vendredi 20 novembre 2020

Balade du Chemin des Jardins


 

                                              Jardins, paradis perdus

                                        pour toujours, dans son coeur gravé :

                                        l'Homme et la Femme qui, un seul jour

                                        s'y aimèrent.                                                                                      

jeudi 19 novembre 2020

La concurrence est déloyale

Je ne pouvais pas laisser passer ça !

Ma collègue me signale : 

Marie Redon est géographe, maîtresse de conférences à l’Université Sorbonne Paris-Nord, laboratoire Pléiade (ER-7338). Ses recherches portent notamment sur les îles et les jeux d’argent.

Marie Redon : « Il y a autant de façon de décrire la Terre que de la regarder », cliquer sur le lien/phrase ci après :

Marie Redon, géographe des îles

Au crépuscule bien avancé

 Au crépuscule bien avancé

plus question de vitamine D

nous nous rejoignons à ma porte, marchons à pas comptés

à bonne distance

nous arrêtons parfois devant le détail d'une ombre

l'appareil photo embarqué

shoote du rouge,

des fenêtres découpées dans le noir fuligineux,

des feuilles froufroufrantes

 

l'une demande à l'autre

"- Tu sais ce qu'on devient, "après" ?

- Non je sais qu'il existe plusieurs hypothèses, mais aucune feuille n'est jamais revenue pour nous le dire.

- Tu trembles ?

- Non je fais ma gymnastique"

 

à la même date en 2019, on était occupés à dégager la neige des branches lourdes de feuilles pas encore tombées

on était loin de se douter... même si ça nous pendait au nez

 

On découvre des rues, des passages,

On redécouvrage des rivages

là, un immeuble démoli

ici, un arbre veuf,

une grue scintillante qu'on voit parfois depuis un autre point de vue,tourner sur son axe dans la nuit blanche.

 

on ne sait pas pourquoi on s'évade à cette heure

pourquoi on accepte ça, prendre l'air qui n'a pas la même odeur la nuit

sous la lumière des lampadaires qui polluent le ciel

on se raccroche à du positif, l'oeil toujours en émoi




mercredi 18 novembre 2020

à peine 1 km, le 18 novembre 2020

Ce matin, je fais le trajet dans le sens des départs

j'atteste dans ma poche que mon déplacement est limité

me suis réveillée avec la migraine qui va bien

celle qui résiste à tout

à la camomille de l'amie

aux compresses brûlantes

au masque glacé

j'ai enfilé mon sac à dos et marché dans l'air frais du matin

mais xi-xi ru piquait le nez

à ma hauteur s'est arrêté un homme à joli vélo

c'est un collègue

on a échangé sans masque 200 mots

on s'est séparés, lui filant vers le présentiel

moi vers le télétravail qui donne sur les crépuscules flamboyants.

 

à la pause, je fais le tour de mon jardin

10 fleurs de fraise, 3 capucines, 1 jaune et 2 rouges

toujours le plastique effiloché dans le cerisier

toujours des canettes balancées depuis la route

De l'autre côté de la haie sud, les grands enfants de ma nouvelle voisine

offrent leur visage à la vitamine D allongés dans des transats

on dirait des tuberculeux emmitouflés dans leur plaid

je fais quelques pas de plus, pour être en plein soleil moi aussi

je m'étire, je sautille, je vais voir la boîte aux lettres

de la poudre de fourmis.

Dehors/2

épuiser les ombres



des plis de lumière sur le chemin

folles tendresses cachées du jour

un aubier d’ombres, de ténèbres

un choeur  de  présages obscurs

de simples murmures de gravier

des brassards de nuit assemblés

vagabondant au sein des songes

les images accouplées en éclats

quelques gouttes  de ces   rêves

sur les lèvres et cheminer  pour



épuiser les ombres




mardi 17 novembre 2020

Balade dans le bois : Miracle

 
 
Humus humide, odeurs automnales
de moisissures, de brume
brusquement, sous un arbre, miracle
ici, il y a peu, le cerf a bramé .

 

lundi 16 novembre 2020

Débout,

Confinée,j'erre à travers les désordres de mon chemin intérieur. Ma cartographie interne m'indique les embranchements végétaux multicolores s'ouvrant à perte de vue sur des cellules qui clignotent autant de phares lumineux dans le petit matin désanchanté. Me lever, mettre un pied devant l'autre, marcher timidement puis prendre de l'assurance relève d'une quête de l'imprévisible, d'une injonction faite à mon corps de ne pas sombrer, de laisser infuser la curiosité qui le guide dans les distorsions du jour nouveau. Aller à la rencontre d'une forêt conceptuelle, d'un univers qui n'a de végétal que les nuances de vert que je veux lui donner, me faufiler entre les pieds des chaises volontairement en désordre ou écouter la mélodie affinée de quelques klaxons tel est le dilemme immédiat. La conscience complice d'un désastre étouffé,je décrypte le paysage; les troncs arborescents des lampadaires, les immeubles-sanctuaires d'autant de vies semblables et dissemblables, la place vide où s'enracinent les empreintes glacées des passants qui pleurent leur solitude. Toute en fragilité lucide et apaisée, je m'imprègne de la symbiose des éléments. A ma bataille intérieure, répond la quiétude de l'automne, ses teintes sourdes, ses couleurs de feu, son pas pesant dans le sillon d'une année interminable. Des freux traversent le ciel; ils emmènent avec eux mes pas malhabiles sur les traces d'un sentier nouveau.

dehors

 

se risquer sur le seuil du dehors



à bas bruits sous les ramées de vent

sur les sillons d’une terre de silence

affamée de lumière de frisson d’aile

de ballets d’ombres légères égarées

des brassées de feuilles chiffonnées

des bouquets d’oiseaux s’effeuillant

de cette délicate éloquence d’arbre

de ces signes essentiels et masqués



se risquer sur le seuil du dehors



 

dimanche 15 novembre 2020

Balade de Plan Lara (1) : coucher de soleil sur la forêt de Saoû


 


                                               Fin de jour très doux

                                               la main tendue de nuit

                                               caresse les plis de velours de Saoû

                                               promesse d'une nuit paisible.

 

Toutes les photos -sauf mentions particulières- seront de Jean- François Barthale. Cf le blog jfb-mon.oeil


itinéraire 2020

 Contexte :

Imaginez un monde où toute sortie hors du domicile familial serait contrôlée tant sur sa destination que sur sa durée ou sur la distance autorisée, limitée dans un rayon d'un kilomètre avec preuves dans la poche à l'appui, attestation dûment datée, signée avec carte d'identité à l'appui.

Incongru ? Impossible ? Surréaliste comme on dit de nos jours ? Ajoutons-y un critère supplémentaire : pour sortir de chez eux, ces habitants devront être masqués, seuls les yeux, voire les oreilles devront apparaître à leurs concitoyens, chacun pourra ainsi croiser son voisin sans même le reconnaître d'autant plus qu'une des règles du jeu consiste en l'interdiction de se toucher, de s'embrasser, se congratuler, à plus forte raison de se respirer, voire même de se parler au-delà de quelques minutes et encore à la condition expresse de se tenir à plus de 2 mètres l'un de l'autre. Tout cela étant passible de très fortes amendes pour les contrevenants. 

Les habitants des contrées de ce monde qui marcherait sur la tête, ayant de plus pour consigne -entre autres et qu'il n'y aurait aucun intérêt à énumérer ici- de rester sur le lieu où ils sont, le jour où ces ordres prennent date d'effet. Avec les conséquences prévisibles innombrables dont une, évidemment est qu'on n'a jamais vu autant d'habitants qui se découvrent une envie folle de marcher, marcher pour marcher ; les uns pour s'aérer, les autres pour pratiquer une activité physique, d'autres encore simplement pour flâner et contempler un paysage qu'ils ont depuis des années sous les yeux mais dont ils ne découvrent la beauté et la singularité qu'aujourd'hui parce qu'on les leur a retirées. Il en est bien sûr beaucoup d'autres, qui toutes ont la même motivation : Comment contourner de telles consignes sachant que plus il y a de contraintes, plus grand est le plaisir, plus l'exercice s'avère délicieux et plus les résultats sont excellents ?

C'est dans un tel contexte, inimaginable il y a un an, que se déroulent les promenades qui vont suivre et vont vous être proposées. Quotidiennes, voire bi-quotidiennes pour les malins, ces balades peuvent ou non emprunter le même itinéraire. Les miennes se dérouleront dans un cadre géographique très précis, la commune de Bourdeaux dans la Drôme, située entre le village de Saoû et celui de Dieulefit









mardi 10 novembre 2020

dimanche 25 octobre 2020

Bleu Guyane et retour Mon texte pour le livre Bleu Chapitre 3 de la bibliothèque bleue - La Ricamarie

Bipe, ça vient d'où ?

Bipe ça vient de rien, ça vient du nom qu'on n'arrive pas à dire

Bleu électrique

la poudre des ailes des morphos sur les paupières ouvertes sur la mort

Le regard emporte avec lui pour dernière vision la silhouette d'arbres en rangée,

le muret de pierres, la nuit qui s'épaissit en crissant

 Il tombe, il sombre

une première fois sous le gourdin

une deuxième fois sous les pierres

Et me lègue la moitié de mon prénom

Bipe ça vient d'où ?

 Sur son crâne sur son front, le sang coule puis se fige,

la réalité sépia

rangée pour longtemps dans l'enfer des placards

 

Bipe ça vient d'où ?

Des grosses pierres maculées de sang

 

Le bleu du ciel au petit matin froid d'octobre

rassemble les badauds, tenus à distance

petite foule silencieuse, dans l'attente du nom

le public du fait divers

qui reste sur le cliché

Sur son crâne sur son front, le sang coule puis se fige,

la réalité sépia rangée pour longtemps dans l'enfer des placards

 Le jeune assassin a sous les ongles un peu de terre

quelques grains de granit

sur ses vêtements une odeur de moutons, de sueur, de sang sans doute

une odeur de vinasse mal fêtée.

Sur le front un bleu bossu de s'être cogné ivre à des obstacles complices.


Il est déjà en fuite, à bord d'une diligence

Il est déjà rattrapé

Il est déjà condamné

tondu, emmené sur l'île de Ré,

Il est déjà sur le navire Le Loire, sur l'océan anthracite où il vomit les bleus de sa petite vie minuscule et le repas exceptionnellement copieux de sa ration de transporté

Il est déjà dans son bagne, à l'extrême Ouest, près de l'embouchure du Maroni,  près de la Guyane hollandaise, celle où j'ai fait frontière

agacé par les mouches à feu,

à fabriquer des émouchettes pour protéger les bêtes

desquelles lui-même ne peut se protéger

Il est déjà mort, tout ça pour ça,

13 mois le séparent de ce cataclysme, entre la mort de Pierre et la sienne

Et de sa propre embouchure sortent des papillons velus, des papillons qui font de la lumière et

qui emportent son dernier souffle au fond de la forêt

Je ne ramène plus de pierres à la maison sauf ces deux-là   témoins ou non de ce fait d'hiver-printemps-été-automne  *  Puis j'arrivais à mon tour.*;*;*    120 ans plus tard, au moins, et après avoir rencontré beaucoup de pierres, j'allais visiter la scène de crime. Toute la journée, je portais deux pierres, comme des enfants dans mes bras.     Cueillies près du mur d'origine et je me demandais ce qu'étaient devenues celles qui avaient rencontré la tête de mon arrière grand-père. Ont-elles été envoyées au bagne avec l'écraseur de crâne ? Ont-elles été enfermées au placard des pièces à convictions avec le couteau de tous les Ravaillac ?       

Dans ma tête le sang afflue et forme des vaguelettes de douleur

Les pierres là-bas ne sont bleues que parce qu'on les a peintes, sinon elle sont noires, brûlantes, luisantes, sans espoir. bordant des routes, faisant échancrure dans le paysage qui n'a pas tellement besoin de murs, d'un côté l'océan, les requins et la boue, de l'autre la forêt. piège parfait.

 Depuis le Suriname, j'ai pris l'avion pour une île de rêve, de carte postale à palmiers où les enfants portaient des uniformes dans des écoles peintes en rose ou en bleu ciel entre quelques vols de tourterelles à queue carrée.

Dans ma tête, les pierres ont peu à peu fait place aux papillons. les douleurs volettent et emportent des mots, les souvenirs prennent la poudre d'escampette, les noms coupés par des virgules et des traits de désunion

Je suis Marie et je suis Pierre,

Et Bipe, ça vient d'où ?

Bipe ça vient de ne pas savoir qui être

Maternelle et douce, tranchante et contondante, avec des reflets de colère irisés.

Bleus des coups cachés sous l'hélichryse, les immortelles et la lavande, celles qui lavent plus bleu que blanc, le linge sale des familles. il se cogne la tête, contre la pierre de sa cellule.

Il n'y a pas séjourné longtemps, ne saura jamais qu'il se retrouve un jour de 2020, sous l'encre sang de mon stylo. Destin raté de bout en bout, vie pour rien, mort pour rien, de mon jeune arrière mort à 45 ans, De qui ce Pierre tirait-il son prénom ?

Et les pierres continuent de devenir sable lentement, et les papillons bleus de Guyane, de devenir poussière métallique, et la jeune gazelle continue son voyage, avec les bestioles piquantes et les doux singes, les fleurs de paradis, les fleuves qui montent et descendent au gré des marées, tous humains enchaînés à notre voisin de galère, et les ibis rouges et les aras flamboyants, et les moutons paresseux, et les bagnes égouts.

2 pierres dont moi, pour écrire ma légende, au bureau matricule

Porter mes pierres, penser le bleu dans la tête écrasée de mon arrière.

Bleu Guyane et retour

moi lui et lui et l'autre et moi.

Trijumeau de la face en bouillie

trois humains et deux pierres

Transportation

régénération

colonisation des marges de l'Empire

Délinquants par nature ou par accident

Faire le deuil de moi même, supprimer le e le p le i le b

redevenir celle que l'on a nommée, pour le meilleur et pour le pierre.

mardi 20 octobre 2020

 Si ça vous dit de remettre le pied à l'encrier (comme disait François Morel il y a longtemps), voici les 10 mots de 2020-2021

AILE

ALLURE

BULLER

CHAMBRE A AIR

DECOLLER

EOLIEN

FOEHN

FRAGRANCE

INSUFFLER

VAPOREUX

Comme d'hab, la consigne c'est écrire sur un ou deux ou dix mots, filmer, photographier

et avant de participer officiellement, jouer ici aussi !




dimanche 11 octobre 2020

Clin d'oeil

 

Pour la dernière fois

Dans le sablier du temps

Le chant de la terre

Discret et doux

Comme un flocon de neige oublié.



Il pleuvait.

Les flèches d'une cathédrale

Tiges gracieuses et fines

Semblaient boire à la nuit.

Penché avec tendresse

Il vit

Dans un massif de potentilles

Une vraie luciole, douce

Comme une lanterne verte.



C'était cela la solution :

Se cacher.



lundi 14 septembre 2020

Derniers jours avant le retour

 

La Chaîne de Couspeau, à gauche une des extrémités de la forêt de Saoû, la photo est prise de Combs en fin de journée

 


                                                            Le Roubion, presque à sec


 

Le synclinal perché de la forêt de Saoû, vu de la Viale (ancien village perché) et le village plus récent de Bourdeaux à ses pieds.

Ces quelques cartes postales, un peu les mêmes chaque année, dont on ne se lasse pas. Des bises à toutes les lectrices et lecteurs.



jeudi 9 juillet 2020

Ravin du Jugement /2

J’ai voulu toucher l’invisible entre les failles du temps. La carte en mains , je me suis approchée du Ravin du Jugement. J’ai frôlé ses ciels et surplombé ses abîmes. Ai marché sur le chemin, que l’on dit celui du facteur, parfois simple sente entre ravin et pierre, concentrant mon regard sur la pose du pied entre pierre et racine. Sur ma droite, des flaques d’obscurité, un ravin donc empli de troncs déchiquetés, d’une végétation gloutonne se répandant comme membres de chimères aux méandres délirants. Impossible de discerner ce fond de ravin, à peine devine-t-on le cri de l’Ance dans ses entrailles qui entaille le silence de ce lieu où l’on souhaite que rien ne se passe. Tenter alors d’emplir ses poumons du souffle des arbres, bosquets de noisetiers et bouquets de bouleaux, de sentir le froissement des perles de lichen entre les doigts, de poursuivre les turbans de lierre du regard jusqu’à leur disparition. Sur toute cette nuit qui tremble au fond du ravin, ne pas trop se pencher. Laisser ces grumeaux de noirceur macérer dans ces antres, poursuivre le chemin, espérer l’éclaircie où apaiser les yeux et porter loin sur l’horizon , un ou deux toits connus, quelques prés arpentés par un tracteur, une route plus haut, et après une légère courbe la tourelle du château et le hameau enfin silencieux et fier. Découvrir sur le bas-côté, un rocher refuge – on en revient toujours là – dit “le fauteuil du diable” qui surplombe le vallon où se murmurent peut-être des phrases inaudibles , qu’il est mieux de ne pas comprendre. Alors, du ventre même, quelque chose de connu se décline, comme une secousse d’éternité qui résonne et diffuse dans les veines le message d’être encore vivant, les mailles des forces invisibles se desserrent et la lumière qui baigne le hameau révèle des brassées de fleurs où reprendre des couleurs. Au retour, laisser fondre sous le palais quelques fraises des bois et framboises déposant un message rougi au coin des lèvres.



 

mercredi 20 mai 2020

Exultation de dé-confinement









Le paradis sur terre : un jardin, un repas frugal, une salade goûteuse et colorée, de l'eau fraîche du robinet,  des cerises cueillies sur place, une table et des chaises bien sûr, des sourires épanouis, la santé et de douces pensées à vous toutes et tous.

vendredi 15 mai 2020

Notre toute nouvelle carte



Je vous soumets cette toute nouvelle carte, bien ronde, bien circonscrite, bien confinante.
Pour la faire vivre, il suffit de cliquer sur le lien suivant : 

Vous pouvez jouer avec, gamberger sur cette ligne rouge-frontière inventée tout récemment, décider que c'est votre nouvel univers et écrire à partir de là, réfléchir si elle fera ou pas partie de "notre" exposition, la mettre aux orties ... l'adopter, la rejeter ou la mordre comme une pomme.
Il m'a semblé qu'elle ne pouvait pas ne pas figurer sur ce blog traitant de cartographie depuis deux ans maintenant
Bien à vous, déconfitement vôtre

dimanche 10 mai 2020

Oui

Suis allée voir les roses , le jardin du matin, ai contemplé le ciel, les doigts encore noués de l’au-delà des songes, me sentis consolée par le vent sur la peau comme une douce ondée. L’imperceptible hier n’était plus qu’arc-en-ciel, souvenir coloré, à l’écart, confiné, derrière les perles d’eau et les mots bousculés. Maintenant, tout se tait, tout repose, apaisé, les oiseaux délivrés tissent les aurores, et le timbre des pierres dessous le pied résonne; quant au parfum des fleurs, tout de mélancolie, il s’offre et se révèle, en une douce houle: retenons notre souffle, tout est encore possible...

mercredi 6 mai 2020

A VOUS, DEMON TERRITOIRE,

     Je vous écris de mon petit bout de territoire perdu dans les brumes ocre-rose, entre   ondées et arcs-en-ciel. Les gouttes d'eau s'agrègent en pampres transparentes sur les rebords des branches. Pleurent leurs sonatines qui s'égrainent lentement. Pleure leur mélancolie qui s'évapore à la recherche des âmes mortes. Flotte dans l'air le doux murmure d'un au-delà, d'un ailleurs qui exulte.
     Les verts des feuillages hier encore incertains expriment maintenant leur identité appuyée de teintes tendres mais expressives.
      La Dorette frémit et glisse ses eaux transparentes vers d'autres horizons. Elle laisse se pencher dans ses reflets moirés les étincelles vives des libellules ivres des souffles du printemps. De plongeons en sauts périlleux , elles s'arrogent le droit de conquérir l'espace ténu au-dessus des ondulations enthousiastes de la rivière. D'un vol silencieux et fébrile, elles auscultent les berges-fouillis, impénétrable lieu avant que de se poser sur la courbure d'une herbe pâle.
     Assise sur une pierre grossière, taillée dans le granite perdue je suis, entre la joie de l'éternelle renaissance, de ses parfums-mosaïque, de ses couleurs-cicatrices et la tristesse infinie que leur beauté engendre. Capturer ce moment où soudain tout se tait, où pourtant tout est murmures, palpitations, ondoiements, cris étouffés avant que tout explose, tous ces riens en rafales, chants-mélopées que les oiseaux se confient d'arbres en arbres, comptines acidulées reprises par les peuples des herbes.
     Sur l'asphalte de ma mémoire vacillante, germe le souvenir d'une caresse légère. Est-ce le vent d'avant ou ta main qui frôle ma joue? De doutes et d'incertitudes mêlés, le passé affleure et avec lui ses nuages de sanglots étouffés.
Non, d'un bond se lever et courir pour attraper le rayon du soleil qui joue avec mon ombre et le reflet des marguerites. Courir pour étreindre le tintement furtif que j'entends dans le creux du vallon. Courir pour rejoindre les rebords de ma carte noyée dans la douceur de notre territoire que j'écris depuis longtemps au singulier.