lundi 17 octobre 2011

feuilleton de plage de l'été (retravaillé mais à améliorer)

en II actes.

1er acte: un jour avant

La vie avait bien débuté pour Sophie et moi. Sophie, ma copine avec laquelle chaque jour nous faisions un jogging. Aujourd'hui, nous ne courrons plus. Nous élevons des poules. Moi je m’appelle Paule, je déteste. Je me faisais appeler Marie-Line à l'époque, en deux mots, pas à l’américaine ce serait vulgaire.
Le jour avant, était un jeudi d'avril. Le temps était lumineux et je venais d’acheter un nouvel ensemble « sport » aux couleurs vives. Non que nos goûts portassent sur l'extravagance, mais pour courir nous aimions nous faire remarquer. Sophie l’a adoré. Nous étions blondes, faux blond avec des mèches.
Depuis l'enfance, nous habitions le même quartier, la même rue. Depuis nos licenciements, chaque jour ou presque, nous nous retrouvions avant le petit-déjeuner, ou du temps de midi pour sauter le repas et suer à jeun. Nous partions du côté du lotissement de la Roseraie, en traversant le jardin d’enfants. Notre quartier est très en pente. Quand nous descendions la rue principale, pentue et tortueuse, qui rejoint la place du même nom, Saint-Martin, nous ne passions pas inaperçues : conducteurs, clients de la pizzeria de Paolo, tous nous regardaient avec gaîté. je crois bien nous les rendions heureux. Avec les mêmes baskets, clignotant de l’arrière au rythme de nos pas saccadés, il n'était pas rare qu'on nous criât :
- Hé, ce n’est pas Noêl !
Alors, nous feignions les vertueuses offensées.

Courir était un rituel social car nous ne rencontrions que peu de gens dans nos vies paisibles. Pas de collègues à qui raconter nos vacances, pas de mari auprès de qui se plaindre de ces collègues. Nous vivions de nos rentes c'est-à-dire d'une modeste pension versée par nos ex-époux, des indemnités chômage et d'une aide au logement.
Nous voulions éliminer nos kilos et la cigarette que nous ne manquions pas d'allumer avec volupté à la fin de la course, après avoir vérifier les pulsations cardiaques. Puis, nous entrions dans notre salon de thé préféré. . D'une certaine manière, la pâtissière a été notre complice. Elle ne nous faisait jamais de reproches malgré nos excès de sucreries. Il est vrai qu'à nous possédions de beaux bourrelets... les trois grâces, quoi. Rien de plus délicieux que d’hésiter entre gâteaux, sorbets et bonbons au chocolat, et au final goûter d’un peu de tout arrosé de thé sans sucre, cela va de soi. Nous avions un penchant pour les religieuses, pets de nonne, sacristains, et jésuites. Que Dieu nous pardonne. Il a su se venger finalement.
Notre nom de code était les « Two Too ». Nous cultivions le « trop » comme d'autres cultivent les fleurs, leur jardin, les rimes.... trop dans notre tenue, paroles, cris stupides et rires surjoués.
Les commerçants du quartier nous connaissaient bien:
-"Hé, les toutous". On leur souriait béatement suivi d’un grinçant whap! Un jour une femme agacée par notre façon d'être a beuglé : "précieuses ridicules" en insistant sur "pré". Nous, précieuses ? Nos enfantillages comblaient la solitude, l'ennui. C'était notre style. C'est bien d'avoir du style, Non ?
De guerre lasse, le quotidien étant bien norme, nous avons construit un rêve, une illusion, un fantasme. Nous tomberions amoureuses et nous nous ferions aimer d'un homme beau, blond, timide, qui progressivement se dégourdirait les neurones et le corps grâce à nous ; nous l'amènerions courir, puis découvrir nos passions gourmandes, toutes nos gourmandises.

Un jour, de mars, fatalement, il a pris chair. Il est vrai que nous n'avions pas eu le choix.
Christopher notre voisin, comptable de métier. Il avait une petite bedaine qui promettait des heures de gaieté devant des glaces à la chantilly, des mousses de fruit, du chocolat fondant au caramel, des éclairs à la vanille… Ah, quand j'y pense. Nous imaginions bien. J'en salive encore en vous racontant notre histoire.
Christopher était effectivement timide, trop. Il n’osait pas nous regarder. Il n'était pas très beau, pas blond... enfin, plutôt dégarni ce qui a tendance à rendre énigmatique la teinte originale de la chevelure. Le temps passait et Christopher demeurait distant. Nous l'espionnions. L'a-t-il remarqué ? Je ne sais pas. Quoi qu'il en soit, un soir d'avril, nous avons tenté le tout pour le tout : nous l’avons kidnappé. Les jeudis il rentrait chez lui vers 20 heures trente, seul horaire qu’il ne changeât jamais alors que les autres jours de la semaine connaissaient de considérables variations mystérieuses. Il rentrait apparemment éreinté, garait sa voiture et disparaissait. Nous l'apercevions parfois par la fenêtre de la cuisine ou du salon. Ce jeudi-là, il semblait particulièrement détendu, et s'assied sur sa terrasse. Il est vrai qu'il avait la paix car, depuis trois semaines, sa femme rentrait vers 22h. Malgré la fraîcheur, il ressortit de la maison avec un plateau sur lequel nous distinguions une bouteille de vin. Il alla s’asseoir non sans avoir coupé une branche de rosier. Je conservais des anxiolytiques et des somnifères. Nous avions préparé une tisane agrémenté d'une potion décontractante et nous sommes venues la lui proposer en bonnes voisines. Partager une tisane entre amis, comme l'apéro au camping, hum... Que n’avions-nous fait ! Les effets ne se sont pas faits attendre. Christopher s’est mis à ricaner, puis à pleurer. Nous étions inquiètes bien qu'hilares. Les voisins allaient s’en rendre compte. Il a réclamé à manger, mais il a refusé la viande et les œufs ; il voulait des gâteaux. J’ai une réserve de biscuits, alors je les ai apportés ainsi que ma réserve de tablettes de chocolats, mon pot de Nutella, mes glaces à la vanille et à la lavande. Ensuite, il a vomi, partout. Ses rosiers ont eu un engrais original. Et puis, il a voulu boire, a ouvert une seconde bouteille de vin. A encore vomi, pleuré, ricané.

Nous n'en pouvions plus. Nous avons pris la décision de lui faire prendre l'air, en voiture. Il s'est débattu. Il ressemblait à une marionnette dont on tire les fils au hasard. Nous craignions le voisinage. Nous avons pu le porter jusqu’à l'arrière de la voiture de Sophie. Nous avons roulé une demi-heure. Enfin, nous nous sommes arrêtées, assommées par la musique des Clash que Sophie avait mise à fond. Le destin a voulu que nous nous arrêtâmes près d’un étang. Il dormait profondément et était très lourd. C'est fou comme un corps peut s'alourdir dans le sommeil. Nous n'avions pas vu que nous étions devant un pré en pente. On le tire, les jambes, le bassin, Sophie passe par l'autre portière, le pousse, je tire encore, il vient progressivement comme un nouveau-né. Mais alors que les épaules allaient sortir, tout s'emballe: il me repousse, enfin plutôt son corps inerte me fait m'asseoir sur le côté, et... il roule, roule, lentement, sûrement. Sophie courre derrière lui. Il ne se réveille pas. J'observe la scène. Un peu saoulée par le vin que nous avions goûté chez lui. Il fait sombre.
Nous n’avons pas entendu sa chute dans l’étang.
Nous sommes parties précipitamment.
Nous l’aimions bien notre Christopher.

Acte II: comment les two too se convertissent dans les poules

Le mois de juin suivant était brûlant, bientôt il y aurait la fête des voisins, puis la fête de la musique. Je n’ai jamais raté une de ces festivités et avec Sophie nous y venions munies de desserts. Cette année là encore. Jean, l'organisateur, était particulièrement débordé. La fête des voisins était sa fête, il l’avait ouverte à tout le quartier, pas seulement à une rue, encore moins à un immeuble. Avec Paolo le Pizzaiolo, un napolitain échoué ici mystérieusement, ils avaient une liste de consignes qu'ils distribuaient deux semaines avant le 21 juin aux habitants volontaires. Tout se déroulait devant la pizzeria de la place saint-Martin. Paolo s'y était installé car elle lui rappelait ces placettes toscanes pentues et en « entonnoir » sur lesquelles viennent s’échouer les effluves de la ville, les ballons des enfants, les ivrognes, les vélos sans frein, les dragueurs, les belles de jour, les coureuses de fond, les chevaux. D’où venait cette appellation «Saint-Martin »? Pour Jean Bonnal, la sainteté d’un tel nom commun ne pouvait s’expliquer que par la volonté de L’Eglise de sanctifier le banal, l’anodin. Son Martin à lui demeurait à jamais le squelette des classes de biologie aux genoux mobiles, il nous le disait tout le temps. Bien heureuse sa descendance lozérienne qui lui évitait de porter le patronyme de sa rue le plus couru de France.

Jean tenait un magasin de réparation de skis et de raquettes de tennis. Son activité se calait sur les vacances: il était un saisonnier à sa manière, prenant repos à l’automne et au printemps. La fête des voisins tombait en plein mois de la raquette et des tournois internationaux. Il était rarement de bonne humeur. Pour compliquer l’affaire, son comptable avait subitement disparu sans fournir d’adresse, et ceci depuis treize semaines. La police avait enquêté dans le voisinage, elle en avait conclu à une disparition volontaire, terme suffisamment flou pour envisager le suicide, l’abandon du domicile conjugal, une épopée folâtre, un repli monastique. Les langues des mégères allaient bon train. Ces hypothèses se heurtaient à la vision que donnait l’homme sans histoire et sans charisme. Bref, l'enquêteur avait fini par observer que son seul loisir connu était la lecture du journal, et, depuis quelques temps, son délassement quotidien sur sa terrasse. Excentricité que d’aucuns avaient commentée non sans ironie, d’autant que l’on savait sa femme « sortie » ces soirs-là. Cette dernière avait expliqué à l'enquêteur qu'elle se rendait chez un collègue de travail. Le rendez-vous avait pour objectif des obligations professionnelles, même si le collègue - quelque peu couard - avait avoué que leur relation avait pris une forme plus... disons chaleureuse au fil des séances. Le soir de la disparition, il l’avait invitée au restaurant. Après avoir bu une demi-bouteille de champagne et une cuvée de Saint-Joseph, elle avait voulu rentrer chez elle en taxi, prétextant des nausées. Le taxi l’avait donc déposée à 22h30 et, ne voyant pas son mari sur la terrasse, ni dans la villa, et après quelques aller-retour aux toilettes où son mal-au-coeur exprimait toute sa créativité, elle avait appelé sa mère, puis la police. le temps passait, jusqu'à ce jour de fête: je vais vous décrire ce que je sais, Paolo m'a tout dit, à l'hôpital.
Vers 14h, il appela Jean qui passait sous ses fenêtres munis de nappes en papier.
- Eh Jean !
- Oui Paolo, comment va ? La mairie a livré les tables et les chaises ?
- Si ! Si !
- Que d’enthousiasme pour quelques tables !
- -Ah Jean si tu savais…
- - Ben non je ne sais pas… tes mystères encore, allez… je suis une tombe tu le sais.
- Ah… Nos amis catcheurs (d'autres voisins de la rue Saint-Martin) qui travaillent aux pompes funèbres "Martin père et fils", reviennent d’Alger.
- - Je ne savais pas qu’ils étaient partis…
- Je leur ai payé un voyage de détente
- Sympa. Coupa Jean impatient. Je suppose que tu as tes raisons, des raisons raisonnables disons…
Paolo me dit qu'il se tut à ce moment, faisant son cinéma pour faire durer le suspens, faisant son "italien", puis n'en pouvant plus :
- Tu connais Aicha, elle travaille chez moi, comme serveuse ?
- Oui bien sûr… charmante…
Le napolitain hésite, reprend :
- Bon c’est une longue histoire, je la fais courte pour toi… Elle avait un mari, et il vit encore…
- Je la croyais veuve avec ses gosses.
- Bien sûr. C’est ce qu’elle dit. Mais en vérité l’époux est parti quand son fils cadet est né, il est retourné en Algérie et s’est remarié. Elle croit qu'il a été expulsé de France et en veut terriblement aux agents de la préfecture. Moi j’ai enquêté… disons… mon intuition me disait que l’histoire n’était pas claire et puis… avec l’aide de mes sources italiennes à Alger, enfin tu vois ?
- Je crois voir oui. Et bien ?
- Et bien une fois l'adresse de l'époux retrouvé, j'ai embauché les catcheurs pour lui faire passer un petit mot, qu'il n'a pas voulu lire dans un premier temps.
- Il y a un... second temps ?
- Attends. Avec sa nouvelle femme il a un garçon, du même âge quasiment que le petit de Aicha. Nos catcheurs ont débarqué chez lui le lendemain de leur visite avec mes collègues italiens, à quatre ils sont su... (Paolo racle sa gorge quand il me narre tous ses mots assis sur mon lit d'hôpital) ils ont su le convaincre de verser une pension à sa fille aînée pour ses études de médecine et à son garçonnet qui va rentrer en préadolescence et est susceptible d’être traumatisé par l’absence du père.
- Tu parles, il est gai comme un pinçon ce gosse !
- Oui oui, mais bon, les traumatismes peuvent se révéler bien plus tard. Il a accepté de verser la pension avec les intérêts de retard.
- Tu parles !
- Bon... mes gars avaient pressenti la résistance de l'homme, mais avec peu d'explications supplémentaires, il a fini par accepter la responsabilité paternelle qui lui incombait. Son genou droit et sa mâchoire sauront de toute façon la lui rappeler, si sa mémoire devait choir. Le corps a ses raisons que…
- Tu es un être de raison effectivement, ironisa l'ami du Pizzaiolo.
- Viens, je te paye à boire ! Je te sens joyeux mon frère !
- Et Aicha ?
- Ben quoi Aïcha ? Elle a vu la pension arriver pour la première fois la semaine dernière et en est très heureuse, on lui a dit que le gouvernement algérien avait décidé de lui verser une allocation d’éducation de mère isolée. Les catcheurs ont même obtenu un certificat de veuvage au cas où elle voudrait refaire sa vie.
- Quelle morale ! Elle sait tout cela Aïcha?
- Oh eh non, pas fou, non une partie... je la protège tu comprends.
- Ca va, ne cherche pas d’excuses.
- Arte del amor !
- Réapprends l’italien mon pauvre ami !

Et puis soudainement Aicha a fait son apparition:
- Paolo, Jean !
- Qui a-t-il ? Demande Paolo tout sourire.
- Vous savez la nouvelle ?
- Laquelle ?
Paolo s'est senti craintif.
- Vous ne devinerez jamais !
Les hommes se taisent, gênés.
- Christopher…
- Quoi Christopher ?
- On l’a retrouvé !
- Où ? Dans quel état ?
Aicha prend un air triste:
- A la rivière. Tout vert paraît-il.
- Pourquoi vert ?
- Ben à cause des algues du lac !
- Des algues ? la rivière, le lac ? Que dis-tu ? interroge Paolo à l’haleine fétide, après les trois verres de Chianti bu en bonne compagnie.
- Les gendarmes l’ont repêché au bout du lac, quand il se déverse dans le creux de la rivière, coincé entre des racines, et à moitié dévoré… par des castors !
- C’est quoi cette histoire, qu’il a été foutre dans le lac en compagnie de castors ?
- On n’en sait rien. En tout cas bien pourri, tout gonflé et tout vert. Pas d’examen légal possible pour le moment. Trop de trous dans son cv corporel : décomposé, disparate et abstrait, foie à la Dali, vésicule biliaire pusillanime, intestins véreux, et j’en passe. En tout cas les catcheurs l’ont mis en caisse il n’y a pas une heure.
- Tu en dis des histoires !
- Mais qu’est-ce qu’il a été foutre chez les castors le con ? Réfléchit Paolo que la présence de l'animal rendait soucieux.
- Ouais… bizarre. C’est comme ça, le hasard de la vie.
- Ou du destin.

Soudain, un bruit de freins désordonnés et grinçants a résonné en écho sur la place. de cela je m'en souviens encore, ensuite c'est Paolo qui raconte:
Un corbillard grimpe difficilement la rue pentue, son moteur crache, le pot d’échappement émet des pets immondes. En contrebas Paolo et Jean nous aperçoivent avec Sophie, endimanchées pour la fête des voisins, portent à plein bras nos desserts. Ils observent le camion. Nous marchons en riant sans lever la tête. Puis tout va vite bien que les mouvements semblent s’enchaîner tranquillement, comme dans une valse ralentie par un vent en contre-sens.
Les two-too sont immobilisées en pleine rue. Elles aussi lèvent leur regard vers le corbillard. Une seconde trop tard. Une chanson langoureuse, allemande, sort brusquement des haut-parleurs installés dans le quartier. Elles sursautent, se tournent machinalement vers la place où sont installés les haut-parleurs. Elles ne voient pas la porte du coffre du corbillard s’ouvrir, se refermer dans un claquement, quelque chose en sortir et avancer vers elles avec une grande légèreté. Les voisins quant à eux observent sans y croire, sans crier. Le lourd cercueil file comme une luge, prend la courbe, se redresse, semble obstinément se diriger vers les deux femmes, puis vient les heurter violemment.
Mâchoires fracturées, ligaments des genoux déchirés, coudes et poignets fracassés. Le couvercle s'ouvre déversant sur les corps à terre des Two Too celui, dégoulinant, puant et vert – Aicha avait donc raison - de ce pauvre Christopher. Les voisins bouchent leurs oreilles quand retentit le long et lugubre hurlement des femmes aux chaussures clignotantes.

Les habitants arrivent lentement près des corps enchevêtrés. Abasourdis, muets, craintifs, un mouchoir sur le nez, certains font le signe de croix. Mais la fête ne s’en arrête pas moins ; elle prend ce soir-là des intonations bavardes, abreuvées par des hypothèses farfelues, des ragots diaboliques. De mémoire d’anciens habitants, jamais on aura autant bu à une fête des voisins.
Les jours qui suivent rétablissent la routine mais une brise chaude continue à agiter les esprits. La chaleur de l’été ne faiblit pas, pas plus que les bavardages. Les gendarmes mènent l’enquête en dehors de leurs temps de repos et d’apéro. Ils ne trouvent aucun indice ne sachant pas d’ailleurs pas comment orienter leur enquête. Deux semaines après l’incident de la rue Saint-Martin, la rumeur s’inquiète. Qui va indemniser les Two Too ? Comment est mort Christopher ? Nous sommes cloîtrées à l’hôpital ne pouvant pas répondre aux questions du jeune commissaire parisien mis sur l’affaire, un vrai blond, beau et pas timide. Mais avec nos mâchoires brisées, nos bras inertes, nos poignets invalides, et nos jambes en suspension au-dessus des lits, nous ne pouvons pas répondre, même si Paolo ne nous avait pas dit, de sa voix ferme, de nous taire coûte que coûte. Bientôt le commissaire se lasse, nous ne le revoyons pas. Les assurances s’affolent, se disputent. Qui est coupable ? Qui est responsable de l’accident ? Les experts pressent la mairie. Le maire n’aurait pas dû autoriser l’emprunt de cette route escarpée aux corbillards. Le maire renvoie l’affaire sur les pompes funèbres qui rejettent la responsabilité aux deux croque-morts forts en catch. Paolo ne peut supporter cette indécision et puis il a une tendresse (et une dette) envers les catcheurs. Il fait appel à un ancien ami sicilien reconverti dans la magistrature française. Après des études des plus médiocres il a su faire se faire une clientèle parmi les mafias de Marseille à Lille, en passant pas mal de temps à Grenoble.

Cet ami du droit découvre que Christopher possédait, outre une maigre assurance vie octroyée à sa femme, un petit pécule de 500 000 euros sur un compte à son nom, en Suisse, rapportant 5% d’intérêt par mois depuis… plusieurs années. L’épouse n’est pas au courant. Informée, son mal-au-cœur se rappelle à elle, regrettant au passage de ne pas avoir accepté un dernier verre chez son collègue de travail le soir de la disparition de son époux.
L’avocat convainc le juge que l’involontaire mais néanmoins quasi-assassin des Two Too… est le mort, Christopher. Adjugé. La rente permettra aux deux femmes de se faire oublier du quartier en déménageant en pleine campagne pour monter un élevage de poules et d’oies, vous savez donc tout, ou presque : le maire a touché une aide conséquente pour refaire la rue et la place, il en a profité pour l'interdire aux corbillards. Etrangement, Paolo a reçu une forte indemnité pour réhabiliter son restaurant, il en a profité pour épouser Aicha. Les Catcheurs sont repartis en lune de miel dans un hôtel 4 étoiles en Tunisie grâce à leurs indemnités de licenciement versées par les pompes funèbres et à un petit pécule tombé du ciel sur leur compte en banque.

Peu à peu le quartier a oublié Christopher, paraît qu'on cause toujours de nous, j'en suis heureuse. A la nouvelle fête des voisins on s'est remémoré Christopher, qu’on aimait bien ; à la seconde on s'est demandé si nous allions continuer dans les poules et ne pas revenir dans le quartier. A la troisième... elle est à venir, je n'en sais rien.
Quoi qu'il en soit, nous l'aimions bien Christopher, cependant rouler était son destin. Tant pis.

dimanche 16 octobre 2011

le 1er septembre

1er septembre : inventions réalistes mais néanmoins indispensables dont j’aurais besoin :
- un caddie à roulette qui fait sac à dos (manette rétractable) pour le marché et les étages
- un appareil photo numérique avec petite imprimante intégrée pour polaroid numérique
- un matériau étirable autocollant et transparent, et léger, pour isoler murs, plafonds... avec excellente isolation et solidité.
- un outil qui dédouble la force avec laquelle on l’utilise (en pouvant régler l’intensité du dédoublement : X2 ; X3... selon besoins...) pour tournevis, scie, marteau, marteau-piqueur...
- une machine à coudre numérique programmable (qui coud toute seule après réglage aisé à écrire en français : ex. coudre l’ourlet à 5 mn du bord).
- dans les immeubles, des escaliers mécaniques comme dans supermarché, mais plats avec choix de leur fonctionnement ou non fonctionnement. Se plient à la demande pour monter des escaliers « normaux ».
- wifi sans identifiant, partout et sans effets nocifs pour la santé.
-lampes qui s’allument ou s’éteignent par wifi, sans installation électrique, juste un « wifi » entre la lampe (sans fil) et une télécommande.
- une serrure s’adaptant à toutes les portes.
- un feutre électronique pour dessiner sans savoir dessiner.
- une potion pour ne plus rien casser.
- une potion pour ne plus rien perdre.
- une potion contre la timidité sans paraître arrogante ou mal élevée.
- une potion pour être arrogante sans paraître mal élevée.
- une potion qui donne le courage de dire pardon.
- un jardin extraordinaire, ah mais si, nous l’avons ! pas besoin de potion.
- un atelier d’écriture... ah... avons... pas besoin... potion.

vendredi 7 octobre 2011

Le développement et le double doux YiKing 53

En fin d'atelier la sorcière a sorti son balai et ses pièces de fausse monnaie
chacune a son tour les a les 3 lancées
y compris le grandgaillet
au bout de 6 fois ça a fait 53
tchac tchac poum tchac poum poum

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quelle était la question ?
à vous de jouer...

Tsien / Le Développement (le Progrès Graduel)
En haut Souen : Le Doux, le Vent
En bas Ken : L'Immobilisation, la Montagne
L'hexagramme se compose de Souen, le bois, la pénétration, en haut ou à l'extérieur, et de Ken, la montagne, l'immobilisation, en bas ou à l'intérieur. Un arbre sur une montagne se développe lentement et suivant un ordre et c'est pourquoi il se dresse ensuite solidement enraciné. De là naît l'idée d'un développement progressant graduellement, pas à pas. Les propriétés des trigrammes se rapportent également aux mêmes notions : à l'intérieur se trouve le repos qui préserve des actions précipitées et à l'extérieur la pénétration qui rend possibles le développement et le progrès

Le jugement
LE DÉVELOPPEMENT.
On marie la jeune fille.
Fortune.
La persévérance est avantageuse.
La lenteur hésitante est la marque de la succession d'événements au terme de laquelle la jeune fille suit l'homme dans sa maison. Diverses formalités doivent être accomplies pour que le mariage soit conclu. Ce développement progressif peut encore s'appliquer à d'autres situations et toujours, notamment, au domaine des relations correctes dans le travail en commun, par exemple à la manière dont on engage un fonctionnaire. Il faut veiller à procéder suivant une progression harmonieuse. La précipitation ne mènerait à rien de bon. Il en va encore de même lorsqu'on veut exercer une influence sur les autres. Car là également la voie harmonieuse de la progression est la formation de la personnalité propre. Toute influence fondée sur l'agitation ne serait que de peu de durée. Même intérieurement l'évolution doit prendre un chemin identique si l'on veut parvenir à des résultats durables. Le doux qui s'adapte mais exerce une poussée est l'extérieur qui doit procéder de la paix intérieure. C'est précisément le caractère graduel du développement qui rend la persévérance nécessaire. Car seule la persévérance fait que le lent progrès ne se perd pas dans les sables.

L'image
Sur la montagne est un arbre :
Image du DÉVELOPPEMENT.
Ainsi l'homme noble fait son habitation de la dignité et de la vertu pour améliorer les mœurs.
L'arbre sur la montagne est visible au loin et son développement exerce une influence sur le paysage de la contrée tout entière. Il ne jaillit pas comme une plante des marais, mais sa croissance progresse lentement. De même l'action sur les hommes ne peut être que graduelle. Aucune influence, aucun éveil soudains ne sont durables. Le progrès doit se faire d'une façon toute progressive. Et, pour réaliser ce progrès dans la mentalité et les mœurs publiques, il est indispensable que la personnalité acquière de l'influence et du poids. Cela se fait par un travail minutieux et persévérant tendant au développement personnel. 

Six à la deuxième place signifie :
L'oie sauvage se dirige progressivement vers la falaise.
Manger et boire dans la paix et la concorde.
Fortune.

6 en deuxième position
La falaise est un lieu où l'on est en sécurité sur le rivage. Le développement a fait un pas de plus. On a dépassé l'incertitude initiale et trouvé une position assurée grâce à laquelle on a de quoi vivre. Ce premier succès qui ouvre la voie de l'activité procure une certaine allégresse d'humeur et l'on marche tranquillement vers l'avenir. On dit de l'oie sauvage qu'elle appelle ses compagnons quand elle a trouvé de la nourriture; c'est l'image de la paix et de la concorde dans le bonheur. On ne veut pas posséder le bonheur pour soi tout seul, mais on est prêt à le partager avec d'autres. 

Puis le doux 57
Souen / Le Doux (le Pénétrant, le Vent)
En haut Souen : Le Doux, le Vent
En bas Souen : Le Doux, le Vent
Souen est un des hexagrammes doubles. C'est la fille aînée; il a comme image le vent ou le bois, comme propriété la douceur qui pourtant pénètre à la façon du vent ou du bois qui pousse ses racines. Le principe obscur, qui est en lui-même rigide et immobile, est dissous par la pénétration du principe lumineux qui se l'assujettit doucement. Dans la nature, c'est le vent qui disperse les nuages amoncelés et crée la clarté sereine du ciel. Dans la vie humaine, c'est la clarté pénétrante du jugement qui anéantit toutes les sombres arrière-pensées. Dans la vie sociale, c'est l'influence d'une personnalité marquante qui démasque et dissipe toutes les intrigues nouées dans l'ombre. 
LE DOUX.
Réussite par ce qui est petit.
Il est avantageux d'avoir où aller.
Il est avantageux de voir le grand homme.
La pénétration opère des effets progressifs et invisibles. On ne doit pas la réaliser par des moyens violents mais par une influence ininterrompue. Ces effets frappent moins le regard que ceux obtenus par surprise, mais ils sont plus durables et plus complets. Pour pouvoir agir ainsi il faut avoir un but clairement perçu, car seule une influence pénétrante agissant toujours dans la même direction parvient à un résultat. Une force de faible intensité ne peut opérer un effet que si elle se place sous l'autorité d'un homme supérieur possédant le don de créer l'ordre. 
Des vents qui se suivent :
Image de CE QUI PÉNÈTRE DOUCEMENT.
Ainsi l'homme noble diffuse ses commandements et exécute ses entreprises.
La qualité pénétrante du vent repose sur son caractère continu. C'est par là que le vent devient puissant. Il prend le temps comme moyen d'action. C'est également de cette manière que la pensée du souverain doit pénétrer dans l'âme du peuple. Cela requiert aussi une action durable dans le domaine des explications et des commandements. C'est seulement lorsque le commandement est passé dans l'âme du peuple qu'il devient possible d'agir en s'appuyant sur lui. Une action non préparée ne provoque qu'effroi et répulsion.




jeudi 29 septembre 2011


Dos en fils, vernissage de l'exposition de Natô

Dos rayé en contre jour déhanché impalpable
fesse en jean et pommes troublées
au loin

Ligne droite, pli léger, rouge gris sourire, en-fils de pétales roses
face à la blancheur d’une table
bois flottés
par-delà la robe droite
noire attentive

Emotion de la femme au chapeau suspendu
air chaud, épaules et poids de la douleur
valse de verres

Dos du mannequin à pommes de pins

Visage surpris de l’homme
ne pas laisser un dos sans défense
il se penche, regarde vers l’objectif qui ne le saisit pas seul

Là-bas encore un dos
courbes colorées

Sac à dos sombre sur chemise blanche effleurant les papillons orange

Profil
léger ocre
sac en bandoulière
dos gris décidé avec main dans la poche
tendu vers la robe à plumes d’ange

Dos en corps

Derrière la vitrine, beiges- pantalon chemise et sac
dissimulés au coeur du lieu
bas du tee-shirt rouge
il trahit sa grâce présence

Supports dans la vitre
dessus
visage cagoulé et bois flottant

Dos filant au loin
brouillé, brouilles entre nous

Chat dormant
cri : retiens-moi, retiens-moi par le bout des pieds !

Fil à la patte

mercredi 28 septembre 2011

Echo (à Laura) Recyclage de bobines


Choisir un tissu cutané
Sur un sujet non hémophile
Ne pas froisser sa sensibilité
Le lisser dans le sens du poil
L‘envelopper du regard

Caresser l’espoir

Dessiner à grands traits le modèle d’amour parfait
Prévoir épaules larges et cache sexe
Esquisser la trame d’un drame
En 2 actes et 3 personnages
Broder  une intrigue
Cousue de fil blanc
Sur un tissu de mensonges
Tracer les limites acceptables

De défilé en filature
Se faufiler
En pointillés
Entre les mailles de la toile d’araignée

A l’heure où tous les chas sont gris
Chercher
Trouver
Une aiguille dans une botte de foin
Y passer le fil de ses idées noires
Faire un nœud à son mouchoir
A son mouchard
Attendre le moment propice
Pour le sacrifice


Au douzième coup de minuit
Trancher dans le vif du sujet

Pour un dénouement heureux
Tirer son épingle du JE
Refiler le rôle à sa doublure
Ou rester dans le vague à l’âme

Mettre du tulle gras sur les plaies
Du baume au cœur
Sur les ourlets
Se draper dans sa dignité
Dans son déshabillé

S’en aller à pas de velours
Furtivement
Comme une silhouette poétique
Furtivement
Comme une silhouette poétique

 Bipe 1992
Texte d’une chanson intitulée « Haute couture et Basse cuisine »

mardi 27 septembre 2011

Du fil

Fil blanc,

Fil à fibres libérées,

Fil bourru,

Fil brodeur,

Fil continu,

Fil discontinu,

Fil fantaisie,

Fil floche,

Fil gazé,

Fil jaspé,

Fil lamé,

Fil mélangé,

Fil mouliné,

Fil mousse,

Fil perlé

Fil retors,

Fil semi-peigné

Fil vergé,

Fil Vigoureux,

Fils de la Vierge,

Montaigne, qui était un seigneur disert de la riche Aquitaine, dit que philosopher, c'est apprendre à mourir. C'est donc que mourir s'apprend, que nous ne savons pas. Nous devons accéder, pour partir, pour accepter, à une vérité qui nous est d'abord dérobée. Ce long chemin a nom philosophie. J'en connais un autre. Il n'est que de s'engager sur la route tortueuse qui s'élève entre les sapinières. Quand elle débouche sur le plateau, que les arbres, pris de crainte, s'arrêtent, et qu'on voit la bruyère et l'ajonc, le roc, le dôme vertigineux de la nue, qu'on entre dans le silence, on sait. Le sensible est intelligible, l'essence et le phénomène se confondent. On est dispensé des incertitudes et des longueurs de l'étude, des abstractions et du raisonnement, des doutes qui assaillent le penseur méditant, à l'étroit, dans une chambre.
Le granit qu'on peut toucher du doigt, a mille millions d'années. Le ciel est le même, d'un bleu trop pur, vide et glacé, le silence éternel. Nous ne sommes jamais sur cette scène immuable, intemporelle, qu'un accident passager, un émoi négligeable. Cela force l'évidence. Il n'y a pas lieu d'argumenter.

Pierre Bergounioux, Un peu de bleu dans le paysage, Verdier 2001, p. 78.

un fil pourquoi faire ?




un fil, un fil de fer, un fil pour filer, enrober, faire la fileuse, ficelle (filoselle dit-elle) sisal, ruban, feutre, raphia, fil d’or, je vous entortille, fil des souvenirs, fil des bobinots dorés (tire la bobinette), d'un vieux passementier, présent retrouvé, coudre les lisières, le fil de soie, fines franges effilochées, fil d’araignée, ça ressemble à des plumes (d’ange)

le fil devient tige, texture, flexible textile, texte, le fil est forme

des fois le fil, se mue en fleur, pavot froissé, bouton de rose (très rouge) renversé, marguerite à pétales papier (papyrus il adore) translucides,

d’autre fois il devient chevelure, noire, coiffe la revenante nippone, nattes délurées de poupée slave, qui s’embrassent, auréole, coeur par dessus la tête (fil de fête)

mon fil s’échappe, en rêve, retrouver «fifi brin d’acier», rappeler ma vieille complice : fifififififiiiiiiiiiiiiillllllllllllllllllllll//////////

ces fils entre mes doigts, s’en mêlent, j’aurais voulu être architecte (ha ? habit habitat habiter, habitus) construire, monter, démonter, déséquilibre souple, fragile (roseau), tordre, vriller, plier

des fils s’animent (dessin animé) fil mouvant, en mouvement, je gribouille (chapi chapô, chapi) tandis que ma coiffe-maison enfle au rythme de la bobine qui dévide ses volutes, circonvolutions, lignes serpentines

oh, on dirait des mailles, les côtes de mon bonnet de fififififille (à pompon) on dirait les nervures de la grande feuille verte perforée où j’écrivais mes messages secrets, ça ressemble à un piège à soleil, à une passoire à vent

un fil à bâtir, des volumes, des armatures (coiffes non coiffantes) la structure d’un chapeau, des lanternes magiques, une série de gri-gri, mes «souliers de la tête» ... des choses qui ne serviraient à rien, ne protégeraient de rien

le fil juste pour laisser voir, au travers




jeudi 22 septembre 2011

retour à l'effacement...






retour à l’effacement

à l’indétermination


plus d’objectif

plus de désignation


sans agir

sans choisir

revenir aux secondes

cascade sans bruit

îlots coulants

foule étroite

à part dans le foule des environnants


habiter parmi les secondes, autre monde

si près de soi

du coeur

du souffle

perpétuel incessant impermanent

train égal vers l’extinction


passantes

régulièrement dépassées

régulièrement remplacées

passées sans retour

passant sans unir

sobres

pures

une à une descendant le fil de la vie

passant...



henri michaux

«poteaux d’angle»


mardi 20 septembre 2011

Un fil pour quoi faire?

Ravauder la mémoire, repriser les souvenirs, tisser des histoires, recoudre des plaies, surfiler à grands points les bases d'un récit que l'on peaufinera plus tard, faufiler une ou deux joliesses au détour d'un poème canevas qui se tisse au fil des ans, seule la couleur du coton perlé varie, mais c'est toujours la même tapisserie qui se trame...
Disséminer quelques points de croix , ici ou là, lorsque saigne quelque antique blessure.
Pincer l'étoffe du temps pour effacer certains écarts et ajuster au mieux.
Coudre une doublure pour y sceller un secret ou deux.
Nouer un petit ruban plein de vivacité pour donner le goût du bonheur.
Effiler juste ce qu'il faut, là où il faut, et ourler à petits points pour finir le travail.
Repasser tout cela par le filtre des ans, plier avec délicatesse et ranger dans le tiroir du temps.
Rapiécer de temps à autre pour ne pas oublier.

Au préalable de tout ce travail, il est nécessaire que le fil de l'histoire passe par le chas de l'aiguille. Il est vrai que j'ai quelques soucis avec les cha(t)s. C'est sans doute pour cela que je me laisse guider par le fil des mots, et que la broderie qui en résulte , même un peu décousue, n'est rien d'autre qu'une longue écharpe luxuriante, orgueilleuse, envieuse, gourmande, qui se déroule tremblante face à ce qu'il reste de vie.

samedi 17 septembre 2011

17 septembre : un an


Je reste persuadée que si l'alpiniste que vous étiez se balade quelque part dans l'infini, c'est bien dans un tel paysage que sont allés vos pas.

Même si je le savais, jamais je n'avais pris conscience avec une telle acuité, que nos lettres échangées pendant près de trente ans, étaient autant adressées à nous même, à l'autre « moi » en nous. Il n'y a donc aucune raison, pour que « vous » disparu, je cesse de vous écrire.
« Les lettres c'est s'écrire à soi-même ce qu'on ne sait pas qu'on va être.Elles commencent par une majuscule et tout en sort, comme les filaments d'une plante sous-marine.
Il sort -il doit sortir- de très profond tout cet enchevêtrement de mots dont nous aspirons à ce qu'il soit très abyssal quand il est généralement très superficiel »
J'ai à nouveau recours à R. Gomez de la Serna « Lettres à moi même » pour m'adresser à vous outre-tombe.

« Ne crois pas que j'ignore qu'il me faille aller vers cette vallée ultime, où il n'y a personne et où l'on n'entend pas siffler le train.
Dès que je perdrai l'équilibre et tomberai à la renverse dans le fauteuil où j'écris, je sais bien que j'entrerai dans cette vallée solitaire, et son jour plein de crépuscule.
Je veux retarder l'événement et donc je prends des médicaments, je prends le soleil dans un patio, je prends des cours de langue pour parler avec le néant du trajet, le temps d'arriver au lieu où il n'est pas besoin de mots, où l'on a l'éloquence de la lumière.
Je lézarde et je lézarderai longtemps avant d'arriver à cette vallée ultime, mais je sais bien que je suis en chemin -je l'ai été dès ma naissance ; tout vient à point à qui sait attendre.
Les images me distraient pour m'empêcher de trouver la non-image, qui est la véritable image.
C'est incroyable, mais c'est la vie. Ne pas pouvoir écrire à qui l'on aime le plus, pour se confier, pour lui faire les plus grandes confidences, pour revenir sur sa vie que l'on vit en aveugle.
Il y a de moins en moins de gens à qui écrire, surtout quand personne ne répond, mais le genre épistolaire ne peut disparaître. Mais que te dire pour te gagner au non-mourir, pour endiguer ton cours irrépressible ?
A qui vais-je écrire lettre sur lettre si je n'ai que toi au monde ?
Il est vrai que je tremble parfois comme cette nuit, parce que s'écrire à soi-même c'est comme écrire à un fantôme lointain et sa voix au fond de laquelle meurt le « Au secours ! » qu'on pourrait lui lancer, car il peut se mettre à mourir au moment où on lui écrit et alors la lettre, outre qu'elle serait sans réponse, resterait inachevée.
-Il écrivait hier ou il y a un moment une lettre où se reflétait encore la vie et là-dessus il et mort sans se rendre compte que c'était la dernière lettre qui n'en annonçait plus d'autres.
Il a entendu un petit bruit dans un coin de la chambre : il n'y a pas prêté attention, il n'en a pas fait la description dans cette dénonciation de la vie qu'est une lettre, et « cela » c'était la présence de la Tueuse pour qui il n'est ni serrure, ni tour de chambre avant de tirer le verrou, étant donné qu'elle était déjà là, à l'intérieur, avant toute précaution.
Aujourd'hui c'est encore et encore le même jour, car le monde ne connaît qu'un seul jour, qui se répète et se répètera jusqu'à la fin du monde. Ce qui fait la différence de ce jour unique ce sont les pensées, les événements politico-guerriers, les faits divers crapuleux »

Affectueusement vôtre. Je vous embrasse

Ode à la femme



Ode à la Femme



Envoûtée par ces femmes végétales, d'écorces, pommes de pin, branches, troncs, paille …

Masque d'écorce lisse de platane que l'enfant arrache de ses ongles sur le chemin de l'école et qui se détache par petites plaques irrégulières.


Femmes-fleurs – Femmes de fine toile d'araignée - Femmes brodées – aériennes – Femmes-girafes – Femmes-envol à l'image de la créatrice – Femmes africaines au fagot de bois en équilibre gracieux, aérien malgré le poids. Têtes de femmes au long cou noble que je vois se balancer au rythme des chameaux sur les dunes.


Même la scénographie est aérienne. Bousculées par le public, elles tournent sur elles-mêmes, rien ne se brise, toutes se balancent dans une légèreté de mouvement, bois qui flotte et vogue sur les vagues.


Femmes-méduses aux tissus transparents, ombrelles, tentacules, chevelures …

« Elle était d'un blanc d'opale où se perdait, comme dans un nuage, une couronne de tendre lilas... aux fins cheveux qui sont ses organes pour respirer, absorber et même aimer ... » Michelet, La mer


« La plus voluptueuse des danses, celle des grandes méduses, êtres d'une substance incomparable, translucide et sensible, chairs de verre follement instables, dômes de soie flottante, couronnes hyalines, longues lanières vives toutes courues d'ondes rapides, franges et fronces qu'elles plissent, déplissent ... » Valérie, Degas, danse, dessin



Texte inspiré par l'exposition du travail de Natô que vous pouvez voir au n° 1 de la rue Brossard à Saint-Etienne

lundi 29 août 2011

" je compris à ce moment-là l'Atlantide que Charlotte (la grand-mère qui vient de mourir) m'avait laissé entrevoir, dès mon enfance, cette mystérieuse consonance des instants éternels. A mon insu, ils traçaient, depuis, comme une autre vie, invisible, inavouable, à côté de la mienne (...). c'est cette vie qui se révélait maintenant essentielle. Il fallait, je ne savais pas encore comment, la faire épanouir en moi. Il fallait, par un travail silencieux de la mémoire, apprendre les gammes de ces instants. Apprendre à préserver leur éternité dans la routine des gestes quotidiens, dans la torpeur des mots banals. Vivre, conscient de cette éternité..." (A. Makine, "Le testament français", p. 308)

vendredi 12 août 2011

ETE

Le lézard doré
affleure le mur de pierre
caresses de sang froid.

Le ciel bleu
dégouline de perles
cristal de fièvre sur ma peau.

Un souffle
agite les herbes sèches
la brise bat des paupières.

Les oiseaux
chantent à tire d'ailes
rumeur joyeuse dans l'air du temps

Deux papillons
dansent amoureusement
traits de crayon dans le matin.




samedi 6 août 2011

A PROPOS DE MOTS...

"...Il n'est pas fortuit que la Papauté ait fait main basse sur la géographie, elle qui a toujours régenté l'espace et le temps ces deux êtres indociles et irréductibles. Le Vatican fut un fomidable dessinateur de frontières. Il se nomma également gardien des calendriers. C'est la même chose. La géographie est un calendrier.
Le chant du Moyen Age sacifie à cet appétit effréné de contrôlle. Il conjure l'ivresse des sons, leur insoumission [...]
Plus tard, lorsque la parole se divise du chant, un autre danger menace. Le langage ne va-t-il pas en profiter pour se dévergonder, lancer son bonnet par-dessus les moulins et abîmer cette harmonie qui fait le souci des premiers géographes, des rois, des prêtres et de tous ceux qui gèrent la planète? Heureusement, les pouvoirs veillent au grain: ils procèdent avec les poètes comme on procéda jadis avec les paysages de la Terre: on les oblige à se ranger. On va passer le mors aux mots, à ces mots si piaffants si taquins et si cabochards, si gais, qui grouillent dans la tête des poètes comme un peuple de vermines. Rimes et rythmes, sonnets et rondeaux, assonances, redites et et échos, allitérations ... Tout un arsenal bien tempéré et mobilisé pour capturer les mots, pour leur passer les menottes et les enfermer dans des règles aussi mathématiques que celles de la musique ou du chant, que celle des méridiens et des parallèles.
L' alexandrin qui devint à l'âge classique le vers souverain, porte ces sûretés au comble - douze pieds, la césure... Le sonnet est une figure mathématique. Et la rime joue le rôle de garde-chiourme: elle verrouille la fin de chaque vers, tout en obtenant que se répondent les différents vers, effaçant ainsi la singularité, l'unicité de chacun, pour le réduire au statut d'écho... Emprisonné, tenu à l'oeil, contrôlé et épié à travers des judas, le mot devient incapable de la moindre initiaitive et d'ajouter une couleur à la couleur des choses. La littérature, au lieu de patrouiller sur les confins, est assignée à résidence. Elle n'a pas le droit de franchir la frontière. Elle reçoit la mission de dire ce qui est dicible alors que l'indicible devrait faire son gibier. [...]
Les formes rigides du poème ou du chant ne font que prolonger l'ouvrage des linguistes ou des grammairiens. Dès son origine, le mot a été remplacé, arraisonné, tenu à l'oeil, marqué au fer comme un taureau, invité à respecter les règles de la syntaxe et de la grammaire, à oublier le goût qu'il a de l'inconnu et de la solitude pour rentre dans le troupeau et se plier aux décisions du berger..."
D'après GILLES LAPOUGE "La légende de la géographie"

mercredi 3 août 2011

Sous la treille


Après les grappes de glycine (sous lesquelles nous ne sommes jamais parvenus à tous nous réunir pour écrire dans leur parfum enivrant), voici les grappes de raisins (muscat rosé) qui seront prêtes en septembre pour la dégustation et écrire enivrées d'autres saveurs "Goûtons voir, oui, oui oui, goûtons voir ...)

lundi 1 août 2011

chute de girafon


«je t’attendais»

«je t’adore»

«je t’admire»

â l’eau

«tu m’emmènes (au paradis)»

sans nuée de grues

«j’imite le cri du paon»

pour t’épater

hors la galerie

l’idée de ...

jouer les sirènes

à l’eau

déraper dans la rivière

maladroite

mais pleine d’audace

sans peur

après l’eau qui glace

«je t’enlace»

a s’est glissé entre l et u

«a»

ailé

des ailes

ailes du désir

«je t’escalade»

si tu m’aimes toute folle

ouf !

jambes flageolantes

une chamoiselle trébuchante

sur les cailloux

choux

à genoux

s’effondre

comme un girafon

«je t’.......»