dimanche 23 novembre 2014

Trop

Il y a cette abondance de tout, de couleurs, de rouges, de rumeurs, de voix humaines , de bruits de pas, de cloches, de lumières, d'ombres, de reflets, de rouges, de bleus, d'ors, de pacotille, de regards, de miroirs, de langues, de fleurs, de poissons, de fruits, de glaces, de rouge…

Epuisé, car on est trop gourmand de cette ville, on rentre se reposer dans l'antre protecteur où s'allume presque malgré soi l'écran d'ordinateur.
On navigue, on circule, on se perd, on entend et désentend aussi rapidement :

Burkina Faso prend le contrôle de
un homme en garde à vue se pend à
une jeune irano-britannique condamnée à
dix morts dans un attentat en
l'état dit tout faire pour

On erre dans ce chant d'acouphènes , on ne cherche plus à décrypter ce palimpseste fantomatique :

l'armée repousse une attaque à
les djihadistes exécutent plus de
de la magie dans l'air au royaume de
les paradis irradiés de
comment dire non aux

On se sent devenir poisson, on frotte ses écailles sur les débris d'un monde dont les éclats se propagent d'écho en abîme :

le gouvernement turc piégé par la bataille de
nouvel échec des pourparlers entre
une adolescente de 15 ans tuée à
les Etats-Unis face aux vieux démons de
Egypte, sept morts dans des heurts

On ne lit plus que ces quelques mots sur la bande passante affichée sur l'écran d'ordinateur ; on n'imprime rien, on sombre dans cet entre-deux de la veille et du sommeil où ce qui s'écrit n'est rien d'autre que des éclats de scories alors que l'après-midi même, on se glissait dans la nacre des ciels de Tiepolo, dans des Annonciations, des Assomptions , des Baptêmes ou des Cènes . On voudrait ouvrir ce monde là à la lecture publique : à contempler fleurs ou nuages, une force douce pourrait naître et dans cette soudaine apnée, tendre un fil où tout un chacun pourrait avancer sur l'équilibre des jours. 
Mais on le sait bien, il y a aussi les Crucifixions, les massacres des Innocents, les Lapidations, les Martyrs de saints, les Décapitations, les Pietà – dont on se lasse pas pourtant…. et tout cela ne manque pas dans Venise : il y aurait même une sorte d'overdose à trop hanter les églises et les musées de la ville. Alors on se concentre sur les émotions ressenties à rester un long moment dans l'oratoire de San Polo devant les mélancoliques toiles de Giandomenico Tiepolo où se déroule une Passion empreinte de silence et de solitude. Les photos ne disent rien de l'émotion contractée et dilatée, lorsque certains tableaux se tressent en soi comme lames de verre, se déploient avec la même force que ces chapelets de mots qui entaillent la langue et que l'on garde en bouche jusqu'à ce goût du sang. On ne saurait dire ni le pourquoi, ni le comment de ces rencontres clandestines incrustées dans une intime solitude. On se sent juste alors au bord d'un précipice où l'on n'aurait pas peur de glisser.




jeudi 20 novembre 2014

"Bruissements accentués"

On apprend à l'instant qu'une bombe a explosé dans la gare d'Atocha de Madrid à 7h30 ce matin. Ce matin les négociations du prix du lait ont encore échoué. Lorsque nous aurons du nouveau, nous interromprons nos programmes. Nicolas Sarkozy est candidat à sa propre caricature. Le décret 2004.175 stipule que les mots "de la programmation et du développement" seront remplacés par les mots "de l'évolution et de la perspective". Le ministre Luc Ferry a visité une école du 16ème arrondissement de Paris ce matin et a trouvé ça "très joli". Tout homme qui est décidé à mourir peut agir sur les événements. On se demande si le chiffre 11 a été choisi au hasard ou si dorénavant  il faudra surveiller ce chiffre à chaque fois qu'il surviendra. Faudra-t-il aussi surveiller ses multiples ? se demandent les experts ; 2 années 1/2 / 911 jours après 11/09. Nous interrompons nos programmes car on nous signale qu'une autre bombe a éclaté quelques minutes plus tard. On signale déjà des dizaines de morts. On pense aux Séparatistes basques d'ETA. Attentat au cœur de Madrid. Arrêté du 11.3 portant extension d'un avenant à la convention collective des industries métallurgiques. Irak : guerre de l'après-guerre. Europe. Que faisiez-vous le 11 septembre 2002 ? 2005 ? 2010 ? Que faisiez-vous le 11 mars 2004 ? Que faisiez-vous le 24 décembre 1992 ? Le 11 septembre 1888 ? Comment la finance a tué Moulinex ? Algérie : le grand silence. Presse menacée. Femmes voilées : le débat fait rage. Guerre secrète. Pourquoi tant de haine ?

"Même un paysage tranquille, même une prairie avec des vols de corbeaux, des moissons et des feux d'herbe ; même une route où passent des couples, même un village pour vacances, avec une foire et un clocher, peuvent conduire tout simplement à un camp de concentration."*

Aujourd'hui sur la même voie, il fait jour et soleil.

Il est important de savoir que le pied d'un mur ou d'une clôture est un endroit desséché.
L'Europe face aux migrants. Quelle autonomie pour les Kurdes d'Irak ? Ultranationalistes en ex-Yougoslavie. Le salon du livre s'ouvre à Paris dans un contexte bouleversé. Une 3ème bombe cachée dans un sac à dos a explosé vers 10 heures dans un autre train de banlieue. Sarko : un chat qui retombe toujours sur ses pattes ?

* début du film Nuit et brouillard de Resnais, texte de Jean Cayrol

lundi 17 novembre 2014

Personnages (5)

Assis sur son pliant près de la porte de la gare,  un accordéon posé sur les genoux, il joue presque en sourdine, sur des rythmes impossibles, des airs étranges évoquant des vallées profondes, des sentiers muletiers, les voyageurs qui les empruntent et des aigles qui les survolent, témoins impassibles d'évènements terribles. Ses vêtements, son petit chapeau posé sur le sommet de la tête lui donnent un air étranger.

Chemise blanche, cravate sombre, son costume chic et ses chaussures éblouissantes forment une panoplie que complète une Rolex, comme ultime décoration de la réussite économique et sociale. L'ensemble lui donne un air déplacé dans cette foule à la mise décontractée et pratique qui attend sur le quai. On ne comprend pas ce qu'il dit au téléphone dans une langue étrangère, mais il semble très en colère.

Le casque sur les oreilles, les pieds dépassant du quai, l'adolescent se balance en rythme, les yeux fixés sur les rails, comme s'il attendait que quelque chose se passe. De temps en temps, il s'immobilise, quelques bruits, quelques bribes de mots non identifiables, franchissent la barrière de ses lèvres, puis il retombe dans son balancement mutique.

L'homme en uniforme sort du petit bureau marqué, Chef de Gare, et jette un long regard sur la foule amassé le long du quai. Puis il se dirige vers une des extrémités de la gare et remonte lentement le long des voies vers l'autre bout. De temps en temps, d'un geste de la main il indique à quelque réfractaire ou distrait qu'il faut reculer au delà de la limite de sécurité matérialisée au sol par une bande de peinture claire.


Le jeune homme au bord du quai provoque chez moi un sentiment de malaise. Il me donne l'impression de prendre son élan. Cette nuit sans sommeil, solitaire sur ce quai m'a mis dans un état second, propice à imaginer les aventures les plus chimériques. Les nerfs à fleur de peau prétendent ressentir le moindre mouvement d'âme. C'est un de ces moments, où le sentiment d'extrasensorialité donne toute licence à l'imagination pour s'enflammer.

vendredi 14 novembre 2014

impasses, chemins, mouvements du monde

Sur la toile
des nombres et des codes des zéro et des uns
des lignes de chiffres simples apparaissent disparaissent
 colorées ou grises
Ce sont les chemins de l'information où se bousculent des cris...
des dominés
des enfants noyés dissouts sur une table chirurgicale pour une banale appendicite tués par une balle perdue
des filles des femmes violées stérilisées assassinées
des villes qui tombent
des corps mis en quarantaine
des prisonniers du virus dont on ne parle plus
des viandes-poisons avariées asticotées
baleine échouée sur une plage de Camargue
des buts marqués manqués
des matchs à égalité
des ventes privées point com
des inondations de la boue
Des conversations des malversations
Derrière la toile dans les pages les plus éloignées sur les chemins les moins visibles de l’information...
le robot a repris sa liberté après vingt ans d’emprisonnement dans l’espace il a oublié de s’ancrer et gambade loin des regards
 un quartier de Fortaleza un village d’Autriche ont  leur propre monnaie dissociée des taux bancaires une monnaie  générée par la richesse des échanges entre des producteurs locaux et les habitants
 une schizophrène  du passé canonisée quand d’autres expérimentent la nouvelle molécule chimique
des jardins partagés  sur les toits des villes
de la pluie dans le désert
L'enfant crie Au Feu et sauve ses sœurs sa mère 

Le mouvement du monde bafouille se répète  à l'identique grelotte et s’échauffe
le mouvement s’ouvre sur une prairie se referme sur l’infamie 
parle peu des femmes sinon comme choses 
parle peu des enfants sinon comme victimes 
le mouvement du monde.... Encore

lundi 10 novembre 2014

Le bruit du monde




La radio, dès la nuit tombée, en bande sonore jusqu'à tard dans la nuit ... le bruissement du monde - pour remplacer l'absent - finit par m'endormir, me glacer ou me réchauffer ... Au premier signe d'insomnie, dans le noir, je cherche à tâtons la boîte arrondie du radio-réveil, la plupart du temps réglée sur France-Culture ... Ne peut me résoudre à cesser cette écoute.

Que nous passions de vingt-deux régions métropolitaines à treize et que l'ecotaxe soit enterrée me concerne beaucoup moins que l'irrésistible avancée des islamistes au Moyen-Orient et en Afrique de l'Ouest
Il pleut depuis 3 jours : autant de pluie en Ardèche en une nuit que pendant toute une année
Le président Blaise Compaore a pu s'enfuir grâce à la France qui le maintient depuis vingt-sept ans au pouvoir alors qu'il a assassiné Thomas Sankara, anti-impérialiste, panafricaniste et tiers mondiste.
L'Allemagne fête aujourd'hui le 25° anniversaire de la chute du Mur de Berlin. Il tombe dans la nuit du 9 au 10 novembre 1989. Je n'en ai aucun souvenir. Il était là depuis le 13 août 1961. Les gardes-frontières laissent passer quelques groupes qui s'engouffrent dans la brèche et tout s'enchaîne.
La même année, le 14 décembre, mourait Andréï Sakharov et le 25, Nicolas Ceauscescu, président de la Roumanie et son épouse, étaient exécutés, la guerre du Libéria débutait. J'avais 43 ans
Quelques jours plus tard, Vaclav Havel était élu président de la république de Tchécoslovaquie, encore deux mois et Nelson Mandela était libre après avoir passé vingt-sept années en prison
Un mois de plus et Mikhaïl Gorbatchev créait le poste de président de l'URSS auquel il fut élu pour cinq ans

Mais s'est gravé en moi le 9 novembre 1999, j'ai 53 ans, l'Allemagne célèbre le dixième anniversaire de la chute du Mur. Des cérémonies fastueuses se déroulent malgré la pluie devant la porte de Brandebourg. Toutefois, la fête cache mal la désillusion qui anime les allemands tant à l'est qu'à l'ouest, dix ans après la réunification. En ce jour, les allemands de l'est ont plus l'impression d'avoir été annexés que libérés, quant à ceux de l'ouest ils espéraient plus de reconnaissance de la part de leurs cousins de l'est.
Images en boucle de l'escalade du mur par les allemands de l'est et de l'exaltation qui a bien disparu aujourd'hui. Une cérémonie à la mémoire de tous les allemands de l'est qui ont péri en tentant de fuir a lieu et un grand concert est dirigé par Rostropovitch. Je n'oublie pas l'ambiguïté à fêter cette date, elle est aussi l'anniversaire (9/11/38) de la nuit de cristal), pas plus que mon immense détresse face à ces familles - qui me sont si proches- séparées, déchirées et dont certains membres sont morts sans savoir que ce mur tomberait. « Irgendwie fallen  die Mauer » 



L'information en continu
 


L'extraordinaire photo est de Sarah Hobbs 2002 Untitled (Perfectionnist) Série « Small problems in living »




dimanche 9 novembre 2014

9 novembre 2014

arc en ciel et coucher de soleil sur Couspeau





Bords de Roubion


Forêt de Saoû, les 3 becs, col de la chaudière et chaîne de Couspeau






Pas de commémoration, pas d'hymnes au souvenir simplement la splendeur, la paix comme toujours : printemps ... été ... automne ... hiver ... je ne déciderai jamais de ma préférence, la campagne bourdeloise est belle en toute saison

jeudi 6 novembre 2014

Automne 2014, consigne 3

Poursuite du travail inspiré par François Bon : troisième consigne.
Visages et silhouettes ont rejoint le lieu initial, mais comme à distance, comme fugaces. On va prolonger et accumuler l'écriture comme matière, la laisser constituer ses amas, ses chants...Ne pas , pour l'instant, se poser la question de continuité, mais laisser cette matière première enfler, accueillir ce qui lui est hétérogène.
Aller chercher, pour le lieu et l'instant mis en place, tout ce qui résonne du monde extérieur.
( S'appuyer sur l'été 80 de Duras et sur les "compressions " de Christophe Tarkos dans son livre Processe)

CINQ PERSONNAGES DANS UN MÊME LIEU

     Comment était- il arrivé là? Depuis combien de temps était- il là? Immobile. Hiératique dans son pardessus élimé. Aussi livide que les sillons étaient plombés. Les joues tout aussi flasques que la terre était molle. Hâve, les cheveux gris virant au blanc sale. Il avait dans les yeux ce je ne sais quoi de chagrin si lourd comme les gouttes de pluie qui commençaient à tomber et à le noyer dans ses souvenirs.

     Il scrutait l'horizon. Les étourneaux, les freux, les merles, aucun n'avait réussi à imprimer un quelconque mouvement à ses yeux perdus dans le temps. Ses mains dans les poches d'un bleu de travail blanchi par les répétitions des saisons, il dévorait l'espace, le regard fixé au- dessus des sapins là où les montagnes arrondies se perdent dans les ciels grisaillés. Il ne voulait plus la regarder cette terre qui le cassait, le mettait à genoux, serviteur servile des travaux et des heures qui foulaient sa chair chaque jour un peu plus.

     Il arriva un soir d'automne tel une marionnette dégingandée. Il s'assura que personne ne l'avait vu. Mais qui aurait pu remarquer cette silhouette étrange qui marchait en effleurant juste le sol alors qu'un vent violent pliait les arbres et les soumettait à rude épreuve. Une odeur de chien mouillé montait de la terre saignée à vif. Il écarta les feuilles putrides. Ses doigts sales, bien que gourds fouissaient adroitement les grumeaux sombres. Il creusa habilement un trou comme un animal traqué qui cherche à enterrer sa proie. Il tira de sa poche un petit carnet noir, écorné, la couverture fermée par un élastique flétri. Il l'embrassa longuement, sans doute pleurait- il à ce moment- là, l'enferma dans un sac plastique et le coucha délicatement au fond du trou. Quand il l'eut recouvert de terre, il bondit dans la nuit.

     L'enfant avait tellement couru que son pied heurta le premier caillou qui affleurait la terre fraîchement labourée. Il tomba. Même pas mal. Il regarda tout autour de lui. Des milliers de petits points noirs ou brun rouge, des colonies de fourmis qui lui vaquaient à fleur de menton, un mille pattes qui surgit de nulle part et s'enfuit sans demander son reste, un phasme, deux sauterelles, trois hannetons. Même pas peur. Il ferma les yeux, se remplit son nez endolori de toutes ces odeurs qu'il ne connaissait pas. C'étaient des odeurs joyeuses, des odeurs vives, colorées, des odeurs de printemps, des odeurs d'enfant. Même pas envie de rentrer. Quequ'un s'en rendrait compte bien assez tôt.

     Je suis là sans y être. La terre de mon grand père. Des poilus vont- ils surgir des sillons labourés? Va-t-il les accompagner dans ces tranchées improvisées? Pour qui sonnera le glas à la tombée du jour? Vais- je me jeter à corps perdu dans la bataille, à mon coeur défendant ou tourner le dos à ce passé, apprivoiser le bruit des canons, éviter la mitraille et laisser les obus siffler sans courber l'échine? Je suis là sans y être. J'avance les pieds dans la glaise d'octobre. Il a plu hier. Aujourd'hui il fait froid. J'aurais dû enfiler mes bottes pour fouler au pied les souvenirs épais qui collent et s'accrochent aux semelles. Il est seize heures maintenant. Une trouée dans le ciel. Un mouchoir de bleu. Le soir qui s'avance insidieusement allonge les ombres sur mon champ de bataille. J'ai les jambes lourdes, les paupières en feu et je guette. La trouée dans le ciel. Un petit bout de bleu qui m'emmène.

mercredi 5 novembre 2014

Temps (4) lieu (1)

Me voici dans cet entre-deux lieux vague, l'esprit flottant, abandonné aux sensations immédiates du temps, du lieu - des écharpes de brouillard flottent au dessus des rails qui longent le quai sur lequel je me tiens - tout est silence - rien ne bouge, hormis les bancs de brume dont le déplacement est à peine perceptible; derrière moi, la gare, puis une ville - terra incognita - un train m'a déposé dans la nuit, un autre m'emportera plus loin là où je vais; rien n'existe, que l'attente; les heures passent.

Peu à peu, la gare s'est remplie d'ombres indécises et silencieuses, cohorte de formes qui semblent se mouvoir en une masse unique, somnolente et torpide, les bruits sont furtifs; pourtant, il me semble percevoir une ample respiration, la foule immobile et endormie exhale un souffle semblable à celui du dormeur; la foule aussi est en attente; rien ne semble l'intéresser, que le train à venir qui l'emportera vers sa destination; pour un temps je fais partie de ce grand corps indifférent à la marche du monde qui va revivre un instant pour s'engouffrer dans le train qu'il attend.

Un hurlement a déchiré la nuit avant qu'il n'apparaisse, ses lumières éclairent les visages; le grand corps de la foule se disloque en organes séparés animés de mouvements divers, tous convergent vers les portes à peine ouvertes; il y a ceux qui courent, ceux qui traînent ceux qui sont encore immobiles comme saisis; les uns bousculant les autres, peu à peu le train se remplit, les visages sont blafards dans la lumière intérieure des wagons; le grand corps m'abandonne, le quai est de nouveau désert; je reste seul.


Un courant d'air brusque a nettoyé l'air trouble des vapeurs qui l'encombrent. La pluie tombe. Tout doucement d'abord, une pluie fine arrose délicatement les plantes qui bordent la voie ferrée. Puis plus fortes, des milliers de gouttes, serrées les unes contre les autres, ricochent sur les rails rendant leur image floue. L'autre côté de la voie disparaît derrière le rideau de pluie, je recule sous l'auvent qui protège le quai dont la bordure où je me trouvais, ruisselle, la pluie pénètre d'un bon mètre sous la partie couverte. Je regarde, il n'y a plus rien, qu'un rideau translucide diffractant une lumière diffuse et grise.

lundi 3 novembre 2014

5 personnages dans le lieu


L’homme porte chapeau et verres épais. Les couches de ses vêtement se superposent. C’est un costume aux allures d’autrefois. C’est un pantalon court. Il procède avec méthode sans remarquer les silhouettes environnantes. Ses déplacement sont lents comme s’il rampait entre les rayonnages. Loupe à la main il explore les étagères du labyrinthe. L’instrument grossissant parcourt les pages tel un scanner. Parfois il y colle un oeil. On l’appelle la tortue. 


La femme est longue mince élancée. Une nageuse. Des cheveux cendrés coupés au carré encadrent son visage. Des sandales à talons hauts laissent deviner ses orteils aux ongles vernis. Elle sillonne l’espace d’un pas rapide et sûr. Elle aborde les silhouettes flâneuses d’une voix forte qui dit : «vous cherchez quelque chose ?». La reine des abeilles agitent ses ailes vrombissantes. A d’autres silhouettes vêtues d’un gilet noir et jaune elle se plait à signifier les «priorités» du jour.


L’homme s’habille en kaki de vêtements chauds en toutes saisons. De choses comme : treillis rangers... Son crâne est nu ou coiffé d’une casquette. Son nom sonne à l’anglo-saxonne. Le lieu serait sa seconde maison il vient tous les jours. Posté en faction devant le rideau de fer avant l’ouverture bras croisés il attend. Il passe ses matinées dans cet endroit il déambule il essaie d’entrer en contact. Son attitude est peu sympathique. On le dit militaire un ancien de l’armée en retraite.


Elle est grande et plantureuse à la fois indolente et décidée. Elle sourit elle est gracieusement aimable. Elle dit souvent : «bonjour, je peux vous aider ?» d’une voix jolie. Sa jeunesse éclate sa maturité étonne. Elle aime porter des queues de cheval qui comme de joyeux balanciers balayent sa nuque. Il a des talons plats souvent. Une option sur son portable une fois lui révéla le nombre de pas qu’elle faisait chaque jour. Bien plantée sur la terre -le lieu ne l’a pas encore usé- elle évoque sa campagne.


Je suis à cet endroit et ailleurs à la fois. Mon corps est là ma tête voudrait m’évader dehors. Je répète des gestes que je connais par coeur. Je prononce toujours les mêmes mots. Rester concentrée sur le mouvement les petits riens le titre d’un livre une image.. pour que le temps ne se fige pas. Le lieu est sombre le plafond bas le lieu est bruyant. Pas un souffle de vent ni un rayon de soleil. Serait-ce une sorte de prison ? La pression de l’endroit bourdonne. Traversée d’ondes nocives j’ai le vertige.