lundi 8 novembre 2010

un couple avec jumeaux


Un couple avec jumeaux de 9 ans d’écart,
mais si, ça se voit très bien sur les VHS, même si  J. a les cheveux foncés et V. pas de cheveux du tout du coup on peut même pas dire,

arrive au bout d’une heure de route parce que St Clément, de Grailleux c’est pas la porte à côté,
pour déjeuner chez un couple d’amis,
qui ne seront bientôt qu’un ex couple d’amis, même si le choix duquel des 2 ils continueront de voir séparément est déjà fait, et même si le mot de divorce n’a jamais été prononcé par aucun des 2, elle qui joue les détachées et lui qui fait semblant de ne rien voir parce qu’il est encore fou amoureux d’elle,
sonne à la porte,
l’ouvre car personne ne dit « entrez » et pour cause, le futur ex mari est en train de crier au téléphone « mais qu’est ce que tu as ? » à sa future ex femme et il raccroche tout affolé parce que ce qu’elle a c’est un accident de voiture et avec leur petite fille en plus
puis après un débriefing rapide de la situation, les deux parties masculines des couples s’en vont sur les lieux du drame,
l’un pour engueuler sa future ex mais c'est surtout parce qu'il a eu peur, quand on a peur on crie, on frappe même parfois,
l’autre pour consoler sa toujours moitié d’amis communs, même si on ne sait pas si c’est pour elle qu’ils ont secrètement voté,
et l’ami la console,
et le mari fait la circulation parce que l’endroit de l’accident est particulièrement accidentogène,
quant à la petite fille, tout le monde s’en fout je suppose, en tous cas il n’en est pas question,
et quand tous reviennent à l’appartement du futur ex –couple, la moitié féminine du couple en visite est en plein biberon, avec l’autre jumeau, de 9 ans l’aîné du jumeau nourrisson,
bien ennuyée de voir la petite fille accidentée si choquée
et l’adulte mère avec la robe en vrac, les collants déchirés, la main en sang mais bon globalement elles n’ont rien et on peut dire que c’est un miracle quand tu vois l’état de la voiture,
et plus tard la petite fille choquée dans sa chambre fait tomber sa lampe de chevet et l’abat jour en carton se casse et elle dit je crois que j’ai cassé ma lampe et sa mère répond eh bien moi j’ai cassé une voiture,
et le couple en visite rentre chez lui, et déjà que de St Clément à Grailleux c’est pas la porte à côté oui je sais je l’ai déjà dit mais c’était pour l’aller, là c’est pour le retour c’est encore pire parce qu’il fait nuit, encore plus long, après cette journée éprouvante,
et la moitié féminine du couple se demande si c’est le ratafia ou bien quoi mais qu’est ce qu’elle a mal à l’estomac,
et plus tard, une fois les 2 jumeaux de 3 mois et 9 ans baignés/ essorés/ biberonnées/ empâtés au gruyère râpé/ et couchés,
les 2 moitiés toujours ensemble mais pour combien de temps l’avenir le dira, si on les connaît encore, et si tant en est qu’on sera aussi dans cet avenir-la pour le dire,
sont installés sur le canapé, fourbus, et la moitié gauche dit à la moitié droite « quel dimanche de merde ? » et l’autre moitié répond « quel dimanche de merde » (fucking sunday, autrement dit) ; et en plus on n’a même pas mangé.

dimanche 7 novembre 2010

Le boucher

Un boucher prénommé Roger a pignon sur une place où ne se bousculent que quelques vieilles et encore, pas tous les jours, seulement les dimanches quand, un fichu sur la tête, après avoir fait leurs dévotions, elles se réunissent pour deviser de la pluie et du beau temps, du curé qui radote plutôt que de prêcher; avant de s'avancer d'un pas aussi peu gracieux que les déhanchements de leurs poules dans la cour, vers la vitrine de son magasin éclairé par un néon blâfard, pour regarder avec convoitise à travers le carreau qu'elles n'hésitent pas à essuyer avec leurs doigts déformés par des années de lessive à la main, pour l'une le boudin, pour l'autre les saucisses, la jambonnette et pour la plus riche d'entre elles les ris de veau, tout en lorgnant la porte que le boucher aussi replet que le cochon qui clignote au-dessus de sa caisse enregistreuse, ne tarde pas à ouvrir pour faire entrer le trio commandé depuis longtemps par la Berthe, qu'il liquiderait volontiers tant elle est exaspérante avec ses sempiternelles questions qui reviennent comme le refrain des poésies qu'il a apprises à l'école il y a bien longtemps et même que ce dimanche, il ajoute dans son for intérieur qu'elle s'est habillée à la diable, ce qu'il ne manquera pas de lui faire remarquer si elle devient trop assommante mais elle lui lance une oeillade en biais et lui un clin d'oeil goguenard, il se pousse pour laisser passer les trois femmes jacassantes, tente de s'effacer derrière son comptoir, n'y parvient qu'à moitié pour laisser dépasser un derrière proéminent boudiné dans un pantalon bleu et blanc, comprimé par la ceinture rouge du tablier rouge, c'est moins salissant, et commencent alors les jérémiades, les "mais qu'est-ce que vous avez mis dans votre jambon de régime, vous avez vu, il est tout rouge?", il faut dire que la Berthe, elle a la langue bien pendue et on dit même que chez elle, c'est elle qui porte la culotte, ce que ne renie pas son mari le croque-mort en baissant la tête, comme un chien triste, mais quand elle affirme avec la plus grande assurance que la jambonnette sent la javelle, il n'y tient plus, il quitte son tablier sans réfléchir, il lui saute au cou et il serre, il serre si fort avec la ceinture rouge qu'il chamboule tout dans sa boutique, le boudin, les ris de veau, jusqu'aux saucisses qui dégringolent lamentablement en un long rideau qui graisse haineusement la vitrine.

jeudi 4 novembre 2010

PHOTOS 1 & 2- ECHANGE DE POINT DE VUE

Les yeux sont vifs, le regard est curieux.
Que cherche-t-il? Veut-il apprivoiser le pigeon fracassé?
Les mots se bousculent derrière la nacre de ses lèvres fermées.
Que veut-il dire? Parle-t-il au corps mort, aux entrailles?
Et l'oiseau? Est-il la Pythie version siècle nouveau, sans autel, sans temple mais consultant l'Oracle à même le bitume? Un bras bat le silence de l'eau, doucement. Il effleure, froisse sa transparence.
A-t-il peur de réveiller l'oiseau?
Sur le gris de l'asphalte, des lambeaux qui miroitent. Eclaboussures sinistres qui coagulent, où viennent s'immiscer les plumes en désordre, sans noblesse, sans honte.
La peau est délicate, si fragile et si douce que l'eau s'est retirée pour ne pas abîmer sa carnation laiteuse.
Posture immobile mais avide de vie, tête auréolée d'écume, autant de bulles qui viennent mourir à la surface.
Elles hésitent puis crèvent de savoir que quelque part sur le goudron
viennent s'écraser les oiseaux,
viennent leurs plumes se flétrir,
viennent les songes, les rêves fous, les grands espoirs s'engluer, étouffer et pourrir dans des relents fétides et mourir, sur le bord d'un trottoir, seuls.
Il serre son poing, sûrement.
On ne le sait pas encore.
Il saura, lui.

photos Valérie

Je me refuse à croire au pigeon écrasé, un bouquet de marié jeté à la volée me convient davantage, ce refus de vérité, c'est moi, j'ai toujours peur de la réalité, je fuit, je veux croire au beau même si c'est utopique que l'eau savonneuse sur la tête de l'enfant soit comme des fleurs au printemps, le sourire timide du garçonnet est engageant, je veux espérer à une construction de vie et à un bonheur tant pis s'il est éphémère   il sera important pour lui et ricochera comme des gouttelettes d'eau sur un sol perméable qui irriguera le terrain et donnera vie à une jachère.
Jeannine

mercredi 3 novembre 2010

sonorités

Les chairs putréfiées des chérubins déchus surnagent à la surface des flots. Blancheur de leurs ailes morcelées, dans l’écume fétide. Impermanence du désir. Clapotis. Fraîcheur parfumée du bain, immersions, par à-coups. Bulles de savons, entremêlées. Tête enfoncée dans l’eau, quelques secondes. Souffle retenu entre vie et mort puis par défi se relève, face au regard de la photographe, avec la promesse d’une mousse au chocolat, tout à l’heure, après la baignade.

Kaléidoscope

Une porte s'entrouvre sur un espace rectangulaire où se diffuse un léger brouillard éclairé d'une tendre lumière mauve.
Vu d'ici, ce pourrait être un aquarium animé d'ondes, vagues et longs rubans d'eau, mais dès que je bouge légèrement, tout l'espace s'emplit de légers flocons de neige. D'un simple mouvement de tête, je peux à loisir faire alterner les deux visions.
Suis-je invitée à pénétrer dans une de ces sphères magiques, bulle d'eau sous verre qui si on la secoue, fait tomber toute une neige floconneuse sur le paysage arrimé au socle ?
Quelqu'un doit justement secouer la boule : de la mousse jaillit, écume blanche qui persiste quelque soit le point de vue que j'adopte.
Fascinée, j'approche et par mégarde franchis la porte. Au-dessus de moi fuse un bouquet fulgurant : étrange feu d'artifice, kaléidoscope de mousse duveteuse, de longues plumes blanches en éventail, gerbe de fleurs séchées rouge-sang. Ancré au socle de la boule un ange aux ailes repliées, à la peau diaphane et à l'énigmatique regard. La paroi du globe de verre dans lequel j'ai pénétré semble piquetée de gouttelettes de sang : "Aussi blanche que la neige, aussi rouge que le sang ... "
Quelqu'un secoue à nouveau : ça jaillit, ça éclabousse, la neige tourbillonne et l'ange-enfant sourit toujours.

dimanche 31 octobre 2010

chute d'ange



dans l’eau du bain

un ange flotte

nuage

duvet écrasé

écume blanche

en surface

éventail

plumes éclatées

danse la mousse

entre les mèches

image arrêtée

sous les longs cils

le regard fixe


quel songe ?

quoi, derrière ?

sous le sourire ?

mon malaise ?

un accident ?

comment ?

en vol ?


fragments d’ailes

rompues

plumes éclaboussées

salies broyées aplaties

blanc gris rouge noirci

en bouillie réduites

incrustées dans la chaussée

déchaussé

chute

écrabouillage

en plein vol

au sol


sur l’asphalte sa trace




jeudi 28 octobre 2010

Photo 1 & 2 Ecriture trans-vers-sale

Il peut arriver que la photo d’un pigeon écrasé contre un mur ressemble de loin au bouquet non intercepté de la fraîche mariée. Il peut se faire que le mur ressemble à de l’asphalte, il peut arriver qu’un matin qui s’annonçait bien se transforme en un jeune cauchemar, et que pour délayer sa peine on se dise qu’il serait bon de prendre un bain - essentiel. Abandonné dans la tiédeur du ventre blanc, on pense alors à la photo du jeune garçon-fille aux boucles de mousse,  les yeux grands ouverts pour le petit oiseau qui va sortir, mais le petit oiseau est mort, on pense à la petite soeur jumelle qui veut tourner le dos, on pense à la violence des anges, on se voit soi-même allongé dans sa baignoire, les yeux dans le vide, on ressent la souffrance, des oiseaux, des enfants, de ceux qui n’en peuvent plus de grandir, de ceux qui sont empêchés de voler, et puis dans un sursaut, parce que les huiles du bain, parce que ce jour est en vacances, parce qu’il faut bien continuer, parce qu’il faut bien que quelqu’un garde sa lumière allumée quand celle d’un autre vacille, on se dit que peut-être cet oiseau était mort de sa mort naturelle, et que ce petit enfant flottant entendait sous ses boucles de mousse le chant des coquillages, et qu’une fois ses larmes  nettoyées, on ira respirer l’automne rougissant sous les arbres. Et que ce sera bien.

nouvelle consigne



notre atelier se lance dans une nouvelle session d’écriture qui devrait se poursuivre sur plusieurs séances ; il s’agit de composer une «petite forme suivie», roman court, essai, nouvelle, construction libre .. à partir du duo de photographies que nous proposera tous les quinze jours, l’artiste valérie orgeret ; l'idée est de créer un enchainement, une sorte d'intrigue, qui mettrait en lien ces images ; hier soir, première séance de travail où nous sortons deux tirages de leur enveloppe kraft, de façon à les découvrir tous au même moment ; ensemble, nous les regardons ; l’histoire peut commencer ..



mercredi 27 octobre 2010

Iro mo ka mo : pour Natô

        Origami : 
             un papier et quelques pliages suffisent 
               à faire émerger une forme à partir de rien. 
     Tel un acte divin.
                                                                             Ito Naga

dimanche 24 octobre 2010

«enquêtes» de guillevic









enquête n°1 :


est-ce que la lumière vous a fait mal ?

est-ce que parfois la lumière vous emporte ?

est-ce que c’est toujours la même lumière ?

avez-vous une fleur que vous préférez ?

la fleur le sait-elle ?

d’après vous comment l’aura-t-elle appris ?

la force de qui, la force de quoi, rêvez-vous d’avoir ?

et c’est pour quoi faire ?



enquête n°4 :


est-ce que le futur est pour vous présent ?

est-il un plafond auquel vous cognez ?

est-il autre chose, est-il familier ?

s’il prend trop de place où vous mettez-vous ?

avez-vous été l’herbe que l’on foule ?

savez-vous pourquoi l’on passait par là ?



enquête n°6 :


quand vous avez choisi d’être telle couleur, que faites-vous des autres ?



enquête n°7 :


si vous étiez le géranium en pot sur la fenêtre, voudriez-vous avoir plus de fleurs, plus de feuilles ?



enquête n°8 :


quand vous êtes la nuit qui saisit les campagnes, que vous promettez-vous qui vous étonnerait ?



enquête n° 9 :


quand vous voyez le ciel regarder nos journées, n’avez-vous pas pensé qu’il aurait mieux à faire ?



enquête n° 10 :


est-ce le soleil vous quitte sans regret ?

s’en est-il expliqué ?



enquête n° 11 :


si il y avait un dieu et qu’il n’existerait que la nuit, pas le jour, voudriez-vous dormir dans le monde avec dieu ?

dans le monde sans dieu ?

même question pour le réveil





tout a l'heure j'écoutais guillevic lire ses "enquêtes",

quelle merveilleuse découverte !

envie de la partager avec vous



jeudi 21 octobre 2010

Quelques unes des 33 questions puisées parmi les images (Patrick Dubost)

S’agit-il de démontrer l’existence d’un puits de parole au fond des corps ? Ne sommes-nous pas tous  des archéologues enfermés depuis 3 siècles dans une chambre d’enfant ?POurquoi ne pleut-il jamais dans les traités de géométrie ? Pourquoi suis-je dans l’impossibilité de laisser la parole à mon ombre ? […] Tout silence ne serait-il qu’une accumulation de paroles non dites ? En quoi mes mains sont-elles plus bavardes et plus nombreuses que le reste de mon corps ? Dois-je numéroter mes bouches ? Puis-je glisser une infinité de choses finies dans un temps fini ? Quel est ce monde où s’accumulent dans tous les recoins, tels des bourrons de poussière, des bouquets de messages ? Les mots prononcés depuis 3 siècles, du haut des falaises d’Etretat, et tombés en désuétude, sont-ils plus lisibles que ceux rangés dans mes yeux au rayon des souvenirs ? Ne traversons-nous jamais qu’un grand cimetière de mots ? A force de tant se grimper les uns sur les autres, les mots finiront-ils par dire quelque chose ? Où vont ceux pour qui la parole navigue sans le corps ? Suis-je pensé par mon corps ? Suis-je une réponse ? Si je suis une réponse, quelle est la question ?Suis-je condamné à fuir devant les questions, poussant devant moi des brouettes de réponses ? […] Tout silence n’est-il qu’un empilement de valises mortes ? Savez-vous que les questions sont le carburant du temps qui passe ? Qu’un temps sans question s’arrête ? […] Combien de questions inventez-vous le matin au petit déjeuner pour les générations futures ? […] Catalogue de l’exposition Mots d’images – Corbas - février 2003 – ce qui ne nous rajeunit pas.

mercredi 20 octobre 2010

grand Glaïeul

Ai-je la berlue ou confirmez-vous qu'un contributeur nouveau du nom de Grand Glaïeul (c'est moi la marraine) est bien listé sur le côté ? pour l'instant, ça aboutit sur le vide, mais au moins, une carpe est franchie, que dis-je une baleine !
Laura aurait-elle fait un miracle ou bien est-ce Notre Dame de Lourdes par l'intersection (euh cession ?) de Notre dame de Dallas
oui mais je me souviens (excusez-moi de faire aussi les réponses) qu'il a dit sur le Causse (parole sacrée sur le causse) : "je n'aime pas qu'on me presse", dont acte et  ah mais !! et Allez LouYa!

mardi 19 octobre 2010

questions

j'ai tout lu, j'ai peuré, pourrais je renaitre ?que d'eau est tombée, la pluie m'a mouillée, je ne me suis pas essorée, entre chien est loup je vais revenir chez vous le prochain atelier j'apporterais mon passeport, je l'ai renuvellé merci de m'accepter, je serais en règle je n'ai pas de faux papiers
Jeannine de Dallas

samedi 16 octobre 2010

en attendant le facteur









l’écrivain venue du valais suisse -j’entends des accents de mon enfance- nous propose à nous dix assis en grand cercle dans la pièce pleine de couleurs, rouge rose orange peluche violette, sous le regard bienveillant du daim blanc, d’écrire une histoire -aucune imagination pour la fiction j’aime écrire le réel- un récit d’une phrase sans point ni coupe une seule traite -ma passion pour la ponctuation ne connaît pas le point final- qui démarrerait sur le nom d’un personnage-métier donné par notre voisin de droite -j’hérite du facteur- se terminerait en une chute à prévoir au départ histoire de trajectoire de savoir où aller -pas capable d’envisager la chute- avec l’idée de se laisser entraîner dans un vif courant d’écriture avancer vite courir sauter enchaîner les actions gommer les sensations -«écriture automatique» dit-elle- j’essaie de lancer ma plume comme un javelot -l’écrivain semble surprise que nous n’utilisions pas nos ordinateurs en atelier- je gratte le papier d’un carnet rouge -son plus sensuel que celui des doigts heurtant les touches d’un clavier mais moins rapide quoique- mon stylo-plume trace des courbes de lettres mots phrases -comment raconter une histoire quand le réel me paraît plus intéressant surprenant émouvant drôle que nos projections imaginaires- toujours pas de chute à l’horizon, juste un facteur qui, triste de ne plus distribuer de lettres rien que des factures, compose des missives amoureuses qu’il sème à tous vents dans des boites croisées sur sa route, les boites ornées de prénoms de femmes avec beaucoup de i, il aime les i -amorce prometteuse, facteur à la tati, de la poésie, dit-on- pourtant, coup de frein, ralentissement, point d’interrogation, questions, le flux de l’intrigue à peine esquissée s’arrête : qu’arrivera-t-il à ce petit facteur épris de mots d’amour, quelle suite suffisamment belle, pas de fin ? et la sonnerie retentit deux fois.



vendredi 15 octobre 2010

La lavandière

Une lavandière agenouillée sur les pierres plates de la rivière lave jour après jour le linge qui lui est confié chaque matin par la blanchisseuse dont certaines pièces sont parfois si usées qu'elle ose à peine les frotter, son esprit vagabondant et imaginant pour chacune le propriétaire si bien qu'après des années de lavage elle parvient sans peine avec chaque vêtement à se remémorer la personne telle qu'elle se l'est représentée et qu'elle voit les gens vieillir et mourir quand disparaît leur linge dans le ballot, ou alors grossir ou maigrir d'après les coutures que l'on a reprises, resserrées ou élargies avec des bandes de couleurs parfois différentes ou bien encore connaître le chômage par les vêtements de plus en plus élimés, leur propriétaire n'ayant plus les moyens de s'en acheter de nouveaux et d'autres rayonner de richesse et d'opulence par la finesse, l'élégance, la coupe parfaite et le parfum qui s'en dégage à tel point qu'il lui semble voir virevolter une belle jeune femme ou parader un frais jeune homme que naturellement elle rêve de rencontrer, et inévitablement à maintes reprises elle croise dans la rue cette belle chemise fine qu'elle a lavée et cette robe reprisée dont les dessous de manches sont toujours auréolées de grandes taches de transpiration portée sous un gilet tricoté main par une grosse femme, et ce pantalon si bien coupé moulant les cuisses, les fesses et les jambes qu'il a si galbées de ce beau jeune homme brun, à la fine moustache et à la taille aussi cintrée que sa chemisette, dont aussitôt elle pense qu'il a la beauté du diable, et bien sûr elle les salue ayant d'eux une connaissance si intime qu'elle se sentirait impolie de ne pas le faire, la plupart lui rendant son salut tant et si bien que le jeune homme aux fesses si dures et rebondies la prend un jour par la taille, puis par le menton et finit par arriver dans sa chambrette d'où elle s'enfuit en hurlant lorsqu'au moment de se déshabiller, elle aperçoit les deux sabots fourchus qu'il tente vainement de cacher sous la couette avant qu'elle ne les voit.
 COUCOU ! (mon commentaire du diable dans les plis. MPB)
L’astronaute
L’astronaute sonna à la grille d’entrée de la base surveillée par plusieurs vigiles, puis franchit les sas des divers services grâce à son badge électronique ce qui lui permit d’atteindre le bureau de son supérieur hiérarchique en 5 minutes et, bien qu’il détestait être dirigé par un militaire du sexe opposé, il lui su grée de la nouvelle incroyable qu’elle lui annonçait : rejoindre immédiatement son équipage et le singe Toto - qui l’irritait également bien que le primate ne soit pas une guenon -, pour ce voyage sur la lune tant désiré, qui se réalisait enfin, accepter donc ce tournant de l’existence se disant en lui-même, tout en se dirigeant vers le tarmac, qu’il devait dominer son excitation en se rappelant calmement la mécanique bien rodée des gestes longuement appris et répétés durant ces 5 dernières années d’entraînement, à savoir s’installer dans le cockpit, vérifier l’altimètre et le variomètre, mettre les gaz, contrôler l’évanouissement et les fourmillements dans le ventre, retenir la salive de tout débordement buccale, observer le comportement des co-équipiers et leur donner des directives, admirer la terre bleue s’éloigner jusqu’à être enfouie par l’obscurité, s’interroger soudainement sur les raisons des gestes agités et des cris de Toto, découvrir, à sa suite, le globe laiteux et majestueux, demander au co-pilote de faire les manoeuvres d’atterrissage, ajuster la combinaison, aider Toto à enfiler la sienne, descendre tous ensemble tranquillement les marches de la fusée, poser un pied puis l’autre sur le sol poussiéreux, écouter le silence recouvert par le souffle respiratoire amplifié par le scaphandre, avancer devant soi, toujours plus loin vers le sud sans boussole, avancer jusqu’à ne faire plus qu’un avec son corps, être conscient de n’être ni lourd ni frêle, n’avoir ni chaud ni froid, être sans leste et sans odeur, avancer jusqu’à se rendre compte que l’on a perdu de vue l’équipage, chercher des yeux le vaisseau, ne pas le trouver, appeler dans le talkie-walkie inséré dans le casque sans obtenir de réponse, appeler encore, chercher des yeux encore, sentir les larmes affleurer, la gorge se nouer, se répéter qu’un astronaute ne pleure pas, sangloter malgré soi comme le petit enfant qu’on a été, perdu dans l’immense supermarché, se rappeler que l’on avait été retrouvé par une caissière, à même le sol entre deux rayons, recroquevillé dans le sommeil, et là sur le sol lunaire renoncer à l’espoir, accepter la perte des autres, de Toto, essayer de se coucher malgré la pesanteur, serrer les genoux contre la poitrine, se bercer de l’inspire et de l’expire, entendre les battements d’un coeur lointain, accepter cette fin... / Réveille-toi ! Réveille-toi ! Le commandant se retourna machinalement sur le dos, cligna des yeux gêné par l’éclat du soleil, aperçut une ombre floue qui prenait peu à peu forme... / Lève-toi c’est bientôt l’heure des mamans ! Toto ? Il est là, je l’ai trouvé près de la balançoire. L’astronaute s’agrippa au singe en peluche que lui tendait sa maîtresse.

L’ARCHITECTE

Benoît de Sales, architecte de chair, mais peut-être moins de coeur, affectionnait particulièrement les réduits, les cachettes, les trappes ou autres recoins dissimulés à la vue ordinaire, et néanmoins bien réels, dont il truffait les maisons qu’il avait la chance de faire construire et dont on pouvait découvrir, ou non, l’emplacement: ici sous une dalle du carrelage, là dans une cloison, une autre derrière une plinthe, sous le seuil de la porte d’entrée ou même au fond de l’âtre, et il se réjouissait de la surprise - dont il ne saurait jamais rien - de celui qui dévoilerait cette cachette, qui  en extrairait le trésor dissimulé, enfin trésor est un mot un peu pompeux, car il s’agissait d’un simple bout de papier où étaient griffonnées quelques phrases à l’encre rouge, qui, si l’on était un tant soit peu attentif ou perspicace, étaient cohérentes, dotées d’ une certaine fluidité , dignes de ce roman que Benoît de Sales avait entrepris d’écrire et dont il déposait ainsi au fil des jours, des mois, et il faut bien l’avouer des années,  des centaines de feuillets dans ces centaines de maisons qu’il construisit tout au long de sa carrière, et, lorsqu’il ressentit une certaine lassitude à bâtir ces édifices tous reliés par ce fil labyrinthique du roman de sa vie , il sentit  aussitôt poindre la conclusion de ce livre qui n’avait  de réelle existence et que nul ne pourrait lire, car c’est ainsi qu’il envisageait les choses, ne s’étant pas aperçu que son associé, intrigué depuis toujours par la composition et création  de ces cachettes, avait dérobé tous ces bouts de papier, les avait numérotés consciencieusement et hormis quelques disparitions  infimes qu’il ne pût maitriser ( mais maitrisons-nous tout dans l’écriture ou la lecture d’un roman) réussit à “ tenir” quelques centaines de pages qui furent dévoilées en public lors de la dernière réalisation de l’architecte qui n’était , ni plus ni moins, que le tombeau où on l’enterrait.

jeudi 14 octobre 2010

la danseuse

Une danseuse fort médiocre et pourtant au chômage qui avait eu son heure de gloire à l'époque où les chorégraphies balourdes étaient en vogue et ne qui parvenait jamais à retomber sur ses pieds même au temps de sa splendeur au fond des bouges -ce qui lui avait valu le surnom de "La Grosse Dondon"- car elle avait un problème de gravité, de balance, d'équilibre, de mesure et à chaque entrechat se vautrait allègrement, tombait sur ses fesses rembourrées rendant les spectateurs hilares, et plus il riaient plus ils avaient soif plus ils avaient soif plus ils commandaient de tournées et plus ils etc. et plus le patron du bouge était content et puis un jour plus personne ne le fut, ni le patron ni les spectateurs ni ses fesses rembourrées pleines d'hématomes, se reconvertit dans le théâtre brechtien, le registre dramatique lui convenant sûrement mieux avait-elle pensé et ce genre de spectacle avait toujours besoin d'une grosse danseuse réaliste et boudinée, mais là non plus ça n'avait pas très bien marché parce qu'elle avait l'habitude de trop en faire et le kitsch, même chez Brecht ne faisait plus tellement recette, envoya un CV à Pina Bausch, celle-là au moins, elle était humaine, pas du tout dans le jugement, ça se voyait dans son regard, oui mais chez Pina, il ne fallait pas peser plus de 35 kg tout habillée, c'était rédhibitoire, tata ensuite de la TVréalité, en femme tronc, tenta l'Inde, fit Katmandou dans la foulée, tous ces endroits où la danse a du goût, où bien sûr les canons de la beauté sont un peu pinabauschiens, mais quand même où on sait aussi apprécier à sa juste valeur des formes un peu plus rupestres, un peu plus à la Fragonard ou à la Boucher, pour ce qui étaient des formes, ça oui elle en avait, mais la forme, moins, la machine ça s'entretient et déjà avec ce problème de pesanteur, ce n'était pas de la tarte, le manque d'entrechats et de travail à la barre quotidiens lui avaient rogné sa souplesse et ça s'était vu, constaté, ouvrit finalement une baraque à frites.

Réclame :
Une danseuse qui a eu son heure de gloire à l'époque où les chorégraphies balourdes étaient en vogue et qui n'est jamais parvenue  à retomber sur ses pieds même au temps de sa splendeur au fond des bouges -ce qui lui a valu le surnom de "La Grosse Dondon"-  un problème d'oreille interne, de gravité, de balance, d'équilibre, de mesure - et à chaque entrechat de se vautrer allègrement, de tomber sur ses fesses rembourrées rendant les spectateurs hilares, assoiffés, alcooliques... et le patron du bouge, richissime, reconvertie dans les années 70 dans le théâtre brechtien, toujours friand de grosses danseuses réalistes et boudinées, puis après un passage éclair chez Pina Bausch, en tant qu'ouvreuse, a refait so coming out  dans les shows de TVréalité, s'est exilée en Inde, a refait surface à Katmandou, tous ces endroits où la danse a du goût, où bien sûr les canons de la beauté sont un peu pinabauschiens, mais quand même où l'on sait aussi apprécier à sa juste valeur des formes un peu plus rupestres, un peu plus à la Fragonard ou à la Boucher, a finalement jeté l'éponge pour ouvrir une baraque à frites (voir du côté de la fête du livre)

Imaginaire

Que dire de la séance d'hier animée par Noëlle Revaz? Que ce fut une belle séance, certes, mais ce serait être un peu faible! Ce fut un réel temps d'écriture , riche d'une consigne bien calibrée, de travail sans temps mort, de retour sur les textes produits intéressants et d'une véritable écoute...
La consigne s'articulait ainsi: écrire une histoire qui va très vite avec beaucoup d'éléments et d'actions, un début , une fin,  susceptible de couvrir toute une vie, et ce en une seule phrase! Le personnage principal nous était soufflé par notre voisin de droite qui, avec malice ou sérénité, ouvrait ainsi les portes de notre imaginaire.
Les "héros" ainsi donnés furent: un astronaute, un conteur, une lavandière, un alpiniste, un boucher, un aviateur, un orphelin, une danseuse, un architecte, un romancier... (je sais il en manque un... : le facteur* )

Noëlle Revaz est actuellement en résidence d'écrivain à Saint-Etienne et nous la remercions vivement pour ce temps qu'elle nous a accordé. Elle sera présente à diverses manifestations durant la fête du livre.

*(rajouté par MPB)