lundi 21 novembre 2011

Une ville ici ou ailleurs

Qu’est-ce-que le patrimoine ? Guère autre chose qu’une lueur à l’horizon
On est avant tout de tel ou tel quartier

Du roulé de canard
Des pavés sauvés du béton
Un écureuil mal assis
Une vitrine de tortellinis
Une petite cour d’école maternelle
Un fronton tatoué de liberté, d’égalité et de fraternité.
Des sandwiches encore emballés mais jetés inexplicablement sur le chemin de traverse. Qui sont-ils ?


Difficile de remonter très loin
Côté Nord, rien n’est encore possible.
Les collines descendent toutes vers la mer
On a l’habitude de ces villes, de ces clichés blancs quoique poussiéreux, de ces villes qui toujours descendent, tentaculaires, superlatives, vers la mer.
Tout vous rabat vers la plage comme un vent furibar ; les funiculaires dévalent les pentes raides jusqu’à l’eau palpitante, la chaleur vous assigne quand ce n’est pas l’exotisme de "l’hiver à la mer" qui vous attire.
Parfois dévalant ainsi, la croupe d’une statue vous attise depuis la fenêtre d’un véhicule, vous sautez en marche. Mais les dégoulinures noires sur le visage de marbre, sous les aisselles de la belle ou  du beau, vous rappellent combien vous aussi vous transpirez. Et vous reprenez votre cavalcade.
Une halte sous les arbres d’un parc. Inattendu autant qu’espéré. Une halte. Des enfants jouent, des enfants gloussent, des femmes lisent en les surveillant du coin de l’œil ; des hommes jacassent en attendant que ce soit l'heure.
Toujours la rumeur rebondissante du trafic qui anéantit toute velléité de calme intérieur.
On reprend la descente, on aperçoit le port depuis si longtemps qu’on se demande s’il ne s’agit pas d’un mirage. On est heureux d’avoir choisi pour une fois les bonnes chaussures. Mais on ne sera vraiment heureux que lorsqu’on s’en sera vraiment débarrassé, que les pieds agripperont le sable ou glisseront sur le parapet lisse.
Soudain c’est l’explosion bleue, mais si familière avec le temps, si peu mythique. Le front de mer n’est plus aux hôtels de luxe, aux plages privées, aux milliardaires fumant cigare de 10 cm de diamètre. La mer d’aujourd’hui c’est la masse bruyante, éclaboussante, tourbillonnante. Mais c’est la mer, y a rien à faire, tout de tous temps m’a conduite jusqu’ici, vers ce centre plein, ce mystère, cette absence.

Première sortie Itinéraire MPB

ITINERAIRE

Lundi 25 octobre
424 pas au RETOUR
Pas pas comptés à l’aller

Climat : doux vent du sud
Feuilles qui tombent
Ça se couvre

Nombres d’arbres : environ beaucoup, mais pas une forêt quand même
Un cèdre
Un rouge
Un jaune
Un dégarni

Sur le dernier tronçon
Un sentier
Beaucoup de sacs plastique

Un poivron : l’un de ceux que la maman de H s’est fait voler dans son jardin  ?
 
Costume
Je suis habillée avec ma robe en laine à manches courtes
Grise avec petits motifs verts et blancs
            achetée à un vide grenier rue des martyrs,
Dessous une robe en coton lilas avec manches
Un collant marron à losanges
Mes chaussures multicolores, tendance bleue
Mon coupe-vent gris bouffant en bas
Une écharpe dorée
Pas de chapeau

But
Je vais à la poste
Cl m’a demandé de lui poster des DVD pour une sorte de concours à Grenoble

Sur le chemin un type avec un petit vélo à une roue muni d’un compteur
Il fait des mesures au bord d’un trou
Il y a plusieurs trous entourés de barrières
Une montagne de terre

Au retour
Petits enfants dans la cour
Centre social aéré ?




Photos :
Arbres
Homme à roulettes
Tas de terre
Poivron x
Enfants dans la cour d'une ancienne école transformée en ateliers d'arts plus ou moins plastiques
La collection de cheminées des immeubles barre bas x
L’Enise au fond, cachée derrière son rideau de peupliers qui ne peuvent pas plier x

matières de rêves

Maman crache des mots Sur le chemin, dans les herbes, près des bois elle menace courir à perdre haleine, avec joie elle a la maladie d’Alzheimer Une autre nuit avec un ami inconnu. Abricots salés Ananas. Ils veulent garder les enfants, plusieurs jours, elle ne veut pas Deux visages, le même jeune et puis celui d’aujourd’hui Elle se sent impuissante, pour elle, pour eux le visage jeune a davantage de cernes.

ils acceptent mais n’ont pas envie de partir avec l’oncle et la tante De l’eau, trop elle les abandonne au désir des autres, en pleurs. L’eau déborde sur des roches glissantes, sauter pour se sauver jusqu’à une grotte sèche, l’eau tout autour. Départ du feu. Il fait très chaud Maman ne bouge pas le matelas, les vêtements, un chien, s’enflamment.

En Inde, un grand ashram magasins de souvenirs Ils marchent Il a mal au genou, ils rient. retrouver des trésors cachés dans nos vies antérieures Où sont les enfants ? Courir encore main dans la main avec le garçon, il arrache une grande gousse de vanille fraîche.

Angoisse Passage aux caisses Voie de chemin de fer Une colonie de bambins apparaît. L’éducatrice du supermarché les ramène à leurs parents. Ville du nord de l’Europe aux allures italiennes gare lointaine, petites montagnes, vallées herbeuses c’est compliqué de trouver la gare routière, de comprendre les horaires rejoindre la station, vite, pieds nus les enfants et leur père sont sur la voie du bas, ils montent dans le dernier wagon maintenant elle a remis ses chaussures. leur train démarre. In extrémis, elle saute dans leur compartiment.

Un homme kangourou dans un magasin de bonbons Une grue : ils s’élancent tête première, rebondissent avec l’élastique. un chaton sauvage a pris le doigt. Un petit morceau de chair est arraché. Des fourmis, partout, comment s’en débarrasser ? Plateau repas : du pain, un yaourt De grands couloirs éclairés au néon Boules de glaires et de bouillie de riz, dans la bouche, régurgités. Répartition des prisonnières. Elle reste en recul avec une autre fille Ranger des étagères. Débarrasser les vieux habits Elles sont dirigées dans un ancien bâtiment sombre, sale, glauque le patron dit d’en garder quelques-uns : les gens aiment bien les vêtements « vintage » dans la cellule : une baignoire entre deux couches, deux garçons, trois filles elle se dit qu’elle devrait commander des habits neufs. elle pense qu’ils ne pourront pas se laver. Maman ne parle plus.


plusieurs rêves notés puis découpés et recousus, en italique un rêve en normal un autre, quand un point termine une phrase c'est que le rêve (en italique par exemple) est terminé et on continue (en italique tjs selon l'exemple) sur un autre.

mercredi 16 novembre 2011

la ville pas autre chose




19h30, terminus, pas autre chose, point de rencontre aux chevaux bleus, ni encore de lapins sous le pluie, la ville est un champignon, pas autre chose, une maison abandonnée, la ville, volets fermés, encore, j'ai mis mes collants à carreaux, guère autre chose, si, un tee-shirt visuel, une lueur, la belle allure, où sont brodés des clous brillants, sur les pavés pas autre chose, 3 sandwiches abandonnés dans leur emballage d'origine, "moi j'le mange comme ça", la ville est un adjectif une aire de jeu tourbillonnante gigantesque tentaculaire la ville









(composé à l'atelier avec : un poème de guillevic, les mots, les photos de mes comparses d’écriture, le glanage lexical sur mon itinéraire urbain )


Itinéraire mental



C'est un plan, extrait du Noyau Central de Saint-Etienne, sans arrondissement bien sûr, nous ne sommes qu'à Saint-Etienne. On y distingue nettement une croix formée par les deux rues essentielles de la cité et une tâche en haut à droite emplie de croix noires dans un espace blanc symbolisant le cimetière, et si l'on regarde attentivement, on aperçoit une dizaine de fois ce même symbole pour noter les églises et chapelles. Tout au nord, la ligne de chemin de fer trace la forme d'un serpent boa, ou d'un chapeau selon le regard d'enfant ou d'adulte que l'on pose sur les choses... Les sens de circulation indiqués par des flèches bleues n'ont aucun sens aujourd'hui : tout automobiliste de cette ville le sait, il faut toujours observer les panneaux avant d'emprunter une rue, sous peine de mauvaise surprise ! Quelques aplats rouges spécifient les bâtiments importants : se détache en priorité à mes yeux, le lycée Claude Fauriel ; mairie et préfecture semblent anodines.
Regardant alors avec mes yeux de myope, le plan se brouille et j'ai soudain l'impression de me trouver au cœur du théâtre de mémoire de Dubuffet, avec ses espaces cernés de noir , ses dessins de bonhommes elliptiques, cette sensation d'inachevé.

Mon itinéraire choisi est là, dans ce plein centre et, volontairement tracé sur un plan qui n'est pas d'aujourd'hui. Il m'est aisé de retrouver les rues et de rêver le trajet à parcourir, n'ayant jamais cessé d'arpenter les rues de cette ville. Ensuite il suffira de marcher sur les traces laissées, du 21 au 31 mais de deux rues éloignées par ce qu'on nomme le centre, et qui me semblaient appartenir à deux mondes. Aujourd'hui, elles sont compactées dans le même tiroir aux souvenirs.
La ligne brisée qui symbolise le trajet à réaliser, zigzague sans raison très nette, comme si l'on grimpait vers un autre espace. Croiser les trajets d'aujourd'hui et les chemins d'hier, en évitant de se cogner aux angles gris des murs. Déconstruire peut-être, pour mieux reconstruire.


mardi 15 novembre 2011

Tentative 4


Nuit noire.
11 minutes 30.
la brutale panne électrique comme menacée étouffe l’obscurité de l’éclairage public. Avec lui, les ordinateurs poissent, alarme, salle de cinéma, caisse enregistreuse dégurgitent. Sans lumière s'installent les bruits confus des Machines à café dominées par l’ombre de la Cathédrale.
Voix des chuchotis, des cris. Téléphone, corps en décomposition, tabac froid, Filaments de gouttes lourdes, aube blanche. Souillée et pullulante
Sans lumière, les odeurs s’élèvent.
Porte de magasin, ascenseur, recharge de batterie, distributeur de billets, chaudière, figés et en suspension. Souffres et charbons. Cétones et essences. Lascive, l’acidité du gaz s s'enlace aux vapeurs du crissement des roues. Bientôt elle se mêlera aux flocons de neige. Lueurs tourbillonnantes des feux arrière. Phares fugaces. Opacité des arbres alourdissant la ville. Depuis La place s'inquiète ou dégueule. Renouera-t-elle avec l’usage de la parole, de la colère ?
La soirée blafarde se vide peu à peu de sa moelle humaine car le crachin d’hiver commence à tomber lentement : chose non identifiable sur laquelle sont brodés des filaments. Peut-être bruits, odeurs disparaîtront-ils sous les décorations tentaculaires de Noël ?
Et, De guerre lasse.
En attente ou en abandon, à nouveau, la ville sera dévorée.
Un jour la marcheuse dira à ses petits-enfants combien le temps parut long, grisant, aux habitants de la cité, combien les gigantesques bras de l’asphalte les enivrèrent.

vendredi 11 novembre 2011

archéologie d'un texte

tentative 3:
Consignes, écrire à partir de : « pas autre chose encore, la ville, guère autre chose qu’une lueur, où sont brodés des adjectifs : tourbillonnante, gigantesque, tentaculaire ». + contrainte de rythme : 2 4 8 - 8-4-2 - 24816 - 16-8-4-8-4-2-2.
Nuit noire. Depuis 11 minutes 30. La brutale panne électrique étouffe l’éclairage public. Avec lui, les ordinateurs. Machine à café, alarme, salle de cinéma, caisse enregistreuse. Sans lumière s'installent les bruits confus des voix, des chuchotis, des cris. Porte de magasin, ascenseur, recharge de batterie, téléphone, distributeur de billets, chaudière, figés et en suspension. Sans lumière, les odeurs s’élèvent. Souffres et charbons. Cétones et essences. L’asphalte dégurgite, dégueule, poisse. Lassive, l’acidité du gaz s s'enlace aux vapeurs du tabac froid. Lueurs tourbillonnantes des feux arrière. Phares fugaces. Crissement des roues. Opacité des arbres alourdissant la ville. La place s'inquiète comme menacée ou dominée par l’ombre de la cathédrale. Un jour la marcheuse dira à ses petits-enfants combien le temps paru long, grisant aux habitants de la cité, combien les gigantesques bras de l’obscurité les enivrèrent.
La soirée blafarde se vide peu à peu de sa moelle humaine : corps en décomposition, en attente ou en abandon, chose non identifiable sur laquelle sont brodés des filaments. Filaments de gouttes lourdes car le crachin d’hiver commence à tomber lentement. Bientôt il se mêlera aux flocons de neige. L'aube blanche renouera-t-elle avec l’usage de la parole, de la colère? Peut-être bruits, odeurs disparaîtraient-ils couverts par les décorations tentaculaires de Noêl ? Et, à nouveau, la ville sera dévorer. De guerre lasse. Souillée et pullulante.
Tentative 2 déjà publié sous le nom "à corriger" : mêmes consignes + "jeux avec les temps" (merci à marie, Pierre pour sa lecture critique des temps confus...)
Nuit noire. Depuis 11 minutes 30. La brutale panne électrique avait étouffé l’éclairage public. Avec lui, les ordinateurs. Machine à café, alarmes, salle de cinéma, caisse enregistreuse. Sans lumière s'installaient les bruits confus des voix, des chuchotis, des cris. Porte de magasin, ascenseur, recharge de batterie, téléphones, distributeur de billets, chaudières, étaient figés comme en suspension. Sans lumière, les odeurs s’élèvent. Souffre et charbon. Cétone et essences. L’asphalte dégurgite, dégueule, poisse. L’acidité du gaz s’étire et s'enlace aux vapeurs du tabac froid. Lueurs tourbillonnantes des feux arrière. Phares fugaces. Crissement des roues. L’opacité des arbres alourdit la ville. La place devint inquiétante comme menacée par le poids de l’ombre de la cathédrale. Un jour la marcheuse dira à ses petits-enfants combien le temps paru long mais grisant aux habitants de la cité, combien les gigantesques bras de l’obscurité les enivrèrent.
La soirée blafarde se vide peu à peu de sa moelle humaine tel un corps en décomposition abandonné au hasard, devenu chose non identifiable sur laquelle sont brodés des filaments. Filaments de gouttes d’eau car le crachin d’hiver commençait à tomber lentement. Bientôt il se mêlerait aux flocons de neige. Peut-être l'aube reviendrait-elle, et avec elle l’usage de la parole, de la colère. Peut-être bruits, odeurs disparaîtraient sous les néons tentaculaires des lampadaires. La ville se laisserait de nouveau dévorer. Souillée et pullulante.
tentative 1 (non publié, ni mise en brouillon)
Nuit noire. Bientôt 11 minutes 30. La brutale panne électrique avait étouffé l’éclairage public. Lampe, ordinateur. Machine à café, alarmes, salle de cinéma, caisse enregistreuse. Sans lumière restaient les bruits sourds des voix chuchotantes, anxieuses. Porte de magasin, ascenseur, recharge de batterie, téléphones, distributeur de billets, les chaudières, plaques de cuisson électrique, four à micro-onde. Sans lumière, les odeurs s’élèvent. Souffre et charbon. Cétone et essences. L’asphalte dégurgite sa bile poisseuse. L’acidité du gaz s’étire dans les vapeurs acres du tabac froid. Lueurs tourbillonnantes des feux arrière. Phares fugaces. Crissement des roues. L’opacité des arbres alourdit la ville. La place devenait inquiétante comme menacée par le poids de l’ombre de la cathédrale. Un jour la marcheuse dira à ses petits-enfants combien le temps paru long aux habitants de la cité prisonnière de l’ombre gigantesque de l’obscurité inopportune. La soirée blafarde se vide peu à peu de sa moelle humaine tel un corps en décomposition abandonné au hasard, devenu chose non identifiable sur laquelle sont brodés des filaments. Filaments de gouttes d’eau car le crachin d’hiver commençait à tomber lentement. Bientôt il se fonderait dans les flocons de neige. Peut-être le jour reviendrait-il, et avec lui l’usage de la parole vulgaire. Peut-être des bruits réapparaitraient grâce aux néons tentaculaires des vitrines et des lampadaires. La ville se laisserait alors dévorer. Souillée et pullulante.
Plusieurs tentatives antérieures à 1 et issues de l'histoire du soir de l'atelier (rappel):
La chose avançait lentement à la lueur d'une bougie. l'éclairage public, en panne depuis trois semaines, ne protégeait plus son ombre. La chose n'était pas d'une nature inquiète - les adjectifs la décrivant le mieux étant la témérité et l'impudence. Elle sursauta pourtant au passage d'une voiture et fit un bond de côté quand celle-ci la klaxonna, retint même un cri. La nuit dissimulait la circulation tourbillonnante qu'elle devinait aux feux de croisement sur la rocade et qui projetaient des bras tentaculaires sur les arbres, les bâtiments, les quelques passants. Puis la ville se replongeait dans le noir gigantesque. La chose sentait, comme dans son sommeil, advenir des vagues de craintes brodées aux effluves de la rue, tels les souvenirs les plus acres de son passé. Pourtant, elle avait encore le choix. Elle prit un autre chemin.

mardi 8 novembre 2011

Le ciel soyeux s'est morfondu d'un glacis moribond
Les étoiles ont péri fidèles vergétures
il fait nuit
et les choses incertaines
aux contours maquillés
pleurent l'obscurité et le froid et l'ennui
les âmes errantes veillent
secouent leur catafalque
de poussière et de mort
Elles étreignent l'espace et font l'amour
avec leur solitude
Corps trépassés qui enlacent en valses incertaines
le vide
et frôlent l'impensable
Leurs cheveux de Méduse flottent
pâles
agrippés à la lune
Une odeur sournoise de soufre
et d'encens
s'échappe rugueuse
aux accents diaboliques
Les fouets claquent le cortège s'avance
le ciel se fend
Les corps ossuaires éternels s'enlacent
D'une infinie souffrance
ce soir.

lundi 7 novembre 2011

depuis quand ? Je ne me souviens pas

Depuis quand ? Je ne me souviens pas
Corps pense-bête, épaules engourdies, bas du dos contracté, tassé
Respire, craque.
Toujours soif.
Pourtant depuis longtemps les reins ne réclament plus
Ni ne ressentent la douleur nichée au creux du vagin.


Depuis quand ? Je ne me souviens pas
Il m’est arrivé de voler, le corps figé sur le matelas.
Tomber dans la forêt, dans la rivière, dans une cheminée d’un temps ancien.
Voler au-dessus des toits de la grande ville.
Quand la spirale est venue la première fois.
Je n’ai pas lâché prise à dos plat, souffle coupé.

Depuis quand ? Je ne me souviens pas
Petite, j’aimais les pommes au point d’y tomber dedans.
Corps agité, prisonnier d’un cerveau immature
Alors le père faisait le bouche à bouche, seul baiser jamais reçu
Alors elle avalait sa langue.
La petite vomissait en se réveillant, paupières lourdes, encore vivante.

Depuis quand ? Je ne me souviens pas
Petite j’étais poète.
J’inventais des rêves, des pays, des amours, des fées, des licornes, des lacs.
Petite j’étais multiple.
J’existais dans d’autres lieux de l’univers, des moi préparaient ma vie d’ici, ici je leur créais des rêves, des pays, des amours, des fées, des licornes, des lacs.

Depuis quand ? Je ne me souviens pas
Une fois je suis presque morte
Mes cellules ralentissaient peu à peu
Mon souffle s’affaissait progressivement
Et puis deux cris : « Mes petits ! » « Maman ! »
Sursaut sur le matelas, à plat dos, souffle coupé.

Depuis quand ? Je ne me souviens pas
Mon corps a voulu maigrir, toujours plus et davantage
Alors il allait nager chaque jour
Alors 650 calories par jour
Alors la ménopause à 15 ans après l’avortement

Depuis quand ? Je ne me souviens pas
Quand j’ai vieilli prématurément, hors jeu amoureux
les médecins ont dit que ce n’était pas normal,
non pas d’être maigre mais de ne plus pouvoir être mère
Alors des médicaments, des saignements, des calories, des kilos infernaux

Depuis quand ? Je ne me souviens pas
Mon corps a presque toujours eu froid
Maintenant il ne sent plus
Ne salive pas.

Depuis quand ? Je ne me souviens pas
Mon corps a mis au monde deux petits corps tendres en même temps
Après je n’ai plus rêvé
Inutiles combats du corps

Depuis quand ? Je ne me souviens pas
Mon corps aurait voulu être séduisant, il est simplement intelligent
On n’est pas amoureux de la mètis.

Depuis quand ? Je ne me souviens pas

mardi 1 novembre 2011

premier chemin

premier chemin à partir du petit film super 8 (technique de Marie, Pierre, grand merci à elle) en cliquant sur le titre, ou en copiant collant le lien qui fait arriver sur une page de flickr : http://www.flickr.com/x/t/0090009/gp/69259640@N05/97k14q

:

façades
orangées sous le lever du soleil
rayées par le contre-jour
reflétant l'ombre du fil électrique
en contre-champ automnal
illusions d'optique


Portes
d'église
en planches décaties
solitaires au fond de la cour
au coeur de la ville
s'ouvrant sur les poumons de la cité
mou pour animaux
Murs
gris de l'école
vitrés
supports aux photos, j'y reconnais des ami-es
du cinéma
où s'y agite une ballerine du Bolchoï
emmurée dans son corsage de tulle
vers qui s'élance-t-elle?

Macadam
brillant sous la lueur de la rosée
souillé sur le parvis d'une cathédrale
sous les pas des dames
de la place centrale
qu'espérèrent-elles?
Bancs
publics
veillant sur le tourniquet du mercredi
offerts aux amoureux du soir
là ce matin
attente du livre abandonné
quand viendra-t-il le lecteur opportun ?
en finir avec la balade
aller et retourner

façade
lever du soleil et contre jour
ombre électrique, contre champ
portes d'église
planches et fond de cour
coeur, poumons
ville
boucher
murs
école et vitres
ami-es

danseuse
corsage de tulle
Vers?
macadam et dames
répétant leur jeu d'échecs ?
souillures et cathédrale
bancs publics
tourniquet
amoureux du soir
lecteur opportun ?

aller et retourner

dimanche 23 octobre 2011

rouge chute



rouge

le fil

tourne

fait boule

pelote

s’enroule


vide à l’intérieur

voir au travers

entre les lignes

entrelacées

embobinées

mèches emmêlées

elle roule

aimerait s’envoler

se balader

valser

balancer

arrive le bataillon d’aiguilles à tricoter

désorganisées

1, 2, 3, 4, 5, 6, 7 ...

(les impairs, elle préfère)

fins javelots de métal multicolore

rose orange jaune

rouge


fondre sur la belle

la suspendre dans sa course

(elle est folle)

lui transpercer le coeur

sans douleur

tout en douceur


en lumière

son coeur

diffuse la forêt

branches mouvantes

reflets changeants

tisse sa toile sur les murs

dessine

autour

alentour


château de l’araignée

dormant belle au bois

blanche neige sommeillant

icare chutant

rouge




jeudi 20 octobre 2011

Itinéraires


Après une reprise un peu chaotique, voici le projet qui se met en place pour  notre atelier d'écriture et qui va , nous l'espérons, nous tonifier pour quelques séances!

Premier chantier: chacun d'entre nous va se choisir un itinéraire dans notre ville de Saint- Etienne, va le matérialiser sur un plan ( les plans ont même été fournis...) et devra parcourir cet itinéraire à pied, en transport en commun ou en voiture ( mais restons prudents!) avec une prise de notes, de photos, de sons, de dessins... glanés sur le chemin. A l'aide du matériel réuni, chacun écrira un texte , et même plusieurs puisque nous referons l'itinéraire plusieurs fois , en faisant varier le moment de la journée, le moyen de locomotion, la saison, la météo...
C'est un travail personnel qui sera rangé ici sous le libellé "itinéraires en chantier".

Second chantier: lors des séances d'atelier, chacun apportera sa récolte de documents ( photos, bouts de phrases, dessins, sons...) en lien avec son propre itinéraire et les proposera aux autres membres . Et là , nous serons libres de nous emparer de cette manne et de la transformer en un cheminement imaginaire.
Ce travail là sera rangé sous la rubrique " cheminements imaginaires"!

Nous avons trois semaines pour mener à bon port notre premier itinéraire! Alors préparez votre trajet à l'avance, chaussez-vous bien, n'oubliez pas la petite laine, le bonnet et les biscuits pour les baisses de régime!
Et j'oubliais: faites le trajet tout seul!!!

mercredi 19 octobre 2011

il faut être seul


Il faut être seul
Pour mourir

Pour aimer
Il faut être seul

Il faut être seul
Pour accoucher
Pour endurer ce corps

Il faut être seul

Il faut être seul
Pour pleurer

Il faut être seul
Pour marcher
coûte que coûte

Il faut être seul
Pour l’alcool

Il faut être seul
Pour la nostalgie
Pour ne plus lutter
Pour ne plus prouver
Ni éprouver

Il faut être seul
Pour payer le dû
lui laisser aimer l'Autre
le laisser partir
Et s'effacer

Il faut être seul

Pour re-aimer
Pour re-vivre
Pour re-mourir
Re-marcher
Re-nager
Re-plonger
Re-payer son dû
Re-pleurer
Re-boire
Re-nouer
Re-lâcher
Se relâcher

Il faut être seul

Pour ne plus être seul.

lundi 17 octobre 2011

feuilleton de plage de l'été (retravaillé mais à améliorer)

en II actes.

1er acte: un jour avant

La vie avait bien débuté pour Sophie et moi. Sophie, ma copine avec laquelle chaque jour nous faisions un jogging. Aujourd'hui, nous ne courrons plus. Nous élevons des poules. Moi je m’appelle Paule, je déteste. Je me faisais appeler Marie-Line à l'époque, en deux mots, pas à l’américaine ce serait vulgaire.
Le jour avant, était un jeudi d'avril. Le temps était lumineux et je venais d’acheter un nouvel ensemble « sport » aux couleurs vives. Non que nos goûts portassent sur l'extravagance, mais pour courir nous aimions nous faire remarquer. Sophie l’a adoré. Nous étions blondes, faux blond avec des mèches.
Depuis l'enfance, nous habitions le même quartier, la même rue. Depuis nos licenciements, chaque jour ou presque, nous nous retrouvions avant le petit-déjeuner, ou du temps de midi pour sauter le repas et suer à jeun. Nous partions du côté du lotissement de la Roseraie, en traversant le jardin d’enfants. Notre quartier est très en pente. Quand nous descendions la rue principale, pentue et tortueuse, qui rejoint la place du même nom, Saint-Martin, nous ne passions pas inaperçues : conducteurs, clients de la pizzeria de Paolo, tous nous regardaient avec gaîté. je crois bien nous les rendions heureux. Avec les mêmes baskets, clignotant de l’arrière au rythme de nos pas saccadés, il n'était pas rare qu'on nous criât :
- Hé, ce n’est pas Noêl !
Alors, nous feignions les vertueuses offensées.

Courir était un rituel social car nous ne rencontrions que peu de gens dans nos vies paisibles. Pas de collègues à qui raconter nos vacances, pas de mari auprès de qui se plaindre de ces collègues. Nous vivions de nos rentes c'est-à-dire d'une modeste pension versée par nos ex-époux, des indemnités chômage et d'une aide au logement.
Nous voulions éliminer nos kilos et la cigarette que nous ne manquions pas d'allumer avec volupté à la fin de la course, après avoir vérifier les pulsations cardiaques. Puis, nous entrions dans notre salon de thé préféré. . D'une certaine manière, la pâtissière a été notre complice. Elle ne nous faisait jamais de reproches malgré nos excès de sucreries. Il est vrai qu'à nous possédions de beaux bourrelets... les trois grâces, quoi. Rien de plus délicieux que d’hésiter entre gâteaux, sorbets et bonbons au chocolat, et au final goûter d’un peu de tout arrosé de thé sans sucre, cela va de soi. Nous avions un penchant pour les religieuses, pets de nonne, sacristains, et jésuites. Que Dieu nous pardonne. Il a su se venger finalement.
Notre nom de code était les « Two Too ». Nous cultivions le « trop » comme d'autres cultivent les fleurs, leur jardin, les rimes.... trop dans notre tenue, paroles, cris stupides et rires surjoués.
Les commerçants du quartier nous connaissaient bien:
-"Hé, les toutous". On leur souriait béatement suivi d’un grinçant whap! Un jour une femme agacée par notre façon d'être a beuglé : "précieuses ridicules" en insistant sur "pré". Nous, précieuses ? Nos enfantillages comblaient la solitude, l'ennui. C'était notre style. C'est bien d'avoir du style, Non ?
De guerre lasse, le quotidien étant bien norme, nous avons construit un rêve, une illusion, un fantasme. Nous tomberions amoureuses et nous nous ferions aimer d'un homme beau, blond, timide, qui progressivement se dégourdirait les neurones et le corps grâce à nous ; nous l'amènerions courir, puis découvrir nos passions gourmandes, toutes nos gourmandises.

Un jour, de mars, fatalement, il a pris chair. Il est vrai que nous n'avions pas eu le choix.
Christopher notre voisin, comptable de métier. Il avait une petite bedaine qui promettait des heures de gaieté devant des glaces à la chantilly, des mousses de fruit, du chocolat fondant au caramel, des éclairs à la vanille… Ah, quand j'y pense. Nous imaginions bien. J'en salive encore en vous racontant notre histoire.
Christopher était effectivement timide, trop. Il n’osait pas nous regarder. Il n'était pas très beau, pas blond... enfin, plutôt dégarni ce qui a tendance à rendre énigmatique la teinte originale de la chevelure. Le temps passait et Christopher demeurait distant. Nous l'espionnions. L'a-t-il remarqué ? Je ne sais pas. Quoi qu'il en soit, un soir d'avril, nous avons tenté le tout pour le tout : nous l’avons kidnappé. Les jeudis il rentrait chez lui vers 20 heures trente, seul horaire qu’il ne changeât jamais alors que les autres jours de la semaine connaissaient de considérables variations mystérieuses. Il rentrait apparemment éreinté, garait sa voiture et disparaissait. Nous l'apercevions parfois par la fenêtre de la cuisine ou du salon. Ce jeudi-là, il semblait particulièrement détendu, et s'assied sur sa terrasse. Il est vrai qu'il avait la paix car, depuis trois semaines, sa femme rentrait vers 22h. Malgré la fraîcheur, il ressortit de la maison avec un plateau sur lequel nous distinguions une bouteille de vin. Il alla s’asseoir non sans avoir coupé une branche de rosier. Je conservais des anxiolytiques et des somnifères. Nous avions préparé une tisane agrémenté d'une potion décontractante et nous sommes venues la lui proposer en bonnes voisines. Partager une tisane entre amis, comme l'apéro au camping, hum... Que n’avions-nous fait ! Les effets ne se sont pas faits attendre. Christopher s’est mis à ricaner, puis à pleurer. Nous étions inquiètes bien qu'hilares. Les voisins allaient s’en rendre compte. Il a réclamé à manger, mais il a refusé la viande et les œufs ; il voulait des gâteaux. J’ai une réserve de biscuits, alors je les ai apportés ainsi que ma réserve de tablettes de chocolats, mon pot de Nutella, mes glaces à la vanille et à la lavande. Ensuite, il a vomi, partout. Ses rosiers ont eu un engrais original. Et puis, il a voulu boire, a ouvert une seconde bouteille de vin. A encore vomi, pleuré, ricané.

Nous n'en pouvions plus. Nous avons pris la décision de lui faire prendre l'air, en voiture. Il s'est débattu. Il ressemblait à une marionnette dont on tire les fils au hasard. Nous craignions le voisinage. Nous avons pu le porter jusqu’à l'arrière de la voiture de Sophie. Nous avons roulé une demi-heure. Enfin, nous nous sommes arrêtées, assommées par la musique des Clash que Sophie avait mise à fond. Le destin a voulu que nous nous arrêtâmes près d’un étang. Il dormait profondément et était très lourd. C'est fou comme un corps peut s'alourdir dans le sommeil. Nous n'avions pas vu que nous étions devant un pré en pente. On le tire, les jambes, le bassin, Sophie passe par l'autre portière, le pousse, je tire encore, il vient progressivement comme un nouveau-né. Mais alors que les épaules allaient sortir, tout s'emballe: il me repousse, enfin plutôt son corps inerte me fait m'asseoir sur le côté, et... il roule, roule, lentement, sûrement. Sophie courre derrière lui. Il ne se réveille pas. J'observe la scène. Un peu saoulée par le vin que nous avions goûté chez lui. Il fait sombre.
Nous n’avons pas entendu sa chute dans l’étang.
Nous sommes parties précipitamment.
Nous l’aimions bien notre Christopher.

Acte II: comment les two too se convertissent dans les poules

Le mois de juin suivant était brûlant, bientôt il y aurait la fête des voisins, puis la fête de la musique. Je n’ai jamais raté une de ces festivités et avec Sophie nous y venions munies de desserts. Cette année là encore. Jean, l'organisateur, était particulièrement débordé. La fête des voisins était sa fête, il l’avait ouverte à tout le quartier, pas seulement à une rue, encore moins à un immeuble. Avec Paolo le Pizzaiolo, un napolitain échoué ici mystérieusement, ils avaient une liste de consignes qu'ils distribuaient deux semaines avant le 21 juin aux habitants volontaires. Tout se déroulait devant la pizzeria de la place saint-Martin. Paolo s'y était installé car elle lui rappelait ces placettes toscanes pentues et en « entonnoir » sur lesquelles viennent s’échouer les effluves de la ville, les ballons des enfants, les ivrognes, les vélos sans frein, les dragueurs, les belles de jour, les coureuses de fond, les chevaux. D’où venait cette appellation «Saint-Martin »? Pour Jean Bonnal, la sainteté d’un tel nom commun ne pouvait s’expliquer que par la volonté de L’Eglise de sanctifier le banal, l’anodin. Son Martin à lui demeurait à jamais le squelette des classes de biologie aux genoux mobiles, il nous le disait tout le temps. Bien heureuse sa descendance lozérienne qui lui évitait de porter le patronyme de sa rue le plus couru de France.

Jean tenait un magasin de réparation de skis et de raquettes de tennis. Son activité se calait sur les vacances: il était un saisonnier à sa manière, prenant repos à l’automne et au printemps. La fête des voisins tombait en plein mois de la raquette et des tournois internationaux. Il était rarement de bonne humeur. Pour compliquer l’affaire, son comptable avait subitement disparu sans fournir d’adresse, et ceci depuis treize semaines. La police avait enquêté dans le voisinage, elle en avait conclu à une disparition volontaire, terme suffisamment flou pour envisager le suicide, l’abandon du domicile conjugal, une épopée folâtre, un repli monastique. Les langues des mégères allaient bon train. Ces hypothèses se heurtaient à la vision que donnait l’homme sans histoire et sans charisme. Bref, l'enquêteur avait fini par observer que son seul loisir connu était la lecture du journal, et, depuis quelques temps, son délassement quotidien sur sa terrasse. Excentricité que d’aucuns avaient commentée non sans ironie, d’autant que l’on savait sa femme « sortie » ces soirs-là. Cette dernière avait expliqué à l'enquêteur qu'elle se rendait chez un collègue de travail. Le rendez-vous avait pour objectif des obligations professionnelles, même si le collègue - quelque peu couard - avait avoué que leur relation avait pris une forme plus... disons chaleureuse au fil des séances. Le soir de la disparition, il l’avait invitée au restaurant. Après avoir bu une demi-bouteille de champagne et une cuvée de Saint-Joseph, elle avait voulu rentrer chez elle en taxi, prétextant des nausées. Le taxi l’avait donc déposée à 22h30 et, ne voyant pas son mari sur la terrasse, ni dans la villa, et après quelques aller-retour aux toilettes où son mal-au-coeur exprimait toute sa créativité, elle avait appelé sa mère, puis la police. le temps passait, jusqu'à ce jour de fête: je vais vous décrire ce que je sais, Paolo m'a tout dit, à l'hôpital.
Vers 14h, il appela Jean qui passait sous ses fenêtres munis de nappes en papier.
- Eh Jean !
- Oui Paolo, comment va ? La mairie a livré les tables et les chaises ?
- Si ! Si !
- Que d’enthousiasme pour quelques tables !
- -Ah Jean si tu savais…
- - Ben non je ne sais pas… tes mystères encore, allez… je suis une tombe tu le sais.
- Ah… Nos amis catcheurs (d'autres voisins de la rue Saint-Martin) qui travaillent aux pompes funèbres "Martin père et fils", reviennent d’Alger.
- - Je ne savais pas qu’ils étaient partis…
- Je leur ai payé un voyage de détente
- Sympa. Coupa Jean impatient. Je suppose que tu as tes raisons, des raisons raisonnables disons…
Paolo me dit qu'il se tut à ce moment, faisant son cinéma pour faire durer le suspens, faisant son "italien", puis n'en pouvant plus :
- Tu connais Aicha, elle travaille chez moi, comme serveuse ?
- Oui bien sûr… charmante…
Le napolitain hésite, reprend :
- Bon c’est une longue histoire, je la fais courte pour toi… Elle avait un mari, et il vit encore…
- Je la croyais veuve avec ses gosses.
- Bien sûr. C’est ce qu’elle dit. Mais en vérité l’époux est parti quand son fils cadet est né, il est retourné en Algérie et s’est remarié. Elle croit qu'il a été expulsé de France et en veut terriblement aux agents de la préfecture. Moi j’ai enquêté… disons… mon intuition me disait que l’histoire n’était pas claire et puis… avec l’aide de mes sources italiennes à Alger, enfin tu vois ?
- Je crois voir oui. Et bien ?
- Et bien une fois l'adresse de l'époux retrouvé, j'ai embauché les catcheurs pour lui faire passer un petit mot, qu'il n'a pas voulu lire dans un premier temps.
- Il y a un... second temps ?
- Attends. Avec sa nouvelle femme il a un garçon, du même âge quasiment que le petit de Aicha. Nos catcheurs ont débarqué chez lui le lendemain de leur visite avec mes collègues italiens, à quatre ils sont su... (Paolo racle sa gorge quand il me narre tous ses mots assis sur mon lit d'hôpital) ils ont su le convaincre de verser une pension à sa fille aînée pour ses études de médecine et à son garçonnet qui va rentrer en préadolescence et est susceptible d’être traumatisé par l’absence du père.
- Tu parles, il est gai comme un pinçon ce gosse !
- Oui oui, mais bon, les traumatismes peuvent se révéler bien plus tard. Il a accepté de verser la pension avec les intérêts de retard.
- Tu parles !
- Bon... mes gars avaient pressenti la résistance de l'homme, mais avec peu d'explications supplémentaires, il a fini par accepter la responsabilité paternelle qui lui incombait. Son genou droit et sa mâchoire sauront de toute façon la lui rappeler, si sa mémoire devait choir. Le corps a ses raisons que…
- Tu es un être de raison effectivement, ironisa l'ami du Pizzaiolo.
- Viens, je te paye à boire ! Je te sens joyeux mon frère !
- Et Aicha ?
- Ben quoi Aïcha ? Elle a vu la pension arriver pour la première fois la semaine dernière et en est très heureuse, on lui a dit que le gouvernement algérien avait décidé de lui verser une allocation d’éducation de mère isolée. Les catcheurs ont même obtenu un certificat de veuvage au cas où elle voudrait refaire sa vie.
- Quelle morale ! Elle sait tout cela Aïcha?
- Oh eh non, pas fou, non une partie... je la protège tu comprends.
- Ca va, ne cherche pas d’excuses.
- Arte del amor !
- Réapprends l’italien mon pauvre ami !

Et puis soudainement Aicha a fait son apparition:
- Paolo, Jean !
- Qui a-t-il ? Demande Paolo tout sourire.
- Vous savez la nouvelle ?
- Laquelle ?
Paolo s'est senti craintif.
- Vous ne devinerez jamais !
Les hommes se taisent, gênés.
- Christopher…
- Quoi Christopher ?
- On l’a retrouvé !
- Où ? Dans quel état ?
Aicha prend un air triste:
- A la rivière. Tout vert paraît-il.
- Pourquoi vert ?
- Ben à cause des algues du lac !
- Des algues ? la rivière, le lac ? Que dis-tu ? interroge Paolo à l’haleine fétide, après les trois verres de Chianti bu en bonne compagnie.
- Les gendarmes l’ont repêché au bout du lac, quand il se déverse dans le creux de la rivière, coincé entre des racines, et à moitié dévoré… par des castors !
- C’est quoi cette histoire, qu’il a été foutre dans le lac en compagnie de castors ?
- On n’en sait rien. En tout cas bien pourri, tout gonflé et tout vert. Pas d’examen légal possible pour le moment. Trop de trous dans son cv corporel : décomposé, disparate et abstrait, foie à la Dali, vésicule biliaire pusillanime, intestins véreux, et j’en passe. En tout cas les catcheurs l’ont mis en caisse il n’y a pas une heure.
- Tu en dis des histoires !
- Mais qu’est-ce qu’il a été foutre chez les castors le con ? Réfléchit Paolo que la présence de l'animal rendait soucieux.
- Ouais… bizarre. C’est comme ça, le hasard de la vie.
- Ou du destin.

Soudain, un bruit de freins désordonnés et grinçants a résonné en écho sur la place. de cela je m'en souviens encore, ensuite c'est Paolo qui raconte:
Un corbillard grimpe difficilement la rue pentue, son moteur crache, le pot d’échappement émet des pets immondes. En contrebas Paolo et Jean nous aperçoivent avec Sophie, endimanchées pour la fête des voisins, portent à plein bras nos desserts. Ils observent le camion. Nous marchons en riant sans lever la tête. Puis tout va vite bien que les mouvements semblent s’enchaîner tranquillement, comme dans une valse ralentie par un vent en contre-sens.
Les two-too sont immobilisées en pleine rue. Elles aussi lèvent leur regard vers le corbillard. Une seconde trop tard. Une chanson langoureuse, allemande, sort brusquement des haut-parleurs installés dans le quartier. Elles sursautent, se tournent machinalement vers la place où sont installés les haut-parleurs. Elles ne voient pas la porte du coffre du corbillard s’ouvrir, se refermer dans un claquement, quelque chose en sortir et avancer vers elles avec une grande légèreté. Les voisins quant à eux observent sans y croire, sans crier. Le lourd cercueil file comme une luge, prend la courbe, se redresse, semble obstinément se diriger vers les deux femmes, puis vient les heurter violemment.
Mâchoires fracturées, ligaments des genoux déchirés, coudes et poignets fracassés. Le couvercle s'ouvre déversant sur les corps à terre des Two Too celui, dégoulinant, puant et vert – Aicha avait donc raison - de ce pauvre Christopher. Les voisins bouchent leurs oreilles quand retentit le long et lugubre hurlement des femmes aux chaussures clignotantes.

Les habitants arrivent lentement près des corps enchevêtrés. Abasourdis, muets, craintifs, un mouchoir sur le nez, certains font le signe de croix. Mais la fête ne s’en arrête pas moins ; elle prend ce soir-là des intonations bavardes, abreuvées par des hypothèses farfelues, des ragots diaboliques. De mémoire d’anciens habitants, jamais on aura autant bu à une fête des voisins.
Les jours qui suivent rétablissent la routine mais une brise chaude continue à agiter les esprits. La chaleur de l’été ne faiblit pas, pas plus que les bavardages. Les gendarmes mènent l’enquête en dehors de leurs temps de repos et d’apéro. Ils ne trouvent aucun indice ne sachant pas d’ailleurs pas comment orienter leur enquête. Deux semaines après l’incident de la rue Saint-Martin, la rumeur s’inquiète. Qui va indemniser les Two Too ? Comment est mort Christopher ? Nous sommes cloîtrées à l’hôpital ne pouvant pas répondre aux questions du jeune commissaire parisien mis sur l’affaire, un vrai blond, beau et pas timide. Mais avec nos mâchoires brisées, nos bras inertes, nos poignets invalides, et nos jambes en suspension au-dessus des lits, nous ne pouvons pas répondre, même si Paolo ne nous avait pas dit, de sa voix ferme, de nous taire coûte que coûte. Bientôt le commissaire se lasse, nous ne le revoyons pas. Les assurances s’affolent, se disputent. Qui est coupable ? Qui est responsable de l’accident ? Les experts pressent la mairie. Le maire n’aurait pas dû autoriser l’emprunt de cette route escarpée aux corbillards. Le maire renvoie l’affaire sur les pompes funèbres qui rejettent la responsabilité aux deux croque-morts forts en catch. Paolo ne peut supporter cette indécision et puis il a une tendresse (et une dette) envers les catcheurs. Il fait appel à un ancien ami sicilien reconverti dans la magistrature française. Après des études des plus médiocres il a su faire se faire une clientèle parmi les mafias de Marseille à Lille, en passant pas mal de temps à Grenoble.

Cet ami du droit découvre que Christopher possédait, outre une maigre assurance vie octroyée à sa femme, un petit pécule de 500 000 euros sur un compte à son nom, en Suisse, rapportant 5% d’intérêt par mois depuis… plusieurs années. L’épouse n’est pas au courant. Informée, son mal-au-cœur se rappelle à elle, regrettant au passage de ne pas avoir accepté un dernier verre chez son collègue de travail le soir de la disparition de son époux.
L’avocat convainc le juge que l’involontaire mais néanmoins quasi-assassin des Two Too… est le mort, Christopher. Adjugé. La rente permettra aux deux femmes de se faire oublier du quartier en déménageant en pleine campagne pour monter un élevage de poules et d’oies, vous savez donc tout, ou presque : le maire a touché une aide conséquente pour refaire la rue et la place, il en a profité pour l'interdire aux corbillards. Etrangement, Paolo a reçu une forte indemnité pour réhabiliter son restaurant, il en a profité pour épouser Aicha. Les Catcheurs sont repartis en lune de miel dans un hôtel 4 étoiles en Tunisie grâce à leurs indemnités de licenciement versées par les pompes funèbres et à un petit pécule tombé du ciel sur leur compte en banque.

Peu à peu le quartier a oublié Christopher, paraît qu'on cause toujours de nous, j'en suis heureuse. A la nouvelle fête des voisins on s'est remémoré Christopher, qu’on aimait bien ; à la seconde on s'est demandé si nous allions continuer dans les poules et ne pas revenir dans le quartier. A la troisième... elle est à venir, je n'en sais rien.
Quoi qu'il en soit, nous l'aimions bien Christopher, cependant rouler était son destin. Tant pis.

dimanche 16 octobre 2011

le 1er septembre

1er septembre : inventions réalistes mais néanmoins indispensables dont j’aurais besoin :
- un caddie à roulette qui fait sac à dos (manette rétractable) pour le marché et les étages
- un appareil photo numérique avec petite imprimante intégrée pour polaroid numérique
- un matériau étirable autocollant et transparent, et léger, pour isoler murs, plafonds... avec excellente isolation et solidité.
- un outil qui dédouble la force avec laquelle on l’utilise (en pouvant régler l’intensité du dédoublement : X2 ; X3... selon besoins...) pour tournevis, scie, marteau, marteau-piqueur...
- une machine à coudre numérique programmable (qui coud toute seule après réglage aisé à écrire en français : ex. coudre l’ourlet à 5 mn du bord).
- dans les immeubles, des escaliers mécaniques comme dans supermarché, mais plats avec choix de leur fonctionnement ou non fonctionnement. Se plient à la demande pour monter des escaliers « normaux ».
- wifi sans identifiant, partout et sans effets nocifs pour la santé.
-lampes qui s’allument ou s’éteignent par wifi, sans installation électrique, juste un « wifi » entre la lampe (sans fil) et une télécommande.
- une serrure s’adaptant à toutes les portes.
- un feutre électronique pour dessiner sans savoir dessiner.
- une potion pour ne plus rien casser.
- une potion pour ne plus rien perdre.
- une potion contre la timidité sans paraître arrogante ou mal élevée.
- une potion pour être arrogante sans paraître mal élevée.
- une potion qui donne le courage de dire pardon.
- un jardin extraordinaire, ah mais si, nous l’avons ! pas besoin de potion.
- un atelier d’écriture... ah... avons... pas besoin... potion.

vendredi 7 octobre 2011

Le développement et le double doux YiKing 53

En fin d'atelier la sorcière a sorti son balai et ses pièces de fausse monnaie
chacune a son tour les a les 3 lancées
y compris le grandgaillet
au bout de 6 fois ça a fait 53
tchac tchac poum tchac poum poum

------------
------------
----- ------
------------
----- ------
----- ------

quelle était la question ?
à vous de jouer...

Tsien / Le Développement (le Progrès Graduel)
En haut Souen : Le Doux, le Vent
En bas Ken : L'Immobilisation, la Montagne
L'hexagramme se compose de Souen, le bois, la pénétration, en haut ou à l'extérieur, et de Ken, la montagne, l'immobilisation, en bas ou à l'intérieur. Un arbre sur une montagne se développe lentement et suivant un ordre et c'est pourquoi il se dresse ensuite solidement enraciné. De là naît l'idée d'un développement progressant graduellement, pas à pas. Les propriétés des trigrammes se rapportent également aux mêmes notions : à l'intérieur se trouve le repos qui préserve des actions précipitées et à l'extérieur la pénétration qui rend possibles le développement et le progrès

Le jugement
LE DÉVELOPPEMENT.
On marie la jeune fille.
Fortune.
La persévérance est avantageuse.
La lenteur hésitante est la marque de la succession d'événements au terme de laquelle la jeune fille suit l'homme dans sa maison. Diverses formalités doivent être accomplies pour que le mariage soit conclu. Ce développement progressif peut encore s'appliquer à d'autres situations et toujours, notamment, au domaine des relations correctes dans le travail en commun, par exemple à la manière dont on engage un fonctionnaire. Il faut veiller à procéder suivant une progression harmonieuse. La précipitation ne mènerait à rien de bon. Il en va encore de même lorsqu'on veut exercer une influence sur les autres. Car là également la voie harmonieuse de la progression est la formation de la personnalité propre. Toute influence fondée sur l'agitation ne serait que de peu de durée. Même intérieurement l'évolution doit prendre un chemin identique si l'on veut parvenir à des résultats durables. Le doux qui s'adapte mais exerce une poussée est l'extérieur qui doit procéder de la paix intérieure. C'est précisément le caractère graduel du développement qui rend la persévérance nécessaire. Car seule la persévérance fait que le lent progrès ne se perd pas dans les sables.

L'image
Sur la montagne est un arbre :
Image du DÉVELOPPEMENT.
Ainsi l'homme noble fait son habitation de la dignité et de la vertu pour améliorer les mœurs.
L'arbre sur la montagne est visible au loin et son développement exerce une influence sur le paysage de la contrée tout entière. Il ne jaillit pas comme une plante des marais, mais sa croissance progresse lentement. De même l'action sur les hommes ne peut être que graduelle. Aucune influence, aucun éveil soudains ne sont durables. Le progrès doit se faire d'une façon toute progressive. Et, pour réaliser ce progrès dans la mentalité et les mœurs publiques, il est indispensable que la personnalité acquière de l'influence et du poids. Cela se fait par un travail minutieux et persévérant tendant au développement personnel. 

Six à la deuxième place signifie :
L'oie sauvage se dirige progressivement vers la falaise.
Manger et boire dans la paix et la concorde.
Fortune.

6 en deuxième position
La falaise est un lieu où l'on est en sécurité sur le rivage. Le développement a fait un pas de plus. On a dépassé l'incertitude initiale et trouvé une position assurée grâce à laquelle on a de quoi vivre. Ce premier succès qui ouvre la voie de l'activité procure une certaine allégresse d'humeur et l'on marche tranquillement vers l'avenir. On dit de l'oie sauvage qu'elle appelle ses compagnons quand elle a trouvé de la nourriture; c'est l'image de la paix et de la concorde dans le bonheur. On ne veut pas posséder le bonheur pour soi tout seul, mais on est prêt à le partager avec d'autres. 

Puis le doux 57
Souen / Le Doux (le Pénétrant, le Vent)
En haut Souen : Le Doux, le Vent
En bas Souen : Le Doux, le Vent
Souen est un des hexagrammes doubles. C'est la fille aînée; il a comme image le vent ou le bois, comme propriété la douceur qui pourtant pénètre à la façon du vent ou du bois qui pousse ses racines. Le principe obscur, qui est en lui-même rigide et immobile, est dissous par la pénétration du principe lumineux qui se l'assujettit doucement. Dans la nature, c'est le vent qui disperse les nuages amoncelés et crée la clarté sereine du ciel. Dans la vie humaine, c'est la clarté pénétrante du jugement qui anéantit toutes les sombres arrière-pensées. Dans la vie sociale, c'est l'influence d'une personnalité marquante qui démasque et dissipe toutes les intrigues nouées dans l'ombre. 
LE DOUX.
Réussite par ce qui est petit.
Il est avantageux d'avoir où aller.
Il est avantageux de voir le grand homme.
La pénétration opère des effets progressifs et invisibles. On ne doit pas la réaliser par des moyens violents mais par une influence ininterrompue. Ces effets frappent moins le regard que ceux obtenus par surprise, mais ils sont plus durables et plus complets. Pour pouvoir agir ainsi il faut avoir un but clairement perçu, car seule une influence pénétrante agissant toujours dans la même direction parvient à un résultat. Une force de faible intensité ne peut opérer un effet que si elle se place sous l'autorité d'un homme supérieur possédant le don de créer l'ordre. 
Des vents qui se suivent :
Image de CE QUI PÉNÈTRE DOUCEMENT.
Ainsi l'homme noble diffuse ses commandements et exécute ses entreprises.
La qualité pénétrante du vent repose sur son caractère continu. C'est par là que le vent devient puissant. Il prend le temps comme moyen d'action. C'est également de cette manière que la pensée du souverain doit pénétrer dans l'âme du peuple. Cela requiert aussi une action durable dans le domaine des explications et des commandements. C'est seulement lorsque le commandement est passé dans l'âme du peuple qu'il devient possible d'agir en s'appuyant sur lui. Une action non préparée ne provoque qu'effroi et répulsion.