samedi 6 avril 2013

Consigne du 27 mars 2013
Ces deux objets, mon premier disque et mon premier livre, achetés avec l'argent que j'avais gagné, marquent pour moi une étape importante de mon chemin vers l'indépendance. Essayez de vous souvenir de cette étape pour vous, le premier achat important qui vous a donné le sentiment de décider de tout et d'en avoir le droit incontestable.
Pour celles et ceux que la consigne, peu claire, énoncée le jour de l'atelier aurait bloqués sur livre et disque, je vous engage à reprendre éventuellement votre texte, ou bien encore à écrire un nouveau texte en fonction de vos propres objets.




samedi 23 mars 2013

"Vous voulez rire ?"

Quelques clichés pris à l'espace-musée de l'église Saint-Pierre Le Corbusier à Firminy-Vert à l'exposition intitulée "Vous voulez rire" que vous pouvez visiter jusqu'au 31 mars 2013


Sans légende

Moule à gâteau de première communion
Entraînement de salon pour gardien de but

Jeu de fléchettes pour salle de classe

Chindogu

Le chindogu, art japonais d'inventer des gadgets utiles mais inutilisables pour lutter contre les minuscules tracas de la vie quotidienne, inutilisables par les nouvelles contraintes qu'ils génèrent ou le ridicule qu'ils entraînent.
Dans le design, "fonction" et "humour" sont à dimension variable. Ces bricolages ne servent presque à rien sinon nous faire rire et peut-être nous interroger sur le consumérisme ...
Brosse à dents bi-mâchoire

chat de ménage

Arroser 4 fois plus vite

P-nez

Tube de beurre

jeudi 21 mars 2013

maison-femme


C’est dans une maison qu’on est seul. Et pas au dehors d’elle mais au-dedans d’elle.
dans le silence des pensées, des attentes, des besoins,
envahie  par la jacasserie du monde, des hommes d’un conte d’hiver et divers comptes jamais exacts
Maison, enfermée, protégée du groupe de jeunes gens, clé perdue au fond des tripes, c’est douloureux
neige à la fenêtre, là dehors, et elle, maison, dedans, là
et wall street qui hurle dans le téléviseur : l’écroulement silencieux du monde aurait commencé ce jour-là
mort subite de tous les nourrissons que nous avons été, qu’elle a fait téter, elle la maison, la femme
arsenic ou vodka ? elle hésite
elle entend les hommes dire qu’ils ne sont pas amoureux, que les femmes les envahissent avec leurs noix de coco, leur coquetterie, leur voix qui vomit des noises réclamant l’informaticien attentionné,  qui leur parlerait ; qui Parlerait.
lui, il piste ses émotions à elle, la maison, pour mieux y triturer sa bite
paranoïaque la maison ? du talent pour accomplir ses missions sans préjugé
souris ! femme-maison, souris ! et sors du cadre.

mardi 19 mars 2013

,elle dit

C'est dans une maison qu'on est seul, elle dit. Et pas au-dehors mais en dedans.
Et aussi dans son corps, elle dit. Quand on ne sait pas si homme ou femme on est.
Parfois je suis un arbre aussi, elle dit. Quand les lieux de l'herbe errent dans les contes d'hiver.
Depuis si longtemps esquissée en sanguine, je saigne, elle dit. Sur la toile devant un groupe de jeunes gens qui rient, boivent, mangent, ignorant tout de ce qui coule en moi.
Parfois je ne suis rien, elle dit. Que le visage où l'écroulement silencieux d'un monde aurait commencé .
Et j'attends, elle dit. Quand un regard douloureux saura déchiffrer entre les traits pâlis de ma peau un peu de ce que fut ma vie.
Une peau blanche comme la neige, elle dit. C'était ainsi à cette époque; le soleil était proscrit à Paris, à Nice ou à Wall street. On ne choisissait pas.
J'attends, elle dit. Qu' un regard de mort subite me défigure à la manière d'un verre d'arsenic bu en un souffle.
J'attends, elle dit. Que dans ma chevelure aux entrelacs tressés et parfumés à la noix de coco,  un visage se noie sans résister.
J'attends, elle dit. Que l'arbre qui pousse en moi depuis tant d'années extraie enfin ses racines où se perdrait un informaticien et arpente les territoires de soleil où j'aimerais reposer.
J'attends, elle dit. Que les failles de lumière dament les pistes où poursuivre la quête, même paranoïaque, entre souvenirs inventés et rêves réalisés.
J'attends, elle dit. Que la maison où se finira mon existence dénuée de talent, remplisse dignement sa mission: être le réceptacle d'une solitude assumée, sans aucun préjugé.
J'attends, elle dit. Dans cette semi obscurité, pleine d'odeurs poudrées, dans ce corps que je ne sais pas. Et je ne souris pas. 

lundi 18 mars 2013


c’est dans une maison qu’on est seul. 
et pas au dehors d’elle mais au dedans d’elle

dedans elle 
regard décidé
mèche rebelle
lèvres serrées

dehors  
danse la nuit froide 
de la bouche sort
la fumée blanche

dedans
bras croisés
perles en rangs
sourcils arqués

dehors 
conte d’hiver
roule petit vélo
compte les numéros

elle, tête inclinée
kimono d’ombre  
l’oreille dénudée

dehors un groupe de jeunes gens
cris - rires - cris
bons entre façades
glissades

l’écroulement silencieux du monde aurait commencé ce jour là ..

au dedans d’elle
du fusain
son coeur douloureux
à la sanguine

dans sa maison et pas au dehors 
il neige 
morsure de poussière glacée
mort subite
murs - rues - murs
elle murmure
«arsenic sans dentelles»
cheveux noirs
cheveux longs
halo tout autour
couleur noix de coco

a aimé autrefois un informaticien
c’était l’hiver
la piste glissait serpentait sifflait 
«paranoïa et belles prunelles»
elle susurre

quel talent
quelle étrange mission
dans une maison elle
sans orgueil ni préjugés

est seule et pas
souris au dehors
mais au dedans
d’elle seule 


                                                         le poisson de mpb plié ce soir là



dimanche 17 mars 2013

C'est dans une maison

 

C'est dans une maison qu'on est seul. Et pas au-dehors d'elle, mais au-dedans d'elle, quand toute l'ombre se pose sur les épaules, quand les lèvres se taisent, les yeux s'ouvrent tout grand et s'apaisent, quand la poitrine se dilate librement à l'abri des regards.
C'est dans une maison que solitude rime avec quiétude, que le dehors s'efface et que nos rêves affleurent. Alors, tous les inconnus qui nous habitent peuvent enfin peupler ce feutré conte d'hiver qu'est notre for intérieur. L'air se fait plus dense, l'obscurité et le silence envahissent tout l'espace de leurs ailes de papillons de nuit qui volètent comme un groupe de jeunes gens sur un boulevard le soir en bord de mer.
C'est dans une maison que j'ai accroché la sanguine peinte par tes doigts qui me renvoie à cette solitude silencieuse que j'aime retrouver en rentrant chez moi.
C'est depuis que tu me l'as offerte que j'ai trouvé le centre du mandala qui était là depuis longtemps en moi. Dedans, juste dedans. Et, sans doute, l'écroulement silencieux du monde aurait commencé ce jour-là. Au début, j'ai cru que ce serait douloureux, tant de silences tant d'ombres tant de place pour ne voir que soi-même, à peine si j'aperçois les mains de la jeune femme tant le tableau absorbe la lumière. Après quelques mois, je pressais le pas en montant l'escalier et vite je jetais mon manteau pour qu'on se regarde dans les yeux.
Ce sont les jours de neige où j'aime particulièrement la retrouver. Quitter tout ce blanc dehors, cet aveuglement, le gel et le froid et me blottir dans sa chaude obscurité accueillante. C'est un peu comme si je quittais Wall Street, ses rumeurs, ses paris, ce monde d'argent et de luttes pour rejoindre – telle Alice traversant le miroir – un monde ouaté ouvert à tous mes fantômes. Au fil des ans, c'est dans ma chambre, face au miroir que j'ai trouvé sa place définitive. Je la vois en permanence. Debout dans la chambre, je lui fais face et, couchée, c'est elle qui me guette dans le miroir. Ses joues roses et ses grands yeux sont mon arsenic, ma mort subite, et certains soirs, je m'endors nombreuse. Nous sommes dix dans mon grand lit, tous veulent parler en même temps, un vrai concert de noix de coco. Qui me croira si je révèle que le silence, l'obscurité, la solitude engendrent un tel vacarme intérieur ? Qu'en dirait un informaticien avec ses oui/non, à chaque question sa réponse prévue et aucune autre ? Moi, je m'y retrouve, plus même, j'y puise des forces et une énergie décuplée pour affronter le dehors chaque jour. Je suis à même chaque soir de retrouver mes pistes sans devenir paranoïaque.
Quel talent dans les doigts qui ont tenu ce crayon ! Quelle mission s'est vue confier l'artiste ! Se doutait -elle de tous les fantômes qu'il allait libérer ?
Maintenant, après tant d'années, maintenant que tous se sont exprimés l'un après l'autre, je te vois, toi, la jeune fille, et je sais que tu souris parce que tu es forte, calme, sereine, sans préjugés.

samedi 16 mars 2013

Médiathèque de Saint-Etienne : Lecture par Josiane Carle, Dominique Chenet et Patrice Lattanzi de "Gift" texte de Claude Yvroud





Si vous l'avez manquée - c'était ce samedi 16/03 - il est encore temps d'aller rêver devant les dessins de Cabane, de retrouver votre enfance dans ce lieu qui "inclus un amour inconsidéré, plutôt forcé, obligé, pour le vent et les intempéries, car rien n'arrête ou peu, l'extérieur qui veut toujours se faufiler dans un intérieur, tellement déçu qu'il en sort aussitôt" C. Y.
C'est pour cela qu'en écoutant les comédiens, j'étais accrochée aux nuages

vendredi 15 mars 2013

Portrait

1/ Regarder ce tableau proposé par Delphine: C'est l'objet du jour.


2/ Commencer le texte avec cet incipit:
C'est dans une maison qu'on est seul. Et pas au-dehors d'elle mais au dedans d'elle. (Marguerite Duras)

3/ Insérer cette phrase là où bon nous semble: 
L'écroulement silencieux du monde aurait commencé ce jour-là.

4/  Chacun d'entre nous a tiré au sort des petits papiers bien pliés sur lesquels des mots sont écrits que l'on ne dévoile que lorsqu'on nous le demande...et qu'il nous faut alors inclure dans notre texte là où nous en sommes....Exercice périlleux et jouissif!!!
Voici donc la liste de ces mots pêchés dans l'ordre où ils nous sont apparus:
- conte d'hiver
- un groupe de jeunes gens
- douloureux
- neige
- wall street
- mort subite
- arsenic
- noix de coco
- informaticien
- piste
- paranoiaque
- talent
- mission
- prèjugé
- souris 

5/ Et voilà! Ce fut un très bon moment....!

vendredi 8 mars 2013

8 mars





Non, ce n'est pas l'Afrique, mais mon jardin ce matin. Ce sourire pour vous toutes

mercredi 6 mars 2013

Rome, aujourd'hui et hier

Hommage : cimetière acatholique

Tombe : cimetière acatholique

Cimetière Acatholique
Thermes de Caracalla

Mosaïques aux Thermes

Ostia Antica : rue des tombeaux

Ostia Antica : commerce de poissons

Ostia Antica : Via "Decumanus Massimo"

Ostia Antica : voie des meuniers

Ostia Antica : moulins

dimanche 3 mars 2013

Marsanne : Drôme Provençale

L'avoir ... et l'Etre

Printemps chez la princesse

Souffle de l'Esprit Saint

Chemin des Stroumpfs (dit de la salsepareille)

Apparition dans la première chaleur

mercredi 27 février 2013

MA GRAND' OURS...

Il y avait ton dos rond enchevêtré aux abords de mes rêves. Duvet duveteux doux penché sur mon sommeil. Deux yeux pétillants fervents rejeteurs de mauvais sorts. Deux bras tendus au travers du berceau pour chasser la froideur de la nuit.
Il y avait ta truffe noire mon phare dressé au- dessus de tous les précipices du vide de l'absence
Il y avait ta couleur jaune indéfinissable qui traversait le temps et ton odeur de lait caillé que je traquais pour m'en faire un rempart contre les ennemis visibles et invisibles.
Il y avait toi le petit ours blond que je pelotonnais contre moi "Ma force, ma douceur, ma tendre forteresse"

Il y a ton dos rond enchevêtré aux abords de mes nuits pelé râpé flétri que le tumulte de mes insomnies chiffonne. Deux yeux tendres mais fatigués veillent. Qu'ai- je fait de leur insouciance? Il y a une parole confiée au silence que l'ombre nous transmet.
Il y a tes bras et tes jambes brisés de m'avoir tant accompagnée sur les chemins de mon enfance, les genoux écorchés sur les cailloux cent fois tombé.
Il y a ta couleur jaune fânée dans mes mains lavée essorée mal rincée encore et encore embrassée.
Il y a toi "Ma force, ma douceur, ma tendre forteresse".

Il y aura ton dos rond à mon dos rond mêlé. Il y aura tes jambes à mes jambes accrochées tes bras pensifs à mes bras agrippés.
Il y aura ta peau lustrée à ma peau craquelée, tes yeux remplis de souvenirs à mes larmes perlées.
Il y aura ton corps plié sous le faix des années à mon corps perdu, perclus, reclus.
Il  aura toi mon ours vieilli décati "Ma force, ma douceur, ma tendre forteresse"



mardi 26 février 2013

Ours

Pas d'ours
pas de pouce 
pas de bout de tissu à l'odeur de mère indéfiniment suçoté, embarqué, empoché 
paspaspaspaspaspas-paspaspaspaspaspas (alex-andin)
ça sentait la salive surie
la petite soeur se faisait les dents sur le rebord du lit


Un autre en faisait collection
comme d'autres les cochons
les tortues, les chats ou les boîtes à savon
Un jour elle met tout à la benne
les ours sont en voie de disparition
Dans un geste désespéré comme on en finit avec la vie
on croit qu'on peut en finir avec l'enfance
mais le besoin de doux est accroché à la peau
mais le doux rêche du nous-ours

on le lui avait bien rendu
à force de caresses, c'est nous qui l'avions écorché
arraché un oeil
tordu un bras
décollé les oreilles
mis de la coco dans son ventre

"C'est pour mieux te soigner mon enfant"

Dans la chambre de la nouvelle vie à rebours
repose l'ours du pas doudou
il m'avait donné sa photo, dessinée par lui
on me l'avait volée, avec mon porte-monnaie
puis sans doute jetée
pour en finir avec les cochonneries
ne garder des autres que leur valeur marchande
l'ours regarde dans le vide
"Tu es un ours", lui dit-on parfois 
mais il en fait son miel et s'en retourne hiberner
au fond de sa cabane rêvée

Je tricotais des nounours
Un pour ma petite
un pour mon amie
Je passais ce temps à les penser
et glissais dans chaque maille ma tendresse pour elles

il y a une parole confiée au silence que l'ombre nous transmet 

Mon père gardait son bêrét le jour et la nuit
il ne l'enlevait qu'en marque de respect 
c'est pour ça qu'il ne restait pas longtemps à la messe, il avait trop froid à la tête
Ainsi il ressemblait à quelque chose de rond comme un redon
une sorte de nounours, lorsqu'on le câlinait, papouillait, son auréole tombait
plus de nounours, il protestait : qui c'est le chef ?

aujourd'hui le même jour le téléphone sonne et mon père était mort
les morts arrivent par le téléphone
tôt le matin ou tard le soir

papapapapapa papapapapapa

la neige est au beau fixe



mon ours


Du plus loin du passé, assis sur le divan, il condense le temps que l'on a oublié. Au-delà des étoffes qui calfeutrent l'enfance, il y a une parole confiée au silence que l'ombre nous transmet à laquelle on peut croire.

Il était ce gardien dans le jardin des ombres de tous ces souvenirs que l'on entend si mal. Et c'est en trois couleurs que sa vie se décline: le jaune du couvre-lit, puis le rouge du pouf, et pour finir le blanc du mur où il s'adosse.

L'oeil est un peu moins vif, le pelage aussi rêche, absorbant les tristesses et les failles secrètes, son rôle est identique à celui de l'enfance: il écoute, il observe et ne renvoie rien d'autre que le reflet du jour dans la pupille éteinte.

dimanche 24 février 2013

Trilogie

 L'ours perdu

« Je veux mon ours marron ... ». Depuis plusieurs heures, il scandait cette phrase sur tous les tons : surprise, colère, tristesse, détresse, rage. Il avait pleuré, geint, hurlé, sangloté. Son oreille gauche qu'il avait tant sucée et qui ne tenait plus qu'à un fil manquait terriblement à ses lèvres.
« Je veux mon ours marron ... » répétait-il entre ses sanglots. Le soir tombait, sous peu la nuit terrible serait là. « Comment je vais faire pour dormir ? ». Sa mère avait beau lui promettre que demain il aurait un grand lit, que maintenant il était grand … rien n'y faisait. « Il y a une parole confiée au silence que l'ombre nous transmet » pensait la mère et la journée de l'enfant en était là.
Elle était retournée dans tous les lieux où ils étaient passés l'après-midi. Et maintenant elle en était persuadée : la dernière fois qu'elle l'avait vu, pendant à sa main, tenu fermement par sa patte brune, toujours la même, déjà bien amochée, c'était à la piscine. Elle avait téléphoné, ils n'avaient rien vu.  « Rien ne sert de pleurer, sans cesse il faut chercher » lui avait-elle dit. Il  le voulait là, maintenant. Il voulait se frotter à sa peau rèche, le serrer contre lui, lui téter l'oreille jusqu'à ce qu'elle soit toute mouillée. Perdu, déboussolé, l'enfant était tout à cette obsession, le reste du monde avait cessé d'avoir goût.
« Je veux mon ours marron ... » dit-il, lors d'un dernier sanglot avant de s'endormir tout habillé dans les bras de sa mère tout en suçant le bout de la manche de son pull et en s'enfouissant entres ses seins. Elle le berçait pour ne pas le laisser seul face au vide dans lequel il s'était engouffré.


L'ours abandonné

Chaque matin, avant de partir à l'école, elle l'installait sur sa chaise haute, bien calé pour qu'il ne s'affaisse pas durant les heures où elle ne serait pas là. Pendant des semaines, elle pria sa mère de le nourrir en son absence, de ne pas le laisser sans soins, et ce n'est que sur cette promesse qu'elle partait sereine à l'école.
Dès son retour à midi, elle se précipitait dans la chambre pour s'assurer que l'ourson avait bien reçu les soins nécessaires, qu'il souriait, était comblé et vérifiait que sa position n'était pas absolument identique à celle qu'elle lui avait donnée avant de partir. Sa mère était-elle capable de l'oublier ? Il était vital de le vérifier. Si par malheur rien n'avait changé, elle percevait immédiatement l'abandon. Elle savait dans quel naufrage définitif il était. Il y a une parole confiée au silence, que l'ombre nous transmet.
Elle chutait dans une détresse l'engloutissant sur l'instant. Elle cajolait, berçait, plaignait le pauvre ourson abandonné et tout près de l'anéantissement bien qu'elle sût qu'il n'existait ni consolation ni réparation.


L'ours blessé

Pendant les heures de jeu, l'ourson pouvait être manipulé avec tendresse, délicatesse ou, s'il avait été sot, rudoyé voire malmené. Au fil des mois, des ans, son corps se déformait, se salissait. Il prenait de l'âge.
Sa patte droite ne tenait plus que par un fil, ce qui ne l'empêchait pas de grimper, courir, aller à l'école, manger, dormir, d'être un ours ordinaire. Un jour, la patte roula sur le plancher. Les hurlements de la petite fille firent accourir sa mère : « Maman, vite, vite, il saigne, regarde, il va mourir ». L'écoulement du sang hors de son corps, la violation de l'intégrité de ce corps déclenchait une violente panique. Chaque seconde comptait. Entre le moment où la mère accourait, celui où elle se saisissait de la boîte à couture, celui où elle enfilait l'aiguille et enfin … pansait l'ourson, s'écoulaient des minutes pendant lesquelles le sang giclait, se perdait irrémédiablement. Chaque seconde était vitale, secondes pendant lesquelles la petite anticipait toutes les pertes à venir, entrevoyait le trou qui sera sans cesse plus béant à chaque nouvelle perte. Il y a une parole confiée au silence que l'ombre nous transmet.

vendredi 22 février 2013

AUTOBIOGRAPHIE DES OBJETS

par ordre d'apparition

  • la chaufferette de Linette prise par surprise
  • la pierre de rêve de lin
  • les herbes sèches aux grues de Natô
  • les statues de Grand Glaïeul
  • la petite bestiole rouge à pois blancs de Marie, Pierre
  • le chandelier de l'Ange
  • le nounours se Laura


jeudi 21 février 2013

gestation, éclosion, expiration


Il y a la cacophonie des métiers à tisser, des ouvrières-tapissières
Il y a les blessures de chair, l’adoption, les noëls, les anniversaires
Il y a les matins d’hiver, les bras de la fillette
Les matins d’été, abandonné dans l’herbe des pâturages
Les soirées d’automne, délaissé au fond de la mallette
Les heures printanières, à se disputer ma préférence.

Il y a l’entracte, l’oubli, la lassitude de la peluche, l’usure du je
Il y a les enfants qui grandissent, les déménagements, la poussière
Il y a les jeux de tortures, les disputes, le temps qui découd la vie

Il y a une parole confiée au silence, que l’ombre nous transmet
Il y a le souffle marqué à l’encre brune qu’une seconde suffit à suspendre
  Il y a l'éternité de chaque matin que l'absence nous envie