jeudi 22 octobre 2009

Prés

L'hiver, les prés sont blancs et on fait de la luge quand on a moins de 12 ans. Après, c'est trop tard, c'est ringard, même si le mot n'est venu que bien plus tard.
La luge est peinte en rose et vert,c'est mon frère, c'est une petite luge à 2 places maximum avec le museau arrondi. A l'arrivée, au bas de la pente, il faut un peu freiner avec les talons pour ne pas se planter dans la raze* qui suivant la température, entretient un filet d'eau bouillasseux, plus ou moins recouvert et plus ou moins caché. Parfois, dans le jeudi, il y a un curé avec nous. Mais on n'aime pas ce souvenir : le curé tripote.
puis on a à peine le temps de remonter la pente 4 ou 10 fois, les poumons en feu par l'effort et le froid, et c'est déjà le temps des narcisses, des coucous, des myosotis. On revient avec des brassées d'odeurs et il y a toujours quelqu'un pour vous dire que ça fait mal à la tête. On s'en fiche. Chaque année, on y retourne pareil.
puis un jour il y a des barbelés, des maisons qui poussent. A la place de la neige il y a des voitures qui laissent des traces, à la place des narcisses des dahlias en rangées jaunes et rouges et qui n'apparaissent que bien plus tard dans l'année.
Mais il faut bien que l'enfance s'arrête.

* merci pour le mot, Michelangelo !

mercredi 21 octobre 2009

Prés, collines, clairières....

Dans sa "Petite collection de paysages", Pierre Gilloire raconte:
- les prés
- les collines
- les clairières
- les plages
- les cascades
- les côtes rocheuses
- les sommets
A vous de vous réapproprier l'un de ces paysages et de le raconter à votre convenance: impressions, souvenir personnel, description, regard esthétique ou émotionnel, travail purement topographique...

"Le paysage soudain, s'éclaircit. Inattendue, discrète, une clairière apparaît. Dans une trouée de la canopée, le soleil jusqu'alors tamisé, éclaire un espace dégagé. Le promeneur s'arrête, il observe, il attend. Il sait que le silence est son allié. En ce lieu tout est enchanteur du moins en apparence: tapis de mousse, primevères, filet d'eau bordé de trolles et de menthe sauvage... Ici, tout peut arriver...Pourquoi ne pas rêver...Les sous-bois intriguent, l'odeur âcre des ciels tourbeux ensorcelle. Se retrouver, seul, au milieu des fougères comme au début du quaternaire fait perdre ses repères... La clairière est magique...c'est un théâtre. La qualité du décor et le microclimat créent un biotope parfaitement adaptés aux apparitions mythiques..."

mardi 20 octobre 2009

Nuit




En attendant un texte "Nuit", voici un ancien message que je suis ENFIN parvenue à modifier
Je m'améliore sur le Mac ?

samedi 17 octobre 2009

L'arrière-pays

J'ai souvent éprouvé un sentiment d'inquiétude, à des carrefours. Il me semble dans ces moments qu'en ce lieu ou presque: là, à deux pas sur la voie que je n'ai pas prise et dont déjà je m'éloigne, oui, c'est là que s'ouvrait un pays d'essence plus haute, où j'aurais pu aller vivre et que désormais j'ai perdu. Pourtant, rien n'indiquait ni même ne suggérait, à l'instant du choix, qu'il me fallut m'engager sur cette autre route. J'ai pu la suivre des yeux, souvent, et vérifier qu'elle n'allait pas à une terre nouvelle. Mais cela ne m'apaise pas, car je sais aussi que l'autre pays ne serait pas remarquable par des aspects inimaginés des monuments ou du sol. Ce n'est pas mon goût de rêver de couleurs ou de formes inconnues, ni d'un dépassement de la beauté de ce monde. J'aime la terre, ce que je vois me comble, et il m'arrive même de croire que la ligne pure des cimes, la majesté des arbres, la vivacité du mouvement de l'eau au fond d'un ravin, la grâce d'une façade d'église, puisqu'elles sont si intenses, en des régions, à des heures, ne peuvent qu'avoir été voulues, et pour notre bien. Cette harmonie a un sens, ces paysages et ces espèces sont, figés encore, enchantés peut-être, une parole, il ne s'agit que de regarder et d'écouter avec force pour que l'absolu se déclare, au bout de nos errements. Ici, dans cette promesse, est donc le lieu.

Yves Bonnefoy "l'arrière-pays"

lundi 12 octobre 2009

chemin 2



si le chemin
fore dans la tête
jusqu'à reboiser
le dehors dedans

si le chemin
force le regard
qui se détache
et s'attache à horizon

si sur le chemin
on accompagne le jour
jusqu'à scander
le temps

si le chemin
pour rien
nous traverse
comme respiration

si sur le chemin
on est paysage
et dehors et dedans
entrefroissés

si le chemin
dévoile cet avant
en nous cachant l'après
paisiblement

alors
chemin d'être

vendredi 9 octobre 2009

Chemins de vie


De TOI à moi. Toujours dans ce sens. C'est de TOI à moi que s'ébauchent les multiples chemins possibles. TOI que je rencontre.

Entre toi et moi, des fils se croisent, s'entre-croisent. Au fil des pas, au fil des heures, au fil des jours.
Peu à peu, un chemin se creuse, une trame se tend ; entre ses fils ténus, des ébauches de mots, tus, retenus.
Après beaucoup de pas, après beaucoup de temps, après beaucoup de faire ensemble, au détour d'un sentier, au tournant d'une phrase, une haute vague d'amour déferle entre deux beaux silences.
Je me retourne pour admirer la toile colorée que nous avons tissé avec nos deux passés.

"Dessine-moi un chemin"
Devant nous, là où il n'y avait rien, prend naissance un chemin de vie : dans le creux de nos mains, au creux de notre oreille, dans ce cheminement à deux, s'ébauche un avenir.
Toujours de toi à moi.

Toujours de toiS à moi, car vous êtes nombreuses : Josette Louisette Renée Martine Bernadette Myriam Marie-Pierre Solange Janine ...

Parfois, l'ouvrage s'interrompt. Le sentier se perd entre les hautes herbes, longtemps, peu de temps.
Je l'oublie.

En me retournant, je le vois qui attend, patiemment dissimulé, que toi et moi continuions notre cheminement.

un an déjà, avec Ange-Gabrielle

 près de Salvaris, inondations en cours

jeudi 8 octobre 2009

Chemin (2)

Il suffit de se retourner et de contempler l'étendue, une sorte de paysage qui ressemblerait aux Estables, rude altiplano d'une vue bâtie par les vents, et le regard libre de droits se heurte à une ferme solitaire, à un bouquet de rochers pointus, à un arbre agrippé au ciel pour ne pas mourir. Le regard qui se heurte et ricoche d'obstacle en écueil, mais n'embrasse pas tout, et cueille l'horizon comme un reposoir au point de partage des eaux et sait que tôt ou tard il y aura la mer, comme un début en soi.
Au début du chemin était ma mère, et lorsque je regarde le chemin parcouru, elle me talonne, comme si son âge la rapprochait de moi, comme mon autre petite fille. Elle m'appelle au téléphone, elle m'appelle, me disant pour la première fois "je n'avais pas bien compris, j'avais besoin d'être rassurée".
Que devient le chemin lorsqu'on devient la mère de sa propre mère ? Je suis à la croisée avec mon enfant qui lâche ma main, se hisse à ma hauteur de femme, tandis que la vieille main de ma mère se tend vers la mienne déjà tavelée, pour que je la soutienne.
Sur l'altiplano des Estables, je me tiens dans la maison solitaire, petite lumière vacillante dans la nuit, du moins j'espère. Des chemins en étoile et beaucoup de culs de sac dont certains remplis de trésors, car il faut savoir aussi rebrousser chemin pour avancer.

vendredi 2 octobre 2009

Petite collection de paysages

Notre atelier d'écriture a repris sa route ou plutôt ses chemins de traverse...Nous démarrons notre saison avec le livre de Pierre Gilloire "Petite collection de paysages" publié chez L'Arpenteur.
B. nous a sélectionnés quelques passages du livre qui nous entraînent sur des chemins divers et variés:
Le voyageur avisé ne dédaigne pas de cheminer. Il sait qu'en deçà d'une moyenne très raisonnable - quatre ou cinq kilomètres à l'heure - il goûtera la partie la plus discrète du paysage. Au delà, il risquerait de ne plus sentir l'odeur de l'herbe mouillée par la rosée, de ne plus entendre le chant de l'alouette, de ne plus voir l'oeillet sauvage ni le hérisson. Il n'a que faire de la vitesse. Pour lui, cheminer est un luxe, une façon d'être au plus près de la nature, les cinq sens en éveil...

Notre consigne était simple:"Et vos chemins? les chemins de votre enfance, d'hier jusqu'à aujourd'hui et d'aujourd'hui jusqu'à demain? et même après? et vos chemins intérieurs, quels détours, quelles sinuosités empruntent-ils?

Nous avons écrit puis retravaillé nos textes et ils devraient se publier ici. Il y a déja celui d'Ange Gabrielle (à la date du 28/09) et de Laura ( aujourd'hui même). Mais tout le monde ne marche pas au même rythme....alors patientons un peu pour tous les lire !

chemin




Ce n'est que plus tard, quand l'étreinte ressentie s'est desserrée, qu'on songe au chemin parcouru. Il ressurgit de l'ombre où il s'était terré.

Il y a peu, j'ai retrouvé le chemin du "petit bois". Il suffisait de passer outre les résistances forgées depuis ce temps où, naturellement, se dirigeaient les pas. Entre les herbes hautes, le dédale de ronces et les buissons d'ombres, entre débris d'enfance et cadavres de souvenirs, il suffit d'avancer, un brin d'herbe serré entre les lèvres. Dès le départ, poser son regard avec assurance sur les deux maisons en pierre qui bordent le chemin - et voir inévitablement le Louis plié en deux, un fagot sur le dos - puis prendre à droite le sentier qui insensiblement monte jusqu'au "petit bois", lieu-dit "le Garet" sur les cartes d'état- major.

Retrouver le seul arbre qu'on est venu chercher, et même si ce n'est pas lui, y croire encore un peu: ce pin que je disais mien puisque nous avions "fait la taille" tous les deux. J'avais cinq ans, des socquettes blanches dans des souliers immaculés, une petite veste en laine mohair, tricotée par maman, enfilée sur une robe d'été; et je posais pour la photo avec fierté. Longtemps je saluai cet arbre comme un double resté là à prendre soin de mes songes d'enfant.

Après la courbe du chemin, caché par quelques arbres, se lovait le rocher des sacrifices, où enfants nous jouions à nous immoler au dieu Soleil: bras et jambes étirées, allongé sur le gros grain du granite, le visage offert au soleil d'août, un frisson dans les reins, on s'imaginait au temps des sacrifices païens, le corps écartelé et le sang giclant par saccades récupéré dans les cupules du rocher où stagnait de l'eau croupie. On regardait déjà le ciel et le silence qui résonnait.

A partir de là le sentier n'existe plus mais mes pieds retrouvent leurs traces et franchissent ces limites qui me font corps. J'enjambe les herbes hautes, me tords un peu le pied dans les ornières, m'égratigne la peau aux épines de ronces qui tentent d'interdire le passage. Mais je sais cet après qui patiente au-delà. Au travers du rideau d'ombres, il reste à conquérir tout cet avant de moi.

Passé ce sas trouble, le petit bois se dessine avec son tapis de mousse, les lichens accrochés aux troncs, les fines aiguilles de pins qui chantent sous le pied, les cosses de genêts qui claquent en fin d'été, la coulée de lumière glissée entre les arbres et qu'enfant on tentait d'enserrer entre nos doigts candides. Mais c'est le gris qui domine toujours malgré la rousse sueur qui coule çà et là sur les troncs fatigués.

Il faut s'arrêter ici, s'asseoir, toujours au même endroit, et attendre parmi les riens immobiles que les voix se dérobent:

- ne t'éloigne pas...

- ne va pas de ce côté il y a des serpents

- fais attention aux ronces

- ne déchire pas ta robe

- où es-tu ?


Je n'ai guère envie de poursuivre: les lointains sont cachés, l'horizon est derrière. Alors je reste là. Allongée à la lisière du bois, le poids du ciel se fait plus fort; j'écoute le balancement des troncs qui m'effrayait tant autrefois, laisse filer les nuages sans chercher à les retenir, goûte à la saveur de l'air sur ma peau, prends simplement plaisir à la patience.

Alors je reste là.

jeudi 1 octobre 2009

ज'espèरे कुए वोउस पर्लेज़ ले sanscrit

लेस mystères mystérieux दे ला तेच्नोलोगिए मोदेरने ने सस्सेंत दे म'émerveiller।
देपुईस हिएर ज'एससी दे फेयरऐ देस : à présent notre blog pourra être lu par le monde entier
c'est formidable ! j'ai voulu faire quelques corrections hier et voila que maintenant les caractères latins se transforment en magnifiques signes incompréhensibles par nous certes, mais avouez que ça a de la gueule, non ?
bon, je retourne ouvrir le ventre de la bête pour faire un peu de mécanique. Je vous tiens au courant.

कोम्प्रेन्ने कुई pourra

MON BEAU SAPIN

Mon beau sapin, roi des forêts
Que j'aime ta verdure
Quand par l'hiver, bois et guérets*
Sont dépouillés de leurs attraits
Mon beau sapin, roi des forêts
Tu gardes ta parure

Toi que Noël planta chez nous
Au saint Anniversaire
Joli sapin, comme ils sont doux,
Et tes bonbons, et tes joujoux
Toi que Noël planta chez nous
Par les mains de ma mère

guérets* : http://fr.wiktionary.org/wiki/gueret

mercredi 30 septembre 2009

Un jour, "spéciale dédicace à Michelangelo"

"Un jour, il m’a promené dans sa brouette. Un jour, il m’a appris à pincer un petit plomb avec les dents sur un fil de pêche. Un jour, il m’a giflé parce que je m’approchais trop près d’un nœud grouillant de vipéreaux. Un jour, il m’a offert un stylo-plume en forme de Concorde. Un jour, il m’a remis la coupe de vainqueur du tournoi de ping-pong. Un jour, il a fait disparaître un couteau sous mes yeux. Un jour, il s’est emporté contre moi parce que je ne voulais plus de Dieu. Un jour, il a créé le prix littéraire Briance-Le Vigen dont je fus dès lors chaque année sans concurrence le lauréat glorieux. C’était mon grand-père et depuis hier mon existence n’est plus dans la sienne enclose." 
Eric Chevillard, 30 septembre 2009 - pour celles et ceux qui n'auraient pas encore cliqué sur le lien-

mardi 29 septembre 2009

Collections (1)

"Je supporte mal qu'on jette, qu'on détruise. Si bien qu'en plus de nos trésors arrachés aux décharges ou chinés aux puces, nous vivons parmi tous les objets dont je refuse de me défaire. Je déteste que l'on jette mes vêtements usagés, mes bouts de crayon, leurs entaillures, les papiers, les bouteilles vides. Quant aux chaussures, pour les mettre au panier, il faudrait me les faucher quasiment aux pieds ou pendant mon sommeil.
Parfois je peins les objets que je collectionne, j'en fais de petits tableaux. Je ne sais pas pourquoi je me suis mis à faire cela." Henri Cueco Le collectionneur de collections

lundi 28 septembre 2009

Sentiers et chemins


"Jamais il ne s'était senti avec lui- même dans une telle intimité ... Ce besoin de faire sauter une à une toutes les amarres, ce sentiment de délestage et de légèreté profonde qui lui faisait bondir le coeur. La pensée aussi se couchait en lui au profit d'une lumière meilleure. Marcher lui suffisait : le monde s'entr'ouvrait doucement au fil de son chemin comme un gué" J. Gracq "Un balcon en forêt"


Sentiers et chemins

Comme beaucoup d'entre nous, j'aime photographier des tracés de chemins dans de vastes panoramas ou de petites sentes en prairies ou sous-bois...Tant de constance et de plaisir répétés au fil des ans auxquels font écho tant de douces rêveries... Arrachée à l'ici, le coeur et l'esprit brusquement élargis, je suis entraînée vers d'autres chemins, chemins de rêves, souvent arpentés. Ma préférence va aux vastes perspectives sinueuses débouchant sur le ciel, ou à l'opposé, aux sentiers qui s'enfoncent, se faufilent vers le sombre et le touffu.
En cet automne miraculeux, nous marchons souvent Josette et moi. Josette a soixante quinze ans. Elle connaît chaque ferme, chaque courbe de ce pays où elle est née et qui vallonne autour du synclinal de Saoû. Lors de nos ballades, tout le chemin peut se déployer d'un seul coup d'oeil, j'avance alors dans l'enthousiasme d'atteindre ce bosquet ensoleillé, puis cette zone d'ombre fraîche là-bas le long du champ qu'un paysan herse. Je vis une sorte d'ivresse à ce jalonnement, de taches de lumière en zones obscures. dans l'instant, le chemin continue à offrir ses surprises : reflets d'argent sur les sillons de terre fraîchement retournée aperçus différemment d'en bas, ronciers couverts de mûres, aigle qui rôde au-dessus d'une muraille, premières châtaignes dans leurs bogues. Peu à peu, la vaste perspective est conquise, je peux me retourner, contempler le chemin déjà parcouru comme une perspective de ma vie -déjà écoulée- Je vois,étalé devant moi, le chemin parcouru et par un demi tour, j'appréhende ce qui va venir. Je balaie d'un seul coup d'oeil et dans l'immédiateté, un destin. Passé, présent, avenir occupent mon champ visuel et mental dans toutes leurs sinuosités, humilité et splendeur.
D'autres fois, le chemin se cache, aucune perspective. Où va t-il ? D'où vient-il ? C'est à chaque courbure de terrain, parfois seulement au pied d'un gros arbre, que je découvre le changement de direction. Je crois partir vers l'ouest, tout semble me tirer dans ce sens. Pour effectuer une boucle, il faudrait en effet bien prendre cette direction, mais le sentier s'étire et traîne autrement, il bifurque vers ces grands peupliers, me fait longer un champ de noyers. Les noix glanées dans le fossé viendront rejoindre les trois pommes ramassées plus bas, et les quelques "pinets" cueillis dans le bois, les plumes et les pierres.
Récemment, nous avons voulu rejoindre la tour de Bezaudun qui nous faisait signe depuis longtemps. Aucun chemin existant. Nous avons piqué à travers herbes hautes, aubépines, églantines, contourné les ronciers, glissé sur les pierres. Parfois, il nous semblait reconnaître une trace, trace d'ancien chemin. Nous avons persisté. Bouche bée, yeux écarquillés, le paysage au sommet surpassait nos attentes. Pendant notre contemplation du panorama, tous les chemins apparaissaient en clair ou en trouées, serpentant le flanc des montagnes, festonnant une crête. Plus on regardait, plus il en apparaissait, et nous vîmes alors le chemin que nous aurions dû emprunter pour monter, incrusté dans le paysage, non pas en trace d'ornières ou de pas, mais en une absence de végétation haute, passage seulement marqué par des arbustes bas dont on pouvait suivre les sinuosités et qui, plus tard, nous ramena confortablement jusqu'au pied de la pente. De loin, tous ces anciens chemins se discernent nettement, ils sont plus dissimulés qu'effacés, prêts à reprendre du service pour peu que ce vingt-et-unième siècle ait un jour, à nouveau, besoin d'eux. D'autres chemins nous offrent encore de bien plus grandes surprises. L'été, tôt le matin, dans une lumière de commencements, nous montons à Roche-Colombe, une des proues de la forêt de Saoû. A un détour du chemin, nous débouchons sur un immense rocher gravé de noms, de visages, portant l'inscription "Insurgés, déportés de Saoû 1851" "Gens de la campagne, contre les oppresseurs, mettons-nous en campagne". Nous avons promené notre questionnement tout un jour avant d'apprendre qu'il s'agissait de la révolte contre Napoléon III et que tous ces insurgés avaient été capturés et emprisonnés dans la tour de Crest, non loin d'ici.
Je vous invite aussi à emprunter le chemin des Caprines à Vesc, où quelques artistes ont disséminé leurs oeuvres, dont ces époustouflants "Hommes en marche"; celui de Muston, pasteur à Bourdeaux de 1836 à 1888, une plaque du patrimoine drômois le décrit : théologien, historien, naturaliste, poète, dessinateur, médecin, il soigna gratuitement ses paroissiens par l'homéopathie, la radiesthésie et les plantes, résolument républicain, il s'opposa au coup d'état de 1851, ami de V.Hugo, Michelet, G.Sand, Mistral, Rouvier et H.Fabre avec qui il correspond ; celui des protestants au col de la Chaudière où passaient les pourchassée pour se réfugier en Suisse. Les chemins nous content un pays, nous montrent notre vie, nous offrent le monde et ses richesses. Un chemin nous a dernièrement emmenées jusqu'à un lieu-dit "Le calme" : une maison incrustée dans les champs irisés, seuls, sertie dans le profil du col.
C'est là, je suis arrivée, je ne reprends pas la marche -pour le moment- et je vous rends les mots. Je n'en ai plus besoin.

"Un chemin ? qu'est-ce qu'un chemin et pourquoi ? Le prendre sur la droite, et disparaître avec lui ? Mais à quoi bon disparaître ? Le ciel est si vaste et si immobile, dans la chaleur. Le monde est tellement plus vaste quand on le regarde à travers la découpe d'une porte" Y. Bonnefoy "La longue chaîne de l'ancre"

jeudi 24 septembre 2009

Ecrire


" Travailler la langue de sorte qu'elle soit aussi le support de ce qu'elle a à dire. Chercher le rythme qui reflète les mouvements intérieurs, le tout premier lieu. S'entourer de phrases comme on est entouré de murs,d'un sol, d'un plafond, se laisser encercler par la répétition d'un mot, puis d'un autre, bleu et blanc, les mots tournent autour de moi pour former mon lieu, je répète "ici" et "là", je demande aux mots de délimiter une sensation, la rendre visible, cette sensation qui erre dans la pièce jusqu'à ce qu'elle vienne se poser dans le texte. Faire du livre un espace où quelque chose se tient. Attirer le lecteur à l'intérieur, dans ce rectangle ouvert.
Monter des murs de mots, et de ponts.
Ouvrir grâce à eux les portes fermées à clé"

Lise Beninca "Balayer, fermer, partir"

vendredi 18 septembre 2009

Les onze



Combleux, Monsieur.
Vous ne connaissez pas Combleux? A Combleux tout est clair. C'est l'enfance. C'est bien avant Les Onze, bien avant le grand tableau d'ombre dans lequel la clarté pièce à pièce est enfouie, bien avant que l'or et le soufre, le bleu, le blanc, le rouge, les couleurs trines de la République une et indivisible, dansent dans le noir, se lèvent calmement dans le fond de la nuit. A Combleux il fait jour. Il y a le fleuve, le ciel, l'été. On est loin de ventôse. C'est à Combleux qu'il faut revenir, pour bien voir l'enfant; et pour voir les deux femmes en grandes jupes claires qui fléchissent éperdument vers lui.

Pierre Michon "Les Onze" ( Verdier)

lundi 14 septembre 2009

Crassiers de Michon

Avant la rencontre vendredi 18 avec P. Michon, un avant-goût avec cet extrait d'un texte intitulé "L'âge de fer", dans le livre "Illusions sur mesure" de G. Macé. C'est un texte sur Sinté et dédié à Agnès Castiglione qui a invité P Michon


"...Quand on remonte au jour, vaguement ébloui s'il fait beau, le regard se tourne vers ce qu'on appelle ailleurs les terrils, et qu'on nomme ici les crassiers Michon : deux faux volcans mal éteints qui continuent leur combustion lente, depuis trente ans que le site s'est arrêté, à cause des gaz et du charbon emprisonnés dans ces pyramides de poussières . Pour les rendre moins tristes on a planté des acacias sur leurs flancs, car si l'on ne croit plus à l'éternité dur comme fer, on plante encore des arbres: du charbon dans trois cents millions d'années, à condition qu'on laisse à la terre le loisir de produire ce diamant noir, qui transformait les mineurs en pierrots maquillés de ténèbres,dont les yeux clairs étaient cernés en permanence d'un khôl naturel ;sauf les jours de fête et de Sainte Barbe, où le nez sur la glace on frottait le moindre interstice, afin de se refaire, luxe suprême et carnaval à l'envers, la tête de tout le monde..."

samedi 12 septembre 2009