mercredi 20 novembre 2013

Enfin, elle est là !

Des framboises un 18 novembre, des tomates au jardin, des roses en fleur voilà qui me semblait tout à fait aberrant et absurde. Nous voici enfin dans une situation climatique de saison. Réjouissons-nous de retrouver les hivers de nos enfances



pergola en splendeur

Arbre protégeant une voiture

Piéton ayant retrouvé l'usage de ses jambes


A vous toutes, tous avec mon plus beau sourire réjoui et mes mirettes émerveillées.

jeudi 14 novembre 2013

Malentendus

Voici le travail que j'ai réalisé  lors des ateliers animés par Bertrand Leclair au mois d'octobre. J'ai légèrement détourné la consigne de départ, qui était de faire un remake d'une nouvelle existante, puisque je suis partie de la pièce d'Albert Camus "Le malentendu" . J'ai gardé l'intrigue et l'ai insérée dans une nouvelle tout en l'actualisant.

 Mercredi 2/10
En regardant le ciel , aussi empli de taches sombres que le tampon buvard qui trônait sur le bureau de mon grand-père , je me dis que mon séjour ici est sur le point de prendre fin. Mon travail de recherche est pratiquement achevé, je peux partir et poursuivre mon voyage mais voilà, on remet au lendemain ce qui pourrait être fait à l'instant et on se trouve entrainé dans une affaire que l'on n'espérait pas.Hier soir, prenant mon repas au restaurant de l'hôtel , je me suis mis à parler avec une jeune femme qui, tout en mangeant, lisait à une table près de la mienne. Elle a fait tomber son signet – j'adore les signets – je l'ai ramassé et en ai profité pour regarder le titre du livre qui l'absorbait : Antigone de Henry Bauchau, que j'avais lu quelque années auparavant. La conversation s'est alors engagée et nous avons échangé quelques mots sur cet auteur que nous aimions tous deux. Je lui ai parlé de ses Journaux d'écrivain qui accompagnaient ses romans , donnant un éclairage sur l'écriture du livre et les strates qu'ils en révélaient. La fin du repas s'est écoulée sur quelques généralités puis elle me confia que son mari devait la rejoindre le lendemain matin. J'aie perçu une certaine inquiétude dans son propos mais n'ai su y lire que l'angoisse afférente à une attente intense. Je n'ai pas posé de questions – je pose rarement des questions – et lui ai souhaité une bonne nuit avant de rejoindre ma chambre et poursuivre la mise au clair de notes préparatoires à l'écriture d'un prochain livre.
.........

On peut lire  la suite de cette nouvelle sur le site:
https://docs.google.com/document/d/1vKiU-AqD1cW2n-glVwB9Kft2IV_uLv1HHURjOQEWZ4k/edit?usp=sharing

jeudi 31 octobre 2013

Bol d'air



Le village de Bourdeaux cet été, champ de lavande au 1° plan, beffroi et vieux village, pans de murs du vieux château (filtre aquarelle).






Synclinal perché de la forêt de Saoû à gauche, on aperçoit les Trois Becs et le Pré de l'Âne juste avant le col de la Chaudière. A droite du col, début de la chaîne de Couspeau.

C'est simple : quand j'arrive ici, je suis "chez moi" et tout est simple

mercredi 30 octobre 2013

Troublante Afrique

Remake d'après "Contes de la bécasse" de G de Maupassant, "Un coq chanta"

"Mademoiselle Adeline Bayle l'avait remarqué à l'un des séminaires où son laboratoire pharmaceutique invitait les prescripteurs, chefs de clinique privée, chirurgiens promis à une brillante carrière ... Ils avaient échangé leurs mails et numéros de téléphone et, discrètement au début, elle s'arrangeait pour lui faire envoyer les invitations à tous les séminaires qu'organisait le laboratoire qu'elle dirigeait. "

Si vous voulez connaître la suite, cliquez sur le lien ci-dessous :

lundi 28 octobre 2013

Lettre à un jeune ami

 (Remake issu de la lecture de Rainer Maria Rilke, « lettres à un jeune poète », Nrf, Gallimard, 1993. La lettre  est celle du 23 décembre 1903, p. 73-83 de cette édition). je viens de découvrir et de lire sur le blog à l'instant (30oct 17h) vos travaux de 2010 sur les lettres en lien avec Rilke et même (!!!) avec cette lettre du 23 déc; merci à Ange-Gabrielle de me l'avoir signifié ce matin; j'ai 3 ans de retard...)
29 juillet 2003
Mon cher monsieur Nellic,
Il ne faut pas que vous restiez sans un mot de moi alors que le mois d’août approche et que la solitude, au milieu de la ville désertée, vous pèsera davantage qu’à l’ordinaire. Mais si vous remarquez qu’elle est plus vaste que d’habitude, réjouissez-vous, car que serait la solitude sans grandeur ? Il n’y a qu’une solitude, elle est lourde, et il n’est pas facile de la supporter, il arrive à tout le monde de vivre des heures et des jours qu’on voudrait échanger contre une présence même banale, anodine, fût-elle avec le premier venu, avec la personne la plus indigne. Mais dans ces jours, la solitude ne fait que croître, elle est douloureuse, elle endolorit le corps et l’âme même de la personne la plus volontaire. Que cela ne vous abuse pas. Ce qui est nécessaire, c’est seulement ceci : la grande solitude intérieure. Pénétrer en elle, voilà à quoi il faut parvenir. Rester seul, lorsque les autres autour de vous vont et viennent dans des affaires sans importance, paraissent très occupés, très entourés. Mais quand on s’aperçoit que leurs agitations sont vaines, et qu’ils n’ont que peu de lien avec la vie, pourquoi continuer à les envier ? Observez-les à partir d’un œil neuf, sans les mépriser.
Pensez, cher Monsieur, au monde que vous portez en vous, à vos souvenirs, à vos conceptions de votre avenir, aux scènes que vous vous inventez, là, étendu sur votre lit, face à votre bureau, ou en marchant. Ces pensées et les sensations qu’elles suscitent doivent attirer toute votre attention et avoir le soutien de tout votre amour. Ne perdez pas votre temps et votre énergie à expliquer aux autres votre vie intérieure, elle les effraierait, ils la confondraient avec leur anxiété et vous couperaient la parole. 
La condition dans laquelle il vous faut vivre maintenant est débarrassée de tous les préjugés.
Et puis, ce que vous éprouvez,  cher Monsieur Nellic, vous l’eussiez éprouvé un jour ou l’autre, quand l’aube de la vie ébauche ses ombres.
Vous voudriez croire en Dieu, mais n’y parvenez pas. S’il n’était pas déjà là dans votre enfance, ni plus tard, dans vos visites des temples, c’est que vous ne le possédez pas, tout simplement. Il a toujours été absent, alors à quoi bon le quêter ? Ne le déplorez pas. Qu’est-ce qui vous empêche de l’inventer, de le voir dans cet arbre dont vous êtes la feuille, dans ce lac dont vous êtes une ridule ? Construisez-le, il n’attend que votre présence, pour exister enfin.
Vous soulevez dans votre lettre une "épreuve" qui vous "engloutit au fond de l’abîme", écrivez-vous. La rupture avec votre ami. Elle vous a pris au dépourvu tant votre amour – dites-vous - était transgressif, inexplicable, un coup de foudre qui vous a donné la force de rompre avec votre famille, qui vous a aussi éloigné de votre sœur tant aimée qui ne veut plus vous voir. Que de sensations et de mots convenus mon jeune ami ! La transgression, l’inexplicable rapprochement des corps, ne se pensent et ne se vivent que parce qu’ils sont bornés, normalisés, tout un chacun est amené à ressentir ce que vous ressentez,il n'y a rien d'intime, en cela, d’autres que vous, avant vous (des amis, la littérature,  le cinéma…) vous ont appris à désirer ce désir-là.  
 Ne rejetez toutefois pas le désir. Il est l’espace de votre solitude. Ce qui lui  donne une issue, un futur, sa sensualité.
J’ai 75 ans. Je n’associe plus d’objet au désir, il est en moi, et son espace demeure intact, vierge. Je ne puis plus compter sur les apparences, voyez-vous, je ne suis plus quelqu’un dont on dirait qu’il est séduisant. Mon corps faillit souvent, il a ses propres maux. Mais qu’est-ce merveilleux de vieillir ! Les dés sont jetés. On ne peut plus tricher.
Les années passées ont été pour moi un combat pour admettre la solitude, vivre avec elle, l’apprivoiser. M’en faire une amie. J’ai longtemps lutter, chercher l’âme sœur, la complice, l’Amie.
Là. Dehors.
Chez les êtres qui me rassuraient, chez des femmes conformées aux désirs des hommes. Maintenant, je conçois que j’étais conventionnel, irrésolublement.
Et je restais passionné par la présence vacante, par la lueur vacillante du désir de mon désir. Je ne l’aimais pas cette femme sans condition, je ne la comprenais pas,  je ne voulais pas entendre sa voix qui me ramenait à ma solitude. A mon désir sans objet, sans elle.`
Vous êtes jeune mon ami, vous avez cette chance de pouvoir gagner du temps, d’apprendre vite. Votre solitude est votre maître. Exigent. Mais bienveillant.
Réjouissez-vous de vivre ce mois d’août. Abandonnez-vous.


mercredi 23 octobre 2013

hors de soi

"Hors de soi" s'inspire de "Sommeil" de Haruki Murakami, nouvelle dans le livre L'éléphant s'évapore,  éditions 10/18, 2008.


Début :
"VOILA 117 JOURS QUE JE SUIS HORS DE MOI.
Je ne parle pas de surmenage, d'énervement, de fureur. Je suis tout simplement hors de mon corps. Je peux à volonté me détacher de mon enveloppe physique.
Etre hors de soi, je l'ai vécu durant des années. J'enchainais les activités du matin au soir, ou plus exactement d'un matin au suivant."

La suite en appuyant sur le lien suivant :
https://drive.google.com/file/d/0B9RgCz7F4uZtdWEwbF95WjRBMGM/view?usp=sharing

vendredi 4 octobre 2013

Ateliers de la rentrée

Nous terminons notre 3° séance de travail avec l'écrivain Bertrand Leclair (« Malentendus », « Dans les rouleaux du temps », « Une guerre sans fin » …) actuellement en résidence à Saint-Etienne.
Lors d'une rencontre préparatoire en début d'été, Bertrand Leclair nous a proposé un atelier de lecture « en profondeur » d'une oeuvre courte, ou d'une nouvelle que nous aurions choisie et dont nous ferions le « remake *»(à ne pas confondre avec le pastiche*), l'écriture se faisant alors « hors atelier ».

Les consignes sont les suivantes :

    • Chacun(e) choisit une nouvelle qui le (la) touche
    • En fait une lecture à l'ensemble du groupe
    • Explique CE qui le touche dans cette nouvelle
    • Met en évidence les différentes « lignes » de force, les structures, les points de bascule, les moments importants, à l'oeuvre dans la nouvelle
    • Transpose ces lignes de force dans un contexte contemporain (met en branle ce qui a touché et les lignes de force dans l'aujourd'hui)
    • Ecrit pour la rencontre suivante un remake de la nouvelle choisie
    • Lit ce qu'il a écrit au groupe

Bertrand Leclair – et l'ensemble du groupe – interviennent dans les quatre dernières phases pour apporter une aide et/ou des critiques constructives. Chacun retravaille son remake pour la séance suivante.
Il nous reste une dernière séance avec Bertrand Leclair :  jeudi 10 octobre à 19 h chez Natô
Nous n'aurons pas fini le travail à la fin de la résidence de Bertrand Leclair, donc nous continuerons nos travaux au cours des séances suivantes.


*Remake : reprise (utilisé souvent pour les films) dont le contenu peut-être plus ou moins fidèle à l'original mais qui reprend toujours le scénario original

*Pastiche : imitation minutieuse du style d'un auteur qui reproduit les formes et les contours des phrases (ne visant ni le plagiat, ni la parodie, ni la caricature)

mercredi 2 octobre 2013

ATELIER DU SOIR

Ce soir : atelier à 19h30 chez Ange-Gabrielle

avec nouvelles fraîches et qui sait début d'écriture. Moi j'ai fini
manque que le titre

à ce soir : Olé !

mardi 24 septembre 2013

Pour Michelangelo

Pour toi, ces photos prises à Tchatchou, dans une pouponnière d'orphelins. Tout y était calme, propre, paisible (et nous nous sommes arrêtées tout à fait à l'improviste). Pour ta délicatesse, la finesse de tes propos, l'acuité de tes écrits, pour ce que tu es tout simplement ...
Tous mes voeux par les yeux de ces enfants



deux jumeaux


mardi 17 septembre 2013

17 septembre



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Comme cette nuit-là s'est gravée dans ma mémoire : je rentre d'un concert où j'avais beaucoup pensé à vous tant cette musique était vivante et j'entends encore celui qui ne savait pas comment annoncer … « Il y a une mauvaise nouvelle … J'ai reçu un appel … Mr Mathieu est décédé ... ».
Comme une prière à l'envers, les mots se couchent. Quel piège s'est refermé ?
Le monde se fragmente en images fixes, fragments silencieux, temps figé.
Vous n'êtes plus celui qui est peut-être entrain de m'écrire, celui qui lit, celui qui va parler tout à l'heure. Je ramène des bouts d'une vie qui a explosé. Quel sens ont ces morceaux ? Quelle place va occuper le désormais « Absent » ?
Des phrases en suspens non suivies d'échanges, des éclats de silence.
Quand je vous quittais, je savais qui j'étais, il existait un enclos où ma vie était sous protection et je pouvais poser un pied de l'autre côté, bondir puis revenir.
Quelque chose s'est perdu que rien ne viendra remplacer. Il existe des impasses dont on ne sort vivant que si sa vie entière pivote sur son axe. J'ai retrouvé mon chemin, mais parfois, au sortir de nuits douloureuses -celle-ci en est une – je me perds à nouveau.
Quand les jours recommencent à raccourcir, c'est toute ma vie qui devient minuscule. C'est vous qui m'apportiez les mots d'espoir, vous qui m'avez appris à quel point chaque vie est précieuse, montré comment tenir en équilibre sur le fil de nos vies. En vérité, le plus difficile est de s'y tenir.

« Il faut être comme l'arbre à papillons, prêt à accueillir le bonheur et tu verras, il viendra sur ton épaule. C'est un jour de grande fatigue, en fermant les yeux que je l'ai vu ».
B. Giraudeau Les dames de nage


Fidèlement à vous, vers vous, encore et toujours.




dimanche 15 septembre 2013

Journées du Patrimoine - Saint-Etienne -





La maison sans escalier, 54 Bd Daguerre à Saint-Etienne fut construite en 1939 par A. Bossu. Ce sont 36 appartements en copropriété sur 6 étages, organisés autour d'un volume central éclairé par une coupole en béton armé percé de briques de verre. Sans ascenseur ni escalier, l'immeuble comporte une rampe hélicoïdale à faible pente. Cette rampe conçue comme un espace de convivialité a un peu moins de deux mètres de large et dessert les appartements, tous composés de 2 ou 3 pièces ; le rez de chaussée comportait un bassin et le volume central était éclairé par la coupole (qui a du être occultée pour cause d'étanchéïté). Chaque appartement offrait dès 1939, eau chaude/eau froide/, chauffage central, vide-ordures, WC et salle de bain individuels. Sur la terrasse supérieure, les habitants pouvaient se rendre à la buanderie collective. A. Bossu a construit deux "Maisons sans escaliers" à St Etienne et une trentaine d'immeubles. Il maitrisait parfaitement la technique du béton et c'est dans une optique humaniste et conviviale qu'il a conçu la plupart de ses immeubles.


Immeuble du 29A rue G Clémenceau

Maquette du site de Beaulieu
Quartier Beaulieu, visite d'un appartement-témoin des années 50 :
Ce site fut construit en 46, la maquette montre les immeubles -tous différents en hauteur et en taille  et entourés de nombreux espaces verts- qui vont de la rue Le Corbusier à la rue G Clémenceau.
Dans ces années la pénurie et la vétusté des  logements stéphanois sévissait sévèrement et une vaste opération de construction de logements sociaux fut entreprise. Ces logements, eau chaude, WC, salle de bain, avec ou sans chauffage proposaient un accès sans précédent à la modernité. Selon les normes de l'époque un T2 de 42m2 permettait de loger 4 personnes : cuisine, salle de bain, WC, salon et chambre à coucher, les enfants dormant dans le cosy du salon.
La ville de Saint-Etienne entretient un appartement-témoin meublé d'époque grâce aux dons ou prêts d'anciens habitants, que l'on peut visiter.

chambre à coucher

arrière d'immeuble

mercredi 11 septembre 2013

Joséphine confectionne les boules d'akassa

Le maïs, comme le manioc, ou le riz si l'on est plus fortuné, sont les bases de l'alimentation. Ces boules blanches - vendues entourées de feuilles de teck fraîches - nécessitent des jours de préparation et sont vendues 25 CFA (1000 CFA équivalent à 1 euro 50).
Joséphine est installée dans sa cuisine, ce foyer dans sa minuscule cour d'où sortent tous les bons plats qu'elle cuisine. Il faut cultiver le maïs, le sarcler, aller chercher l'eau au puits, ramasser le bois, s'accroupir, piler ... Elle commence par épépiner les pommes de maïs et recueillir les grains. Ils sont mis à tremper plusieurs jours dans de l'eau tiède, puis égouttés et envoyés au moulin pour être réduits en farine. La poudre de maïs est jetée dans de l'eau, l'amidon se dépose au fond de la marmite, cette pâte va fermenter une journée entière. On tamise, on jette la farine et on récupère l'amidon qui est mis à cuire dans de l'eau chaude jusqu'à obtention d'une pâte épaisse. C'est cette pâte blanche très épaisse qui est consommée et roulée dans des feuilles de teck. Les boulettes sont consommées avec une sauce tomate ou feuilles très pimentée.
Ca semble simple, mais ce n'est qu'une des innombrables tâches qu'accomplit la femme africaine tout au long d'une journée ordinaire.



Nuits africaines



Est-ce la moiteur du climat, l'état léthargique dans lequel l'humidité ininterrompue laisse le corps, la perte de tous repères habituels qui font retentir si fort en moi les nuits africaines ?

Chaque nuit me prenait dans un sortilège. Aussitôt couchée, tout bruit semblant avoir cessé, je m'aperçois bien vite que le silence est habité par un brouhaha lointain et incessant. Vagues musiques dans le lointain, caquètements, bêlements, sarabandes de souris et de margouillatss sur ma tête, tambours, paroles de femmes … La moiteur du corps et des draps, les bruits-musique en fond sonore, le sommeil arrivant basculent mon esprit dans un état de confusion mentale. Mon corps ne m'appartient plus, mon esprit non plus. Je suis ensorcelée, prise dans les rets d'un maléfice ou est-ce subjuguée par un charme, tous ces sons lointains ayant l'effet magique d'incantations. Ces sensations totalement inhabituelles à mon corps, mon cerveau brouillent tout. Perceptions, souvenirs se mêlent, fusionnent. Tous mes repères s'évanouissent, ne reste rien à ma rescousse, ni connaissances, ni certitudes, ni croyances. Hallucinée, l'esprit flottant, tout mon être est en semi-conscience, hors de tout contrôle de la raison. Fascinée, charmée, vaguement effrayée, tout m'échappe. Dans un état de demi-sommeil différent du rêve, ma porosité au monde, mon déboussolement est total. Déliée, sans défense, envahie par le monde, tout peut arriver.
Certaines nuits, éclate une altercation. Des cris explosent, des hurlements fusent. Les femmes hurlent, les ados rétorquent, des enfants pleurent et derrière tout cela toujours les mêmes battements de tambours, les vibrations de basses d'une musique, les frôlements, bêlements. Rythmes et volumes vont crescendo puis tout à coup s'apaisent en un diminuendo comme si une entente était en vue. Quand, tout à coup – un chef d'orchestre dirige t-il les opérations ?- rythmes et volumes enflent sans que ne se perçoive aucune réelle agressivité. Emportée par cette fête des voix, je me suis souvent questionnée : altercation impromptue ou danse organisée ? Questions / Réponses ? Choeur hommes / Femmes ?
… Et puis chacun-chacune salue, j'entends les pieds frotter le sol, on rentre, la bagarre est finie jusqu'à la prochaine fois, on se salue.

5 heures du matin, au réveil d'une nuit ensorcelante, de « pensées » molles, de rêves érotiques, j'entends, avant le jour un oiseau lancer son chant, mais les bruits domestiques qui commencent l'empêche de se déployer dans le silence. Chants des coqs, poulies des puits grinçantes, couinements des portes métalliques, bêlements des chèvres plus forts, tintements des bassines métalliques entrechoquées, doux chuintement des courts balais de palmier que passent les jeunes filles dans les cours, repoussent doucement le voile de la nuit. Quelques jeunes enfants pleurent. Le muezzin a déjà poussé ses appels. Dans deux heures, il fera jour et les sons vont s'amplifier.
Certains matins, lorsqu'il a plu la veille au soir, sont comme un commencement du monde : les coqs chantent, en silence les enfants calmés balaient la cour détrempée, le déjeuner est de pain frais livré à six heures par Blandine, de confiture de mangues, de petites bananes et d'un ananas juteux juste ouvert. La pluie a apaisé le monde, les hommes, les esprits. Règne un calme inouï. On dirait un début de monde, tout neuf, tout frais, tout calmé, lavé. Les femmes vident les cases, les nattes sortent au soleil pour sécher. On recommence à zéro.
Finis les sortilèges. Qui a parlé d'envoûtements ? Les palmiers se balancent dans un ciel infiniment bleu.

La cour se réveille

Lever



Sous le palmier

Estelle au puits


Tatasonga au nord de Natintingou

mardi 10 septembre 2013

Groupement de femmes transformatrices d'afitin de SACLO (Bohicon, Bénin)


Aujourd'hui, nous nous rendons à Saclo - commune de Bohicon - ville attenante d'Abomey, en compagnie d'Emile Kpoton, retraité bénévole qui s'occupe de plusieurs ONG.


L'afitin est un condiment traditionnel utilisé dans la plupart des sauces dans toute l'Afrique de l'Ouest, extrait du Néré, grand arbre de la famille des mimosaceae (dont la feuille ressemble un peu à notre acacia) et dont les fruits sont de longues gousses suspendues en grappe contenant une poudre jaune et de nombreuses graines noires (qui - après avoir subies de multiples transformations - serviront à faire l'afitin).

* Tout est utilisable dans le néré : son bois est un excellent combustible, son écorce sert les ostéopathes, sa pulpe de laxatif, ses cosses servent d'engrais et de crépi pour les murs des cases, ses graines sont très riches en protéïnes, en fer, vitamines C limitant le scorbut et en iode contre les goitres ...

Les graines sont cuites longuement dans de grosses marmites afin de pouvoir les décortiquer (jadis cette opération était effectuée à chaud par foulage aux pieds), elles sont ensuite passées dans un premier moulin afin d'en extraire le cotylédon qui lui, sera transformé ; égouttées dans de grands paniers, elles subissent trois rinçages successifs puis un quatrième dans un récipient contenant de la bouillie d'argile de termitière. Au fil des rinçages, leur peau se dépose et seuls les cotylédons surnagent. Les quatre eaux de rinçage sont conservées et utilisées comme fertilisants dans les champs ou comme peinture. Un dernier triage est encore fait à la main et un ultime rinçage avant une seconde cuisson rapide.

Les graines de néré ont cuit de longues heures et vont passer au moulin

passage au moulin

rinçages successifs des graines

toutes les femmes du groupement participent
Les cotylédons vont maintenant fermenter pendant 48h à l'air libre (ou seulement 7h dans des caissons en bois fournis par une ONG américaine) puis être modelés en grosses boulettes. Celles-ci sont enroulées dans des feuilles de teck et nouées d'un cordon végétal,  pour être enfin vendues pour quelques centimes au marché. Attention la conservation n'excède pas les 48h !!

confection des boulettes d'afitin prêtes à la vente


Actuellement à Saclo, la fabrication connaît un stade supplémentaire. Après fermentation, les cotylédons vont subir une opération de séchage (grands séchoirs fournis par les américains), puis passer à nouveau au moulin afin d'obtenir une poudre sèche, noire, vendue sous vide dans de petits sacs plastiques. L'afitin se conserve alors environ six mois. Naturellement le prix n'est plus le même, mais en conservant les deux modes de fabrication, cela permet une commercialisation à bas prix sur les marchés et une commercialisation en magasin. Actuellement, le groupement étudie comment conditionner cette poudre sous forme de petits cubes compressés ce qui permettrait une conservation encore plus longue et un transport aisé.
Et peut-être alors verrions-nous des cubes d'afitin remplacer avantageusement  les KUB-OR dans les rayons de nos supermarchés.
Toute cette transformation prend quelques lignes d'un article, plusieurs jours de labeurs intenses, de fatigues, de fêtes, de chants, de palabres dans un petit village du Bénin.

Quelques merveilleux visages ...



Et bien sûr de prétextes à chants et danses pour tous ...


 



dimanche 8 septembre 2013

A nos plumes ...

"Le mot est le substratum de toute pensée ; il en est la nécessité ; il en est aussi la forme, et la couleur, et l'odeur ; il en est le véhicule : et bai ou rubican, isabelle ou aubère, pie ou rouan, ardoise ou jayet, doré ou vineux, cerise ou mille-fleurs, zèbre ou zain, le front étoilé ou listé, peint de tigrures ou de balzanes, de marbrures ou de neigeures, - le mot est le dada qu'enfourche la pensée. Mais ce n'est pas pour cela que j'aime les mots : je les aime en eux-mêmes, pour leur esthétique personnelle, dont la rareté est un des éléments ; la sonorité en est un autre. Le mot a encore une forme déterminée par les consonnes ; un parfum, mais difficilement perçu, vu l'infirmité de nos sens imaginatifs. ..."

Rémy de Gourmont "Le chemin de velours" L'ivresse verbale

(Le correcteur d'orthographe semble avoir la tête sens dessus-dessous, il affiche beaucoup de rouge ; quant à L Bourg, tous ces points-virgules doivent lui mettre du baume au coeur. A jeudi ...)

jeudi 29 août 2013

Incursion chez Rémy de Gourmont

"Où vais-je baiser ma petite amie pour la réveiller ? Sur ses cheveux ? Sont dorés mais ne dorment pas. Sur ses yeux ? Sont dorés mais ne dorment pas. Sur sa toison ? Oui, petite amie, sur ta toison car ta toison dort."
La cloison - Choses anciennes

mercredi 28 août 2013