dimanche 5 septembre 2021

Maison, ma belle maison

 Indépendamment de nos désirs, c'est ici que nous avons échoué, après presque un an de recherches vaines et quand l'Agent a emprunté la rue, nous nous sommes regardés car ensemble nous avons aussitôt su que ça y était, peut-être cette fois-ci était-ce la bonne.

Elle, elle arrivait d’en-bas, avec ses longs cheveux roux évanescents, un peu essoufflée, mais sans plus, sa petite quarantaine impulsait en elle une énergie débordante et rayonnante. Un peu étonnée de voir cet agent face à elle – car lui, arrivait par le haut de la rue –, elle nous regarda, l’un après l’autre, cherchant à comprendre pourquoi nous lui avions donné rendez-vous et qui était cet homme qui arrivait en même temps qu’elle.

Elle se trouve maintenant devant un haut portail qu’elle pousse timidement d’abord puis énergiquement car il résiste. Comme s’il voulait retenir les secrets qu’il abrite mais elle sait lui parler, lui dire qu’elle ne vient rien voler, qu’elle vient juste voir ce qu’il en est du jardin, de la maison dont on lui a parlé alors il se décide à entrouvrir son battant, elle avance d’un pas, d’un autre, encore d’un autre avant d’être happée par la glycine qui déborde de parfums violets, d’exhalaisons divines, de grappes enivrantes qui la conduisent jusqu’aux marches de pierre jusqu’à l’herbe sauvage qui pousse nonchalamment sur la pente presque douce où les coquelicots voisinent avec les marguerites, où le camélia discute avec le rhododendron pour l’emmener là où les fleurs s’arrêtent.

Elle redécouvre l’emplacement des groseilles sans groseille à cette époque de l’année. Ce qu’elle ne sait pas c’est que la nuit apporte l’esprit des anciens maîtres du lieu dans ce jardin. Il hume le camélia, caresse les feuilles du rhododendron, fait des bouquets de marguerites, taille la haie. Puis s’en revient dans la chambre là-bas, aux premières lueurs du jour.

Elle pousse enfin la porte d’entrée et pénètre à l’intérieur de la maison, dans l’entrée un bureau d’écolier sur la droite, plus loin une porte qui donne sur une pièce où règne la lumière orangée du couchant et là, elle le voit, ses vitres tendrement reflètent cette lumière de fin de journée, la couleur de miel de ses portes pleines du bas donne la réplique au verre lumineux des portes hautes, le délicat dessin des boutons de bois sombres des tiroirs. Ce meuble, je le veux, se dit-elle.

Je le veux mais ne saurais où le mettre, chez moi il n’y a plus de place, ou sinon il faudrait que je me métamorphose. Ce sera pour une autre vie, une vie avec des fantasmes de vide, et de placards bien rangés. Ce meuble, il ira vivre sa vie ailleurs, et moi, je ne reviendrai pas de sitôt dans cette rue, deviner le jardin, les groseilles et le camélia. Je penserai à mes amis, et à tous ces moments lumineux et tranquilles, engrangés dans mon cœur.

Codicille: Je suis là bien arrimée au sol depuis des décennies, des hommes, des femmes ont vécu là pendant des années, ou bien venus pour une journée ou quelques heures; je les ai protégés, écoutés – il en fallait de la patience parfois – et je vais continuer mon travail de maison et conserver en dedans de mes murs un havresac d’images et de sons. Pour ces deux derniers, je crois que je les regretterai un peu car ils ont pris grand soin de moi et du jardin et ont ouvert leur porte à tant d’amis que longtemps leurs voix résonneront ici.

Maison, ma belle maison

Nonobstant le fait qu’entre déménagement et emménagement l’on doive trier, le plus difficile des trois n’est pas celui qu’on croit.

Un bruit singulier venu du plus clair de l’enfance remonte la rue Jeanne d’Arc. Il provient d’un humain, vêtu de formes informes, vagues, sans consistance ni couleurs identifiables. A intervalles réguliers son cri l’annonce et le matérialise. Il est arrimé à une charrette, comme un bœuf à sa charrue. Une charrue qui semble léviter, tout comme lui. Le curieux équipage s’immobilise devant le 26.

Il lui semble que le portail est resté ouvert, il ne reste qu’à le pousser un peu afin de faire entrer la charrue avec lui en faisant le moins de bruit possible et ne pas attirer l’attention, se glisser incognito dans le jardin et d’aller plus avant, abandonnant son équipage au pied des marches qui sillonnent le jardin, longeant une terrasse recouverte d’une glycine bien fleurie où il s’imagine s’allonger sur un fauteuil, puis il monte deux marches, découvre d’autres fleurs dont il a perdu le nom et dont il s’enivre, poursuit jusqu’au cerisier dont les fleurs jonchent un sol inégal, se cache derrière le tronc car il lui a semblé entendre du bruit mais non ce sont des voix dans le jardin voisin, et ici il lui semble bien que la maison est vide, alors il s’approche encore plus près, pose la main sur la poignée de la porte qui résiste, donne un coup d’épaule un peu énergique et pénètre dans ce qu’il nommera plus tard « belle maison » où il voudrait bien rester un peu, puisque cette « belle maison » semble inoccupée et qu’il aime les lieux inoccupés, alors il touche les murs, les meubles et il en connait un rayon sur le mobilier, alors il évalue le prix de chacun et finit par s’écrouler dans un fauteuil face à une gigantesque horloge dont le balancier s’est arrêté et qui le fixe.

Ce qu’il ignore est qu’il n’est pas le seul dans cette maison, il le sent mais il l’ignore encore ou feint de l’ignorer. Dans ce lieu, derrière lui précisément, à la cuisine, donc dans son dos vit un fantôme. On ne peut l’apercevoir que la nuit car alors son linceul blanc est phosphorescent. N’empêche que le reste du temps il est là, invisible aux yeux des humains, la plupart du temps il est là, attend, observe, tente de se faire entendre. Rares sont les humains qui possèdent cette capacité-là… mais lui, lui si différent des autres êtres humains, avec sa forme vague, ses vêtements informes, lui peut-être, espère le fantôme, et le voilà qui se met à rêver, tous deux se mettent à rêver, le fantôme espère, la forme humaine s’assoupit et les deux rêves viennent à la rencontre l’un de l’autre. Grâce à cette maison si paisible, de tels phénomènes exceptionnels arrivent à se produire, comme une prière qui aurait été exaucée.

Il sait, lui, dans ses formes informes qui le vêtent, qu’il peut désormais lâcher entièrement prise, il savait qu’il pouvait encore espérer, mais s’était résigné à ne plus être espéré, de quiconque, ni des humains ni des êtres, ni des arbres. Et le voilà espéré d’un fantôme ! Au petit matin, toujours face à l’horloge au balancier immobile, il ne sait pas s’il est toujours dans son rêve, dans les songes du fantôme, ou dans leur rêverie désormais commune, toujours est-il qu’il perçoit des myriades d’étoiles qui scintillent. Il lève la tête et voit ce luminaire insolite : des dizaines de filaments portant à leur extrémité des étoiles. Il s’y connait en mobilier mais bizarrement, ce lustre, il n’en avait jamais vu comme ça. Il n’a pas envie de l’évaluer, seulement de l’admirer et de rester fasciné, subjugué.

Il aimerait bien l’emporter avec lui. Mais sa charrette est restée tout en bas du jardin. Comment faire ? Il cligne des yeux une fois, deux fois. Il les ferme à nouveau et quand il les ouvre, les étoiles ont disparu. Le lustre descend lentement, tiré vers le bas par des filaments invisibles. Et une somme de vers luisants l’entraînent vers la porte. Il n’existe plus par lui-même. « C’est la métamorphose de la lumière » se dit-il d’une voix empâtée. Et il se rendort en souriant.

Post-scriptum 

La voix de la maison : Il était gentil l’homme aux formes informes mais j’ai dû le renvoyer dans ses propres pénates. J’en ai vu des humains, passant, partant, revenant, repartant. Suis lasse, mais lasse de ces remues ménages ! Ca suffit ! Le lustre, le fantôme, restent chez moi ! non mais !

 

Maison, ma belle maison


En guise de remerciements, d’au revoir, mais pas de parasol, les mots du cœur, une fois encore à la rescousse.

Elle est là, petite et timide, dans la nudité de ses dix ans, des couettes qui battent la mesure quand elle commence à grimper dans cette rue qu’elle découvre et trouve étrange, un peu austère, bourgeonnant de solitude, ce qui n’est pas pour lui déplaire. Un chat traverse la rue devant ses pieds et la fait frissonner. Elle sait qu’il lui faut presque rejoindre le sommet de la rue (ses parents ont écrit le numéro sur un bout de papier) avant de trouver le portail métallique que désormais elle devra pousser pour entrer dans sa nouvelle maison qu’elle n’a pas encore visitée.

Elle s’appelle Chloé, ses parents ont décidé qu’ils devront désormais vivre ici, lui ont expliqué qu’elle aurait un grand jardin, fini le balcon exigu, les voisin du dessus qui vous arrosent en fin de journée, en ouvrant le portail elle est déçue, des escaliers, du béton, mais son petit menton pointant vers la première marche, des roses blanches la saluent, à droite les mêmes mais rouges l’attrapent par la manche et lui font esquisser un sourire puis les asters mauves et jaunes, et la glycine immense avec son gros tronc noueux, et une vigne, un jasmin lui picote les narines tandis que les clochettes de la bignone s’agitent à toute vitesse pour la saluer, son sourire gagne tout le visage, un chat se roule au bas d’une butte odorante, exceptée le persil qu’elle connaît, toutes sortes d'autres herbes se faufilent jusqu’à atteindre  toutes les neurones de son cerveau et toutes les fibres de ses nerfs, mais ce n’en est pas fini, à droite un gros arbre, mais oui, ce sont des cerises, ses fruits préférés et puis… et puis d’autres escaliers que borde un camélia rouge et une spirée odorante, elle se baisse, sollicitée de toute part et porte quelques petits fruits rouge à ses lèvres : des fraises des bois, plus loin, en haut un banc lui tend les bras, elle n’ira pas encore, pas tout de suite, pas si vite, il y a encore tant à voir, à respirer, à humer, à se régaler.

Chloé ne sait pas où donner des yeux, des oreilles, tant et tant de choses, de petits êtres câlins et doux qui la frôlent et l’ont déjà adoptée.

Elle va rentrer dans la cuisine inondée de soleil, ses parents lui ont montré des plans, des photos, mais ils ont omis de lui parler d’une pièce qui se niche derrière une cloison. Mais peut-être eux-mêmes ne savaient-ils pas.

Et pourtant cette pièce est importante, peut-être même est-ce l’élément central de la maison.

Chloé ne sait pas encore quels trésors cette pièce toute mansardée va distiller peu à peu pour elle.

Un cadeau qu’elle va déguster jour après jour, les murs vont lui chuchoter des mots du cœur, qui viendront encore et toujours à la rescousse, qui lui permettront d’adopter son nouveau lieu de vie, qui lui permettront d’oublier le balcon exigu et les voisins du dessus, et de garder dans son cœur la petite voisine aux secrets partagés.

Chloé frôle la cloison, redescend les marches quand elle voit juchée sur une étagère qu’elle n’avait pas remarqué jusque là, un drôle d’animal. Elle s’approche. Mais oui, c’est bien d’une poule qu’il s’agit ! Et tricotée ! Elle n’en croit pas ses yeux ! La poule est habillée de violet et d’orange, froufroutante à souhait comme pour aller au bal. Elle attend qu’on l’invite, tire sur sa jupe à volants, esquisse un pas de deux et regarde dédaigneusement cette petite chose qui tend les bras pour l’atteindre.

Chloé attrape la poule tricotée, mais celle-ci se métamorphose en dizaine   dizaine de poulettes, verdoyantes, feuillues, en chocolat et en faïence, en sucre et en lampions multicolores. Chloé n’en revient pas et ouvre son large sourire sur une certitude. Oui. Maintenant elle sait. Elle sera bien dans cette nouvelle maison aux allées sans fin, au jardin sans fond ni barrière. Elle sait et n’a plus peur.

L’histoire de Chloé est révélatrice du lien qui unis  la poésie et l’enfance, aux aguets, saisie par un grand vide, elle s’accroche, elle se laisse pénétrer par les émanations du lieu, elle s’agrippe aux choses qui l’interpellent, le chat, les fleurs, la poule, les poules ; c’est ce que m’a raconté la maison que nous allons laisser, à d’autres (appelons les… Chloé).

Maison ma belle maison

 

En dépit du ciel bleu, les campanules sauvageonnes clignent fièrement de la corolle.

Il songe à les prendre en photo. Mais pourquoi figer leur nature libre sur pellicule ? Et puis il est là, dans cette rue montante, devant le portail où il a rendez-vous pour l’achat d’une grande bibliothèque bleue, verte et rose. Il ne sait s’il peut sonner car il est en avance. Il envisage de sortir son paquet de cigarettes, renonce, car il vient de se rappeler qu’il a arrêté de fumer il y a vingt-cinq ans.

Plutôt que de rester figé à attendre, il sonne, comme par enchantement la porte s’ouvre tandis que tombant du ciel une voix céleste et joyeuse proclame : « Montez ! » timidement il s’avance jusqu’à la dernière marche d’un escalier coincé entre maison et jardin, l’escalier contourne une vigie en bois et verre collée au flanc de la maison, des rosiers parfumés bordent les marches par endroits, jusqu’à la porte de la vigie qui semble être une cuisine, « entrez » dit la voix céleste mais joyeuse, ne voyant personne il s’avance jusqu’à la porte de ce qui lui paraît être un grand séjour encombré de cartons empilés, la voix céleste toujours joyeuse semblant sortir de derrière un mur de carton, lance enfin « je suis là ! »

Quand il a lu l’annonce sur Le Bon Coin, l’acheteur de la bibliothèque verte bleue et rose a tout de suite répondu à l’annonce. C’est exactement ce dont il a besoin. Il n’est jamais venu dans cette rue. Il n’habite que depuis peu à Saint Etienne. Rue Jeanne d’Arc, ça le fait marrer, il adore ce personnage qui surgit régulièrement dans sa vie. La dernière fois c’était avec le film « Jeanne », qu’il a adoré. La voix joyeuse ressemble à celle du film. Bien sûr, à chaque fois, ça finit mal, il y a le feu. Il ne sait pas ce qu’il y a eu ici, aussi, un incendie, personne n’est mort heureusement, mais parfois les meubles rescapés se souviennent.

Il se tient devant l’objet qu’il est venu acheter et qui lui convient bien. Cette bibliothèque est grande, les mesures annoncées sont conformes, il ouvre les petites portes du bas et trouve coincées entre le fond d’un tiroir et l’arrière du meuble quelques feuilles légèrement noircies sur leurs bords, qui semblent très fragiles et dont il arrive avec peine à déchiffrer quelques mots : l’arbre pousse les ombres/ le vent fait des accrocs/secouer ce qui traîne encore/ il y a un tas d’osselets / à l’envers des mots/ les lubies de l’ombre… Il range délicatement ce qu’il nommera un trésor et emporte la bibliothèque pleine de couleurs de mots.

Ce que l’histoire ne dit pas, c’est comment il emporte la bibliothèque car il est arrivé à pied, les mains dans les poches en sifflotant. Comment peut-on à ce point être innocent, tête en l’air ou insouciant pour espérer emporter une bibliothèque de cette taille et de ce poids sur ses épaules, dans ses bras, voire dans sa poche ? Les dimensions étaient pourtant clairement mentionnées. Hé bien moi, la narratrice, je vais vous le révéler, je peux lever le suspense puisque l’histoire s’achève là : il l’a tout simplement longuement regardée, puis touchée, caressée, a fouillé ses moindres recoins, l’a sentie, humée, humectée de sa langue. La bibliothèque a soupiré, s’est pâmée et dans un doux murmure langoureux -tout à l’opposé d’un bruyant orgasme- a eu lieu la métamorphose : il l’a prise entre le pouce et l’index de sa main droite et l’a délicatement posée dans le creux de la paume de sa main gauche. C’est ainsi qu’il est parti et l’a emportée.

Codicille : moi, la bonne vieille maison du 26 de la rue Jeanne d’Arc, qui en ai vu des vertes et des pas mûres, je ne sais pas ce que je vais voir ensuite, mais je pense presque malgré moi, que cet acheteur de bibliothèque est un faux naïf, il savait bien qu’il pourrait emporter cette bibliothèque tricolore dans le creux de sa main gauche.

Mais ce qu’il ne savait pas, c’est que ces feuilles légèrement noircies, coincées au fond du tiroir, allaient, contre toute attente, lâcher prise et offrir leur poésie- trésor. Il était temps pour elles, de s’épanouir au grand jour !

Maison, ma belle maison

 Nonobstant la surprise induite par la proposition, le plaisir de laisser courir le stylo sur la page presque blanche (hormis les deux visages, l'un vert, l'autre bleu, se faisant face en bas à gauche de la dite page), le plaisir d'écrire était bien là, fidèle au rendez-vous.

Et elle, elle était là dans la rue, arrivée quelques heures plus tôt. Comment ? Elle ne le savait pas encore. Hébétée. Le regard dans le vide. Elle le laissait croire. Ecrire. On le lui avait dit. Qui ? Quelqu'un au téléphone. Ecrire, pourquoi ? Elle s'était laissée guider par cette petite voix intérieure. Elle parlerait des murs. Elle écrirait un jardin, des odeurs. Elle verrait bien. Ecrire, le mot la fascinait même si là, elle ne savait pas ce que l'acte allait signifier. Elle ouvre le portail, fait quelques pas dans l'allée, écoute un instant le son de la radio provenant du bureau sur la gauche, continuant quelques pas encore suivant les hauts murs de la maison, tandis que son regard redécouvre le jardin et la terrasse ombragée, poursuivant sa marche plus lentement dans l'allée, une allée qui n'a plus de limite sinon celle qu'elle décidera de lui donner, au cas ou si elle le souhaite, mais elle se dirige vers le fond du jardin qui n'a plus de fond, un fond effacé laissant place à un paysage qui reste à dessiner de rivières villages montagnes prés de lavandes, de marchés et d'antiquaires, le jardin n'a plus d'allée ni de retour en arrière, ni de bifurcation ni d'angles morts, le jardin trace sa route. Elle la suit.

Laissons pour un moment notre héroïne dans cette expectative émue qui précède parfois l'écriture ou tout autre acte créatif. Elle ne sait pas ce qui l'attend vraiment, elle croit qu'il s'agit d'une proposition classique, on vous fournit un ou plusieurs textes, un ou deux thèmes et libre à chacun de se prendre pour Rimbaud, Mauriac, Claudel ou Jaccottet ... Emmaz. Elle sera très surprise par ces textes où les feuilles s'envolent, s'additionnent, se croisent pourquoi pas se soustraient.

La route s'avance à présen dans la maison et elle la suit. Les murs gardent la présence des tableaux décrochés. Elle se souvient du grand tableau noir et rose-rouge de l'amour mais préfère ne pas s'attarder sur ce fantôme de souvenir. Sur l'un des murs si souvent contemplé à l'endroit des goûters et des écritures, il y a ce tableau avec des girafes en feu et un personnage qui joue de la harpe, tournant le dos à la beauté du ravage. Elle qui a si souvent peigné la girafe, elle ne peut détacher son regarde de cette scène, si douce et si sauvage à la fois. C'est un peu l'âme du lieu, pour elle, le doré des chevelures, la musique muette, une certaine paix malgré tout.

La séance d'écriture a eu lieu dans cette maison sans tableaux, la girafe n'est plus mais elle a subi une sorte de métamorphose : des mots se sont alignés sous sa plume sans qu'elle soit vraiment consciente que c'était elle qui les déposait sur le papier. Entre le moment où elle est entrée et celui où elle va ressortir, quelque chose a eu lieu : la vie s'est ouverte, a tremblé un peu et la nuit semble avoir reculé.

Codicille :

Moi, la maison, en lisant par dessus les épaules de celles et ceux qui ont successivement tenu la plume pour parler de moi, je prends conscience que je n'existe pas vraiment en tant qu'entité, je suis jardin-maison, maison-jardin, comme si nous n'étions qu'un seul et même corps. Ca me convient assez bien. L'écriture a su saisir ce que les deux habitants ont fait de moi et maintenant, je vais commencer une nouvelle vie. Qui écrira ce qu'elle va être ? Je conserverai leurs voix, leurs souvenirs, leurs secrets bien au creux de mes murs et les mêlerai à tous ceux dont j'ai déjà emmagasiné les voix. 

 

 

une bien belle bande, aussi colorée dans les sentiments que dans les motss q
Une bien belle compagnie aussi colorée dans les sentiments que dans les mots


 

Maison, ma belle maison...

 Après plusieurs mois de suspension, voici le retour de l'atelier d'écriture d'à la brise:

Ce fut un bel après-midi de septembre à plusieurs mains et cerveaux autour de la maison d’Ange Gabrielle qui nous a accueillis pour une belle dernière fois!  

Un atelier décliné en sept étapes, dévoilées au fur et à mesure.  Chacun commence avec la première proposition, un incipit ça tombe bien, puis passe sa feuille à son voisin de gauche, surtout pas celui de droite sinon ça fait des embouteillages, puis se plonge dans la deuxième consigne, après avoir pris connaissance de ce que son voisin a écrit en incipit, et ça tourne ainsi à chaque nouvelle proposition! Donc sept écritures différentes dans un même texte, et à la fin sept récits!

1/ rédiger une phrase incipit en commençant par une préposition en restant vague sans précision de personnages, ni de lieu pour l’instant.

2/ apparition d’un personnage, juste signifié par il ou elle, qui arrive dans la rue: comment il arrive là, d’où il vient, son état physique, mental, vêtements.. pourquoi...

3/ accumulation de pensées, de ce que le personnage voit, entend… (à la Christophe Tarkos) à l’intérieur de la maison/ jardin en une longue phrase

4/ quelque chose qu’il ou elle ne sait pas sur ce lieu

5/ il ou elle trouve un objet, quelque chose d’insolite qui le fascine

6/ phrases finales avec un mot imposé: métamorphose

7/ Codicille: la maison donne son avis sur ce qui vient d’être écrit!

 

samedi 4 septembre 2021

Lettres aux hirondelles

 Lettre de la 8° année :

Mes chères hirondelles,

" ... Il n'y a personne à qui écrire ; les lettres se perdent, n'arrivent pas ou n'ont pas de réponse et, cependant, le style épistolaire et sa voix qui console et donne de l'espoir ne doivent pas s'ankyloser et vous êtes là pour ça ! 


... Dans les plus vieux nids des palais, que n'utilisaient plus les nouvelles hirondelles, il y avait comme dans un petit bénitier un peu de temps passé resté au fond.

J'ai aussi connu vos nids, sinon les plus importants, du moins les plus heureux, accrochés aux poutres des granges, en vous voyant entrer et sortir, nerveuses et folles, comme des coups de ciseaux dans la lumière, par les hautes lucarnes du grenier accueillant et secret.

Quand vous piquez de l'auvent comme si vous vous suicidiez, vous ressemblez à des papiers découpés en forme d'hirondelle lancés du haut, mais aussitôt vous vous ranimez comme de vivants alleluias.

Votre jeu irrépressible me semblait être comme une vengeance de l'interdiction de jouer au ballon qui régnait entre les murs des nonnes. A nous, on pouvait nous interdire de jouer au ballon, mais, à vous, il n'y avait personne qui puisse vous interdire ce charivari plein de sifflements au-dessus des murs du jardin !

... En tenue de soirée, vous avez ce vol immobile qui soudain clignote d'un tremblement de joie de vivre en vol.

Là où vous me plaisez le plus, c'est quand vous foncez dans l'air, épaules en avant, ailes repliées, en faisant des S doux et zigzagants. Ce qui est presque, presque un geste angélique.

... Seuls vous effraient les jours glacés et une sensation qui nous est familière vous saisit, car il y a un frisson de froid dans notre coeur - qui est comme un frissonnement de l'hirondelle intérieure. Aussi, après le jour brusquement automnal au milieu de l'été, vous ne jouez plus pendant trois jours. "

Ramòn Gomez de la Serna,"Lettres aux hirondelles et à moi-même" André Dimanche Editeur (1° édition juillet 2006)

Je ne sais comment la 9° a paru avant la 8°, ce sont les joies et les mystères de l'informatique ... 

jeudi 2 septembre 2021

Lettres aux hirondelles

Lettre de la 9° année

Chères hirondelles,

"Ceux dont vous êtes les principales institutrices ce sont les adolescents, ou mieux, l'adolescence de la vie.

Chaque année ce qui importe ce n'est pas qu'il y ait une nouvelle génération d'enfants ou de jeunes, mais une nouvelle génération d'adolescents, puisque c'est ce qui redonne à la vie toute sa vivacité, tout son trouble, tous ses errements et ses illusions. 

Ils ne comprennent pas qu'ils doivent vous voir arriver et vous voir repartir maintes fois avant de réaliser ce qu'ils espèrent mais, vous, vous lissez cette inquiétude de leurs cheveux désespérés.

... Vous savez qu'il vous va bien ce parallèle avec l'adolescence qui veut faire un tour en barque sans avoir ni barque ni lac et qui veut faire de l'aéromodélisme en faisant tourner dans sa bouche une petite gomme arrachée au dernier paquet de fournitures qu'elle a achetées...

... Chères hirondelles, vous voyez que je vous suis dans vos leçons et que je sais secrètement que vous introduisez les jeunes à la vie et que vous leur passez le fil à l'aiguille pour qu'ils ne se blessent pas et évitent l'hémophilie de l'adolescence.

Je vous embrasse avec gratitude et affection"

Ramòn Gomez de la Serna,"Lettres aux hirondelles et à moi-même" André Dimanche Editeur (1° édition juillet 2006) 

jeudi 19 août 2021

Lettres aux hirondelles

Lettre de la 7° année

Chères hirondelles

"...   Votre vol est une prédiction contre ceux qui croient que la vie c'est l'ambition, c'est arriver à toujours plus, avoir toujours plus.

La vie, selon vos sages emblèmes, c'est la distance entre un dessin de la fillette dans un cahier et un autre dessin très semblable à celui-ci fait par une autre vingt ans plus tard et c'est aussi, comme il ressort de ce que vous dîtes dans votre fontaine de cartes postales, se souvenir d'un pull de telle couleur et le retrouver, longtemps après, sur un autre corps jeune.

... Vous êtes un battement de paupières, comme si, en bougeant les cils, vos ailes faisaient battre les cils du ciel. Quelque chose vous a soudain fait trembler, brisant la paix de vos pensées. 

Parfois vous vous obstinez à chercher quelque chose, la voisine d'avant peut-être, la jeune fille au parfum d'éventail.

... Vous êtes comme tous les rubans qui volent et vous mettez une cravate de fantaisie à la soirée entière.

... Comme en même temps qu'innocentes et joyeuses vous êtes maternelles, je vous ai admirées quand, produits de ces vols où vous divaguez et sautez à la corde, avant d'entrer au nid, vous apparaissez sous l'auvent, une libellule au bec, comme si, outre la nourriture, vous apportiez à vos petits un jouet.

... Elles ont, pour s'en aller, une heure précise de la soirée, moment plein de mystère, car si l'on cesse de les observer un quart de seconde, quand le regard revient, elles ne sont plus là. Elles se sont glissées dans nos enveloppes comme un tour de passe-passe, et dans les lettres que nous écrivons ce soir il y aura des hirondelles dissimulées.

Vous voyez bien que je vous connais et que toute ma sympathie, mes espérances et mon affection vous sont acquises."

Ramòn Gomez de la Serna,"Lettres aux hirondelles et à moi-même" André Dimanche Editeur (1° édition juillet 2006)

vendredi 13 août 2021

Lettres aux hirondelles

 Lettre de la 6° année 

"Mes chères hirondelles

... Ce qu'il y a de bien dans votre jeu c'est que, comme il doit vous maintenir en l'air et qu'en l'air on ne peut pas s'arrêter, c'est un jeu continuel, une hilarité sans trêve. Comme vous devez être fatiguée le soir.

Soyez bénies, vous qui nous donnez le fil pour sortir plus vite de l'hiver.

Les autres oiseaux traversent le ciel en volant, mais, vous, vous êtes de véritables amies qui nous consacrez une longue visite, comme ces enfants qui jouent dans nos jardins pendant que nous travaillons la fenêtre ouverte. 

Sur ce mouchoir de ciel-jardin vous jouez avec une balle invisible, avec une bulle de lumière rayée de bleu que vous emportez dans vos raids en une partie de football."

 Ramòn Gomez de la Serna,"Lettres aux hirondelles et à moi-même" André Dimanche Editeur (1° édition juillet 2006)

mercredi 4 août 2021

Lettres aux hirondelles

Lettre de la 4° année (extraits)

"Un autre printemps !

Voici que je vous ai vues revenir comme pour m'assurer que le monde tourne et que, par-dessus tout, le devenir persiste.

... Vous êtes la joyeuse écriture d'une lettre quand déjà l'humanité s'est faite au régime des condoléances et qu'il faut continuer à vivre et à avoir de l'espoir. ...

Je m'aperçois que vous êtes l'unique consolation de l'homme, l'affirmation tenace d'un doux anniversaire...

... Quelle joie d'aller et venir en quête de la nourriture à laquelle pourvoit le bon Dieu, et un jour vous connaissez la solennelle épreuve d'amener au bord de l'auvent ceux qui n'ont jamais volé, de les pousser à l'acrobatie décisive et de les voir tracer la courbe de pont suspendu de leur premier envol."

Ramòn Gomez de la Serna,"Lettres aux hirondelles et à moi-même" André Dimanche Editeur (1° édition juillet 2006)

mercredi 28 juillet 2021

Lettres aux hirondelles

 Lettre de la 3° année :

Chères hirondelles,

"... Vous tramez quelque chose en dessinant des labyrinthes dans le ciel et vous apportez la santé de la continuité, le signe apaisé, le remède de la vieille bonne femme.

Il s'agit que vous veniez un peu avant pour numéroter les pages du ciel, car depuis que le monde est monde vous servez, dans l'imprimerie du temps, à marquer la séparation des chapitres. Et comme nous avons besoin de passer à un autre chapitre !

Vous tirez le temps vers l'avant, vous faufilez ses pièces bleues, vous nous aidez à sauter plus loin et nous agrée comme passé ce qui nous mène au paroxysme comme présent.

Quelle différence entre le ciel vide, sans vous, et le ciel plein de votre constance, si vaillante dans son passage d'un jour à l'autre !" 

 

Ramòn Gomez de la Serna, "Lettres aux hirondelles et à moi-même" André Dimanche Editeur (1° édition juillet 2006)


mercredi 21 juillet 2021

Lettres aux Hirondelles

Lettre de la 2° année (extrait)

Mes chères hirondelles,

"... Tout le monde doit comprendre que la vie est chose fluctuante entre ciel et terre, fugace comme votre vol, un paraphe dans l'air dont vous signez en notre nom toutes les condamnations et toutes les grâces qui peuvent être celles de la vie.

Vous pouvez signer en mon nom tous les revirements que voudra bien prendre le destin, et si vous ne pouvez répondre à mes prières, que peut-on y faire ? Tout s'évapore dans les jours qui passent, voir et ne pas voir, avoir pensé et n'avoir rien pensé, avoir aimé et n'avoir jamais aimé.

Après tout, je sais bien que notre pierre tombale est au ciel et que vous êtes notre épitaphe définitive, l'épitaphe vivante d'avoir vécu.

En vous regardant toute vanité se perd et c'est avec le plus grand détachement du monde que vous serez nos exécutrices testamentaires. Prenez un vol aux ailes mi-closes quand nous ne serons plus au balcon.

.... Je vous embrasse"

Ramòn Gomez de la Serna,"Lettres aux hirondelles et à moi-même" André Dimanche Editeur (1° édition juillet 2006)

jeudi 15 juillet 2021

Lettres aux hirondelles

 Je ne sais si vous connaissez ce superbe livre à la couverture rouge de Ramòn Gomez de la Serna, intitulé "Lettres aux hirondelles et à moi-même" André Dimanche Editeur (1° édition juillet 2006)

En triant dans les centaines de livres amassés au cours de ma vie pour mon déménagement, je le re-trouve, et me vois dans l'obligation de partager quelques lignes de la 1° lettre aux hirondelles. Elles sont au nombre de 13, une chaque année. Dans le grand vide que j'effectue pour mes 75 années, celui-ci ne sera pas donné comme de très nombreux autres dont je n'ai plus besoin, mais me suivra bien sûr. Je ne peux pas ne pas le partager. Ce seront donc quelques passages que je vous offrirai, je n'y mettrai pas 13 années -disons 13 semaines ou un peu plus- ce sera suffisant, sait-on jamais ...

 Lettre de la première année (extrait)

" ... Comme vous êtes essence d'encrier, vous êtes toujours entrain d'écrire des cartes postales de votre écriture hachée et pleine de post-scriptum. Aussi, dans la crise actuelle de la correspondance privée et pour éviter que ne se perde la confidentialité du style épistolaire, à qui écrire mieux qu'à vous, vieilles et chères amies, qui cautionnez de votre signature le chèque du printemps, vous aventurant parfois à virer à découvert ?

Vous êtes le cachet qui scelle l'envoi des jours heureux. Voilà les hirondelles et les hirondelles ne se trompent jamais, dit-on en vous voyant, mais le beau temps se fait attendre et nous pensons alors que vous avez pris de l'avance par abnégation, pour donner du courage aux malades et aux convalescents en leur faisant croire à un temps beau et sec. ...

... Vous volez et vous écrivez, vous écrivez et volez. Vous avez quelque chose du secrétaire de l'amour et vous griffonnez les éternels modèles de lettres, du modèle de lettre n°1 "déclaration d'amour à la voisine" au modèle où la veuve répond à celui qui veut être son protecteur et qui fut l'ami de son mari.

Vous n'avez pas la frivolité du chardonneret, car, vous, vous ne chantez pas, vous écrivez en improvisant sur les feuilles que vous arrachez au carnet du ciel, lesquelles sont bordées de noir parce que vous êtes toujours en demi-deuil."

samedi 5 juin 2021

Crumble de fleurs d'églantine


 1° étape : au fond du plat, un peu de crumble et une épaisse couche de pétales odorantes, roses-blanches irisées de jaune

 

2° étape : par dessus, 2 pommes coupées en tranches épaisses arrosées d'un jus de citron


 


3° étape : une seconde couche de douces pétales (ce qui représente un bol de pétales et une assez longue balade assortie de pas mal de griffures)

 


4° étape : une dernière couche de crumble avant de mettre au four pour 30 mns

 

 

C'est prêt ! Déguster chaud ou tiède, le parfum dans la bouche est aussi délicat que les fleurs elles-mêmes.

Je ne sais qui de la balade ou du crumble est le meilleur.
 


samedi 29 mai 2021

Sous-bois drômois

 


Lieu-dit "Le contrat"

Tout au long de ce chemin serpentant le long de la rivière Roubion, les bois et près regorgent de richesses nouvelles à chaque saison : muguets, asperges, morilles ... fleurs qui ravissent naturellement la cueilleuse que je suis.

... et aussi de trésors : cabanon, arbres magnifiques. Un paradis dont je ne me lasse pas.





mardi 18 mai 2021

Glaïeuls sauvages


 
 
 
 Pour célébrer ce printemps tardif et la merveilleuse pluie enfin arrivée, ces quelques glaïeuls sauvages cueillis dans les talus entre Dieulefit et Bourdeaux, une de fleurs les plus fines, les plus aériennes que je connaisse.

 

dimanche 16 mai 2021

Lecture

Je viens de terminer « Elle venait de Marioupol »de Natasha Wodin Edit. Métailié

Une femme à la recherche de la mémoire de sa mère, travailleuse déportée ukrainienne par les nazis, victime déjà du stalinisme dans son pays, une histoire personnelle terrible, parallèle à la grande Histoire -comme celle de ma mère, de Mado – de femmes résilientes et très souffrantes qui n'ont pas choisi leur destin, mais l'ont subi avec tout le courage nécessaire et la force de vie incommensurable et indispensable à leur survie, à la mise au monde d'enfants qui, sans n'y rien comprendre, savent déjà tout intuitivement sans oser y croire. Un livre dont on s'extraie difficilement, moi, en tout cas.

Et voici ce qu'elle écrit à propos de la littérature :  

« Pour moi, la littérature se trouve surtout dans les béances du destin, ces béances renferment le secret qui est à la fois l'objet de mon écriture et ce qui me fascine en elle. Le secret est la terre nourricière de la littérature. »

vendredi 14 mai 2021

Iris

 




Arcs en ciel messagers des Dieux,

rouges, jaunes, bleus, violets, irisés

chaque année, au bord des chemins

je guette la délicatesse de vos pétales.



samedi 1 mai 2021

Crue

 


Le Roubion presque à sec fin avril, l'herbe des prés qui ne pousse pas, tous nous espérons la pluie.

Quelques gouttes lundi, du soleil mardi, un semblant d'averse mercredi, jeudi une pluie fine tout le jour, intermittence soleil et pluie vendredi … samedi enfin, le village se réveille sous une forte pluie ; aller jusqu'au pont suffit pour se tremper les pieds.

Elle dure tout le jour, tous les petits rus dévalent des montagnes environnantes, se jettent dans le Roubion qui, de vert tendre devient marron et gravit ses berges.

Le village qui, depuis des années a pris ses précautions n'est pas inondé, le pont pas submergé. Seul, le gué toujours utilisé, mais qui n'est plus le seul point pour traverser le village, est fermé.

Le Roubion bouillonne, charrie troncs arrachés et arbres morts, ronfle, se prend pour un violent, fait le méchant. On l'admire. La nature s'épanouit. Dans les prés, tout à coup fleurissent les sauges violettes, s'ouvrent les boutons d'or et les marguerites, une féerie.

La pluie chante et enchante.