Jardins, paradis perdus
pour toujours, dans son coeur gravé :
l'Homme et la Femme qui, un seul jour
s'y aimèrent.
Jardins, paradis perdus
pour toujours, dans son coeur gravé :
l'Homme et la Femme qui, un seul jour
s'y aimèrent.
Je ne pouvais pas laisser passer ça !
Ma collègue me signale :
Marie Redon est géographe, maîtresse de conférences à l’Université Sorbonne Paris-Nord, laboratoire Pléiade (ER-7338). Ses recherches portent notamment sur les îles et les jeux d’argent.
Marie Redon : « Il y a autant de façon de décrire la Terre que de la regarder », cliquer sur le lien/phrase ci après :
Au crépuscule bien avancé
plus question de vitamine
D
nous nous rejoignons
à ma porte, marchons à pas comptés
à bonne distance
nous arrêtons
parfois devant le détail d'une ombre
l'appareil photo
embarqué
shoote du rouge,
des fenêtres
découpées dans le noir fuligineux,
des feuilles
froufroufrantes
l'une demande à
l'autre
"- Tu sais ce
qu'on devient, "après" ?
- Non je sais qu'il
existe plusieurs hypothèses, mais aucune feuille n'est jamais revenue pour nous le
dire.
- Tu trembles ?
- Non je fais ma
gymnastique"
à la même date en 2019,
on était occupés à dégager la neige des branches lourdes de feuilles pas encore
tombées
on était loin de se
douter... même si ça nous pendait au nez
On découvre des rues, des passages,
On redécouvrage des
rivages
là, un immeuble
démoli
ici, un arbre veuf,
une grue scintillante qu'on voit parfois depuis un autre point de vue,tourner sur son axe dans la nuit blanche.
on ne sait pas pourquoi on s'évade à cette heure
pourquoi on accepte ça, prendre l'air qui n'a pas la même odeur la nuit
sous la lumière des lampadaires
qui polluent le ciel
on se raccroche à du
positif, l'oeil toujours en émoi
Ce matin, je fais le trajet dans le sens des départs
j'atteste dans ma poche que mon déplacement est limité
me suis réveillée avec la migraine qui va bien
celle qui résiste à tout
à la camomille de l'amie
aux compresses brûlantes
au masque glacé
j'ai enfilé mon sac à dos et marché dans l'air frais du matin
mais xi-xi ru piquait le nez
à ma hauteur s'est arrêté un homme à joli vélo
c'est un collègue
on a échangé sans masque 200 mots
on s'est séparés, lui filant vers le présentiel
moi vers le télétravail qui donne sur les crépuscules flamboyants.
à la pause, je fais le tour de mon jardin
10 fleurs de fraise, 3 capucines, 1 jaune et 2 rouges
toujours le plastique effiloché dans le cerisier
toujours des canettes balancées depuis la route
De l'autre côté de la haie sud, les grands enfants de ma nouvelle voisine
offrent leur visage à la vitamine D allongés dans des transats
on dirait des tuberculeux emmitouflés dans leur plaid
je fais quelques pas de plus, pour être en plein soleil moi aussi
je m'étire, je sautille, je vais voir la boîte aux lettres
de la poudre de fourmis.
épuiser les ombres
folles tendresses cachées du jour
un aubier d’ombres, de ténèbres
un
choeur de présages obscurs
de simples murmures de gravier
des brassards de nuit assemblés
vagabondant au sein des songes
les images accouplées en éclats
quelques gouttes de ces rêves
sur les lèvres et cheminer pour
épuiser les ombres
se risquer sur le seuil du dehors
sur les sillons d’une terre de silence
affamée de lumière de frisson d’aile
de ballets d’ombres légères égarées
des brassées de feuilles chiffonnées
des bouquets d’oiseaux s’effeuillant
de cette délicate éloquence d’arbre
de ces signes essentiels et masqués
se risquer sur le seuil du dehors
Fin de jour très doux
la main tendue de nuit
caresse les plis de velours de Saoû
promesse d'une nuit paisible.
Toutes les photos -sauf mentions particulières- seront de Jean- François Barthale. Cf le blog jfb-mon.oeil
Contexte :
Imaginez un monde où toute sortie hors du domicile familial serait contrôlée tant sur sa destination que sur sa durée ou sur la distance autorisée, limitée dans un rayon d'un kilomètre avec preuves dans la poche à l'appui, attestation dûment datée, signée avec carte d'identité à l'appui.
Incongru ? Impossible ? Surréaliste comme on dit de nos jours ? Ajoutons-y un critère supplémentaire : pour sortir de chez eux, ces habitants devront être masqués, seuls les yeux, voire les oreilles devront apparaître à leurs concitoyens, chacun pourra ainsi croiser son voisin sans même le reconnaître d'autant plus qu'une des règles du jeu consiste en l'interdiction de se toucher, de s'embrasser, se congratuler, à plus forte raison de se respirer, voire même de se parler au-delà de quelques minutes et encore à la condition expresse de se tenir à plus de 2 mètres l'un de l'autre. Tout cela étant passible de très fortes amendes pour les contrevenants.
Les habitants des contrées de ce monde qui marcherait sur la tête, ayant de plus pour consigne -entre autres et qu'il n'y aurait aucun intérêt à énumérer ici- de rester sur le lieu où ils sont, le jour où ces ordres prennent date d'effet. Avec les conséquences prévisibles innombrables dont une, évidemment est qu'on n'a jamais vu autant d'habitants qui se découvrent une envie folle de marcher, marcher pour marcher ; les uns pour s'aérer, les autres pour pratiquer une activité physique, d'autres encore simplement pour flâner et contempler un paysage qu'ils ont depuis des années sous les yeux mais dont ils ne découvrent la beauté et la singularité qu'aujourd'hui parce qu'on les leur a retirées. Il en est bien sûr beaucoup d'autres, qui toutes ont la même motivation : Comment contourner de telles consignes sachant que plus il y a de contraintes, plus grand est le plaisir, plus l'exercice s'avère délicieux et plus les résultats sont excellents ?
C'est dans un tel contexte, inimaginable il y a un an, que se déroulent les promenades qui vont suivre et vont vous être proposées. Quotidiennes, voire bi-quotidiennes pour les malins, ces balades peuvent ou non emprunter le même itinéraire. Les miennes se dérouleront dans un cadre géographique très précis, la commune de Bourdeaux dans la Drôme, située entre le village de Saoû et celui de Dieulefit
Bonjour, j'ai mis le texte SONORE sur mon blog, cliquer sur le lien !
Bipe, ça vient d'où ?
Bipe ça vient de rien, ça
vient du nom qu'on n'arrive pas à dire
Bleu électrique
la poudre des ailes des
morphos sur les paupières ouvertes sur la mort
Le regard emporte avec lui
pour dernière vision la silhouette d'arbres en rangée,
le muret de pierres, la
nuit qui s'épaissit en crissant
une première fois sous le
gourdin
une deuxième fois sous les
pierres
Et me lègue la moitié de
mon prénom
Bipe ça vient d'où ?
la réalité sépia
rangée pour longtemps dans
l'enfer des placards
Bipe ça vient d'où ?
Des grosses pierres maculées de sang
Le bleu du ciel au petit
matin froid d'octobre
rassemble les badauds,
tenus à distance
petite foule silencieuse,
dans l'attente du nom
le public du fait divers
qui reste sur le cliché
Sur son crâne sur son
front, le sang coule puis se fige,
la réalité sépia rangée
pour longtemps dans l'enfer des placards
quelques grains de granit
sur ses vêtements une
odeur de moutons, de sueur, de sang sans doute
une odeur de vinasse mal
fêtée.
Sur le front un bleu bossu
de s'être cogné ivre à des obstacles complices.
Il est déjà en fuite, à bord d'une diligence
Il est déjà rattrapé
Il est déjà condamné
tondu, emmené sur l'île de
Ré,
Il est déjà sur le navire
Le Loire, sur l'océan anthracite où il vomit les bleus de sa petite vie
minuscule et le repas exceptionnellement copieux de sa ration de transporté
Il est déjà dans son bagne,
à l'extrême Ouest, près de l'embouchure du Maroni, près de
agacé par les mouches à
feu,
à fabriquer des
émouchettes pour protéger les bêtes
desquelles lui-même ne
peut se protéger
Il est déjà mort, tout ça
pour ça,
13 mois le séparent de ce
cataclysme, entre la mort de Pierre et la sienne
Et de sa propre embouchure
sortent des papillons velus, des papillons qui font de la lumière et
qui emportent son dernier
souffle au fond de la forêt
Je ne ramène plus de pierres à la maison sauf ces deux-là témoins ou non de ce fait d'hiver-printemps-été-automne * Puis j'arrivais à mon tour.*;*;* 120 ans plus tard, au moins, et après avoir rencontré beaucoup de pierres, j'allais visiter la scène de crime. Toute la journée, je portais deux pierres, comme des enfants dans mes bras. Cueillies près du mur d'origine et je me demandais ce qu'étaient devenues celles qui avaient rencontré la tête de mon arrière grand-père. Ont-elles été envoyées au bagne avec l'écraseur de crâne ? Ont-elles été enfermées au placard des pièces à convictions avec le couteau de tous les Ravaillac ?
Dans ma tête le sang afflue et forme des vaguelettes de douleur
Les pierres là-bas ne sont bleues que parce qu'on les a peintes, sinon elle sont noires, brûlantes, luisantes, sans espoir. bordant des routes, faisant échancrure dans le paysage qui n'a pas tellement besoin de murs, d'un côté l'océan, les requins et la boue, de l'autre la forêt. piège parfait.
Dans ma tête, les pierres
ont peu à peu fait place aux papillons. les douleurs volettent et emportent des
mots, les souvenirs prennent la poudre d'escampette, les noms coupés par des
virgules et des traits de désunion
Je suis Marie et je suis Pierre,
Et Bipe, ça vient d'où ?
Bipe ça vient de ne pas
savoir qui être
Maternelle et douce, tranchante et contondante, avec des reflets de colère irisés.
Bleus des coups cachés sous l'hélichryse, les immortelles et la lavande, celles qui lavent plus bleu que blanc, le linge sale des familles. il se cogne la tête, contre la pierre de sa cellule.
Il n'y a pas séjourné
longtemps, ne saura jamais qu'il se retrouve un jour de 2020, sous l'encre sang
de mon stylo. Destin raté de bout en bout, vie pour rien, mort pour rien, de
mon jeune arrière mort à 45 ans, De qui ce Pierre tirait-il son prénom ?
Et les pierres continuent de devenir sable lentement, et les papillons bleus de Guyane, de devenir poussière métallique, et la jeune gazelle continue son voyage, avec les bestioles piquantes et les doux singes, les fleurs de paradis, les fleuves qui montent et descendent au gré des marées, tous humains enchaînés à notre voisin de galère, et les ibis rouges et les aras flamboyants, et les moutons paresseux, et les bagnes égouts.
2 pierres dont moi, pour
écrire ma légende, au bureau matricule
Porter mes pierres, penser le bleu dans la tête
écrasée de mon arrière.
Bleu Guyane et retour
moi lui et lui et l'autre
et moi.
Trijumeau de la face en
bouillie
trois humains et deux
pierres
Transportation
régénération
colonisation des marges de
l'Empire
Délinquants par nature ou
par accident
Faire le deuil de moi
même, supprimer le e le p le i le b
redevenir celle que l'on a
nommée, pour le meilleur et pour le pierre.
Si ça vous dit de remettre le pied à l'encrier (comme disait François Morel il y a longtemps), voici les 10 mots de 2020-2021
AILE
ALLURE
BULLER
CHAMBRE A AIR
DECOLLER
EOLIEN
FOEHN
FRAGRANCE
INSUFFLER
VAPOREUX
Comme d'hab, la consigne c'est écrire sur un ou deux ou dix mots, filmer, photographier
et avant de participer officiellement, jouer ici aussi !
Pour la dernière fois
Dans le sablier du temps
Le chant de la terre
Discret et doux
Comme un flocon de neige oublié.
Il pleuvait.
Les flèches d'une cathédrale
Tiges gracieuses et fines
Semblaient boire à la nuit.
Penché avec tendresse
Il vit
Dans un massif de potentilles
Une vraie luciole, douce
Comme une lanterne verte.
C'était cela la solution :
Se cacher.
La Chaîne de Couspeau, à gauche une des extrémités de la forêt de Saoû, la photo est prise de Combs en fin de journée
Le synclinal perché de la forêt de Saoû, vu de la Viale (ancien village perché) et le village plus récent de Bourdeaux à ses pieds.
Ces quelques cartes postales, un peu les mêmes chaque année, dont on ne se lasse pas. Des bises à toutes les lectrices et lecteurs.