vendredi 3 octobre 2014

Free Go, consigne l'été 80

Consigne 1. Lieu

Il faudrait écrire à partir d’un ici, le choisir suffisamment nourrissant pour fabriquer un texte dans la durée. Lieu réel ou inventé, lieu des rêves ? Dans des temps chronologiques ou des temps morts. Des mi-temps ou des temps métissés, des temps hétéroclites successifs ou emmêlés ? Maintenant, je suis là, ce lieu est là-bas. La nuit commence à envelopper le jardin, les lampes de la salle à manger sont allumées. Là-au-loin il faut éclairer l’extérieur du cabanon. Le mistral a faibli après avoir soufflé fort dans la journée. Je regarde les épines de pin éparpillées sur le sol bétonné de la terrasse, me dis que demain j’aurai à passer le balai. Je ne vois pas les écureuils sauter de branche en branche. Au loin, les pleurs d’un chien esseulé. A cette heure, les cigales ne chantent plus. Pas de cris d’enfants jouant au ping-pong juste derrière mon bungalow. Les vacanciers sont repartis. Ma vieille voisine, qui demeure ici durant les mois les plus chauds, a repris le train. Les gardiens du village de vacances savourent le retour au calme avant de penser aux travaux d’hiver. Tout est silencieux, presque triste, nostalgique. Automnal.

Fin août. Le soleil est déjà bas, il filtre dans le mouvement des arbres et éblouit le pas de porte. Il y a eu beaucoup de départs aujourd’hui. La plage était moins dense que les jours précédents. La mer plus bleue. Le voyage m’a fatiguée, je somnole et me promène entre les cabanons. Une porte est grande ouverte, pourtant j’ai vu la famille s’entasser dans la voiture surchargée de valises et de sacs. Ils ont oublié de donner un tour de clé. Oublié le départ, refusé le retour du quotidien. Des affaires sont réunies à l’intérieur, mis en tas. Je vais pour fermer cette porte mais mon regard est attiré plus loin, j’entre, jette un œil dans la pièce, tout semble identique aux autres cabanons, une pièce d’une dizaine de mètres carrés, un grand lit double, des lits superposés, un frigo et une plaque de cuisson, un évier et un chauffe-eau. Pourtant une autre porte s’entrouvre au fond de la pièce, je vais voir. Je suis surprise car un escalier descend dans un sous-sol improbable, aucune cabane n’est sur deux niveaux pourtant. Je l’emprunte craintivement. Il débouche sur une autre pièce identique à celle du haut, sans lit mais avec un second frigo. Deux frigos. Free Go !

J’ai quatorze ans, On est en 1977. Mes parents viennent pour la première fois dans le village des cabanes. Mes deux frères sont déjà partis à la rencontre de nouveaux copains, auparavant ils ont pris d’assaut les lits superposés. Je monte ma petite toile de tente dans le jardin devant la terrasse. Je serai libre ! Libre d’aller et venir, libre de rentrer le soir sans que mes parents me voient, libre de me lever quand je veux, libre de lire jusqu’à ce que les yeux picotent, peut-être même jusqu’à minuit. Il y a un évier mais pas d’eau courante. Les corvées enfantines commencent : aller remplir les bacs et les sceaux à la fontaine. S’arroser au passage. Les douches collectives sont froides, on n’a pas encore inventé le système de carte permettant de prendre une ondée chaude, cela viendra, dans quelques années, on ne le sait pas encore et on s’en fiche. Il y a des enfants partout sur les 98 terrasses. Ils courent entre les bungalows, se réunissent en nuées vers le ping-pong, se dispersent soudainement et recomposent leurs grappes remuantes plus loin, sur le terrain de volley, à l’entrée du village, devant le mas qui vend les glaces et le pain. 


Seule sur la terrasse, j’ai allumé la lampe qui éclaire la table poussiéreuse, je n’ai sorti qu’une chaise blanche. Les locataires précédents ont oublié un journal sous le lit. Un journal vieux de dix jours. La météo se réjouit du printemps qui revient. Le week-end de l’Ascension a embouteillé les autoroutes. On s’interroge sur la poursuite de la guerre. Encore des enfants tués à Homs.  Lasse, je le referme. Cet escalier descendant dans un sous-sol… je m’étais sentie coupable d’entrer chez des gens que je ne connais pas, qui ne m’ont pas invitée. Peu importe. Le sommeil m’attire vers le grand lit que je n’ai pas encore préparé. Je viens d’éteindre la terrasse, et je ferme la porte à clé difficilement, c’est vrai qu’il ne faut pas trop l’enfoncer dans la serrure, qu’elle a du jeu, qu’elle résiste, elle, si ancienne. L’odeur de la résine des pins me berce et je m’enroule dans un drap, je ferais le lit demain. Je me souviens que j’avais posé mon vélo en bas de l’escalier, pourquoi y-avait-t-il deux frigos ? Pourquoi j’avais un vélo ? Il y avait une porte vitrée sur le côté gauche, elle débouchait sur une coursive souterraine qui semblait desservir d’autres cabanes. Un homme sans âge était apparu, derrière la vitre, paisible, j’avais sursauté, surprise et, avant de m’expliquer avec lui, à grandes enjambées, j’avais remonté l’escalier du temps et du rêve, vite. Vite à s’essouffler. Free ! Go !

jeudi 2 octobre 2014

Automne 2014

Nous voilà repartis pour une nouvelle année d'écriture ensemble! 
Après un petit échauffement des neurones et quelques douceurs pour le palais, la première consigne a été délivrée. Pendant plusieurs séances nous nous inspirerons ( grandement) d'un atelier d'écriture animé par François Bon en 2013   auquel j'avais participé.

 La lecture du livre  de Marguerite Duras " L'été 80" ( et je n'en reviens pas tout le monde l'avait lu ou était en train de...) étant un préalable, nous avons abordé la première consigne!

Un narrateur fixe pour ce premier texte, assis, debout, dehors à regarder ce qui tient dans son champ visuel, que ce soit l'intérieur d'une pièce, la vue d'une fenêtre, une terrasse, un coin précis du dehors, un lieu de passage dans une ville ou une chambre d'hôtel. Une fois déterminé, le décrire à quatre moments différents du temps. Savoir à l'avance la fréquence et l'espacement: le temps d'une journée, selon les saisons d'une année, ou au retour à chaque été, peu importe, mais il faut le décider.
Penser dès l'amont votre texte comme se présentant sous la forme de quatre paragraphes d'importance égale, pensés dans leur pluralité et leur équilibre. Ne pas tout dire dans le premier et plus rien pour les autres. 
N'hésitez pas à repartir directement de comment s'y prend Marguerite Duras pour ce même exercice qu'elle s'impose: elle part du rien, du temps qu'il fait, de la météo. Le lieu se répète? Bien évidemment cela fait partie du jeu, il se répète donc dans le texte.

Bientôt ici même les productions de chacun....


mardi 16 septembre 2014

"Encore une bouteille jetée aux nuages via le web"

 


Quatre années.

Quatre années durant lesquelles et malgré votre absence, votre âme m'accompagne et me fortifie. Cette nuit encore, je me suis réveillée avec cette sensation de bien-être, de paix profonde, d'harmonie avec moi-même : je vous parlais, vous disant comme vous m'accompagniez depuis tant d'années et vous citant le passage relu hier de « Disparaître » (livre imparfait que j'adore) de B. Leclair sur l'âme d'une corde, ce filin sur lequel vient se tresser la chair et qu'il est vital de voir apparaître (lorsque se distendent ces « tôles » mentales, « taules » mentales, idées toutes faites, stéréotypes qui nous enferment et nous limitent) sans pour autant que l'âme soit blessée.
Il fait un délicieux temps d'automne, chaleur très douce, lumière incomparable qui me rappelle la douceur de nos échanges. Vous êtes si près.
Vous citerais-je encore B Leclair pour approcher au plus près de tout ce qui n'en finira jamais de déborder la parole.
« La matière qui précède la parole des hommes, l'émotion qui précède la parole de chaque enfant. Tout ce qui nous échappe dans nos mots et à quoi pourtant nous n'échappons pas, même à s'enfouir la tête dans le ciment des stéréotypes. »
Aucune douleur en cet automne de ma vie et vous y êtes pour beaucoup.



lundi 8 septembre 2014

Zen ... non ???



Laquelle des deux envie l'autre ?
En tout cas, faire sa gym le matin dans cette belle lumière, quel bonheur !
Pour patienter en attendant de vous revoir tou(te)s en grande forme

lundi 11 août 2014

Morceaux de texte (3)


1    Elle parle tout bas, depuis longtemps, bruissements légers dans la cacophonie du monde et des choses à faire. Elle appelle. Parfois sur un lit de mort.  Parfois au réveil. Parfois au cœur d’une conversation amicale. Son espace-temps n’a pas de limite, pas de cycle, pas d’éclipse, pas de passé, pas de futur. 
     S’agiter, se griser, s’étourdir : rie n’y fait, elle est là poursuivant ses sourdes vocalises, impromptues. 
     Elle ne s’entend pas avec la raison ni avec la décision
     son territoire est le corps. Elle le dévêt de ses oripeaux et de ses apparats, jusqu’à ce que seuls vibrent la mélancolie, la colère, la tristesse, la joie, la créativité, le désir, le remord, l’impuissance, 
     puis elle le vêt de la rosée matinale, de la blancheur de la lune, de la transparence de la pluie, du gris-brun de l’ennui. 
     Sans éclat, la voix monte d’un ton, puis de deux, bientôt tu l’entends mais tu ne l’écoutes toujours pas, pas tout de suite. Tu la penses et tu fuis. Et dans cette fuite, ses paroles sautillent, se métamorphosent, s’imposent à toi, un fil discontinu de paroles… un fil qui bientôt se resserre, t’immobilise. Il n’y a plus rien à faire. Rien vers quoi, rien vers qui, tendre. Personne ne t’attend. Seules ses paroles se font compagnes aigres et douces. 
     Tu et nu, tu es fou. Chair de solitude.
    





mercredi 6 août 2014

morceau de texte (2)

    un morceau de rocher émerge du lac sombre, au premier abord une seule couleur enveloppe le paysage : un gris-brun s’enfonçant au plus loin dans la montagne couverte par une voûte de plomb qui pourtant n’écrase pas les reliefs des pics. 
     Tandis que le reflet du sommet forme une courbe inverse à celle que dessine la silhouette montagneuse, le gris-brun s’entache de lueurs bleutées et orangées. Par touches successives les teintes se font sonorités appelant à taire l’agitation des mots. Le précipice se devine, un puits sans fond qui absorbera le rocher solitaire égaré au milieu du lac ? 
      Des ombres l’entachent  peu à peu puis complètement. Elles forment bientôt une barrière entre lui et moi. Il est derrière ou dans un trou noir et je ne peux le suivre, je reste à ma place,  périphérique, celle des comètes vibrantes et minuscules.
Le groupe de touristes s’arrête maintenant devant la photographie, je m’éjecte  de la salle du musée déçue de ne pas savoir ce qu’il est advenu du rocher.

morceau de texte (1)

1   Epuisée par son ennui elle a pris son sac-à-dos, enfourné la tente bivouac, le duvet, un tee-shirt de rechange, un sac de fruits secs, son tabac, deux bouteilles d’eau. Mais n’as-tu pas peur, seule, sur les chemins, la nuit surtout ? – si terriblement, j’ai cru maîtriser la peur, mais elle a gonflé et débordé ruisselant par toutes les coutures de la toile, suintant une mélodie inaudible dans les branches des pins dissimulés par les ténèbres, puis des bruits de pas et des murmures ont emmuré l’espace, et je les sentais s’approcher
    ils ont agité lentement les piquets de la tente, je me suis pelotonnée dans le duvet et ait rallumé mon téléphone, le réseau était indisponible, j’ai sorti mon couteau suisse rouge, minuscule, ça s’approchait encore, encore. J’attendais. Aux abois. Déjà souillée, déjà dépouillée, tandis que les murmures se taisaient, prêts à agir. Le vent s’est suspendu. J’ai attendu dans mon sarcophage de plumes, j’ai attendu, serrant le couteau. J’ai attendu. Devançant l’ennemi, j’ai sorti la tête de mon linceul, ait craintivement tiré sur la fermeture éclair de la tente. Soudainement, les odeurs de champignons, de réglisses et de menthe m’ont attrapé le visage. La lune m’a ébloui de son halo blanchâtre. J’ai fermé les yeux, vaincue, abandonnant la partie. Et je me suis endormie au bord d'un chemin.





lundi 4 août 2014

Paulhiet - Drôme 26

Paréidolie d'une scène de ménage
Une paréidolie est une association d'images informes à un élément identifiable, souvent de forme humaine ou animale


châtaigneraie de Paulhiet


Pustules



Jeunes plants de lavande



Ces quelques vues de cartes postales prise entre Dieulefit et Bourdeaux hier 3 août par 27°, de quoi faire rêver toutes celles et ceux que la pluie gratifie de ses bienfaits.

samedi 2 août 2014

Transblog avec Petites Histoires de terre

Bourdeaux, son beffroi, son vieux château et le champ de lavande




La viale de Bourdeaux

Justement ce jour-là, j'arrive à Bourdeaux
Trop beau, trop silencieux, on croit rêver ... malgré la grisaille

dimanche 27 juillet 2014

Dégustation-plaisir

Pain complet-maison, légumes lacto-fermentés, graines germées, salade aux fleurs et levure maltée



la table



pomme et pruneaux au four, mauve, oeillet d'inde-mandarine et bourrache

Après 5 jours de jeûn, la table de rupture du jeûn :
Vrai plaisir des yeux, du coeur et de l'esprit mais à déguster lentement car plus rien ne passe
Une expérience aussi douloureuse qu'enrichissante.
Les mots ont disparu, même plus l'envie

samedi 12 juillet 2014

Le sujet favori d'écriture

"... Je n'ai pas de sujets favoris d'écriture, je n'ai qu'un seul sujet : y voir clair, plus clair en moi même, apprendre à me connaître ou pas, apprendre ce que je fais de travers, ce que je pense de travers, ce que je pense sans réfléchir, ce que je dis sans réfléchir, ce que je dis par automatisme, ce que d'autres aussi font, pensent, disent sans réfléchir : devenir attentif et rendre attentif, rendre et devenir plus sensible, plus réceptif, plus précis, pour que moi et d'autres puissions exister de manière plus précise et plus sensible, pour que je puisse m'entendre mieux avec d'autres et avoir avec eux de meilleures relations... "

Peter Handke  "J'habite une tour d'ivoire" ed. C Bourgois

jeudi 10 juillet 2014

Para - pluie

Un des nombreux petits bouquets confectionnés pour égayer les tables des 80 ans de Josette



Fleur conjuratrice et baume apaisant

A tous, toutes bisous et gardons le sourire