jeudi 21 février 2013

Un ours peut-être

Lin a dégainé plus vite que moi !
Voici donc les photos de l'objet du jour sous plusieurs angles:



Je rappelle les consignes: 

- nous sommes toujours dans l'autobiographie de l'objet
- insérer cette phrase de Pierre-Albert Jourdan " il y a une parole confiée au silence, que l'ombre nous transmet". On peut retrouver sur mon blog "Jardin d'ombres" le texte d'où a été extrait cette phrase .
- glisser l'air de rien un alexandrin (ou plusieurs) dans le texte.
- intégrer d'une manière ou d'une autre ( je sais c'est très vague...) la notion de triptyque ...
Voilà! Bonne écriture! 
 

mercredi 20 février 2013

consignes du 20 février

La consigne sera précisée par Laura, quelques indications cependant pour les absents qui souhaiteraient mouiller la chemise dès ce soir :
L'objet : un ourson en peluche d'un temps pas si lointain, à la pelure brune et rêche, oreille tombante de naissance ou presque, une cuisse qui a connu les affres de petits neveux.

Les consignes :
- insérer dans le texte " il y a une parole confiée au silence, que l'ombre nous transmet".
-insérer un alexandrin (12 pieds)
- s'emparer de la notion de "triptyque" (papier plié) dans l'écriture...

dimanche 17 février 2013

La Centrale Montemartini

Les pièces antiques du Musée du Capitole sont exposées dans une ancienne usine électrique construite en 1912 pour éclairer Rome. Turbines à charbon et tuyauteries mettent en valeur les chairs et les courbes des statues de marbre. Diane chasseresse, Apollon, Aphrodite soulignent la force des machines et la beauté de l'architecture.




Contrastes saisissants et complémentarité fascinante.









consigne animalière


mercredi 13 février 2013

LAISSER PARLER...

La nuit tombe, violente, même si c'est une dernière nuit de printemps. Il fait presque doux et l'espace entre l'ombre et la lumière devient mon territoire. Je traverse suffisamment bas le ciel pour que l'homme devine ma présence et suffisamment vite pour ne pas qu'il m'atteigne avec son lance- pierres,son joujou infantile.
Frondeuse, je reviens sur mon vol, je le frôle, je l'esquive, je le nargue. Il s'imagine mille pattes prêtes à s'agripper à ses cheveux, à le soulever de terre pour l'emporter vers quelque paradis sournois, vers le Lucifer de la nuit. Il ne veut plus rester seul dans le noir. Cette solitude l'encombre tout autant qu'elle l'effraie. Alors il allume son chandelier à quatre branches chiné il ne sait plus trop où, son grigri, son repousse- cauchemars. Une lueur, puis deux, puis trois lueurs et l'homme devient difforme, grotesque, le feu se joue de lui et je le vois devenir Grand Guignol lui, qui ne cherche qu'à plaire, obséquieux jusque dans ma chasse- poursuite.
Je sors de ma cachette et tente un nouveau passage. D'abord tout en lenteur puis je fonce en piqué, je bats des ailes, j'affole le flamme même si je sais me tenir suffisamment loin pour ne pas me brûler au feu du désir de le terrorriser.
Le piédestal du candélabre se fait lourd et tangue dangereusement dans sa main. Je bats en retraite à l'intérieur de la vieille grange d'où la tête en bas, accrochée à une poutre vermoulue, je surveille sa venue. Je le guette. Il me suit de peu. Fanfaron, il entre en vaiqueur, le chandelier éclairé tout devant comme le bouclier de sa conquête.

Quand j'agite mes ailes tout en lenteur calculée, les murs s'habillent et se déshabillent d'ombres dyonisiaques. Plus vite, plus vite encore, les ombres caracolent, il pivote d'avant en arrière, de droite et de gauche, fait volte- face. Je pique la mise en scène avant que d'entreprendre l'assaut périlleux, me cramponner à sa toison qu'il croit être d'or...
Chauve qui peut, j'ai enfin réussi!


De la boîte...

Un jour, de ma boîte aux lettres il dépassait se débattant et criant qu'il voulait sortir.
Revenant de faire mes courses, dans le silence du hall d'entrée de mon immeuble, avant que de monter l'escalier puisque ce jour- là je privilégiai la marche, la forme ça s'entretient, dit- on, je le cueillis dans ma main, mon tout premier extra- terrestre.
A peine reposé sur la paume que de ses pieds de batracien, il s'engagea pour explorer le monde. Il eut vite fait de déborder et poussa la curiosité sur mon bras nu. Pourtant maladroit, il se contentait de frôler ma peau et avançait paresseux mais dans sa façon de se couler de droite et de gauche, il avait quelque chose de félin et força mon respect.
Ma tentation était grande de le caresser mais je n'osai interrompre son avancée vers une destination dont j'ignorai le terme et ne mesurai pas les conséquences.
Je grimpai les étages, fort heureusement il y en a cinq, pour laisser à mon Golem attachant le temps de son exploration. Aucune excuse de sa part pour s'aventurer dans les moindres faux- plis. Il ne rosit pas davantage en s'agrippant aux bretelles de mon débardeur. Aucune gêne que de se laisser glisser sur la peau lisse d'un sein, sous la finesse d'une dentelle abricot.
Une patte, deux pattes, mille pattes sondaient l'abîme de mon décolleté, un nouvel oasis sucré, un jardin des délices confinant à l'ivresse des sommets après une longue course éreintante mais palpitante.
Les étages s'éternisaient, mon talisman rêveur continuant sa route, le galbe de ses hanches tanguait dans le creux de mon cou.Il pimentait son avancée par des exercices d'équilibriste attachant ses bras courts à la commissure de mes lèvres. Il pénétra par effraction dans ma bouche avant que de se poser en équilibre sur l'arrondi de ma joue.
Je redoublai d'attention pour ne pas buter contre une marche, mon fidèle Golem couché sur mon visage. Il s'aventura sur le bord de l'oreille, hésita, scruta, palpa, sonda puis se laissa glisser tout en courbes concaves et convexes pour ne plus faire qu'un avec l'anse accueillante et chaude du pavillon. Attendrissant mais épuisé, il avait sombré dans un sommeil où je ne pouvais le rejoindre.
J'ouvris la porte, même son bruit lourd quand je la refermai ne le dérangea pas. Tendrement, je balançai la tête de droite puis de gauche pour le bercer jusqu'à épuisement, pour qu'il restât là longtemps, tout le temps qu'il faudrait.
Je filai à la salle de bains, dans le miroir, le vide. Je passai mon doigt sur les contours du lobe de l'oreille, quelques poussières de cendres. Un explosion de douleur me submergea.
Mon Golem avait disparu, il ne serait plus jamais là.


  

mercredi 6 février 2013


je regarde
elle sourit
quatre flammes s’envolent
elle regarde
je souris

il y a des tiges rouges qui fondent
et mes pupilles rétrécissent
et ses paupières palpitent
il y a des entrelacs de bronze
mon pelage vibrant
contre sa fourrure douce
quatre yeux allumés dans le soir
il y a comme un vase sur son socle noir

le loir et la belette
dinent aux chandelles

au matin
des centaines de fourmis 
sur le mur orange



                                    merci à hector pour son dessin

La vache et le prisonner

Je suis dans un pré. Bien que ma vision soit macro à fond sur les brins d'herbe, je le sais. L'orage a surpris les picniqueurs. Ils m'ont laissé sur place dans leur précipitation, avec les noyaux d'olives et les miettes de chips. D'ordinaire, ils font bien plus grand cas de moi, puisque je suis toujours du voyage, sentinelle majestueuse de leurs boire et déboires. D'une certaine manière, j'avais le pouvoir d'exaucer des voeux, ce qui est paradoxal comme toujours dans ces cas-là. L'envoûtement a toujours un bon côté, pour les autres je veux dire. "Et la lumière fût", telle était mon credo. Aujourd'hui, je ne suis pas à mon avantage. Je dirais même que je suis dans une fâcheuse position. Je penche. Si la pluie continue - tel quel - je vais rouiller. Bien qu'ayant été traité d'une noble manière, à l'origine et programmé pour courir la campagne, mon sort m'a fait petit à petit glisser vers une autre existence, d'autres décors, plus abrités. Ces repas champêtres pour lesquels je n'étais plus fait, me rappelaient tout de même "the old good time", si je puis me permettre. 
Le sol bouge autour de moi, un pas lourd et nonchalant, un mufle énorme, rose et poilu, un bruit formidable de tonte et de mâchouillement : voilà ma chance : Une belle langue de vache, un moment interrompu par la circonspection, s'approche et vient lécher le sel des chips incrusté dans mes volutes. Je me déploie,  je me déplie, je m'augmente, je reviens à la vie, et la belle aux yeux si doux, à la robe si dorée, à l'odeur laiteuse regarde son mâle redevenu, de toute sa présence de femelle attentive et sans a priori.
Et moi, campé sur ma force extravagante, je savoure ce moment.

vendredi 1 février 2013

Laisser parler sa part animale

 
Accrochée à la poutre centrale, je suis au-dessus de leurs six têtes, toutes penchées sur du papier blanc. Elles écrivent et de leurs plumes sortent de longs filaments fins comme sortent de mes glandes les fils de soie.
Pas un bruit exceptés un tic-tac et un léger bourdonnement continu de moteur. La plupart de ces têtes sont blanches. Je ne peux pas me laisser glisser le long de mon fil de sécurité sans être repérée aussitôt. Seules deux têtes m'attirent, une rousse fournie, entourée de mousse épaisse, je sens que je pourrais m'y cacher et, une brune frisée. Là-dedans aussi je pourrais m'aggriper sans être vue et peut-être même – si ces têtes qui n'étaient pas là tout à l'heure s'en allaient plus tard - en profiter pour voyager incognito, changer de lieu, sans craindre de mourir par le froid de la nuit.
Je sens que l'entreprise est risquée, poutres blanches, murs blancs, il y en a une qui lève constamment la tête et tout près de ces deux seules têtes possibles, des flammes. Je sens leur chaleur monter jusqu'à moi. D'où je suis, elle est douce. Bien à l'abri dans mon interstice, je m'y chauffe, mais je sais qu'elles sont terribles. Dans ma descente, leur chaleur va brusquement changer la teneur de l'air, porter mon poids différemment de ce que je prévois, me faire peut-être dévier de la trajectoire choisie. La chaleur et la lumière risquent de me happer. D'autant plus que ces flammes sont en hauteur, quatre flammes de bougies, au sommet de branches tarabiscotées et bien au centre de cette table sur laquelle se penchent ces six têtes silencieuses. Ma visibilité sera totale et ils me haïssent. Aucun animal sur terre n'éprouve autant de répulsion à mon égard que les hommes. La plupart hurlent en m'apercevant. Leurs cris me font rétracter mon fil et demeurer immobile des heures. Heureusement, ils sont lents. Quand ils attrappent l'une d'entre nous, ils l'écrasent entre deux doigts, dégoûtés, alors que la majorité d'entre nous ne pique ni leur est nocive en rien. Nos huit pattes longues et grêles et nos fils puissants et invisibles nous permettent bien souvent de sauver nos vies. Grâce à nos glandes à soie, nous tissons ces toiles qu'il nous envient mais ils ne retiennent que nos glandes à venin alors qu'elles ne nous servent que pour digérer les insectes dont on les débarasse. Nous logeons partout là où ils croient être chez eux, nous sommes beaucoup plus nombreuses qu'eux, les débarassons des insectes, que d'ailleurs ils haïssent tous – même si nous tenons le sommet de leur répulsion -. Et pourtant, quelle élégance dans nos pattes, dans le velours de notre pelage, quelle prestance dans nos gestes et quelle finesse alliée à la puissance dans nos toiles !
Parfois, j 'entends : « Non ! Arrête ! Araignée du soir, espoir ! ». Allez, je me lance. D'un seul bond, je glisse le long du fil, rebondis à l'arrivée, dans la chevelure de la brune. Je rentre au chaud.
Echappée aux regards, aux flammes. Je ne bouge plus, c'est élastique, odorant, tiède.Pourvu qu'elle ne se mette pas à parler et que tout vibre, pourvu qu'elle n'approche pas sa chevelure du feu !
Mes pédipalpes me renseignent : ça sent la vanille, le savon. Y a-t-il à manger là-dedans ? Où va t-elle m'emmener ? Ai-je fait le bon choix ? Va t-elle me haïr ? Sur quel oreiller et dans quel lieu serai-je demain ? L'excitation est si forte maintenant que j'ai réussi.
Ca s'agite autour de la table. Les têtes se redressent. J'entends ses mâchoires craquer, vais-je supporter le voyage ?

jeudi 31 janvier 2013

Atelier du 31/01/2013 Laisser parler votre part animale

 Consigne : Tenter de vous souvenir de ce que vous éprouviez dans votre vie animale. Chacun, chacune, écrira, selon son choix, comment est l'existence quand on est une baleine, un tamanoir, un toucan, une fourmi, un lombric, ou quoi que ce soit d'autre. Si vous êtes une mouche, vous pouvez inventer une vie radicalement différente de la nôtre : vous orienter avec des yeux à facettes, voler, ne vivre que très peu de temps …
Prenez conscience qu'eux et nous vivons, dans des univers parallèles, juxtaposés et sans rien de commun entre eux : la mouche dans une pièce, l'acarien dans un tapis, une bactérie dans notre intestin, un oiseau dans un arbre … et en plus, vous vous heurtez à cet objet, ou vous le rencontrez.


Voici quelques exemples :

Canis Familiaris :

« Retenu par le cuir de ma laisse, je sentais le sang battre dans ma mâchoire. La salive emplissait ma gueule, un râlement rauque sortait de mon poitrail. Je tirais, ahanant suffocant mettant dans mon cou toute la puissance de mes muscles. J'avais soif de ma course pour rassasier mon désir de sang. Le démembrer, lui, là-bas, dans son manteau, le désosser tout entier, lui, là-bas, la proie. Nous étions quatre tirant sur le cuir de notre laisse. Nous creusions le sol à force de nous acharner à courir, sans pouvoir avancer, et dans notre entêtement à aller de l'avant, nous nous dressions sur nos pattes de derrière pour retomber, reculer, prendre un élan nouveau et bondir au risque de nous étrangler à l'instant où la laisse, au bout de son extension, retrouvait sa cruelle tension. Incapables de nous soustraire à la rage qui nous envahissait, nous gémissions contre nos maîtres. A quel jeu jouaient-ils en nous appâtant et en nous privant tout à la fois ? Pourquoi nous affolaient-ils ? ... »

Boa Constrictor :

« … Ils me découvrent entouré autour de la branche de bois fixé au milieu de ma cage de verre... J'ai dardé ma langue fendue, l'étirant au possible à travers l'échancrure située sous mes écailles rostrales, pour prélever le plus de particules odorantes, et j'ai pu mesurer sa distance, sa forme, sa taille, son poids et deviner la présence du petit félin à ses pieds. … L'homme qui me nourrit a émit des sons, paroles diverses et multiples sans importance réelle pour moi. Je n'ai ni tympans ni oreilles, ni conduits ni orifices, mais je sens les vibrations et j'ai appris à les interpréter pour traduire le langage des humains, comprendre leurs intentions et deviner ce qu'ils tentent de me cacher. »

Musca Domestica :

« Le chat se rendort. Je tourne au-dessus d'eux. L'homme bouge dans son lit. Sa sueur m'affole. Je sens ses effluves. Sueur humaine désaltérante. Je veux étancher ma soif. J'attends.
J'attends.
J'attends.
Le souffle lent de son sommeil trouve sa régularité. Je descends en altitude. Le chat dort à ses pieds.
Il dresse l'oreille. Je n'ai pas le choix. Il faut affronter ce danger mortel. Je me pose sur la surface nue et moite de son dos, à proximité d'un grain de beauté où la sueur s'agglutine. Je bois. C'est vivifiant. Sa sueur est bonne. Elle goûte la terreur. Il se redresse je m'envole l'animal bondit. Je tourne autour du plafonnier. Le chat saute sur le plancher l'homme s'assoit dans le lit … Il y a des vibrations, des ondes. Je chute en piqué. Je me pose sur sa nuque. Je bois. Je bois. Je bois. Sa main me chasse. Je m'envole. Je tourne. Je me pose sur la surface escarpée du mur la tête à l'envers. Il se lève. Il s'habille. Je m'envole. »
Wadji Mouawad « Anima » Léméac / Actes Sud

jeudi 24 janvier 2013

tout est si poreux

Un jour dans la boîte aux lettres * l'objet malgré lui * l'objet de notre désir * * pendant des années notre unique enfant * dont j'avais la garde * la petite bestiole rouge à pois blancs * comme une coccinelle suisse * la petite fille dit : qui est-il ? * la mère se dit : où est son créateur ? ** un jour dans sa boîte aux lettres * elle dépose l'objet de sa question * elle le voit en photo sous son meilleur profil * de père solitaire * plus tard ** tous nos noms sur une même boîte aux lettres * pendant 5 saisons * amélioration * de la confiture d'abricots * entre autres gourmandises ** un jour à sa brise * elle pose sur le plateau * le monstre-gentil-coccinelle * elle ne sait pas encore qu'est revenu * (peut être) * le temps des insectes * qui sautent dans les textes ** Un jour sur le seuil de la porte * tous ces mots coups de poing dans le mur * "la langue est plus que le sang" * l'objet assis sur son derrière * ses trois doigts de pied en éventail * n'y est pour rien * une des facettes de ta part belle * Un jour sur fond de brouillard * l'objet de mon autobiographie

mercredi 23 janvier 2013

une bestiole dans la boîte



1 jour dans la boîte aux lettres 
«et toi ?»
palpitante passion
l’invitation
pimente ton inquiétude
«et toi où en es-tu ?»
explorateur : faire de sa vie ce que l’on veut
exquis !
«on veut»
attachés 
«et de bonne humeur»
une caresse ?
rassasié
«en forme et de bonne humeur»
embrasse ta destination
le jardin 
de la tendresse
et du désir
«et toi en forme ?»
comme l’abricot ?
«ou en es-tu ?»
(inquiétude)
«faire de sa vie ce que l’on veut»
enlace
embrasse
la bête sa fourrure
c’est : 
langoureux 
alléchant 

1 jour
dans la boîte 
à destination 
«être toujours»




Notre animal de compagnie

Un jour dans la boîte aux lettres
main
dépose
très accueillant
troublant, lisse
renversé toutes les demi-heures
doux
galbé
rouge
félin ? 
NON
Dans la journée lève-toi de ta chaise
titille
les tendresses
obéissant explorateur
Etire-toi, bois de l'eau
Un jour dans la boîte aux lettres
amoureux
dépose
exquis
enlève tristesse
abricot attend
miel inquiétude
toutes les demi-heures
retourne à la boîte aux lettres
posé, entre les doigts de pieds
sans fourrure
à, et, e, je, qui, du, quand, mais cette
tonique jusqu'au soir
destination corps
"à pois"
vertige de la boîte aux lettres
dépose caresse
femme comme destination
c'est désir
des jardins
silence cède
toi
dans la boîte aux lettres
30 jours
"30 ans"
tentation
parfum
odeur
ses oasis
des mots
des jardins
suis deux
suis un
ton ivresse plonge
S, S, enlève
devine
embrasse
enlace
palpitant
mais :
? t'-il ?

Un explorateur troublant

Un jour la boîte aux lettres
en un langoureux vertige
et une tendresse sucrée
accueille
un explorateur troublant
attirant 
par son corps galbé
un parfum d'ivresse
la finesse des doigts

                                   une femme
                                   à l'inquiétude sensible
                                   le touche
                                   l'enlace en douceur
                                   titille sa peau
                                   excite ses reins
                                   le bascule d'une pulsion
                                   désaltère son amande

                plonge dans un monde de silence

                                   le dépose dans un jardin
                                   au goût triste
                                   comme une invitation
                                   au tonus retrouvé


l'opulent amoureux et sensible
palpite de plaisir
chaque après-midi   

J'ai respecté la consigne à la lettre...je crois... 

jeudi 17 janvier 2013

Dors-tu assez et suffisamment bien ?





C'est une évidence, mais … il ne l'embrassait jamais.
Quand un jour dans la boîte aux lettres, une odeur mouillée de chatte l'a enflammée de tendresse.
Triste, elle est devenue douce et nue.
Une faim l'a basculée dans l'aventure.
Obéïr aux désirs, c'est la base.



Seuls les mots en italique ont été rajoutés

mardi 15 janvier 2013

atelier du 10 janvier


mpb est venue avec une drôle de bête, rose à pois blancs, une phrase de démarrage : "un jour dans la boîte aux lettres", plein de mots à piocher et une phrase-conseil pour chacun .. tous les matériaux étaient là .. nous n'avions rien à ajouter ..






samedi 12 janvier 2013

titre pour une autobiographie d'objet

atelier du 10 janvier, avec les mots-consignes tirés ce soir-là, tous utilisés-et-l'objet-mystère qu'on appellera Smochk en clin d'oeil au dernier Post de Ange Gabrielle. Il ne fallait pas faire de récit, pas de narration.
 (ce qui n'est pas en italique correspond à des  mots  rajoutés)



"Autobiographie d'un Smochk de jardin plein d'exotisme, qui un jour enfermé dans la boîte aux lettres suite à des repas trop lourds mais voluptueux, et obéissant à une pulsion du soir (ou à un regain de forme), d'une touche, plonge dans une enveloppe, supprime sa destination" 

(le Smochk est arrivé 30 ans plus tard à la bonne adresse)

samedi 5 janvier 2013

Boule de cristal




En y regardant longtemps, chacun y verra de quoi son 2013 sera fait

A Marie de Vallonpierre, Marie, Pierre ... Lìn ... et les autres

 Se choisir un nom

« Normalement, notre nom ne dépend pas de nous. Reçu, hérité, donné par les autres, c'est toujours du dehors qu'il vient. Nous sommes nommé, nous le sommes déjà avant même de savoir notre nom, nous ne forgeons pas ce signe, il ne dépend pas de notre choix.
Sauf pour quelques uns, en de rares occasions. Les fugitifs, réfugiés, exilés qui doivent vivre, pour survivre, sous une nouvelle identité. Les artistes – acteurs, chanteurs, peintres, écrivains – qui prennent un nom de scène, un nom d'auteur.
Toutefois, la plupart de ces choix sont contraints : il faut un nom qui ne se remarque pas trop, soit facile à retenir, sonne aisément dans le registre déjà existant. Ce nom est d'abord pour les autres, pas pour soi.
Si vous pouviez créer votre nom, celui qui vous va, qui vous ressemble, qui exprime vraiment qui vous êtes, quel serait-il donc ? La question même peut paraître curieuse. Ce nom existe-t-il ? Comment le forger ? Surgit-il d'un coup, comme une révélation ? Faut-il au contraire chercher par tâtonnements, multiplier essais et déceptions, hésitations et recommencements ?
Ca fait quoi, finalement, de se donner un nom ? On le trouve d'un coup, comme on déniche une trouvaille – caché quelque part, en attente ? Ou bien on l'invente, de toutes pièces, pas sûr que ce soit le bon ? Pourquoi vous convient-il ? Comment fait-il pour vous correspondre ? Quelle est donc l'énigme de cette articulation, toujours mal élucidée, entre les personnes et les noms ?
Et aussi, peut-être, cette étrange illusion : le nom, toujours le même, nous fait croire qu'il existe un individu, toujours le même, un élément qui persiste et perdure, ne varie pas, demeure infiniment égal à lui-même. Or ce n'est pas sûr du tout.
Il est possible, au contraire, que nous soyons très différents d'un âge à un autre. Ou même d'une année, d'un jour, d'une heure à l'autre. Faudrait-il, du coup, se donner chaque fois un nouveau nom ? Dire : « Ce matin, je m'appelle ... » sans savoir si, ce soir, ce sera toujours le cas ? Ou bien faut-il n'avoir pas de nom ?
Tout cela ne simplifie pas les cartes d'identité."

R P Droit "Petites expériences de philosophie entre amis" PLON p 122 Les caractères gras sont rajoutés

vendredi 4 janvier 2013

réponse de Stéphanie à la lettre de Martin pour la Pierre de rêve


une vraie correspondante (qui n'est donc pas Lin) cachée sous le nom de Stéphanie, à qui Martin avait écrit pour la remercier de la pierre de rêve ramenée de Chine, et pour lui faire part des idées qu'elle lui a insufflées pour se débarrasser d'un chef, porte ici le pseudo de Marguerite (car elle aime bien les vaches) pour expliquer ce que la pierre lui a fait lors de son voyage à Pékin. 
(réponse à Martin)
Hello Martin,
Pour la pierre, la Pierre de Rêve, voilà comment tout a commencé.
La première fois que j’ai posé mes yeux sur elle, cela faisait à peine trois jours que j’étais arrivée à Pékin. Je n’étais alors qu’une débutante en voyage autour du monde. Tu te souviens que je voulais vivre quelque chose d’intense, de dépaysant, voire de violent, tout de suite. Il était hors de question que je m’installe tranquillement dans une routine et que je me déprenne par petites touches. Non, j’avais besoin d’une sorte de choc et c’est la raison pour laquelle j’avais choisi la Chine, et Pékin, comme destination initiale. De ce déracinement, j’en attendais quelque chose, et la non transition devait jouer un rôle dans mon expérience. J’avais envie d’être désorientée au sens premier du terme : oui, il me fallait perdre mon orient, faire tout éclater. Je peux dire maintenant, avec le recul, que j’en attendais une sorte d’implosion interne, qui me permettrai de faire table rase d’un seul coup, de me brûler pour voir ce qui repousserait ensuite.
L’arrivée à l’aéroport avait été à la hauteur de mes espérances. Tu m’imagineras sans peine débarquant sur le tarmac lessivée par toutes ces heures de vol, humant l’air et happant du regard le monde qui m’entourait, avide de me dissoudre dans cette nouveauté. Je me sentais vide, réceptive, légère d’une sensation que je n’ai pu nommer que bien longtemps après. Cette sensation était celle d’une joie d’être dans le dépouillement, dans l’absence de recherche d’un confort quelconque. Une fois l’immigration passée, je me suis assise sur un banc avant de quitter l’aéroport. Personne ne m’attendait. A priori, je n’aurais que des échanges superficiels pour demander une information, pendant longtemps. C’était une forme extrême de solitude au sein même du pays le plus peuplé du monde. J’ai essayé de me rassembler, et de faire le point sur mes sensations. Mais les critères anciens et habituels étaient inopérants : je ne savais pas trop si j’avais faim, soif, ou sommeil. L’heure même n’était pas très parlante puisqu’on était quelque part entre le jour d’avant et le jour déjà vécu pendant le vol. Le plus délicieux était que je n’avais même pas envie d’être bien, ni confortable, ni en sécurité. Je souhaitais juste me sentir vivante, dans toutes les sensations extrêmes et contrastées que cela suppose. A ce stade-là, mon voyage s’annonçait bien : je me sentais délicieusement bizarre, et me nourrissant de cette expérience étrange, il m’apparu que j’étais déjà rassasiée de ce que j’étais venue chercher. Presque j’aurais pu rentrer en France, tant mon but paraissait si rapidement et parfaitement atteint. Un policier, ou un militaire en uniforme et venu me dire quelque chose. Je n’ai rien compris. Le ton semblait agressif, je ne savais pas s’il avait parlé en chinois ou en anglais. J’ai cru comprendre qu’il fallait que je me lève parce que j’occupais ce banc depuis longtemps. En me remettant debout, j’ai eu, d’une façon fugace, le sentiment d’une perte terrible. Ce petit banc pas même confortable, je n’avais mis que quelques instants à le faire mien et à m’y sentir comme chez moi. Sommée de m’en extirper, je comprenais brutalement que mon voyage commençait réellement maintenant, une fois passé les contrôles, la douane, les fouilles, et le parquement rassurant dans les zones transitaires des aéroports où finalement, on fait ce qu’on nous dit de faire, au moment où il faut le faire. Car à présent, nulle hôtesse pour me guider vers ma place ou m’apporter un jus de fruit. C’était à moi de faire le premier pas et de décider de mes activités pour le restant de la journée.
Je me suis rendue dans l’hôtel que j’avais réservé (prévoyant malgré ma soif de désorientation qu’il faudrait un point de chute fixe pour débuter mon apprentissage du nomadisme volontaire et de longue durée). Au début je suis peu sortie, et puis finalement, j’ai commencé à arpenter les rues, jusqu’à me perdre dans celle où j’allais rencontrer la pierre. Il se trouve que c’était un tout petit restaurant. Vraiment modeste. Dès que je suis entrée, j’ai été happée par un objet qui était posé sur le comptoir. Pendant tout le repas, que j’ai pris face à la pierre, j’ai eu le sentiment d’une compagnie rassurante. Bienveillante. A un moment, le patron a suivi mon regard, et m’a ensuite observé longuement sans se cacher, ce qui est est très peu dans les habitudes chinoises. Puis il a sourit, a apporté la pierre et l’a posée en face de moi. Qu’il l’a touche m’a fait un petit choc. On aurait dit qu’elle était déjà une partie de moi, et qu’il m’était physiquement douloureux de sentir des mains étrangères la transporter. Puis, il m’a parlée, en me demandant si cette pierre m’intéressait, si j’avais envie de la voir de plus près, de la toucher. Au début, je n’ai pas éprouvé le besoin d’entrer en contact avec elle. La regarder me suffisait. Et plus je passais de temps à l’observer, plus j’avais le sentiment de m’absorber en elle, et d’y rencontrer une apaisante sensation d’unité. C’était un moi unifié, soudé, dense, plein, que la pierre me renvoyait comme une image émotionnelle.
Au bout d’un très long moment, j’ai eu l’impression d’avoir fait le plein de cette sensation, et d’être gonflée d’une énergie neuve. Exactement comme si on avait rempli un réservoir émotionnel d’un carburant spécial, dont je ne savais ni qu’il existait, ni qu’il pouvait être vide. C’était très étrange, car j’étais à la fois complètement apaisée, et particulièrement fébrile et bouillonnante. Des idées neuves, des vieilles aussi, se sont mises à percuter mon esprit et à tourbillonner comme la neige pendant une tempête. J’éprouvais une bourrasque d’idées. J’ai arrêté de regarder la Pierre, et je me suis dit que cela avait été merveilleux, et que peut-être son souvenir, lorsque je serai sortie de ce restaurant, suffirait à procurer de nouveau ces sensations. Au moment de payer, j’ai dit au patron : « Elle est vraiment curieuse, cette pierre, je suis contente de l’avoir regardée. » Le patron m’a alors souri, puis il l’a prise, l’a emballée, et me l’a donnée. Je ne comprenais pas : s’agissait-il d’un cadeau ? Fallait-il payer quelque chose ?  J’avais l’impression qu’il s’agissait d’un trésor inestimable et ma condition de voyageuse volontairement pauvre ne me préparait pas à acheter des pierres précieuses au bout de trois jours. Le patron m’a alors expliqué que cette pierre était très vieille, beaucoup plus que ma civilisation occidentale, et qu’elle était dans sa famille depuis plusieurs générations. Il n’en était pas le propriétaire, pas plus que son père, et ses ancêtres avant ne l’avaient été, mais le gardien. Il s’agissait d’une Pierre de Rêve, dont les propriétés étaient différentes selon les personnes qui en étaient dépositaires. Il m’a aussi dit que cette pierre ne pouvait pas s’acheter (elle existait bien avant l’invention de l’argent), qu’elle était plutôt confiée. Il savait toujours reconnaître à qui la confier, à une certaine intensité du regard, une certaine attention accordée à l’objet, et une absence totale de désir d’en devenir le propriétaire par l’achat. Apparemment, mon attitude correspondait à celle du futur dépositaire de la pierre. Je lui ai demandé comment il était possible que cette pierre soit encore dans son échoppe, alors même qu’il m’expliquait le rôle familial de gardien. Il m’a dit que cette pierre  revenait systématiquement dans sa famille, une fois son oeuvre achevée. C’était un objet dont les propriétés, puissantes, s’exerçaient pendant un certain temps. Ensuite, le dépositaire sentait qu’il fallait s’en séparer, afin qu’elle accompagne quelqu’un d’autre. Elle tournait autour de la terre, cette pierre, et finissait toujours sa course dans son restaurant. Ensuite, elle repartait. Cela faisait des générations et des générations qu’il en était ainsi. Il n’était pas inquiet, et même content de savoir qu’elle reprenait du service. Il m’a demandé quelle était ma nationalité, et devant ma réponse, s’est réjoui : « Ha oui, la France, la pierre connaît, elle y  a déjà séjourné plusieurs fois. Oui, elle sera contente de retourner en France. »
Voilà donc Martin, comment je me suis retrouvée en possession de la pierre. Ce qui s’est passé entre elle et moi, avant que je ne te l’envoie est une autre histoire. Mais je t’assure que son pouvoir est fort. Mais peut-être doit-il servir des intérêts plus grands que la seule chute (espérée, certes), de B. Je te souhaite, - si ce n’est déjà fait- un bon restau avec « la petite comptable » …
A bientôt
Stéphanie