samedi 19 mars 2022

 Chacun vaque à sa vie, 

par deux, par trois, en solitaire

L'enfant califourchon

sur le torchon

Le torchon sur les cuisses

De la nourrice

de la main gauche elle puise 

l'eau dans la jarre cuivrée

l'équilibre est précaire pour ce marmot fessu

sa tête escamotée par la main qui appuie

à moins qu'il n'en ait pas ?

et pas plus que de bras.

Son cul proéminent absorbe la lumière

puisée à même l'eau dorée de la cuvette

Est-elle fraîche cette eau ? par ce beau jour d'été ?

 

Chacun vaque à sa vie, et à sa mort aussi

chacun à son affaire, le voisin égorgé

le chien en rond couché, le cochon avisé

chacun sa mer à boire, sa solitude épaisse.

explorer sous les jupes, accoucher d'un néant

ou d'une apocalypse au visage d'enfant

A l'orée des vacances les embouteillages

Cauchemar du quotidien 

de la vie vitrifiée

chacun jouant sa scène hors sol de son voisin

les gestes suspendus, les flaques de soleil

les fils des marionnettes retenus par les bras

du tout-puissant trônant 

à l'auvent bleu du ciel

jeudi 17 mars 2022

Le Renvoi.

      La joie vissée à leur peau de drap frais princes nomades foulant un pays de promesses ils quittèrent le paradis terrestre signant de la plante du pied l'abandon de leur jardin d'éden. Derrière eux des flaques de soleil des touffes d'herbe remuées les houppes des eucalyptus et leur odeur enivrante et poivrée. Pourtant ils fuyaient  le paradis-prison il leur fallait en retirer les lettres au fronton de leur béatitude. La monotonie des jours dits-heureux un exutoire à l'appétit de vivre une impression à réinventer. Le cosmos s'ouvrait à eux il ne fallait lui rajouter que sa ponctuation lui insuffler des accents facétieux des points sur les i transgressifs. La peur pour tout visage mais la joie ventrale la terre dont leurs yeux étaient faits et le sexe vigne-coquelicot ils devinrent indéfiniment émerveillables.

L'attelage.

      "L'attelage démoniaque" poussé par des diables ardents avance en claudiquant sur les limites de la Vie. Pessimistes anxieux ahanant ils soufflent-souffrent perclus des rhumatismes de la jouissance gavés de l'opprobre des bien-pensants exclus d'un paradis oisif et fleuri soumis à l'herbe sèche du chariot de foin. Ils régurgitent les brindilles autant de pages mal digérées de leur existence d'en-bas et le tapis de paille piquant corps et esprits les conduit à l'enfer au-delà promis aux trop-vivants. Squelettes ou de blanc vêtus devenus bêtes aux yeux d'humains debout courbés écrasés par le poids de leurs vices-vertus les roues les précipitent  vers leur fin misérable.

mercredi 16 mars 2022

à la poursuite

à

la poursuite

de ses illusions

chacun cherche à

grappiller par-ci par-là

quelques brins de ce foin

monté du fond des ombres

détacher de ce bien commun

sa part de félicité – une possible

promesse d’une vie sans problème

des songes de désirs et d’envies enfin

réalisés – un brin encore un brin de cette

manne à tenir entre ses doigts comme un rail

d’étincelles au sein de cette horde d’hommes et

de femmes tous plus avides les uns que les autres

se mouvant se déhanchant dans cette carnavalesque

épopée – chacun cherchant à s’emparer d’une part et la

meilleure oubliant que toute chair est comme l’herbe et se flétrit

 

Codicille: klasma écrit face au volet central du Chariot de foin. Mêmes contraintes que précédemment.



 

mercredi 9 mars 2022

à la grâce

 

à

la grâce

d’un dieu ou

d’une vision d’aura

peindre sur les voies du

visible ce qui n’est que rupture

séparation dispersion dislocation

toutes ces plaies béantes au sein de

nos existences – l’esprit éperdu dans le

livre des choses aux sens inattendus entre

la chute des anges en cohortes d’insectes qui

s’extirpent d’eux-mêmes – la femme qu’on extrait

de la côte du premier homme – ce péché qui les fait

se séparer d’un dieu tout puissant et qui se concrétise

par l’expulsion d’un paradis où le rocher évidé qui en clôt

l’entrée est barré par un ange guerrier aux ailes acérées pour

dire toute la violence déjà là promise et comme une annonce de

cette lutte de toute éternité entre les états d’être à l’intérieur de soi

 

Codicille: Toujours autour du Chariot de foin de Jérôme Bosch , volet de gauche, avec les mêmes contraintes que dans le klasma précédent .



lundi 7 mars 2022

à la croisée

 

                                                                

à

la croisée

des soi déchirés

vagabond en césure

dans l’errance de l’errant

mité de miroirs en léthargie

œil visionnaire couvert d’ombre

nostalgie d’un héros qu’il n’est pas

voûté et titubant – transpercé de doutes

de folies de bassesses de souffles contenus

de tout ce qui sépare écartèle l’esprit et le corps

sans faire tressaillir l’herbe ni s’envoler les oiseaux

sans trouver de réponses aux questions ni à leurs échos

tâtonnant entre le gris de maure et la terre d’ombres longues

entre lui et lui et ses nombreux autres soi dont il ne sait plus rien

égarés dans les méandres du chemin – tombés dans des abîmes

privés d’étoiles dont il a sans doute oublié tous les désirs les espoirs

il avance vermoulu – ouvert et dévoilé – il avance pour survivre vivant

  

Codicille/ 9 contraintes: expression qui commence par à/ à seul sur la première ligne/ disposition en pyramide/ nombre de vers fixe(18) pour la série en pyramide/ pas de majuscule/ pas d’autre ponctuation que le tiret/ insertion de bouts de phrases pris dans la lexithèque/ allitérations sans le dernier vers/ une contrainte secrète

dimanche 6 mars 2022

Il y a une jarre suspendue

contrainte: il y a / pas de ponctuation / créer une sorte de "porte" / lecture possible entre fin et début de phrases en ligne

Le chariot de foin

On entame un nouveau cycle d'écriture, toujours dans notre rubrique klasmathèque, qui, je le rappelle, travaille à se pencher sur des petits bouts de choses vues, qui ont happé notre regard, et que l’on se met à collectionner.

C’est une manière de dessiner son propre paysage intérieur avec ces klasmas que l’on pourrait définir comme quelque chose de furtif qui est apparu, nous a sauté aux yeux, avec quelque chose de dense à l’intérieur et qui se fait un peu miroir de notre propre état intérieur.

Nouvelle série donc autour d’œuvres peintes. Et nous commençons avec un triptyque de Jérôme Bosch «  Le chariot de foin ». Triptyque certes, mais avec les panneaux fermés apparaît un quatrième tableau. 

Donc la proposition d’écriture va tourner autour de ces quatre visions : quatre klasmas à écrire, c’est à dire se concentrer sur quatre détails (un par panneau) en gardant toujours en tête l’idée des contraintes qui épousent l’écriture, ou dont l’écriture s’enrobe pour creuser davantage.


 
(Photos prises sur internet)

 

mercredi 2 mars 2022

à l'arrière-plan

à

l’arrière-plan

d’un monde dont on

ne sait pas grand-chose

mais qui continue de poser

question – le regard ne s’ouvre

qu’à demi – sur les reflets de vieux

papiers jaunis – aux couleurs désuètes

et surannées – mais dans une inlassable

naissance – à nous remettre encore au monde

et tenter de voler avec les voix du vent ce qui encore

palpiterait au bord de nos chemins – ou ce qui au fond

de nous émerge des entrailles de la nuit avec un peu des

leurres des lueurs du jour – et des couleurs qui suintent sous

celles déjà enduites – certitudes qui vacillent dans l’empâtement

de paysages en clair-obscur – aux glacis aux lavis aux ombres aux

repentirs aux textures aux camaïeux aux vernis aux aplats aux matières

tout ce qui se crée derrière le rideau des pupilles où l’infini clapote encore


Codicille: 9 Contraintes liées à la deuxième série autour d’œuvres peintes

travail sur le détail/ expression qui commence par à/ à seul sur la première ligne/ disposition en pyramide/ nombre de lignes fixe : 18/ pas de majuscule/pas d’autre ponctuation que le tiret/ insertion de bouts de phrases donnés/ une contrainte secrète

 

vendredi 18 février 2022

Miroir


Miroir, miroir, miroir, où est ta vérité ?

Miroir, fidèle menteur qui inverse l’image

de celui qui regarde son double renversé,

réflexion spéculaire d’une image équivoque

qui ne tient aucun compte ni des rides, ni de l’âge,

dont la vérité crue sans cesse nous convoque.

mercredi 16 février 2022

De la forme...

... Parce que la forme est contraignante, l'idée jaillit plus intense. Tout va bien au sonnet : la bouffonnerie, la galanterie, la passion, la rêverie, la méditation philosophique. Il y a, là, la beauté du métal et du minéral bien travaillés. Avez-vous observé qu'un morceau de ciel aperçu par un soupirail, ou entre deux cheminées, deux rochers, ou par une arcade, donnait une idée plus profonde de l'infini que le grand panorama vu du haut d'une montagne ?...

 Charles Baudelaire " Lettre à Armand Fraisse"  19 Février 1860.

 

 

Pleine lune

Telle un lampion, la lune accrochée dans le cyprès

Un nuage : la lune disparaît.

Aurais-je à ce point l’esprit obscurci

pour perdre le sourire et

croire que la lune n’est plus là ?

Mon esprit sait la lune,

voit le passage des nuages ,

conserve sourire au coeur et aux lèvres.

Dois-je attendre que les nuages aient disparu

pour m’autoriser à être heureuse ?


dimanche 13 février 2022

Miroir, mon beau miroir

 Reflet de la vérité ou son inverseur ?

Porte ouverte sur un autre monde ?

Porte par laquelle la mort va et vient ?


« Je vous livre le secret des secrets. Les miroirs sont les portes par lesquelles la mort vient et va. Du reste, regardez-vous tout votre vie dans un miroir, et vous verrez la mort travailler, comme des abeilles dans une ruche de verre. » J Cocteau Orphée


Il est pour certains symbole de la plus haute connaissance

car il reflète sans être affecté par ce qu’il reflète :

Le beau, le laid, le jeune, le vieux …

le miroir ne connaît pas, il reflète

impassible, inébranlable.

Il voit les choses comme elles sont,

renvoie réalité et non vérité.


Et si l’autre était mon miroir ?

La collectivité comme Galerie des Glaces ?

jeudi 10 février 2022

#8 - Miroir. Miroir?

 L'avers et l'envers. Le fragment vu par l'autre. Le fragment d'un tout, d'une vie, d'un rien. Le "je" qui se dessine en timbre-poste. Le "tu" le"il et elle elle et il"le "nous". La ride qui colle au front. La pupille asséchée dans l'oeil du voisin.L'espérance et la désespérance. Le soir qui tombe sur le soleil en catafalque. Le fragment d'un âge qui avance et s'enfuit. L'âme qui réverbère jusqu'à la lie. Le détail d'une respiration d'un souffle jusqu'au râle. Le pouvoir d'être celui d'avoir été. L'illusion de la réalité.

dimanche 6 février 2022

Miroir Jardin

 Aussi bien en désordre que dans ma propre vie

aussi riche en recoins occultant des trésors

mais aussi des cafards vieux de quelques années

des pensées invasives et des arbres moqueurs

apportés par les vents et les oiseaux de même

Laisse venir le vert et tout ce qui s'en suit

le moisi ne nuit pas tant qu'il est en surface

Aux limites du clair, la mousse douce affleure

les lierres des souvenirs qui m'agrippent le coeur

 

Une fois l'an j'appelle à l'aide, 

un jardinier/docteur plus expérimenté

C'est déduit des impôts 

remboursé à moitié

par la Sécurité Sociale.

je fais des analyses, pèse le pour et contre

Du bien fondé de parfois arracher

un tronc pourri, une belle tumeur.

 

chaque année un piquant nouveau

chaque année une douleur nouvelle

chaque année une espèce en moins

comme les mots perdus aux confins de ma tête

mais chaque année aussi des surprises en pagaille

si pagaille est le mot.

 

Chaque année je me laisse prendre

au jaune des forsythias

au chant des primevères

chaque année me surprend à avoir oublié

ce que j'avais jadis planté

English garden bien ratissé

carrés de choux, de bijoux et de houx

chiendent qui coupe, ronces qui crient

mêm' le miroir est à la fête

quand éclatent les joies dans ma tête

de voir s'égayer le printemps.

Intertitre

"Les femmes ont pendant des siècles servi aux hommes de miroirs, elles possédaient le pouvoir magique et délicieux de réfléchir une image de l'homme deux fois plus grande que nature. " Virginia Woolf, Une chambre à soi.


PS : je ne suis pas sûre de la traduction, je vais aller relire : Une chambre à soi

Reflet dans un œil d'or. Klasma MIROIR

 Virginia Woolf dans le jardin sans tain de mon inconsistance

l'escalier en colimaçon au fond du rêve vrai

angles aigus des montagnes de lumière

au printemps les tulipes fresque rouge sur mâchefer gris

Reflet dans un œil qui dort, les pierres dans ses poches.

mi-roir ? mi quoi d'autre ?

La surface et la profondeur

Ad-mirer les mirettes, ajuster le mascara

"qui de lui ou de moi renvoie l'image à l'autre ?"

une chanson de l'Empire des Sons du temps de ma jeunesse

le miroir ne laissait pas augurer ma tête d'aujourd'hui

Tout ce qui nous attend.

With compliments

Moments successifs

Grossissant. Pas plus de Photoshop que de crème réparatrice

Point noir que l'on charcute lorsque l'on a 13 ans

Les yeux prennent refuge au fond de leurs orbites

Coup d’œil furtif

Peau d'orange. Orifices. Fraise

Le miroir ne fait pas de méchantes réflexions

 

Sur les trottoirs, dans le salon et même dans les wc

Le père de l'ancienne propriétaire était un miroitier.

Un poil noir, un début de moustache,

un grain de beauté, une verrue, un bouton d'acné

quinze rides une poignée de cheveux blancs.

Agrandir les fenêtres, multiplier l'espace, 

attraper les poussières attirées 

par la surface glabre

Galerie de portraits dans la galerie glacée,

jusqu'à l'arrivée des premières ombres

 

Le miroir n'a pas l'odeur.

Il dit l'innommable et s'en fout

Comme de sa première chiure de mouche

Sablier. Travaux. Défardement.

Ravalement de façade. Béatilles. Des coussins pour les yeux.


Que fait le miroir en notre absence ?

Moine. Dubitatif. Impermanence. Éminence grise.

 

Regarder le néant en face

Le miroir n'a pas de mémoire.

vendredi 4 février 2022

forme...

 Lu dans Le Flotoir de Florence Trocmé:

 Je trouve dans Madame tout le monde, l’anthologie composée par Marie de Quatrebarbes pour le Corridor bleu un bel entretien mené par Emmanuèle Jawad avec Michèle Métail.

Michèle Métail : « La question de la forme est très importante dans mon travail. Elle est indissociable du contenu car elle est par elle-même signifiante. Plusieurs années sont parfois nécessaires avant de trouver la forme juste qui déclenche l'écriture du texte. Ce fut le cas avec La route de Cinq pieds, journal de mes voyages en Chine, qui fit l'objet de plusieurs versions, dont de la prose. Au final ce long poème est écrit en vers de cinq syllabes, une métrique de la poésie chinoise classique que j'ai souvent traduite. Cette métrique permettait de rendre le caractère heurté des images qui se télescopaient durant les longs trajets à travers le pays. Quelque chose d'analogue s'est produit avec la découverte de la ville de Berlin, d'abord photographiée dans les reflets visibles sur les parois vitrées des immeubles modernes. Les poèmes qui dialoguent avec les images reprennent le format photo des tirages : 10 x 15, transposé en dix vers de quinze lettres chacun. Cette mesure impose une syntaxe particulière avec ruptures, cassures, de même que la ville voit ses lignes continues brisées, déformées dans les reflets. Dans ces deux cas, la forme, parfois contraignante, permet d'inventer sa langue propre. » (p. 222)

mardi 1 février 2022

à l'eau de rose

 

à l’eau de rose – réfléchi ou traversé d’intensité

- il diffracte ses lignes – en une anamorphose des

souvenirs – ou du squelette d’un monde – il dénoue

une réalité à regarder en face – donne une densité

nouvelle à tes propres spectres – mire l’éminence

des riens – détaille l’innommable de ce qui est tu

il dialogue avec tes morts – ou les ombres de ta

vie – enivre de l’haleine de l’écriture – accentue

en un trait les rides d’un discours – déforme sans

impunité l’image de ton monde – dissimule ce qu’il

lui faut taire sous son film sans tain – tu penses

au livre comme un miroir – jusqu’à l’intraduisible

 

Codicille: quatrième ( et dernier?) klasma d'objets tournant autour de l'écriture  avec toujours les mêmes contraintes: commencer par à/ 101 mots/ pas de majuscule/ tiret comme ponctuation/ l'objet du texte à la fin/ vers justifiés

 

détail/ fragment

 Notes prises dans Les paradoxes du détail/ Erica Wicki/ (Presses universitaires de Rennes) :

le détail est une partie taillée dans un ensemble dont il a ensuite été retranché. La deuxième acceptation du mot détail témoigne de ce que le sens commun reconnaît, dans l’acte de raconter, la liberté de choisir et d’isoler des éléments du réel pour les faire entrer dans le récit . Le détail d’un récit découlant d’un découpage indique ainsi l’action d’une volonté individuelle. Il n’y a pas d’arbitraire dans le détail, celui-ci ne saurait être une fraction. (…) Le fragment évoque « un morceau de quelque chose qui a été cassé », il désigne plutôt un reste, le résidu d’un tout disparu ; il n’a pas fait l’objet d’une opération volontaire et n’existe que par l’absence de l’ensemble auquel il était rattaché.

Une proposition est faite d'écrire un klasma autour du mot miroir et/ou de poursuivre l'écriture de fragments à partir d'objets de son choix.