lundi 26 février 2018

Les morts parlent #4


Mme Mulpy :

Si j'avais pensé qu'un jour c'est tout près de moi qu'il serait celui-là, à quelques mètres seulement. Ah ! Il a moins fière allure maintenant qu'il n'est plus qu'un tas d'os blanchis. Je le voyais passer plusieurs fois par jour sur son tracteur, rasé de frais, pimpant, lançant des oeillades de droite, de gauche pour s'assurer qu'elles étaient aux aguets derrière leurs rideaux.
Mes voisins d'à côté m'appelaient chaque jour, au moins une fois, pour voir si j'étais encore bien vivante. Ils avaient peur qu'ils disaient ; pas peur pour moi, peur de la mort, j'étais pas dupe, peur de ce qu'ils allaient trouver derrière la porte si je venais à clamser. Je le savais, en fait je les attendais. Je faisais exprès de me cacher pour qu'ils paniquent un peu.
Dans mon unique pièce, les journaux entassés à même le sol de terre battue les effrayaient tous. Ils craignaient qu'un jour tout s'enflamme. Les journaux c'était pour allumer mon poèle pas pour foutre le feu. Je les laissais me chercher et comme je passais pour sourde, c'était facile. Je répondais pas. Les gamins aussi s'y mettaient : ils criaient mon nom, ouvraient la porte et partaient en gueulant « Mme Mulpy, elle est morte, y a personne chez elle ». Ca me faisait de la compagnie.
Aux beaux jours, passés quatre-vingt-dix ans, je grattais encore dans mon jardin. C'est là qu'un après-midi mon fils m'a trouvée : j'avais semé les salades quand la fatigue m'a prise, tombée, le nez dans les violettes. Pas de quoi avoir peur franchement.




1 commentaire:

  1. mourir le nez dans les violettes, c'est tentant !!
    (mon 1er commentaire n'est pas apparu, les mystères d'outre tombe sans doute. )

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