bonne chose et que ça fera de l’eau pour les sources cet été. Vers midi, voyant que ça continue, il se dit qu’il attelle les vaches pour faire la trace dès que la neige cessera. En fin de journée ça tombe toujours, il décide d’appeler la mairie pour qu’ils envoient le chasse-neige, en vain, la neige a coupé la ligne.
Il regarde le paysage du plateau, il pense à son frère, loin, on les a dit parfois jumeaux; ce n’est pas vrai, quand le second est né, l’autre avait deux ans, après quelques mois, il est parti ailleurs, vivre sa petite enfance. Il est revenu, quelques années, puis reparti, pensionnaire; quand il est revenu, le plus jeune est parti: loin. Quand ils essaient de se parler, ça ne dure pas, ça finit toujours plus ou moins mal.
Le chauffeur du car aperçoit, juste avant de plonger dans la courbe de Gramenand, une personne qu’il connait bien, elle attend aux Communes. Il se demande encore ce qu’elle fait là lorsque l’autocar poussif, s’extrayant de la côte, vient comme s’affaler devant le panneau qui marque l’arrêt. Il n’y a personne.
Nous sommes comme les sources jumelles de la Font Ria, l’une disparaissait pour réapparaître au printemps pendant que l’autre continuait à couler sous la glace. La source intermittente a depuis disparu, comme font parfois les sources, après les sécheresses, mais on sait qu’elle n’a fait, que changer de cours et souterrainement alimente toujours celle qui reste. De même il reste entre nous, au delà des apparences, des connivences, des communications cachées et imperceptibles.
Futur
Lorsque la musique commencera, les enfants de la crèche se seront assis en demi cercle devant les musiciens, fascinés. Parfaitement dosés, le volume sonore ne rebutera pas ces enfants, captivés par le son et la forme des instruments, et par l’histoire du petit géant qui cherche à savoir la couleur du vent. Qu’en restera-t-il lorsqu’ils auront grandi, un peu de poésie, une sensibilité particulière à la musique, à l’improvisation, une envie de comprendre?
Quand cette petite fille qui joue à la marelle et dont j’ignore le nom, sera devenu adulte, que deviendra la beauté naturelle de ce plateau? Un aéroport plus grand que l’actuel aéroport de Saint-Etienne y sera-t-il installé? Ou bien des quartiers chics desservis par une autoroute 88 qui franchirait le col du Grand-Bois, ou encore des ZUP ou CUCS, si les improbables projets de ligne de tram entre Saint-Etienne et Saint-Genest-Malifaux ressortaient des archives où il dorment depuis plus d’un siècle pour le premier et une soixantaine d’année pour le second.
Demain j’irai au bord de l’étang, un enfant jouera dans la froidure de l’hiver; il façonnera des boules de neige; sous le froid et la pression de ses mains elles se durciront en glaçons; il les jettera sur la surface gelée de l’étang où elles glisseront comme des palets. Qu’en sera-t-il, d’ici quelques années, de ces merveilleux hivers du plateau qui tendent à disparaître sous la poussée du réchauffement climatique généralisé? Les petits enfants de cet enfant qui jouera dans la neige demain, planteront-ils un jour des oliviers sur ces collines et des vignes à leurs flancs?
Ce printemps, je m’en irai dans la campagne, j’emmènerai la chienne Milka, elle lèvera peut-être la compagnie de perdreaux qui gîte à quelques centaines de mètres derrière chez moi, dans les genêts bordant le chemin qui mène à la ferme de la Rousse. Ou peut-être, de l’autre côté du chemin, dans le pré qui fait face au sud, retrouvera-t-elle la trace de cette hase de belle taille qui l’avait promené jusqu’à l’épuisement l’an passé. Peut-être cette année se rapprochera-t-elle enfin de ce cheval qui lui faisait si peur, mais qui avait commencé à l’apprivoiser l’automne dernier.
lundi 29 janvier 2018
passé présent futur
Passé:
Il courre les champs, vagabonde dans la montagne, suit ses moutons, ne se raconte plus des histoires de loups comme il y a encore deux ans, il a 14 ans, il commence à regarder les filles du village, mais son regard reste attaché aux pics blancs au loin, au-delà de la vallée du Vénéon.
Elle part avec dix autres enfants chaque matin, à pied, dans la neige, le froid, ou dans la douceur du printemps, elle rejoint l'école, sa maîtresse vient d'encore plus loin, elle devine qu'elle fera plus tard des livres tant elle sait de choses différentes.
Il ouvre la baraque branlante de ce cul de sac chaque printemps jusqu'à l'automne, accueille les montagnards, ils dorment sur la paille, il leur offre une soupe et du pain rugueux, il redescend de la Bérarde quand les premières neiges arrivent, le bourg restant inaccessible durant les lourds mois d'hiver.
Il vit à Paris, rêve des Alpes chaque nuit, il a déjà parcouru quelques sommets du côté de Chamonix, mais il y a tant de monde dans cette vallée. Il prévoit de découvrir l'Oisans, la région sauvage, inaccessible, intacte encore en ce milieu du XIXè siècle.
Présent:
Il rêve à son ancêtre, essaye de l'imaginer le jour de la Première du Pic de la Meije, quand, éprouvé, éreinté, il a rejoint sa femme et ses enfants qui l'attendaient lui et le fils aîné qui l'avait accompagné au plus haut des sommets idolâtrés des Alpes.
Elle aide son mari à tenir le restaurant, bar, hôtel de Saint-Christophe. Elle lit et relit le livre de la maîtresse de sa propre mère, qui raconte la vie passée dans les villages, leurs villages, les herbes folles des montagnes dont on fait encore la soupe, le quotidien rude de ceux et celles qui vivaient ici.
Il a repris l'ancienne baraque, l'a totalement réaménagée, agrandie, l'eau coule aux robinets, les douches sont tièdes mais suffisantes, le poêle marche bien, il est content. La route vient d'être élargie, elle reste cependant fermée en hiver. Parfois il reste à la Bérarde tout l'hiver, mais certaines années il préfère redescendre à Bourg d'Oisans.
Même s'il est mort depuis longtemps, son nom demeure inscrit dans les livres des aventures de l'Alpinisme, il est le premier (parisien de surcroît) a avoir gravi La Meije avec le père Gaspard de Saint-Christophe et son fils aîné.
Futur:
Elle est guide de Haute Montagne arrière petite fille de familles connues de la vallée, qui comportent plusieurs alpinistes dont la renommée ne s'éteint pas. Elle regarde les sommets avec inquiétude cette année, peu de neige, les glaciers fondent toujours davantage.
Le café, restaurant hôtel de ses aïeux est désormais transféré en haut de la station de sport d'hiver. Il en a gardé le nom. En bas, le petit bourg lui semble minuscule, les maisons sont délabrées, seuls quelques bourgeois bohêmes viennent y camper, jamais en hiver.
La Bérarde n'attire plus les randonneurs ni les alpinistes. Il n'y a plus de neige, plus de glace, les sommets sont lessivés, seules les pluies diluviennes apportent de l'animation. Des plantes du Sud des Alpes poussent maintenant ici.
Il vient de lire un livre où son nom de famille apparaît, il se renseigne, découvre son ancêtre et ce qui l'a poussé à faire la Première du Pic de la Meije. Lui, à Paris, il vend des spectacles son et image virtuels où l'on voit (sur des écrans géants) les hologrammes de personnages anciens gravissant des sommets, mains gelées.
Il courre les champs, vagabonde dans la montagne, suit ses moutons, ne se raconte plus des histoires de loups comme il y a encore deux ans, il a 14 ans, il commence à regarder les filles du village, mais son regard reste attaché aux pics blancs au loin, au-delà de la vallée du Vénéon.
Elle part avec dix autres enfants chaque matin, à pied, dans la neige, le froid, ou dans la douceur du printemps, elle rejoint l'école, sa maîtresse vient d'encore plus loin, elle devine qu'elle fera plus tard des livres tant elle sait de choses différentes.
Il ouvre la baraque branlante de ce cul de sac chaque printemps jusqu'à l'automne, accueille les montagnards, ils dorment sur la paille, il leur offre une soupe et du pain rugueux, il redescend de la Bérarde quand les premières neiges arrivent, le bourg restant inaccessible durant les lourds mois d'hiver.
Il vit à Paris, rêve des Alpes chaque nuit, il a déjà parcouru quelques sommets du côté de Chamonix, mais il y a tant de monde dans cette vallée. Il prévoit de découvrir l'Oisans, la région sauvage, inaccessible, intacte encore en ce milieu du XIXè siècle.
Présent:
Il rêve à son ancêtre, essaye de l'imaginer le jour de la Première du Pic de la Meije, quand, éprouvé, éreinté, il a rejoint sa femme et ses enfants qui l'attendaient lui et le fils aîné qui l'avait accompagné au plus haut des sommets idolâtrés des Alpes.
Elle aide son mari à tenir le restaurant, bar, hôtel de Saint-Christophe. Elle lit et relit le livre de la maîtresse de sa propre mère, qui raconte la vie passée dans les villages, leurs villages, les herbes folles des montagnes dont on fait encore la soupe, le quotidien rude de ceux et celles qui vivaient ici.
Il a repris l'ancienne baraque, l'a totalement réaménagée, agrandie, l'eau coule aux robinets, les douches sont tièdes mais suffisantes, le poêle marche bien, il est content. La route vient d'être élargie, elle reste cependant fermée en hiver. Parfois il reste à la Bérarde tout l'hiver, mais certaines années il préfère redescendre à Bourg d'Oisans.
Même s'il est mort depuis longtemps, son nom demeure inscrit dans les livres des aventures de l'Alpinisme, il est le premier (parisien de surcroît) a avoir gravi La Meije avec le père Gaspard de Saint-Christophe et son fils aîné.
Futur:
Elle est guide de Haute Montagne arrière petite fille de familles connues de la vallée, qui comportent plusieurs alpinistes dont la renommée ne s'éteint pas. Elle regarde les sommets avec inquiétude cette année, peu de neige, les glaciers fondent toujours davantage.
Le café, restaurant hôtel de ses aïeux est désormais transféré en haut de la station de sport d'hiver. Il en a gardé le nom. En bas, le petit bourg lui semble minuscule, les maisons sont délabrées, seuls quelques bourgeois bohêmes viennent y camper, jamais en hiver.
La Bérarde n'attire plus les randonneurs ni les alpinistes. Il n'y a plus de neige, plus de glace, les sommets sont lessivés, seules les pluies diluviennes apportent de l'animation. Des plantes du Sud des Alpes poussent maintenant ici.
Il vient de lire un livre où son nom de famille apparaît, il se renseigne, découvre son ancêtre et ce qui l'a poussé à faire la Première du Pic de la Meije. Lui, à Paris, il vend des spectacles son et image virtuels où l'on voit (sur des écrans géants) les hologrammes de personnages anciens gravissant des sommets, mains gelées.
Personnages et temporalités
Passé
:
La Gèle, comme chaque
matin est assise derrière la « rase » en champ ses
chèvres. Enorme, d'un âge indécis, un minuscule chignon gris
entortillé comme un écheveau de laine derrière la tête, elle
tricote. La petite a hâte de terminer son petit déjeuner pour la
rejoindre.
Elle est sur le seuil de
sa porte de bois vermoulu et tripote en parlant les longs poils
qu'elle a au menton. Elle est si âgée que lorsque les voisins ne
l'ont pas vue de la journée, ils croient qu'elle est morte. Elle se
plaint des enfants qui lui font constamment des farces juste pour
vérifier si son coeur va résister.
Un très bel homme passe
sur son tracteur en chemisette blancheur Persil. Quand il ne tient
pas son volant, il manie une fourche ou une pioche. Qu'est venu faire
ce parisien devenu paysan dans ce pays où depuis son installation
tous les coeurs féminins du voisinage ne battent plus que pour lui ?
Par la fenêtre ouverte,
les notes de l'accordéon d'Alphonse s'évadent en volutes. Un jour,
il offre une boîte de perles à la petite écolière en robe à
volants qui aime tant l'écouter. La mère est très mécontente.
Présent
:
Debout,
sous les deux platanes centenaires de la vieille maison de famille,
il se croit encore l'éternel adolescent auquel il rêve de rester
fidèle, malgré les ans qui s'entassent et le ventre bedonnant.
Polygamie, mensonges, longues tirades romantiques, et autres tiroirs
à double fond, alibis, ambiguïtés, sous-entendus,
chausses-trappes, doubles jeux font bon ménage avec ses rêves. Lui,
si perspicace ne voit pas la souffrance autour de lui.
Il a grossi et sait que
plus rien du charme violent qui émanait de lui quand il était
adolescent, ne subsiste. Il est dégoûté, aigri mais profère
qu'il préfère mourir comme un lion que vivre comme un pigeon. Il
tient toujours la vieille carabine.
Depuis le suicide de son
fils, elle boit. Elle se croit encore très belle. L'alcool l'aide à
se raconter des histoires.
Il y a longtemps qu'elle
a quitté le pays mais son ombre rode chaque jour dans la vieille
maison revendue il y a des années. Elle caresse les vieux murs en
pisé, colle son oreille aux murs pour y écouter les voix de jadis.
Les nouveaux propriétaires s'y habitueront-ils ?
Avenir
:
La jeune femme aime
beaucoup revenir dans le pays de son arrière grand-mère accompagnée
de l'amie avec qui elle vit depuis longtemps. Elles y entretiennent
avec amour un jardin. Les gens jasent.
Le petit garçon, brun et
vif, de huit ans ne lâche plus ses aiguilles à tricoter. De longues
écharpes multicolores s'échappent de ses mains habiles. Parviendra
t-il à recréer cent milles chemins tels que ceux qu'il a vu sur
d'anciennes cartes ?
C'est à partir de son
drone qu'il surveille ses hectares de champs travaillés par des
dizaines de robots. Il déprime et rêve aux chevaux qui tiraient la
charrue. Il n'y a personne en bas pour lever la tête et le voir
passer.
Avec ses grandes nattes
relevées sur la tête, la fillette patauge dans le Dolon. Elle
écoute la bise lui raconter d'anciennes histoires d'un temps où
vivaient ici des écrevisses. Dans ses yeux gris flottent une immense
nostalgie quand ses mains plongeant dans l'eau ne ramènent que le
vide.
dimanche 28 janvier 2018
Personnages et temporalité
Passé:
1/ Ses vingt ans
jetés sur l’épaule au mois d’août 1914, Alphonse marche avec
quelques autres du village sur le chemin qui mène à la gare de
Retournac , 15 kilomètres en aval. Il se retourne une dernière fois
et voit disparaitre la pointe du clocher. Il l’enferme sous le
huis-clos de ses paupières.
2/ Debout sur le
seuil de la maison, les yeux portant loin ses pensées, la Durande
espère. De son regard flou, elle voit une silhouette au bout du
chemin qu’elle veut reconnaître comme celle de son fils. Elle
reste cristallisée dans cette marge de l’attente.
3/ Séraphine
cherche à décrocher un saucisson pendu à un clou d’une poutre de
la cuisine. Lorsque son cousin Firmin la trouvera étendue sur le
sol, elle lui dira que son fémur est à nouveau cassé. Tout vacille
alors dans son regard qui se défait.
4/ Se faufilant à
travers la petite ouverture de la fenêtre de sa chambre, Eugénie
saute dans le jardin pour aller, après deux heures de marche, au bal
à Valprivas. Au retour la musique de l’accordéon se poursuit dans
ses oreilles et atténue la fatigue et les tessitures des bois
sombres. Le lendemain, des barreaux de bois pousseront devant sa
fenêtre.
Présent:
1/ Au plein cœur
de la nuit, la fillette se réveille avec angoisse: au pied de son
lit un homme debout et une femme assise, qu’elle n’a jamais vus.
Elle sait, de l’instinct qui la poursuivra tout au long de ses
jours, que ce sont ses grands-parents morts depuis des années. Elle
recouvre d’un drap le vertige de l’apparition.
2/ Le regard du
petit Tom n’en finit pas de chercher ce quelque chose qui n’en
finit pas de s’échapper. Il sait les mots entendus: des phasmes
qui ne sont que ce qu’ils dissimulent. Alors il cherche l’envers
d’un monde visible comme le bruit sec d’une phrase.
3/ Baigné de la
musique d’Arvo Pärt, l’atelier de sculptrice de Durand est à
l’écoute de ses obscurités. Elle malaxe des pains d’argile,
elle modèle, elle façonne, elle figure ou défigure. Et de la
forme informe, naissent les fantômes du dedans.
4/ Entre deux
forêts aux arbres dissemblables, la jeune femme avance, un appareil
photo dans les mains. Elle est à la recherche de ce quelque chose
que réclame la langue. La rencontre est intense là , au milieu du
chemin, sans photo pour l’immortaliser.
Futur:
1/ Tom est assis
dans le jardin face au grand épicéa qu’il devra se résoudre à
couper mais il en retarde l’échéance. On lui a raconté qu’il a
été planté par son arrière grand-père, mais trop près de la
maison qu’il menace désormais. Il y pense l’esprit brodé de
réticences
.
2/ L’ombre va et
vient sur le village à moitié déserté. Un enfant joue dans
l’ancienne ferme de Madeleine: il est étranger – afghan, syrien,
ou africain – et ouvre de grands yeux d’où se détache un monde
en creux, bien loin de cette Haute-Loire. De cet arrière monde, il
n’a qu’un caillou qu’il triture dans sa poche.
3/ Sur le versant
opposé au château, il a le regard éclaté dans un futur qui déjà
lui apparaît. Le village de Chalencon transformé en un gigantesque
plateau où réaliser des jeux de rôles, et où tout se vivrait dans
une réalité où le passé serait présent. Il se récite à mains
nues les différentes strates du projet.
4/ Elle est en 2054
et fière de l’invention qui lui brûle les doigts. L’appareil
qu’elle a conçu lui permet de faire apparaître des images issues
du passé, durant quelques secondes. A la sortie du village, elle
voit avec certitude une jeune femme et un cerf dans une rencontre
lumineuse où l’émotion s’attarde.
jeudi 25 janvier 2018
cartographie #7 Passé présent futur en 3 phrases #1
Passé #1
Une petite fille assise sur une pierre, s’endort en comptant
les moutons qu’elle garde dans le prè de La Fagette. Elle tombe. Se réveille en hurlant piquée par les
orties.
Passé # 2
Un jeune bûcheron, juché sur son tracteur s’en va livrer du
bois chez les villageois de Rossignol. Soudain on tire. Il s’écroule tout percé.
Passé #3
L'employé de mairie de St Martin de Fugères écrit pour la 3ème fois dans son
registre du mois de janvier 1868 : "Décès". 3 membres d’une même famille. 1 jeune
fille de 12 ans le 6, 1 petite fille de 9 ans le 11, leur père de 43 ans le 13.
Passé #4
Au bal de Bains, un ivrogne cogne sur un autre ivrogne, se disputant
la même jeune fille. Le vainqueur est envoyé au bagne. Le vaincu au cimetière.
Présent #1
Une femme à sa fenêtre. Elle regarde tomber la neige. Il ne
viendra pas ce soir.
Présent #2
Le facteur de St Christophe apporte la lettre recommandée tant attendue. Il
frappe à la porte à plusieurs reprises. Personne n’ouvre.
Présent #3
A Cussac, un homme à la cinquantaine crapoteuse tire ses dernières
cartouches. Si son plan n’aboutit pas, il est décidé à en finir. Personne ne le
regrettera.
Présent #4
Il se passe toujours quelque chose du côté du Champinet. L’opposant
le plus farouche à l’extension de la carrière de Mussic a décidé de passer à la
vitesse supérieure. Il paufine.
Futur #1
Une cousine éloignée resurgit de derrière une branche
oubliée. Elle réclame sa part d’héritage. Elle est ravagée par la vengeance.
Futur #2
Le volcan éteint du Mont Bar décide de se
réveiller. Jets de lave et de pierres. Il y a ceux qui applaudissent au
spectacle et ceux qui sont punis pour habiter trop près.
Futur #3
Un migrant Syrien de 10 ans vit son premier printemps dans
sa famille adoptive de Laussone. Il aime cette campagne calme
mais il a peur des vaches. Il décide de faire face.
Futur #4
La nouvelle mairesse du Cayres, issue du 1er
mouvement En Marche de 2017, soutient coûte que coûte le projet d’implantation
du parc Axtérix Macron Lacustre sur le site classé Neo-Seveso du Lac du Bouchet.
L’opposition préférerait soit un Silex and the City 2.0., soit la construction
d’une Mecque géante. Les zadistes ont regagné leurs gondoles dans le calme.
Cartographie / 7
Après s'être penché avec finesse et insistance sur un personnage de notre carte, élargissons notre champ d'étude! Pour cela, je propose une série de petits textes extraits du "Journal" d'Edouard Levé ( merci à François Bon!) ainsi que du "Journal" de Franz Kafka.
Un
jeune homme de dix-huit ans fait le dur apprentissage de la rue et de
la misère urbaine. Il y découvre aussi l'amour et l'amitié. Un
témoignage brut sur les exclus de la société.
Un
homme et une femme se retrouvent une fois par semaine pour faire
l'amour. Ils ne se parlent pas et excluent toute tendresse. Mais peu
à peu l'homme cherche à en savoir plus sur sa partenaire.
Un
policier à la retraite s'acharne à enquêter sur une affaire
classée : le viol et le meurtre d'une fillette. Il est prêt à
sacrifier sa vie, son argent, voire sa raison, pour démasquer le
coupable.
"Journal" d'Edouard Levé ( POL 2004)
Devant
ma fenêtre, traversant le chantier de l’Université en partie
couvert d’herbes folles, deux petits garçons vêtus de blouses
bleues, l’une claire, l’autre, celle du plus petit, plus foncée,
portent à pleins bras chacun une gerbe de foin séché. Ils la
traînent le long de la côte. Charme de ce spectacle pour l’œil.
(20 août 1912)
L’enfant
de la concierge, qui m’a ouvert la porte. Empaqueté dans un vieux
châle de femme, blême, avec un petit visage engourdi et potelé. La
nuit, la concierge le transporte ainsi arrangé jusqu’à la porte
de la rue. (27 novembre 1913)
La
jeune fille au café. Sa jupe étroite, sa blouse de soie blanche,
vague et garnie de fourrure, son cou nu, son chapeau gris de même
étoffe qui lui emboîte la tête. Visage plein qui rit et qui
respire éternellement, regard bienveillant quoiqu’un peu affecté.
(12 janvier 1914)
Franz Kafka "Journal"
La consigne d'écriture est multiple:
-
choisir 4 personnages du passé, 4 du présent , 4 dans le futur
-
description en 3 phrases de chacun d’entre eux: les faire surgir à
un instant ( en lien avec la carte bien sûr…), les projeter dans
une possible histoire qui n’appartiendra qu’au lecteur
-
sculpter très vite des personnages, en leur donnant de la
complexité
-
tenter de trouver quel point d’assemblage peut les relier: ceux
qui attendent, ceux qui rêvent, ceux qui construisent, ce qu’ils
voient….A chacun de choisir!
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