mardi 17 janvier 2012

Un trajet entre Cotonne et Bellevue : retour

Photos Jean-François Barthale


Qu'en aurait pensé l'infréquentable et antiféministe Pierre-Joseph Proudhon que Zola décrit comme "libertaire, anticapitaliste et antimarxiste"
D'ailleurs qui se souvient de lui en ces temps de capitalisme débridé ? 

Sur l'ange de l'itinéraire il y a

En quelques centaines de mètres on passe d'un presque palais, équivoquement appelé "grande Beausseigne" -il me revient que je travaillais avec sa propriétaire, grande dame bien mal attifée, toujours frigorifiée, bien sûr que pour chauffer cette bâtisse ! il devait falloir en jeter des sous par les courants d'air - à l'ancien entrepôt Tadduni -je croyais que c'était un pseudo !-, tagué, brûlé, ouvert aux vents colorés des défricheurs de ruines. C'est dimanche, la promenade de l'après repas, si copieux, si bien mitonné. Le ciel est sans amertume, la lumière sans faux-col, et plus je regarde et plus tout m'émerveille, encadré dans le viseur de l'appareil photo. On partage. on se regroupe, on se gêne, on se disperse, on se fait des grimaces, on s'immortalise. On fait des récoltes, il en sortira des mille feuilles et des salades. Le noeud, ce sont ces voûtes. On pourrait se croire dans un tuyau d'évacuation, à un coude sous le lavabo. C'est crade pareil, et ça débouche. Pas loin des 2 "maisons sans escaliers". Plus loin, on fait école buissonnière, on dévie ; on téléphone d'une oreille, on photographie d'un oeil, on avance des 2 jambes, on grimpe à califourchon, sans peur d'abimer les vêtements. Comme des enfants dans leur terrain de jeux secret, sans les parents pour surveiller. Sans transition, on passe de la marge à la civilisation, c'est le quai de la gare, les passagers en attente de train rare. Nous, nous sommes toujours de l'autre côté de la barrière, du bas-côté, entre voies abandonnées se perdant dans les herbes sèches, et maisons en contrebas qui jouent aux Cyclades avec leurs volets peints en bleu, les messages secrets excluant les néophytes, tout est peint et repeint, même l'herbe.

Sur l'ange de l'itinéraire, il y a une capuche, c'est le nom de la rose.

à suivre

lundi 16 janvier 2012

sur l'itinéraire d'ANGE il y a






sur l'itinéraire d'Ange il y a des parallèles, plus ou moins fatiguées, rouillées, enfouies, emmurées








Sur l'itinéraire d'Ange, il y a des messages codés, des pièces de puzzle qui n'ont pas trouvé chaussure à leur pied

Sur l'itinéraire d'Ange, il y a de drôles d'énergumènes, qui ont des têtes de papier marché ou de composites colorés






Sur l'itinéraire d'Ange, il y a des matières entre 2 vies,
puis y a aussi des poules

à suivre...

dimanche 15 janvier 2012

itinéraire en chantier sur le chemin d'Ange-Gabrielle


Couleurs délavées, suintantes, fraîches
Chemin ferré, abandonné, voies sans son
Sonate hip-hop dans le gravier sans luxe
Luxuriant jardin dénudé, fictif puits sans O
Au-dessus de la ville, beau site, Beausseigne, belle vue
Vulcan a travaillé ici, hier encore, débris de feu, débris de verres
Vers l’horizon ensoleillé et gelé
Légèreté du vent dans les tasseaux, casque fendu
Du swing dans les herbes folles,train fantôme entre HLM et maisons cossues
Sueurs d’hiver en mitaines, sur un chemin en-chanté

vendredi 13 janvier 2012

dates ateliers

Rappel des 3 prochaines dates de l'atelier :

- mercredi 25 janvier, chez Lin
- jeudi 16 février, chez Ange-Gabrielle
- mercredi 7 mars, chez Lin


jeudi 12 janvier 2012

I was just a poor girl, lie la lie

Je venais. Je roulais mais je me souvenais que je marchais. J’écoutais cette chanson tant aimée des années 70 et je restais pétrifiée dans mon passé. La nostalgie. Partout il y en a des poches, mes yeux mêmes en témoignent. Je marchais dans Londres. Je marchais dans Amsterdam, je les entendais chantant marcher dans New York. Ma jeunesse enfuie refluait, cette jeunesse qui fait pleurer 2 fois, 1 fois quand on la quitte, une fois quand on s’en souvient. Je marchais sur les trottoirs mouillés luisants des enseignes. C’était toujours l’hiver. Je cherchais ma vie. J’allais quelque part sans savoir où j’allais. Mes désirs étaient déjà des souvenirs. C’était toujours à l’étranger, là où l’on peut se perdre plus facilement, racines flottant au ras du bitume, langue en pointillés. Il n’était pas toujours très tard mais le septentrion apportait la nuit plus tôt, la nuit tombait d’un coup. Parfois je n’étais pas seule, mais si, quand même ; car je marchais sur mes traces ; seulement en compagnie. On a souvent fait parler les fenêtres. Celles-ci ne me disaient rien. La solitude empilée des gens qui s’agitaient dedans pour préparer le repas, s’endormaient devant leur poste de télévision, racontaient des histoires à leurs enfants. Je n’étais pas concernée. J’étais dehors. D’autres fenêtres énigmatiques. Celles des bureaux dans les grands immeubles où le jour se tissent les affaires du monde, tours de garde dans la nuit, torches, phares, négativant la lumière des étoiles, tirant sur nous le couvercle du ciel. Personne au monde ne savait où j’étais.
La chanson s’est tue. Les images ont repris peu à peu leur place dans mes poches. Ma gorge s’est un peu dénouée, je suis sortie de ma voiture en respirant à grandes goulées l’air humide de la nuit.

Prisonnière de toi

J'avais depuis longtemps rêvé d'elle

persuadée qu'une partie de mon histoire y était inscrite
qu'il y avait des poches partout
où il me suffirait d'introduire la main
pour en rapporter des bribes de chants d'enfance
des souvenirs refluant en vagues.

Aussitôt débarquée, des fenêtres du train aérien qui me conduit à l'est
le plus à l'est possible de cette immense ville, mon regard parcourt
ses rues comme des pages écrites d'un livre exhumé du fin fond d'un passé
qui me hante plus que je ne le connais : Alexanderplatz, Rosa Luxemburg
und Karl Liebknechtstrasse.
Elle répète son propre discours, me le tatoue sur la peau, le martèle dans mes veines
au rythme de mon sang.
La ville parle sur le tempo des roues du train
je la découvre ou je la reconnais ?
Elle m'imprègne et telle une éponge je m'en imbibe
J'ai toujours vécu ici.

Plus je m'enfonce en direction de Bernauerstrasse
et de ses murs lépreux
plus les fenêtres me parlent et m'attirent à elles.
Je sais déjà qu'ils ne me quitteront plus :
Les squatts aux façades peintes de slogans,
les petites tables métalliques dans la neige des trottoirs
la quasi-absence de circulation automobile dans les rues où maintenant règne
la nuit.

Sehnsucht, Heimweh, je suis prisonnière de tes toits.




Les mots en bleu ont été puisés dans « la boîte à mots »


lundi 9 janvier 2012

ce matin encore..




ce matin encore,
j'ai croisé un crocodile sur mon itinéraire .?.
un crocodile rouge ..!..
cette fois-ci je n'ai pas pu résister,
je l'ai capturé

dimanche 8 janvier 2012

la place des souvenirs



il y a sur la place

entre guillemets en guirlande dorée

le petit mur des vieux

tortille la plume noire au souffle léger

qui regardent passer la jeunesse

filet blanc vide de tout

lui même y est assis

une confiserie ?

parmi les autres

square massenet

les désirs

les garages privés

sont déjà des souvenirs

le brin de plastique rouge

ce n’est pas de cela qu’est faite la ville

papillote assortie aux feuilles à dents

mais des relations entre les mesures de

fils d’une pelote jaune

son espace et

briquettes en miettes

les évènements de son passé..

crocodile dissolu rouge dans

cette vague

verte armature de quoi ?

qui reflue

roule la perle perdue

avec les souvenirs

pousses éparpillées sur le trottoir

la ville

fragment de phare

s’en imprègne comme une

fausse fleur

éponge et grossit

le E de passage






italo calvino "les villes invisibles"
et des choses de mon urbier piochées à l'aveuglette


vendredi 6 janvier 2012

atelier du 5 janvier

auteur de la photo : Sevinçli, sur : lucileee.blog.lemonde.fr

Montchovet-Baulieu-Marandinière, faire parler les fenêtres

Le flâneur, pourtant habitué au quartier, n’avait jamais rien vu de pareil que ce contre jour ensoleillé éblouissant les façades des HLM, et les lueurs grises de la place comme si des volutes des fumées de l’implosion à venir, quelques années plus tard, recouvraient déjà la mémoire du lieu où des vieux discutaient des poches et des flaques sous les yeux, des jeunes évoquaient leur passé non encore vécu faute de pouvoir imaginer leur avenir, et, pas après pas, il discernait plus sensiblement encore l’écho des cris dans les maisonnées, des rires d’enfants, du grincement d’un volet brisé ou du battant des fenêtres usées, de l’épuisement des habitants, du désir silencieux des corps éreintés parfois mourants, prolongeant sa flânerie sur le parvis aujourd’hui immaculé, hier politique où les élus venaient chercher les votes, parvis des grèves, parvis commercial le dimanche matin, parvis des fêtes de quartier, parvis peuplé d’enfants et de manèges lors des vogues de printemps, puis parvis isolé, dépeuplé, esseulé, parking, alors il se posta devant la tour d’où un ange avait sauté gisant douze étages en contrebas, dégoulinant de sang, et il eu la conscience de sa propre odeur âcre, éponge trempée dans les regards atterrés, ruisselant les mégots de tabac froid, les poubelles débordantes, emmêlée aux effluves des spécialités du cru, aux relents de la pisse des allées, de la craie, de la javelle qui jamais rien n’efface.

cascades vitrées

On a souvent recueilli les

lueurs grises de la place de marché où des petits vieux discutent

mots de la jeunesse sur les évènements d’un passé non encore vécu

reflets de la nuit

contre-jours et soleil d’été éblouissant les longues façades des HLM

flaques en équilibre dans les poches des yeux fatigués

odeurs des spécialités du cru

On a souvent fait l’écho

des rires des familles, des pleurs des bébés

du grincement des battants brisés

des ébats amoureux se répondant d’immeuble à immeuble en été

du silence du désir accablé par la précarité

de l’épuisement du couple

du dernier souffle du mourant

On n’a pas pu empêcher

les discours destructeurs des élus

le saut de l’ange de la jeune femme

la vue de son corps-éponge désarticulé

bouillie rouge, en bas de la tour de Baulieu

l’hurlement de douleur de l’enfant écrasé par l’ascenseur du bâtiment D

L’assassinat du vieux monsieur de la Marandinière

Avant de devenir poussière de verres, on s’est rappelé

des gestes lents de Mitterrand venu visiter la famille de Montchovet

de Pissaro et de Manet entourés de prés

de l’Eglise et de la Piscine se défiant face à face

de l’inquiétude des supporters des Verts

des premiers gravas des écoles, des toits et des murs

de la cendre de l’implosion.

merci à Béatrice pour la photo

mercredi 4 janvier 2012

du beau du bon du bonne année


Pour celles qui travaillent du chapeau et pour les autres... 
BONNE A NEZ

mardi 3 janvier 2012

lundi 2 janvier 2012

Un trajet entre Cotonne et Bellevue : 3° partie

 
Aller : de la rue du Mont aux tags de la gare Bellevue


Je décide d'aller directement aux tags par la voie la plus directe : la rue de l'Egalerie

Rapidement, face à moi, le nouveau parking de la gare ; tout au fond, sur les murs à l'arrière de bâtiments désaffectés, d'immenses tags colorés que je n'avais encore pas vus, puisqu'ils sont en permanence renouvelés. Traversant le parking, je suis vite coincée par des grilles qui me séparent des tags, isolés et très éloignés de moi ; ce qui, de terrain vague est devenu parking payant, empêche quiconque de s'approcher à pied ou en voiture. En recherchant une issue, je lève la tête et aperçois deux tagueurs descendant d'un toit le long d'une cheminée, accès clairement impossible à mon arthrose.

Entêtée, je ressors du parking et avance un peu dans la rue Buffon qui ne m'amènera qu'à la passerelle qu'empruntent les passants pour se rendre rapidement à la gare, passerelle fourmillante de monde en semaine, mais désertée en cette fin de dimanche après-midi. Forcée de constater qu'il n'y a plus d'accès direct aux tags, je contourne le parking par la gauche, à travers un terrain vague envahi de ronciers : de ce côté-là peut-être trouverai-je une voie d'accès, piétinant les orties, tessons de bouteilles et autres « détritus », je trébuche, bifurque, reviens en arrière, mais finis par avancer, non sans m'arrêter pour une belle récolte de photos : charriots rouillés de supermarché ayant appartenu à Rosetta ou à ses soeurs, pierres irisées des couleurs échappées des bombes de peinture …

 
A ma gauche, un chantier à l'arrêt depuis toujours, abandonné aux herbes folles et dont les murs ne seront sans doute jamais montés, ferrailles rouillées, briques, tuyaux, boudins de plastique ... décor d'arrière-monde figé. Tout ce fatras isolé par un mur de béton de la rue de l'Egalerie, qu'en fait en m'égarant, je suis entrain de remonter.

 
Demi-tour, je prends sur ma droite et repère une ancienne voie ferrée désaffectée mi-recouverte de ronces. Face au soleil couchant je marche dans ses rails longeant de loin la gare, la dépasse pour enfin accéder aux tags, du bon côté des grilles.

 

la invencion de Marienbad


Le parc étendait sa sépulture de ramures murmurantes et d’ombres sombres. Après les dédales du château, cadencé de couloirs en pièces vides, de souvenirs encadrés en gerbes de fleurs confites, le semblant de perspective apaisant le regard reposant le souffle. Je n’étais plus sorti de ce labyrinthe depuis 1983 et les histoires d’eau. Je ne savais pas si le monde existait encore, au-delà de ces frondaisons, de ces fontaines coulant en vases clos et vasques visqueuses, au-delà de ce ciel immobile. Mon itinéraire était toujours le même, j’empruntai tout d’abord la longue allée bordée d’arbres majestueux, peuplés de carouges à épaulettes blessés, mais rescapés de la grande épidémie du 4 janvier, abritant ça et là une créature élégante et diaphane, sensuelle, comme pénétrée par ses souvenirs de pierre. Puis, arrivé près de la petite statue fondante, je fondais. Elle me rappelait tant cette jeune fille connue jadis dans l’autre monde, un peu danseuse, un peu biche, qui posait toujours sur moi ses regards étonnés lorsque j’allais jeune homme acheter une baguette bien cuite dans le magasin de ses parents. Je fondai quelques minutes puis m’étant reconstitué, je reprenais ma marche inutile vers l’horizon sans fin –où l’œil jamais de l’homme n’apaisera décidément sa faim- Parfois à l’abri des buis, à l’habit des bruits, je remarquai des ombres, et leurs poses lascives évoquaient un couple après les ébats amoureux ou après les débats a-mourants. Selon. Mais leur intimité m’était fatale car ma douloureuse solitude suintait de mes yeux, alors que je n’avais plus les moyens de pleurer, j’étais à sec, et puis, j’étais encore un homme : que diable ! charpenté et droit comme du Giacometti charnu. Je devais contenir mes larmes, sangler mon cœur et reprendre ma marche sans but et sans issue qui me reconduirait inévitablement dans les mêmes couloirs, sur les mêmes tapis, les mêmes allées, les mêmes avenues. Puis un jour le froid de la pierre me figerait à mon tour, sans crier gare, et le prochain promeneur solitaire, s’arrêterait devant moi, essayant de déchiffrer mon improbable posture tandis que son chien se soulagerait.

bon itinéraire 2012