lundi 8 mars 2010
lettre avec rilke
samedi 6 mars 2010
Solitude
vendredi 5 mars 2010
Solitude
jeudi 4 mars 2010
Lettres à un jeune poète
mercredi 3 mars 2010
dictionnaire B
Brassée: que ce soit de feuilles ou de mots, ce n’est rien qu’un peu de vent que l’on enserre. Tout s’est déjà envolé lorsqu’on pose le tout .
Biais: c’est un regard qui n’ose pas; un de ces regards de malaise. Une manière de ne pas voir, de ne pas être vu , mais regardant. Un truc pas franc du collier.
Boulevard: c’est un mot qui est laid. Avenue a une autre classe quand même!
Comme je regarde parfois de biais, au lieu de boulevard , j’avais lu bouleverser! Alors je vous livre ma brassée de mots pour celui-là!
Bouleverser: conduire l’être au delà de lui-même, dans cette zone si fragile où l’on ne peut aller qu’avec d’infinies précautions. Un livre ou quelques lignes peuvent réussir ce transport.
lundi 1 mars 2010
Lettre B
Boulevard :
Je tourne en rond.Voilà des heures que je suis les feux arrières des voitures qui me précèdent sur ce boulevard périphérique. Comment vais-je en sortir ? Par quelles bretelles ? Je mets la radio.
Tout à coup, un grand coup de frein, je percute la voiture avant, reçois un grand choc à l'arrière. La nuit est tombée. Mon ange gardien qui somnolait à l'arrière, saute sur la banquette avant, pose ma tête délicatement sur son épaule et me berce. Tout est fini.
Brasser:
Ce matin, ça me brasse dans les tripes. Je crois être malade. Plus la journée avance, plus je me rends compte que ça brasse. La répétition des mêmes idées s'enroule en spirale. Les pensées se vrillent comme les viscères, désirs et regrets se mêlent, tout se noue, m'étouffe, un cordon ombilical autour du cou se resserre, noeud coulant.
La rupture devra venir du dehors pour retrouver un peu de sérénité, remettre un peu d'ordre dans tout ce merdier, faire cesser les bruits, desserrer les noeuds
Lettre A
A force d'avaler des couleuvres -école, église, société- et d'avoir trop peu vomi, j'ai avalé ma langue. Aujourd'hui, je voudrais régurgiter mais les mots restent coincés, accrochés aux anneaux.
Ailleurs:
Avec la fuite de la jeunesse, mes ailleurs sont plus souvent liés à l'inaccessible du temps passé, au paradis à jamais perdu, aux chants de l'enfance. Le champ de mes ailleurs s'étale dans une temporalité révolue, irréversible et inatteignable, ou sur les pages des livres aimés et dans mes rêves nocturnes.
Subsistent quelques champs bien réels et palpables : l'éden de mon jardin, la campagne drômoise.
Il m'apparaît soudain que jeune femme pleine d'énergie, tous mes ailleurs s'étalaient devant moi, dans l'action, sous forme de perpétuels projets se bousculant.
Lent basculement du ciel et de la terre par les ans.
mercredi 24 février 2010
Dictionnaire A
Ailleurs: C’est une fenêtre ouverte, une faille à travers des rideaux d’ombres, dans laquelle on se faufile. S’y déposent un peu de bleu, les caresses du vent, un chant d’alouette, une odeur de foin coupé. Le chemin pour le rejoindre ne passe que par les mots.
Accroc: Cela commence par les ronces qui entament le pull d’enfant tricoté main, égratignent la peau, entament la confiance. Et le doigt s’insinue, élargit la béance et gratte plus profond jusqu’au sang de la plaie.
Avaler: Longtemps j’ai retenu les mots dans un au-delà de moi qui les tenait cachés , prêts à être régurgités.
vendredi 19 février 2010
Lettre à ma Mère,
Mère, il y a des autrefois où j'aurais sans doute dit "maman", mais aujourd'hui, je dis "Mère". Pourtant, la grandiloquence du mot sied peu à la complicité occulte que j'ai tissée de nous à nous par de ça les ans et jusqu'à l'au delà. Mais il y va de mon humeur, du chemin que je me fraie pour débroussailler le mensonge, pour défricher le silence qui t'enveloppe comme un suaire de plomb depuis cinquante ans bien sonné. Le temps fuit si vite et, telle une horloge implacable, tous les six décembre toquent glorieusement notre séparation. Je constate avec amertume leur cynisme; un an, puis un autre et encore un autre. Je vieillis affiliée au sort de l'humanité existante et toi tu rajeunis. Le fossé se creuse, le temps s'agite et s'active à vouloir nous séparer.
La terre a accompli son oeuvre et tu es devenue poussière, poussière bienheureuse, je l'espère , fidèle aux engagements que tu prenais lorsque tu étais vivante.
Mais je m'égare" mère". Ces engagements, je ne les connais de toi qu'au travers des lettres et des cartes postales, qu'au travers des petits carnets remplis de ton écriture penchée , à deviner autoritaire, au crayon de papier pour mieux gommer les phrases dont tu ne voulais pas dévoiler la teneur. Vivante et pour moi mystérieuse!
Propos banals, mots d'amour à ton mari, mon père, par pudeur à demi effacés, lettres de tendre complicité à ta soeur qui avait rejoint la capitale.
Il y a des années, quand on a bien voulu me les donner ces lettres, je les ai d'abord tenues maladroitement entre mes mains comme un cadeau douloureux, puis je les ai lues, relues encore
jusqu'à sentir couler en moi les mots qui disloquaient toute ma perception; jusqu'à sentir se diluer les phrases en un chagrin difforme incapable de franchir la barrière de ma bouche. Je les ai recopiés pour les faire miens tous tes billets; mon écriture était la tienne, ma vie te lançait un appel. Un long silence rempli de vide m'a répondu.
Combien de fois je l'ai ouvert puis refermé mon carnet et l'ai rangé avec précaution au fond d'un tiroir pour que rien ne s'en échappât, ni toi, ni ce qu'il restait de toi!
Aujourd'hui, quand j'ai le mal de toi, quand me gagnent la rage ou la mélancolie, j'aime relire toutes ces pages. La musique d'Eric Satie m'accompagne, berce ma blessure, cautérise le manque.
Si l'internet communiquait avec ton au-delà, nous nous écririons tous les jours. Tu me dirais ton goût des choses, je t'écrirais mon goût des autres.Mais courriel aux abonnés absents, je bugue sur ton adresse e-mail. Seules s'agitent sur mon écran tes particules désarticulées que j'extrapole en particules d'amour pour moi.
dimanche 14 février 2010
lettre à ma soeur
chère soeurette,
(ce mot est inédit entre nous, je ne t’ai jamais appelée comme cela)
la consigne de l’atelier d’écriture de ce soir, a été lancée tel quel :
“écrire à quelqu’un de sa famille” ;
pour moi, le choix est simple et limité : père, mère, soeur, frère ;
c’est à toi que j’ai envie d’écrire cette lettre,
une vraie lettre,
pas un coup de fil un peu obligé du dimanche après-midi, parce que j’ai trouvé ton message sur mon répondeur ou pour prendre de tes nouvelles,
ni quelques mots convenus sur une carte postale nippone avec deux maïkos en tenue d’apparat même si je sais que tu les aimes,
une vraie lettre,
et j’ai l’impression que c’est la première fois que je t’écris ;
dans cette lettre si je l’écrivais, il y aurait plein de souvenirs de notre complicité d’enfance, nos jeux interminables, des fictions imaginaires, les personnages que nous inventions ; plus tard, nos secrets d'adolescentes, des sorties partagées, comme les petits-copains...
(grande soeur et petite soeur en vadrouille)
aujourd’hui, nous vivons loin l’une de l’autre, nous nous voyons peu, presque jamais en tête à tête, les confidences se font rares et les mots se disent en famille ;
pourtant je rêve souvent à toi,
(je pense même que tu es celle dont je rêve le plus)
et puis, je ne cesse m’entourer de femmes-amies avec lesquelles je me sens bien, comme nous l’étions enfants, comme si j’essayais de récréer ce premier lien si harmonieux qui fût le notre...
je t’embrasse tendrement,
ta soeur
vendredi 12 février 2010
Lire
mercredi 10 février 2010
Les mots en A
Ailleurs : Ailleurs ce n'est pas forcément mon Amérique à moi, d'ailleurs, l'Amérique, sans Howard Zinn, ce n'est plus tout à fait l'Amérique. Ailleurs est un pays mouvant, personne n'est d'accord pour dire où il se trouve, ailleurs n'existe pas. Mais ceux qui en rêvent, disent que chez les Ayeurziens, l'herbe est plus verte, le sable est plus fin, le ciel est plus bleu, les cerises plus rouges, la pluie est plus fine, la coke est plus blanche (si j'ai oublié des métaphores colorées, c'est que j'utilise une vieille édition de dictionnaire dans laquelle l'arc en ciel n'avait pas encore était découvert). Tout y est plus et tout y est. Mais c'est loin comme dans un rêve dont il ne reste au réveil qu'une trace oubliée.
Accroc : début de la faim.
dimanche 7 février 2010
Lettre à Béa
lettre à Joséphine
Enfant de douze ans, obligée d'aller tous les matins à l'office à la lueur des cierges, j'observais les cornettes des religieuses qui décrivaient des ombres chinoises sur les murs laiteux de la chapelle, l'officiant montait, descendait de l'estrade, récitait des prières que je n'écoutais pas mais auxquelles le répondais sans me tromper. Je baissais la tête, la relevais au moment opportun, j'allais même communier au moment voulu, je n'avais pas froid, pas chaud, pas faim (je n'avais pas déjeuné), j'étais ailleurs. L'ailleurs pouvait être un filet de lumière qui filtrait à travers les planches disjointes du plancher, un point de couleur sur le tapis de l'autel, une toile d'araignée qui avait été tissée entre les plis de la robe d'un saint, ou un bruit, une burette que l'enfant de choeur faisait s'entrechoquer et qui me donnait des idées de cascades de ruisseaux qui dévalaient des rocailles et qui venaient anéantir cet endroit trop parfait et froid.
Joséphine, me croiras-tu, dans cette prison, j'étais libre, je ne pouvais pas parler, mais pourtant j'ai tenu toutes les conversations du monde avec ses saints journaliers, ses martyrs aux noms bizarres, Sainte Blandine dans la fosse aux lions, Saint Irénée et les autres, je les ai tous connus, ora pro nobis je ne savais même pas ce que cela voulait dire mais pourtant je les ai répétés maintes fois,
Torpeur comme un canard qui sort de l'eau et s'ébroue, ite missa est avec tout le monde, les religieuses sortent les premières, leurs mains disparaissent dans leurs larges manches, les enfants viennent ensuite, moi je viens de passer un moment peuplé de mille tableaux de mille facettes et Dieu dans tout cela...
Joséphine laisse Dieu tranquille, moi j'étais en représentation, je ne ressentais rien j'étais actrice,
Quelle vie, me diras-tu. Mais si, tout peut se faire, il suffit d'être ailleurs, demain je reviendrai sur ce banc froid, et pendant trois quarts d'heure je vivrai autrement, tu sais regarde mes genoux ils portent la marque de la rainure du banc,
Au revoir, Joséphine, réponds-moi si tu en as le temps, moi je continue de t'écrire par la pensée, je suis maintenant couchée dans ce lit en 70, aux draps blancs, l'édredon me recouvre, je n'ai pas froid, je fais attention de bien laisser mes bras le long de mon corps car la religieuse en passant me rappellerait à l'ordre, même au lit il faut avoir une attitude digne. Sais-tu avant de dormir, on a dit une prière, je me souviens c'est à peu près cela :
"Dans mon lit je me couche, dans mon lit je me rends, je prends Dieu pour mon père, la Sainte Vierge pour ma mère, les anges pour mes frères,
Je pense que je n'ai oublié personne, bonne nuit petit Jésus"
Je t'embrasse Joséphine
Publié par Jeannine
vendredi 5 février 2010
réponse à T
Bien sûr que je vous ai reconnu au théâtre, mais ce que je n'arrive pas à comprendre, Monsieur le philosophe, c'est ce qui a pu vous faire croire qu'à un moment de mon existence j'étais proche de vous ? vous me dites que je ne suis rien mais sachez que pour moi aussi vous êtes le néant et vous m'avez toujours été indifférent avec vous de vieux démons me reviennent, vous êtes un tiède et dans la Bible le Christ nous dit que les tièdes il les vomit de sa bouche, et c'est ce qui m'arrive pour vous.
Vous me parlez de mon maquillage, de ma tenue vestimentaire, mais cela me regarde, pourquoi donc portez vous votre regard que vous croyez de braise sur moi, rassurez vous je ne suis pas un buisson ardent, je ne vais pas vous consumer, passez votre chemin, Monsieur le Prédicateur.
Vous osez insinuer que je suis malheureuse moi Effina parce que je ne ris pas bêtement comme vous ? que je ne me trémousse pas comme vous je ne suis pas un mannequin et j'en ai bien conscience, vous avez vous aussi mon cher un profil bien bedonnant.
Vous avez votre vie , j'ai la mienne, et je n'ai pas envie de vous en parler.
Vous faites allusion à une lettre que j'aurais reçu, dans les temps anciens, soyez sûr qu'il y a prescription et que j'en ai oublié le contenu.
Bien sûr que j'ai vieilli, mais vous aussi ? charitablement je ne vous souhaite pas la prostate mais votre assurance pour le futur est désopilante moi mes kilos en trop je les assume, il me semble qu'il n'en est pas de même pour votre crane dégarni, d'autre part votre dentition ne me semble pas irréprochable essayez donc de voir du côté des implants il doit y avoir de très bons dentistes dans votre ville.
J'ai bien l'honneur, Monsieur T, de vous saluer, et je souhaite que nos chemins soient comme deux parallèles qui ne se rencontrent jamais.
Effina
Publié par Jeannine

