Un monde circulaire, assez
statique où les choses changent lentement et reviennent avec une
certaine circularité, régularité. Monde harmonieux, naturel.
Voilà ce que m’évoquent
ces fleurs séchées sur couronne d’osier. Une vie où l’homme
est encore très près de la nature, plante, récolte, fait sécher
puis fabrique de ses mains la plupart des objets qu’il utilise.
Lieu de vie et lieu de travail, temps de vie et temps professionnel
se chevauchent voire se confondent. Je fabrique mes paniers de
l’osier que j’ai récolté puis trempé dans l’eau avant de le
tresser, assis près du feu dans ma cuisine, l’hiver quand
aucun autres travaux extérieurs n’est possible. Je me chauffe avec
le bois que j’ai coupé, tronçonné, transporté, et me nourris de
ce que j’ai semé, du lait et de fromages que j’ai transformés.
C’est mon voisin qui fabrique lui-même les pâtes et baratte le
beurre. Mon cousin, lui, modèle l’argile des marmites, assiettes
dans lesquels je mange et je chante sous l’effet du petit vin que
nous donnent les vignes.
🌏
Quel contraste avec cette
rue-tunnel, où l’homme n’a plus du tout de contact avec la
nature, les arbres, le ciel, la terre ; où il foule le béton,
ne voit plus les saisons se profiler, mais y est subitement plongé,
cerné de toutes parts de murs verticaux qui l’étouffent, le font
paraître minuscule et tellement insignifiant. Monde totalement
artificialisé où circulent des hommes tous identiques, entourés de
machines, voitures, vitres, béton. L’être humain a t-il
développé une maladie auto-immune, est-il devenu son propre
ennemi ? Pour s’échapper, il leur faudrait grimper le long de
ces hautes murailles sans aspérités. Je les imagine suffoquant à
la recherche d’un peu d’air, d’un peu de fraîcheur, d’un peu
de silence aussi ; mais où se cacher ? Tout y est lisse,
fonctionnel. Où est le cercle, la courbe , la couleur , la
niche ? Un brin d’herbe, au secours je cherche un seul brin
d’herbe qui aurait échappé au béton, ne vois qu’arbres en
pots, mutilés, alignés, au garde à vous le long de trottoirs
rectilignes. Je ne vois nulle trace de vie, de bonheur. Nos coeurs
vont-ils devenir aussi secs que ce béton ?
🌏
De
l’espace, de la verdure, des enfants, tout un groupe d’enfants
dans une vaste étendue regardant le ciel et souriant à la vie, la
saluant. L’espoir, l’air respiré à plein poumons, les bras
grands ouverts près à accueillir tout ce qui se présente, les
couleurs explosent comme un arc en ciel, seul l’adulte à droite,
statique, ne participe pas à la liesse, immobile, spectateur passif.
Ils saluent le ciel, ils crient leur joie d’être ensemble, d’être
vivants, de n’être pas enfermés, libres de pouvoir courir. De
très jeunes enfants semblant nous interpeler « Vous avez vu,
on est là, on exulte, on jubile, la vie est en nous, bouillonnante.
Laissez-nous agir, rêver, avoir des utopies. On n’en veut pas de
votre vieux monde, laisser nous arpenter l’espace, ouvrir des
brèches, nous seuls avons le pouvoir de sauver le vivant » Ils sont
aussi beaux et fragiles que notre planète, ils sont la seule
aventure qui nous reste.