mardi 27 décembre 2022

à suivre

à suivre le fil

d’or fin brodé qui s’effile bleu et vif

le fil qui guide les mots et les vies

jusqu’aux extrêmes des solitudes

celui qui file le récit incohérent

en une prose concise en soi

ce fil à ne surtout pas lâcher

jusqu’aux confins de nulle part

vers où l’on avance fatalement

et il est d’or ce fil 

 

ma traduction de la deuxième partie du deuxième interlude: 

 Le soleil étendait de larges bandes au-dessus de la maison. La lumière toucha quelque chose de vert à l’angle de la fenêtre et le fit ressembler à un morceau d’émeraude, une grotte de vert pur comme un fruit sans noyau. Elle aviva les bords des chaises et des tables et brodait d’un fil d’or fin les nappes blanches. À mesure que la lumière s’accroissait, un bourgeon ici et là éclatait se fendant pour donner des fleurs, veinées de vert et tremblantes, comme si l’effort de s’ouvrir les avait ébranlées, et fait sonner un léger carillon qu’ elles cognaient de leur frêle battant sur leurs parois blanches. Tout devenait doucement amorphe, comme si la porcelaine de l’assiette coulait et l’acier du couteau se liquéfiait. Pendant ce temps, des vagues, en un choc, se brisaient dans un bruit sourd, comme des bûches tombant sur le rivage.

 

samedi 24 décembre 2022

Klasma du temps qui passe (Semaine 6 - Jour 3/ 17H11)

"L'Inaperçu /Sylvie Germain"
     L'inaperçue - petite - si petite - se faufiler entre les lattes du plancher - souhaitée - désirée dans la neige révélatrice des folles espérances - abreuvée des nuages - des ciels laiteux - des herbes offrant leurs calices d'argent - l'oeil animé aux matins de lumière - fragments d'images - mots volés à l 'appétit de vivre - en écho avenir minéral - cavernes en creux - toujours se relever.

Joyeux Noël

 

 

 Que la lumière du matin apporte Espace et Joie dans vos coeurs.

mardi 20 décembre 2022

Interlude 4.3 p.94 Lumière sonore claques déferlements

Lumière sonore claques déferlements foudroyants jeunesse lynchée à angle droit aveuglée grugée par ce soleil sans joie et lancinant lyrisme piquant jalousie des lames de couteaux liquéfiées reposer son regard sur un coussin émeraude mais le son aigre-doux du crépuscule sentimental ne laisse au hasard des laboratoires que sa percutante clarté qui nous inflige ça -son luminescent des aurores alliées les roses de rosir les noirs de louvoyer emportement du ciel tribulations de nuages sans frivolités évanouissement langueur lumière océane clameur et silence obscur des bibliothèques réduites en poussières d'abeilles -Chaque jour est une page de moins en moins blanche.


Ma traduction

fragment 4 2ème interlude 2ème partie

 Le soleil déposa des bandes encore plus larges sur la maison. La lumière toucha quelque chose de vert sur le coin (à l'angle) de la fenêtre et le transforma en un bloc d'émeraude, un puits (une cavité) de vert franc comme un fruit pas encore mûr, immature, sans noyau. Elle accentua aiguisa accusa le bord des chaises et des tables et parsema de fins fils d'or les nappes blanches. à mesure que la lumière augmentait un bourgeon se mettait à éclore ici et là et des fleurs surgissaient, veinées de vert et palpitantes, frémissantes, comme si l'effort fourni pour s'ouvrir leur faisait déclencher le balancement d'un léger carillon alors que leurs frêles clapets cognaient contre leurs parois blanches. Tout devint doucement informe comme si l'assiette en porcelaine fondait et que le couteau en métal se liquéfiait. Entre-temps les vagues continuaient de déferler et de se briser en un bruit sourd, comme des troncs qui tombent (qu'on abat), sur le rivage.

lundi 12 décembre 2022

Klasma du temps qui passe/ semaine 4 jour 7

 

 

16 octobre à 11h 12 je voulus voir de près ma pierre d’achoppement (Ferdinand Cheval au palais idéal du facteur Cheval)

de pierre à pierre — de mot à mot — sur la terre équarrie — chercher à nouveau — caché trouvé — ne chercher rien d’autre — sous le pas — que la fin recommencée — la mémoire de la pierre — la célébration des mots — aller à la rencontre — de la collision — dans l’éclat du cadeau — toujours insolite — (18h45)

samedi 3 décembre 2022

à l'air libre

à l’air libre

l’ourlet noir tracé tout autour de la flaque

serait-ce une mandorle d’eau

une sphère de ciel dans un réceptacle de glèbe

amande d’un au-delà qui voudrait bien se dévoiler

et délivrer les secrets d’un univers mythique

où proches et dissemblables les songeries de l’âme

gonfleraient doucement

et l’œil en un vertige verrait distinctement

ce qui reste énigme


 

 (deuxième klasma en écho à la première partie du deuxième interlude des Vagues)

 

mercredi 30 novembre 2022

ROCHER (III)

     Le Rocher
     à l'extrémité de la brume
     danse
     son âme affûte
     les forces-mosaïques
     qui étreignent
     sa carapace
     flegme cinglant
     contre la vague
     long voyage intérieur
     flagellation perpétuelle
     balafres à ciel ouvert
     pleurésie de la mer
     surfiler le rivage
     parler à l'oreille des chardons
     accrocher la rosée
     aux matins-cris multicolores
     le Rocher
     miroir des oiseaux-ricochets
     redondance du premier jour du monde.
    

mardi 29 novembre 2022

Les oiseaux

 

Les oiseaux, parfois masqués par les nuages / 

se déployaient en vol ample /

 dans le ciel grésillant des couleurs /

du couchant /

Ils brodaient de leur vol /

les lueurs du crépuscule / 

puis brusquement viraient d’angle / 

la nuée prenait une tout autre direction / 

Leur vivacité était telle que je croyais / 

les entendre pépier bruyamment / 

alors qu’ils traçaient leur broderie nocturne / 

dans un parfait silence /

 Systématiquement surprise / 

dans mon attente de leur prochain subit changement de direction / 

mon coeur vacillait d’un plaisir délicieux / 

à l’idée du prochain étonnement / 

Dépourvue de mots / 

l’espace intérieur se dilatait / 

se transformait / 

atteignant l’horizon / 

là où commençait la Joie /

 

 (consigne 100 mots / klasmathèque de Linette)

lundi 28 novembre 2022

à l'envers

à l’envers

dans le vide de la flaque

une sorte de buvard d’eau

où va et vient ce qui se nomme lumière

conversation du ciel et de la terre

où s’abandonnent des bouts de bleu

et palpitent de pâles étincelles

quand s’entremêlent les mélancolies du jour

bien cernées par un obscur petit ourlet

ruban lambeau ou écharpe ceinturant le temps

 

( Codicille: 60 mots/ commencer par à/ 10 vers/ un détail de la traduction des Vagues/ pas de ponctuation)

Ma traduction des Vagues de Virginia Woolf: deuxième interlude, première partie:

Le soleil montait plus haut. Des vagues bleues, des vagues vertes balayaient d’un revers d’éventail la plage, entourant la pointe du chardon bleu, abandonnant des flaques de lumière peu profondes çà et là sur le sable. Un léger ourlet noir se déposait derrière elles. Les rochers embrumés et doux étaient désormais marqués de fissures rouges.

D’intenses raies d’ombre s’étiraient sur l’herbe, et la rosée dansant sur la pointe des fleurs et des feuilles, faisait du jardin une mosaïque d’étincelles uniques non encore rassemblée en un tout. Les oiseaux aux gorges mouchetées d’un jaune canari et de rose, chantaient maintenant un air ou deux ensemble, avec frénésie, comme des patineurs bras dessus bras dessous, puis soudainement silencieux, s’éloignaient les uns des autres.

samedi 26 novembre 2022

Klasma du temps qui passe/ Semaine 4 /jour 6

 

 

15 octobre 10h 20 : Aimer c’est ne pas savoir ( Jean-Pierre Siméon lecture à Saint-Etienne à la fête du livre)

tâtonner dans une sorte de tunnel — peu à peu — entre les plis — des silences — des uns et des autres — avant de pouvoir être — d’arriver à pouvoir être — avancer — toujours au bord — à la frange — pas pouvoir plus — se tenir dans l’indistinct — les tempes vrillées du sang — il pulse si fort —(17h32)

jeudi 24 novembre 2022

Interlude 2 p.23 Rochers durs aux fissures rouges

à partir de la phrase : "The rocks which had been misty and soft hardened and were marked with red clefts"

Rochers durs aux fissures rouges rochers brumeux brume de l'après pluie rochers qui crient avec les rapaces font voler en éclats le silence de la mer en rochers luisants glissants et lisses brûlants impraticables fissures crevasses gorges fentes projets de fuite gaz Rochers broutant le vert de la forêt rochers cataractant acérés rissolant de soleil à-pic ruisselants des vagues fracassantes glissades membres tordus Sisyphe projets anéantis dans les éboulis noirs des désirs en désordre Île du Diable cocotiers verts germant des interstices Rochers-amers manger ce qui est rouge -rêves de friandises- de rochers mous comme des Ferrero oubliés au soleil

 



ma traduction

Le soleil avait pris de la hauteur. Le soleil était encore monté. Des vagues bleues, des vagues vertes dessinaient un rapide mouvement en éventail sur la plage encerclant la pointe du houx-de-mer du chardon / du panicaut maritime et laissaient des mares, flaques, peu profondes ici et là sur le sable, ainsi qu'une frange noire arrondie après leur disparition. Les rochers qui jusque là avaient des formes vagues indistinctes et douces devinrent plus consistants et furent marqués, traversés de fissures rouges.

Des rayures d'ombre fines languissaient sur l'herbe et la rosée qui dansait à l'extrémité des fleurs et des feuilles faisait ressembler le jardin à une mosaïque d'étincelles dispersées, en train de n'en former qu'une seule.

Les oiseaux, dont le jabot était tacheté moucheté de jaune et de rose, chantaient maintenant une trille ou deux à l'unisson, frénétiquement, comme des patineurs joyeux exubérants,  bras dessus bras dessous, puis faisant soudain éclater le silence en morceaux


la cabane du capitaine Dreyfus - île du Diable - 2019

mardi 22 novembre 2022

Klasma du temps qui passe/ Semaine 4 Jour 5

 

 

14 octobre à 10h15 : On ne rêve pas un lieu mais un temps perdu, la jeunesse. (Gracia Bejjani/FB)

de plus en plus loin — comme échappée sur une autre rive — non abandonnée — mais un peu froissée — serrée dans une étoffe froissée — une musique assourdie — des sons sourds — et puis des gestes — renaissance d’un lieu — de silhouettes qui traversent — remettre des mots — nommer qui et quoi — oublier tous les pourquoi — (16h19)

lundi 21 novembre 2022

ENTRE CIEL ET EAU. (II).

      L'or des vagues
     soupire
     la tristesse
     le visage masqué
     du temps qui souffre
     lueur de l'impossible
     broderie sardonique
     de la montée du soir
     après un lever de soleil
     balbutiant
     sur son buvard de brume
     lumières-péplum
     assises
     au bord de l'horizon
     embrases d'un tableau éphémère
     à la poursuite
     d'un destin annoncé
     filaments d'espoirs effilochés
     papillons de nuit drapés
     dans les voiles liquides
     d'un matin
     incertitude palpitante
     d'un jour qui naît
     plasma pour coeur battant
     mais bientôt
     l'ordalie du dernier paragraphe.


dimanche 20 novembre 2022

Interlude 1.1 P. 5 Dans la brume - l'incertitude - un badigeon de tristesse -

Dans la brume - l'incertitude - un badigeon de tristesse - indéterminée- le cafard que génèrent les jours de brouillard scintillement bruni de l'aube   montée du soir  débandade   cocon délicieux tohu-bohu des origines butyreuses   filaments effilochés de sons brisés   fricassée de sentiments béatitude -le goût de lumière masqué de bulles roses conversation dans le noir   mots dilués délavés peinant à sortir des bronchioles   équilibre bancal des mots et des choses   les bouquets argentés des forêts en hiver brume  tourbillons brume  Babel hululant dans les couloirs  une sorte de velours nocturne sur son miroir de brume / mou aussi-  des choses à la hauteur des yeux   ombre bleue sur la bruyère des landes  sur la bryone des lieux incultes sur les odeurs de buis   BRUME -mourir liquide sous les baisers des fantômes  bras enserrant le vide des blessures béantes   formes baveuses vaporeuses abhorrées brodées de quelques rires   grésillements télégraphiques   coton cliché niché dans le buisson des méninges de bronze à la barbe du temps   abondance de cloches  espaces encryptés bicéphales  brisures de hurlements piégés dans les volutes     quand l'intérieur est flou sans substance qu'au dehors les oiseaux chantent une mélodie blanche quand ne restent à la surface que des traces de gomme


codicille : le plus possible de mots contenant le B de brume. 207 mots comme dans ma traduction de fragment. Pas de ponctuation. 

Klasma du temps qui passe/ Semaine 4 jour 3

 

 

12 octobre à 9h44 : quand quelque chose entrave (Anne Savelli Des oloés p 93)

se risquer dans le noir — ou dans ce qui n’est pas connu — ce sac de nœuds mouvants — qui met à l’épreuve — chercher à dénouer — les mains tendues — avec des mots au bout — à peine lisibles — usés jusqu’à la lie — une chaîne de mots du possible — une chaîne pour déchaîner — naturellement — (16h12)

vendredi 18 novembre 2022

Klasma du temps qui passe (semaine 3 / jour 4) 17H15.

     " Pas ici, pas maintenant" Erri de Luca.
Là- pas ici pas maintenant- dehors- la nuit déjà- la mémoire du jour inscrite dans les nuages- peut-être - des lumières vacillantes aux toits gondolés des immeubles- espérances improbables- la ville à la fenêtre- sourires voraces des corneilles- créatures insolites- image de la vie amputée- mal sournois- les franges de la patience réincarnée dans une bouche sèche.

à l'unisson

à l’unisson

avec les silences incrustés et les gouttes écarlates

broderies des désirs et des rires

dans la gorge chamarrée des oiseaux

une mélodie blanche éthérée éternelle

crémeuse et veloutée d’infini

irriguée d’un peu de brume à faire palpiter

encore plus fort les creux du cœur

et virevolter les proses incertaines

en des tourbillons de lumière sur la page blanche

 

 Codicille: Klasma en écho à la dernière partie du premier interlude des Vagues de Virginia Woolf avec les contraintes de commencer par "à" et d'une  présentation en 10 vers et 60 mots.

mercredi 16 novembre 2022

Klasma du temps qui passe / Semaine 4 jour 1

 

 

10 octobre à 12h27 : Les vivants sont les urnes des morts. (J Roudault cité par Michelle Dujardin sur sa page FB)

étrange prolongement — parfois par brûlure — d’autrefois comme un onguent — ou une fusion — cela affleure et submerge — et l’on n’en finirait pas — naissance mort naissance mort — des couches de l’autre qui ressuscitent — sécrétées au cours de nos multiples vies — accepter malgré tout — les voix qui se murmurent — et tous les silences — (18h06)

mardi 15 novembre 2022

Klasma de la brume Version 1 "/"

chaque "/" remplace "dans la" ou "dans le, les" 100 mots

en miroir

Petit à petit les filaments de feu se diluèrent dans la brume -l'incertitude-, un embrasement (une incandescence) qui souleva le poids du ciel gris et laineux jusqu'au zénith (point culminant) et le transforma en un million d'atomes d'un bleu doux.

La surface de la mer devint lentement transparente et s'étala en ondulations et scintillements jusqu'à ce que les sombres rayures eussent été presque gommées.

Doucement le bras qui tenait la lampe la souleva de plus en plus haut jusqu'à ce que l'on distinguât une large flamme. Un arc de feu brûla à la frontière de l'horizon et tout autour de cet arc la mer flamboya d'or.

La lumière frappa les arbres dans le jardin rendant chaque feuille transparente. Un oiseau gazouilla assez/plutôt fort, puis il y eut une pause, puis un autre chanta dans les graves. Le soleil rendait les murs de la maisons plus vivants, plus vifs, puis il se posa sur le store blanc comme le bout d'un éventail et laissa une empreinte de doigt bleue comme une ombre sous la feuille près de la fenêtre de la chambre. Le store s'étira (se leva ? fut tiré ?) lentement mais tout l'intérieur était flou et sans substance. Les oiseaux chantèrent leur mélodie vide au dehors.


lundi 14 novembre 2022

Klasma du temps qui passe/ semaine 3 jour 7


 

9 octobre à 8h35 il me semble avoir été continuellement quelqu’un d’autre (Annie Ernaux in Cahier de l’Herne p21)

en suspens — peut-être un peu perdues — quelque part sans doute — des vies en apesanteur — flirtant avec les mots — s’écorchant sur les blancs de la page — se détachant des angles morts — par surprise — déposant quelques sédiments — ici ou là — expirant dans quelque recoin — sombrant encore et encore — dans un silence — intense — (9h12)