mercredi 28 juillet 2021

Lettres aux hirondelles

 Lettre de la 3° année :

Chères hirondelles,

"... Vous tramez quelque chose en dessinant des labyrinthes dans le ciel et vous apportez la santé de la continuité, le signe apaisé, le remède de la vieille bonne femme.

Il s'agit que vous veniez un peu avant pour numéroter les pages du ciel, car depuis que le monde est monde vous servez, dans l'imprimerie du temps, à marquer la séparation des chapitres. Et comme nous avons besoin de passer à un autre chapitre !

Vous tirez le temps vers l'avant, vous faufilez ses pièces bleues, vous nous aidez à sauter plus loin et nous agrée comme passé ce qui nous mène au paroxysme comme présent.

Quelle différence entre le ciel vide, sans vous, et le ciel plein de votre constance, si vaillante dans son passage d'un jour à l'autre !" 

 

Ramòn Gomez de la Serna, "Lettres aux hirondelles et à moi-même" André Dimanche Editeur (1° édition juillet 2006)


mercredi 21 juillet 2021

Lettres aux Hirondelles

Lettre de la 2° année (extrait)

Mes chères hirondelles,

"... Tout le monde doit comprendre que la vie est chose fluctuante entre ciel et terre, fugace comme votre vol, un paraphe dans l'air dont vous signez en notre nom toutes les condamnations et toutes les grâces qui peuvent être celles de la vie.

Vous pouvez signer en mon nom tous les revirements que voudra bien prendre le destin, et si vous ne pouvez répondre à mes prières, que peut-on y faire ? Tout s'évapore dans les jours qui passent, voir et ne pas voir, avoir pensé et n'avoir rien pensé, avoir aimé et n'avoir jamais aimé.

Après tout, je sais bien que notre pierre tombale est au ciel et que vous êtes notre épitaphe définitive, l'épitaphe vivante d'avoir vécu.

En vous regardant toute vanité se perd et c'est avec le plus grand détachement du monde que vous serez nos exécutrices testamentaires. Prenez un vol aux ailes mi-closes quand nous ne serons plus au balcon.

.... Je vous embrasse"

Ramòn Gomez de la Serna,"Lettres aux hirondelles et à moi-même" André Dimanche Editeur (1° édition juillet 2006)

jeudi 15 juillet 2021

Lettres aux hirondelles

 Je ne sais si vous connaissez ce superbe livre à la couverture rouge de Ramòn Gomez de la Serna, intitulé "Lettres aux hirondelles et à moi-même" André Dimanche Editeur (1° édition juillet 2006)

En triant dans les centaines de livres amassés au cours de ma vie pour mon déménagement, je le re-trouve, et me vois dans l'obligation de partager quelques lignes de la 1° lettre aux hirondelles. Elles sont au nombre de 13, une chaque année. Dans le grand vide que j'effectue pour mes 75 années, celui-ci ne sera pas donné comme de très nombreux autres dont je n'ai plus besoin, mais me suivra bien sûr. Je ne peux pas ne pas le partager. Ce seront donc quelques passages que je vous offrirai, je n'y mettrai pas 13 années -disons 13 semaines ou un peu plus- ce sera suffisant, sait-on jamais ...

 Lettre de la première année (extrait)

" ... Comme vous êtes essence d'encrier, vous êtes toujours entrain d'écrire des cartes postales de votre écriture hachée et pleine de post-scriptum. Aussi, dans la crise actuelle de la correspondance privée et pour éviter que ne se perde la confidentialité du style épistolaire, à qui écrire mieux qu'à vous, vieilles et chères amies, qui cautionnez de votre signature le chèque du printemps, vous aventurant parfois à virer à découvert ?

Vous êtes le cachet qui scelle l'envoi des jours heureux. Voilà les hirondelles et les hirondelles ne se trompent jamais, dit-on en vous voyant, mais le beau temps se fait attendre et nous pensons alors que vous avez pris de l'avance par abnégation, pour donner du courage aux malades et aux convalescents en leur faisant croire à un temps beau et sec. ...

... Vous volez et vous écrivez, vous écrivez et volez. Vous avez quelque chose du secrétaire de l'amour et vous griffonnez les éternels modèles de lettres, du modèle de lettre n°1 "déclaration d'amour à la voisine" au modèle où la veuve répond à celui qui veut être son protecteur et qui fut l'ami de son mari.

Vous n'avez pas la frivolité du chardonneret, car, vous, vous ne chantez pas, vous écrivez en improvisant sur les feuilles que vous arrachez au carnet du ciel, lesquelles sont bordées de noir parce que vous êtes toujours en demi-deuil."

samedi 5 juin 2021

Crumble de fleurs d'églantine


 1° étape : au fond du plat, un peu de crumble et une épaisse couche de pétales odorantes, roses-blanches irisées de jaune

 

2° étape : par dessus, 2 pommes coupées en tranches épaisses arrosées d'un jus de citron


 


3° étape : une seconde couche de douces pétales (ce qui représente un bol de pétales et une assez longue balade assortie de pas mal de griffures)

 


4° étape : une dernière couche de crumble avant de mettre au four pour 30 mns

 

 

C'est prêt ! Déguster chaud ou tiède, le parfum dans la bouche est aussi délicat que les fleurs elles-mêmes.

Je ne sais qui de la balade ou du crumble est le meilleur.
 


samedi 29 mai 2021

Sous-bois drômois

 


Lieu-dit "Le contrat"

Tout au long de ce chemin serpentant le long de la rivière Roubion, les bois et près regorgent de richesses nouvelles à chaque saison : muguets, asperges, morilles ... fleurs qui ravissent naturellement la cueilleuse que je suis.

... et aussi de trésors : cabanon, arbres magnifiques. Un paradis dont je ne me lasse pas.





mardi 18 mai 2021

Glaïeuls sauvages


 
 
 
 Pour célébrer ce printemps tardif et la merveilleuse pluie enfin arrivée, ces quelques glaïeuls sauvages cueillis dans les talus entre Dieulefit et Bourdeaux, une de fleurs les plus fines, les plus aériennes que je connaisse.

 

dimanche 16 mai 2021

Lecture

Je viens de terminer « Elle venait de Marioupol »de Natasha Wodin Edit. Métailié

Une femme à la recherche de la mémoire de sa mère, travailleuse déportée ukrainienne par les nazis, victime déjà du stalinisme dans son pays, une histoire personnelle terrible, parallèle à la grande Histoire -comme celle de ma mère, de Mado – de femmes résilientes et très souffrantes qui n'ont pas choisi leur destin, mais l'ont subi avec tout le courage nécessaire et la force de vie incommensurable et indispensable à leur survie, à la mise au monde d'enfants qui, sans n'y rien comprendre, savent déjà tout intuitivement sans oser y croire. Un livre dont on s'extraie difficilement, moi, en tout cas.

Et voici ce qu'elle écrit à propos de la littérature :  

« Pour moi, la littérature se trouve surtout dans les béances du destin, ces béances renferment le secret qui est à la fois l'objet de mon écriture et ce qui me fascine en elle. Le secret est la terre nourricière de la littérature. »

vendredi 14 mai 2021

Iris

 




Arcs en ciel messagers des Dieux,

rouges, jaunes, bleus, violets, irisés

chaque année, au bord des chemins

je guette la délicatesse de vos pétales.



samedi 1 mai 2021

Crue

 


Le Roubion presque à sec fin avril, l'herbe des prés qui ne pousse pas, tous nous espérons la pluie.

Quelques gouttes lundi, du soleil mardi, un semblant d'averse mercredi, jeudi une pluie fine tout le jour, intermittence soleil et pluie vendredi … samedi enfin, le village se réveille sous une forte pluie ; aller jusqu'au pont suffit pour se tremper les pieds.

Elle dure tout le jour, tous les petits rus dévalent des montagnes environnantes, se jettent dans le Roubion qui, de vert tendre devient marron et gravit ses berges.

Le village qui, depuis des années a pris ses précautions n'est pas inondé, le pont pas submergé. Seul, le gué toujours utilisé, mais qui n'est plus le seul point pour traverser le village, est fermé.

Le Roubion bouillonne, charrie troncs arrachés et arbres morts, ronfle, se prend pour un violent, fait le méchant. On l'admire. La nature s'épanouit. Dans les prés, tout à coup fleurissent les sauges violettes, s'ouvrent les boutons d'or et les marguerites, une féerie.

La pluie chante et enchante.

jeudi 29 avril 2021

Printemps 3

C’est avant le jour, quand il n’est encore qu’une vague lueur à peine colorée sur la ligne de crête (à l’est le soleil n’est encore qu’une idée de lumière), que le chant des oiseaux est le plus prégnant.

Le samedi aucun bruit d’activité humaine ne vient troubler le matin calme.


Seule, la musique se détache sur fond de rien,


de silence,


le vent même s’est tu,


chants d’oiseaux.

lundi 26 avril 2021

FRAGMENT. /1

Feutré le lichen-résille
enlace la branche
connivente
Lascivement
il explore les interstices secrètes
Insidieusement
il s'enfonce dans les pores
ouatés-dilatés
Prélude à un attachement
Caresse d'une idylle impermanente
Noces du bronze et du gris
Liesse à l'orée du jardin.

dimanche 25 avril 2021

Printemps 2

 L’herbe est drue mais les arbres n’ont pas encore tous fleuri, les feuilles sont en attente dans l’étui rustique/précieux des bourgeons entr’ouverts.

Les branches noires des arbres dessinent des arabesques sur le bleu froid du ciel. La gelée blanche du matin s’évapore sous la lumière/chaleur du soleil levant/levé.


Energie violente de la vie qui jaillit/affronte le jour, le réel/visible : concrètement concrète, palpable, manifeste et patente : fondée.

samedi 17 avril 2021

Printemps 1

C’est une première jonquille aperçue les jours précédents, pointant une feuille à travers la neige, puis une deuxième le lendemain.

Ce matin où je l’ai vue, quelques traces de neige et la lumière jaune de la fleur au pied du seringat endormi.

La violence du printemps.
Ici.
Ne laisse d’émouvoir.
Ainsi, devant une naissance.

lundi 5 avril 2021

Viatique/ 5

Écharpe autour du cou. Sur l’autre rive solitaire le héron. Personne ne retient ce qui s’enfuit.

                                     *

D’un trou un oiseau au bleu sans comparaison s’échappe, quelque chose dans le bec. Ce bleu qui dessille les yeux. Un coulis d’air pour une méditation.

                                     *

De petits avions de tourisme se succèdent dans le ciel. On dirait un défilé d’autrefois. On applaudirait bien ou ferait un signe de la main.

 


 

 

mercredi 31 mars 2021

Printemps

 Avant que le soleil ne se soit fait trop pressant, qu'il ait tout écrasé de ses rayons brûlants, cette prose de Philippe Jaccottet, pour goûter le "Vert" d'un printemps, trop bref.

"Vert et blanc : couleurs heureuses entre toutes les couleurs, mais plus proches de la nature que les autres, couleurs champêtres, féminines, profondes, fraîches et pures, couleurs moins sourdes que réservées, couleurs qui semblent plutôt paisibles, rassurantes ..."

P Jaccottet    "Cahier de verdure" nrf Gallimard p30

dimanche 28 mars 2021

Viatique / 4

Perles en bout de branches, le pépiement des oiseaux tout près, la rivière derrière. Des sons de cloches au loin. Le jour s’est agrandi.

Parmélie et lichen gris autour de fleurs prêtes à éclore mais qui restent encore en retrait. Rien ne presse. Restons dans cette chambre d’échos.

Une île en plein cœur d’un vaste étang. De hauts arbres encore effeuillés, que les cormorans recouvrent d’un voile noir. Il y en a un posé au sol qui ouvre grand ses ailes et laisse le vent ensemencer ses pensées.

 


 

 

mardi 23 mars 2021

La Semaison (1968-1979)

Ne pas éclairer, ne pas allumer la lampe, pour connaître le moment du jour, sa vraie lumière, goûter sa naissance et son effacement.

À la fenêtre, lire les signes, la page du ciel. Tout l'est est couvert de bourrelets gris bordés de noir dans le bas, et les couleurs d'une aube fade ne sont visibles qu'en plein sud, là où l'ouverture en forme de verre, de calice, du ciel, touche l'horizon. La fumée des premiers feux, la fumée du difficile lever des vieillissants, tourbillonne, blanchâtre; l'asphalte humide miroite entre les dernières feuilles, on entend des bruits de moteur et un cri de coq, isolé. 

Philippe Jaccottet

samedi 20 mars 2021

Viatique / 3

un arbuste aux fleurs blanches, le premier sur le côté du chemin au milieu d’arbres d’hiver encore. son manteau blanc le rend précieux, cette ruche de pétales bien serrés inciterait la main à l’effleurer. à l’arrière plan la rivière roule les pensées lourdes d’hiver.

                                           *

même étoffe blanche qui recouvre quelques arbres alors que les autres n’endossent encore aucune tenue de printemps. ne sais pas comment nommer ces arbustes qui donnent une tonalité joyeuse au jour. reste un peu de cet enjouement sur le visage.

                                           *

saisir l’envol d’un héron, rien d’autre. à la fois sa lourdeur et cette légèreté qui le fait s’élever. il s’éloigne suspendu entre ciel et sol jusqu’à dessécher le regard.

lundi 15 mars 2021

D'après un texte de "Cahier de verdure" de Philippe Jaccottet


Cette fois, il s'agissait d'un simple caillou, une petite pierre arrondie, vert fluo sur le dessus. Nous l'avons ramassée pour conserver sa beauté comme dans un musée et la sauver du fossé, précieusement nous l'avons mise dans notre poche. Nous n'avons pas coupé de branches des pruniers, couvertes de minuscules fleurs aux corolles blanches et duveteuses, nous savions que dans nos pièces trop chauffées, elles ne résisteraient pas longtemps. Le petit caillou a pris place, à côté d'autres, sur le bord extérieur de la fenêtre. Deux jours plus tard, il était devenu un caillou gris ordinaire. Cette merveilleuse pellicule verte était un être vivant, un lichen que nous avons fait mourir. "Lichen : champignon, associé à une algue poussant là où aucune plante ne peut vivre -en haut des montagnes, sur les rochers du bord de mer, sur la lave refroidie… Future mousse et future plante, début d'une vie végétale. Quand il pourrira, ses débris formeront un sol, assez riche pour que la mousse et d'autres plantes grandissent" nous dit le dictionnaire








dimanche 14 mars 2021

Viatique/2

Au réveil regarder les petites feuilles du rosier derrière la fenêtre. Elles ont cette teinte rougeoyante qu’elles perdront en s’élargissant et en s’affirmant. On dirait juste qu’elles hésitent encore à s’offrir au jour, qu’elles se glissent avec douleur dans cette renaissance.

     *                                                                                                

La trouée dans la forêt s’est prolongée jusqu’au chemin qui part perpendiculairement. Ce vide d’une largeur importante, une cinquantaine de mètres peut-être, crée un abime et casse cette idée de cocon que j’éprouvais marchant dans cette forêt. Repousser les pensées d'éphémère.

                     *                                                             

Dans l’angle de la terrasse, des taches d’un mauve fatigué , de violet vif et d’un rose pigmenté d’améthyste. Tapis de violettes et primevères amassées, donnant l’idée d’une collection faite naturellement. Le regard s’attarde et rêve sans ombre.