Je lui avais bien dit que le pot- au- feu n'était pas assez cuit. mais sous prétexte que c'est Monsieur Je-Sais-Tout il m'assommait du contraire. Je suis patiente. J'écoute. Il argumente. Les poireaux vont se déliter? Ils sont durs comme tout gelés par l'hiver. Les carottes s'écrasent sous la langue? Elles craquent sous les dents menaçant les plus vulnérables.Quant aux navets et aux pommes de terre, ni cuits, ni "al dente", mais des blocs de béton.
Je lui fais remarquer le grotesque de la situation: que nenni! Je dois réapprendre le guide des modes de cuisson, je m'entends dire. J'enrage!
Et la viande? Venons-y. Moelleuse? Fondante m'ajoute-t-on.
Mais pour qui me prend-on? Une novice? Un palet inapte aux goûts et aux saveurs? Une bouche incapable d'apprécier la dureté ou la souplesse d'un aliment?
Les mains dans mes anses, je massacre les rebords de mon tablier. Une accalmie? Après tout, je m'en fiche, je laisserai aux autres l'infâme pot- au- feu et me régalerai de quelques œufs en meurette.
J'accepte ma défaite, la mine un peu déconfite heureuse que le bœuf donne du foin à retordre aux convives.
Je tousse. Un verre d'eau vite fait. Je tousse encore et encore. On me tape le dos. On me pend par les pieds. Je tousse toujours. Rien à faire. On appelle un ami médecin.
Je reste frémissante presque inerte maintenant. La malheureuse bouchée que j'avais avalée a fait une fausse route. Le médecin, lui, remplit l'acte de décès et me ferme les yeux. Rideau!
Et la cocotte-minute de soupirer!
samedi 18 mars 2017
La fillette aux oreilles de silence et le garçon à la bouche d’étincelles
Suppose
une fillette —
comme une petite fille d’avant
avec des socquettes blanches
et des souliers vernis —
elle joue sur une marelle
tracée à la craie bleue
elle lance sa petite pierre
vers le large du 1
elle saute sur les cases
2 / 3 / 4 et 5 / 6 / 7 et 8
à cloche-pied à cloche rêve
elle se retourne
fait le chemin en sens inverse
ramasse la petite pierre
de la parole perdue
en silence sourit
car elle espère le ciel
elle est seule
sur son arc en ciel
et dans sa tête
un froissé de silence
une fillette —
comme une petite fille d’avant
avec des socquettes blanches
et des souliers vernis —
elle joue sur une marelle
tracée à la craie bleue
elle lance sa petite pierre
vers le large du 1
elle saute sur les cases
2 / 3 / 4 et 5 / 6 / 7 et 8
à cloche-pied à cloche rêve
elle se retourne
fait le chemin en sens inverse
ramasse la petite pierre
de la parole perdue
en silence sourit
car elle espère le ciel
elle est seule
sur son arc en ciel
et dans sa tête
un froissé de silence
Suppose
un garçon —
comme un petit garçon d’avant
avec sa casquette de travers
et ses chaussures de liberté —
il parle sans arrêt
il dit n’importe quoi
des histoires à dormir debout
des devinettes sans queue ni tête
des discours d’infini
des poèmes de ciel
des charades d’enfer
des contes d’elfes amoureux
de princesses immaculées
il parle dans sa voix
époustouflée de bleu
il embrasse le vent
de tous les rêves
il jette des paillettes de mots
personne ne l’écoute
et sur son visage
une bouche d’étincelles
— Suppose la
fillette
aux oreilles de
silence —
— suppose le garçon
à la bouche
d’étincelles —
leurs ailes
invisibles
caressent les
étoiles
main dans la main
ils cheminent
à pied de
clochettes
vers l’immensité
des lointains
jusqu’au bord
de l’horizon qui
dort
le silence d’elle
résonnant dans sa
voix à lui
sa voix à lui
heurtant son silence
à elle
ce sont là des
histoires
que nous devons
conter
pour respirer
large et beau
une rêverie
bleue
élargit les
barreaux
vendredi 17 mars 2017
Les oreilles immaculées du péché
Ce fut dans un bus que je
l'aperçus pour la première fois : il se tenait debout tout au fond,
là où se regroupent les jeunes souvent bruyants. Il me frappa par
son regard lointain, absent. Je sus aussitôt qu'il venait
d'ailleurs, que son esprit flottait loin, bien au-dessus de nous. Mon
voisin, aux oreilles ciselées, avait beau tout faire pour attirer
mon attention, ses yeux crapoteux ne me faisaient pas plus d'effet
qu'un croque-mort. Dans un mouvement de foule, je le perdis de vue.
Etait-il descendu, avait-il disparu, reparti là-bas d'où il venait
?
Il se passa plusieurs
semaines sans que je le revoie ; quand à la caisse d'un supermarché,
je l'aperçus entrain de régler ses achats. Et moi qui me trouvais
là, derrière six chariots débordants de victuailles. Il allait
encore m'échapper. J'eus le temps de contempler ses épaules
intempérantes, sa démarche souple, ses pieds nickelés et
d'entendre chanter son do-ré-mi dont je sus aussitôt qu'il m'était
destiné. Il portait ce jour-là un casquette qui masquait ses
cheveux tombant sur les épaules. Je lâchai tout, abandonnai mon
chariot, refusant qu'il m'échappe encore. Bousculant tout le monde …
pardon … pardon … je sortis le plus vite possible du magasin
quand j'aperçus sa voiture disparaître du parking. Je n'avais vu ni
sa bouche ni son front, ni son ventre pas plus que ses chevilles.
Mais ce que je regrettais le plus étaient ses oreilles cachées sous
ses longs cheveux souples. J'aime les oreilles, elles disent tout
d'un être humain.
De longues semaines
s'écoulèrent sans qu'aucune nouvelle rencontre n'eut lieu. Un soir
au cinéma, dans une salle pleine, je m'assis par hasard non loin
d'une silhouette dont je compris immédiatement que, oui, là,
c'était LUI. Situé à ma gauche, le regard braqué sur sa bouche
bée, j'oubliais l'écran. A quoi bon : mon film était là. Pendant
une heure et demie, j'admirais son front de mer impétueux,
respirais selon le rythme de son ventre métronome. Quand à la fin
du film, il secoua ses longs cheveux et que m'apparurent ses oreilles
immaculées, je sus que c'étaient les oreilles immaculées du péché
et que nous allions délicieusement le commettre ensemble.
jeudi 16 mars 2017
Consigne du 15/03/2017
Tes yeux crapoteux sur son dos de la
cuillère.
Tes yeux crapoteux sur son dos de la
cuillère, tu n'y es pas allé de main morte. Sur la face bombée de
sa colère, tes cils se rabattent et la cornée fume. Petit peu à
petit peu, par bouffées vertes et nocives, un poison lent et sûr.
Il riposte ! Enfin te cloue la paupière vertement !
Tu laisses passer quelques instants et,
tel un éléphant crapotes à nouveau, distillant par bribes anodines
ta méchanceté pour lui tuer l'oreille. La rendre ivre pour
commencer, puis sourde et remplie d'acouphènes.
Tirée, elle violace en effet. Tu la
regardes virer au cramoisi et tu crapotes encore campé et immobile
pour l'achever tout de bon. Les yeux larmoyant et la bouche vrillée,
il sort.
Toi, taurin, tu entends cette porte qui
claque. Tes pieds foulent quelques fois la moquette et te traînent
finalement jusqu'au fauteuil derrière ton bureau. A demain.
Printemps des poètes : l'oubli
Oublier
?
On raconte volontiers que le temps aide, qu'avec le temps on
oublie. Les hommes s'accrochent à cette idée, veulent y croire à
tout prix pour adoucir quelque peu le chagrin d'un départ, d'une
disparition ; le trou creusé est si intense que
chacun se cramponne au moindre espoir.
Tout
d'abord l'odeur disparaît : ton odeur tant aimée dans laquelle
parfois je venais noyer mes pauvres chagrins, dont
je m'abreuvais comme à un sein, le parfum de tes cheveux, du creux
de ton cou, celui de lait et de foin, celui de l'enfance. Il m'arrive
parfois de la retrouver au pli d'un de tes vêtements, au coin d'une
rue, apportée tout à fait par hasard par le vent et je sais alors
que tu me fais signe, que tu es toujours là avec moi, pour moi.
Puis
la voix elle-même s'estompe, de plus en plus évanescente ; restent
quelques accents, des expressions qu'avec étonnement je m'entends
prononcer à mon insu.
Tu
fus celle que je perdis la première … puis vinrent les suivantes …
Semaines et mois passent ... effectivement la vie continue, la joie
revient, la vie prend le dessus dit-on, l'envie même de vivre renaît, mais
le trou reste béant, là tapi dans un coin, de ce qui sera désormais
ce nouveau moi qui a dû réapprendre à vivre avec quelqu'un qui a
changé d'état. Car c'est bien de cela qu'il s'agit, se construire à
nouveau et vivre, non avec un vivant, mais avec un disparu avec qui
l'on continue de dialoguer, d'échanger. La transmission n'est jamais
terminée. Il y a maintenant vingt-cinq ans que tu n'es plus mais le
temps entre nous a oublié de s'écouler, le sablier est bouché. Le
reste des années lui, a bien poursuivi son chemin ; j'ai vieilli, les
feuilles sont tombées d'innombrables fois, les arbres ont reverdi
mais tu es là, présente, ici, maintenant. Je me blottis toujours
contre toi au creux de mes nuits blanches. Vous êtes tous là.
A
chaque disparition sur ma route, la même horreur, la même folle
douleur, le même manque mais je sais que le temps ne fera rien à
l'affaire, ne viendra rien gâcher, que le fil d'or persistera.
Il
y a aussi celui que l'on laisse, loin, dont des milliers de
kilomètres nous sépare, distance qui empêche de se revoir et avec
qui on échange d'innombrables mails qui se vident peu à peu de
toute substance : il manque le toucher, le son de ta voix, tes pas
traînés dans le sable, l'intensité des moments passés ensemble,
les confidences, nos rires …
Que
je porte ton bijou à mon cou, que tout à coup au tournant de la
page d'un livre une de tes annotations me ravisse, que le vent
m'apporte quelques notes d'un de tes airs préférés et voilà mon
coeur qui gambade et toi-vous
assis à mes côtés.
dimanche 12 mars 2017
Je luis avais bien dit que...
Je lui avais bien dit que je n'aimais pas le rouge.
Sous prétexte qu'il aime les cerises, les steaks saignants et respecte le code de la route, il m'a offert cette robe écarlate. Il est égoïste et mesquin.
Quand je suis partie arpenter la rue de ce village, il y régnait une atmosphère de fournaise. Lui, il paradait sous son panama, moi j'essayais de me pavaner dans mon fourreau sanglant. Personne pour nous regarder passer. Mais peut-être nous épiait-on à travers les persiennes, derrière les vantaux, à la crête des éventails.
Au loin, on entendait parfois une clameur. Je lui disais rentrons, j'ai trop chaud, les talons me tordent les chevilles, ce qui entre nous est assez paradoxal, me répondait-il avec justesse.
Il jubilait, exhibant à son bras la plus belle des saucisses qu'il eût jamais conquise."La vie elle-même n'est-elle pas ce grand instrument que le Seigneur a négligé d'accorder ?" me dis-je en contrepoint.
La clameur s'amplifiait. Une grande vague de "olé" lancinants.
Je me tordais les chevilles, il me retenait par le coude. Nous avancions dans cette rue sans fin, sans âme qui vive, comme dans ces westerns où à l'horizon de la rue est peu à peu sculpté le mot FIN. Soudain la foule hurla. Puis plus rien, comme une transparence, un arrêt de mort.
Nous nous immobilisâmes. Surgi de nulle part, un immense taureau noir et baveux et luisant et sanguinolent, qui n'en avait pas fini de sa colère, me fit face, contemplant ma silhouette luisante écarlate suante, mais pas baveuse ni encore sanguinolente. Il racla le sol comme le lui avait appris ses ancêtres; me chargea et m'encorna.
Sur ma belle robe rouge, le jus sucré des cerises de mon sang factice repassa une deuxième couche de rouge. Le médecin remplit l'acte de décès puis il me ferma les yeux. Rideau.
Pour la prochaine prise, il faudrait me procurer une nouvelle paire de talons aiguilles.
la consigne de Linette, juste un peu en retard
y avait ce petit texte et puis aussi écrire un texte avec le début "Je lui avais bien dit que" et la fin Le médecin remplit l'acte de décès, puis il me ferma les yeux, rideau. imposés (avec délicatesse)
lundi 6 mars 2017
La nouvelle à chute
Je lui avais bien dit que je ne savais pas raconter les histoires. Il insistait pourtant. Nous nous connaissions depuis deux heures. Quand je le rencontra, la neige s'abattait sur la montagne. Nous marchions sans voir à plus d'un mètre. Il faisait partie d'un groupe de quatre randonneurs. J'étais seul. Le refuge devait se trouver tout près de nous. Il était tôt dans l'après-midi et nous étions frigorifiés. Découragés. Soudain - j'appris plus tard qu'il était médecin - il hurla en faisant des gestes désordonnés. Le refuge était là, face à nous.
Nous nous engouffrions à l'intérieur
Entourés des ténèbres engourdissant nos corps.
Le médecin entreprit d'allumer le poêle à bois devant lequel nous nous serrions bientôt, assis par terre. Il nous fallait attendre, attendre que la journée s'écoule, demain la météo serait meilleure, peut-être.
L'ennui s'empara de nous. Un autre compagnon de naufrage proposa que nous racontions une histoire, à tour de rôle, pour faire passer le temps et la faim.
Quand ce fut à moi, je ne sus que dire. Avec entêtement. Ce qui agaça le médecin:
Je leur devais bien ça ! Sans eux, sans lui surtout, que serais-je devenu ? Une momie ?
Il commença à s'agiter, aussi dingue que lorsqu'il avait aperçu la cabane tout à l'heure. Il se leva, me menaça de toute sa masse, gauche et lourde.
Ses collègues le regardaient faire, sans le raisonner. Il semblait décompenser de l'aventure et de bien d'autres choses que j'ignorais.
Plus il s'énervait, moins je ne pouvais parler, encore moins retrouver des souvenirs ou inventer un conte. Soudain, il prit le bâton qui lui servait de tisonnier, le dressa au-dessus de mon crâne.
Alors dans un dernier souffle, les larmes tremblantes, je proposa que nous composions un texte, chacun ajouterait une phrase à celle que je prononcerais d'abord :
- le médecin remplit l'acte de décès
- puis il me ferma les yeux
- rideau
- ...
Nous nous engouffrions à l'intérieur
Entourés des ténèbres engourdissant nos corps.
Le médecin entreprit d'allumer le poêle à bois devant lequel nous nous serrions bientôt, assis par terre. Il nous fallait attendre, attendre que la journée s'écoule, demain la météo serait meilleure, peut-être.
L'ennui s'empara de nous. Un autre compagnon de naufrage proposa que nous racontions une histoire, à tour de rôle, pour faire passer le temps et la faim.
Quand ce fut à moi, je ne sus que dire. Avec entêtement. Ce qui agaça le médecin:
Je leur devais bien ça ! Sans eux, sans lui surtout, que serais-je devenu ? Une momie ?
Il commença à s'agiter, aussi dingue que lorsqu'il avait aperçu la cabane tout à l'heure. Il se leva, me menaça de toute sa masse, gauche et lourde.
Ses collègues le regardaient faire, sans le raisonner. Il semblait décompenser de l'aventure et de bien d'autres choses que j'ignorais.
Plus il s'énervait, moins je ne pouvais parler, encore moins retrouver des souvenirs ou inventer un conte. Soudain, il prit le bâton qui lui servait de tisonnier, le dressa au-dessus de mon crâne.
Alors dans un dernier souffle, les larmes tremblantes, je proposa que nous composions un texte, chacun ajouterait une phrase à celle que je prononcerais d'abord :
- le médecin remplit l'acte de décès
- puis il me ferma les yeux
- rideau
- ...
dimanche 5 mars 2017
La nouvelle à chute ,
Je lui avais bien dit que je n'appréciais pas la laine, en effet il n'en avait jamais été question.
Tout cela était prévu et il me connaissait depuis toujours, de sorte que toute nouvelle explication
m'avait semblé inutile. Ma mère laisser rouler ses larmes à leur gré en chuchotant : - Marcel s'il
vous plait laissez lui porter sa robe en coton, je sais que nous sommes en hiver, elle aussi le sait
bien. Mais c'est un jour particulier, alors quelle importance ?
Marcel restait sur son choix , inflexible mais doux , me caressant délicatement les cheveux. Sa main
glissait involontairement sur ma joue lorsque je tournais la tête sur la gauche pour regarder les
flocons tomber et adoucir ma déception. -Non , disait -il gentiment , elle aurait froid. Je saisissais
le coton de ma robe déposée avec soin près de moi et , entre le pouce et l'index, faisait glisser
l'étoffe d'avant en arrière jusqu'à ce que je décide de lâcher prise sur l'aimable sourire de Marcel.
Le médecin remplit l'acte de décès, puis il me ferma les yeux, rideau.
mercredi 1 mars 2017
"A quelle heure l'homme sera-t-il un poème?"
L'homme
à des heures variables est poème ou poète; ou rien; ou tout; ange ou bête, ou
monstre, ou être honteux, ignoble, abject, infâme et terrifiant qui se dévore
le foie ou sanctifie le monde et mange ses enfants que pourtant il adore, les
étouffe ou les noie.
Mastiquant les étoiles il se brûle les dents et la langue et
la bouche: et ses cordes vocales quand il respire: adonc les mots deviennent
inutiles à dire: ne servent plus qu'à écrire/lire.
L'homme
est poète à heure fixée d'avance, mais pas par lui, ni par personne, que par le
poème lui-même lorsqu'il remonte de l'inconscient ou bien en descend, ce n'est
qu'une question personnelle, chacun situant son inconscient où il le désire,
enfin qu'importe, les mots se cristallisent, et c'est ça l'important, ils
viennent par fragments remplir un peu d'espace, dès lors, l'homme se sent
parfois un peu poète.
L'homme
est poème enfin, lorsqu'il devient intrinsèquement essentiel et se réduit au
cœur sensible, pas le cœur physique, mais le cœur symbolique centre de ce corps
mystique, allégorie dont l'homme a besoin pour s'imaginer lui-même. L'heure de
survenue en est aléatoire, incertaine et stochastique.
lundi 27 février 2017
Et vingt-trois
Et vingt-trois
Pour ta peau et ta prose tu effleures et bouscules, libères les mots qui te protègent, tu ne les choisis plus. Plus assez, pas toujours. Tu les jettes en manteaux qui encombrent le dossier et les entends parfois pour te mordre les doigts mais, trop tard.
Alors tu changes le ton, penses être lu avec justesse. Dans le texte précisément. Mais saisissant la méprise tu t'agites doucement. Et tandis que tes gestes font rebondir l'erreur, la grossissent et t'éloignent de ton pauvre auditoire, tes manteaux compriment mes dorsales et me gardent en veille.
Tu expires et renonces, enfin, quand tu me vois sourire.
C'est l'heure.
Pas l'heure pile non, plutôt vingt-trois. Cette heure qui n'intéresse personne. Celle que l'on ne relève pas et qui glisse à vingt-quatre. Celle où mes vertèbres pourront se dérouler. L'instant où bienveillante je pourrai te revoir.
L'entre-minutes où fourbu tu renonceras au verbe.
L'heure où bien malgré toi tu seras un poème.
samedi 25 février 2017
la consigne oubliée du Caprice de la Reine (Jean Echenoz et moi)
à ma droite, les fidèles,
ceux qu'il faut bien appeler, les élus,
ceux qui ont contribué à la victoire,
à la nomination, à la gloire.
Va pour la gloire même si l'on sait d'ores et déjà qu'elle sera éphémère.
Vêtus de sombres figures et d'airs fats, vêtus de sourires
mais au triomphe platonique.
Ils paradent immobiles,
dans leur succès tout neuf
fourré au pétard mouillé.
ceux qu'il faut bien appeler, les élus,
ceux qui ont contribué à la victoire,
à la nomination, à la gloire.
Va pour la gloire même si l'on sait d'ores et déjà qu'elle sera éphémère.
Vêtus de sombres figures et d'airs fats, vêtus de sourires
mais au triomphe platonique.
Ils paradent immobiles,
dans leur succès tout neuf
fourré au pétard mouillé.
Vêtus de morgue et de haine,
un pas de plus vers l'inconnu luisant.
pour l'heure, ils se taisent,
se congratulent du regard,
échafaudent déjà les coups tordus
qu'ils pourront porter
pour prendre la place de l'Elu,
ou d'un moindre,
mais plus haut placé qu'eux.
un pas de plus vers l'inconnu luisant.
pour l'heure, ils se taisent,
se congratulent du regard,
échafaudent déjà les coups tordus
qu'ils pourront porter
pour prendre la place de l'Elu,
ou d'un moindre,
mais plus haut placé qu'eux.
Ah oui bien sûr, il y a des femmes "padsouci",
la parité n'est certes pas exactement respectée,
mais certaines comptent au moins pour 2,
dans l'échelle de l'ambition
et de l'écrasement du cloporte.
A ma gauche, ...la parité n'est certes pas exactement respectée,
mais certaines comptent au moins pour 2,
dans l'échelle de l'ambition
et de l'écrasement du cloporte.
A ma gauche.
A ma gauche, rien ou si peu.
Quelques jeunes gens encore en train de cicatriser,
propulsés par le destin et le manque de prétendants,
les vieux sont vieux, presque mourants,
au placard.
Du balai.
A ma gauche, quelques fantômes.
Mais très peu.
Lesbouffonsde "àmadroite" occupentdurestelaplupartdel'espacesemi
circulaire
etpoussentlittéralementdansleurs retranchementslesraresàmagauche.
On se croirait un soir de Häsel.
Derrière moi, sur le perchoir
le grand chef de ce qu'il faut bien appeler L'HEMICYCLE.
Il savoure son rêve enfin réalisé.
un petit rêve pour l'heure
un pas de plus vers le sommet.
Il va prendre la parole pour prononcer le discours de bienvenue à ses collègues qui l'ont porté là.
Il a pris ses pastilles il a tout bien rodé.
Son troupeau référentiel réagira en conséquence à la bonne heure. Applaudira à tout rompre dans une assemblée ou tous ou presque lui sont acquis. Triompher lorsqu'il n'y a plus d'adversaire, ridicule et petit.
Et moi
Moi qui suis le termite ultime
celui par qui
l'effondrement de la tribune adviendra
le dernier à ronger
le dernier filament de bois
j'entame
ma
dernière
bouchée
dimanche 19 février 2017
Fleurs d'amandier font le printemps
Non loin de Nyons, à Bellecombe Tarandol, la nature est réveillée. Quel dommage que l'appareil photo de mon fils ne soit pas équipé d'un odorama. Je me réjouis de le rejoindre jeudi et ne peux m'empêcher de partager avec vous cette promesse de beaux jours.
mardi 14 février 2017
A quelle heure l'homme sera-t-il un poème?
à l'heure de l'intime
en cet instant dérisoire
tremblement du miroir
et moire de mots
on voit et
on ne voit rien
on entend presque rien
énigme voilée
odeur de désir
le je délié
à l'écart
mercredi 8 février 2017
A QUELLE HEURE L'HOMME SERA-T-IL UN POEME?
Peut-être minuit,
l'heure où les songes murmurent
où les cauchemars dictent
leurs diagnostics
à des hordes de farfadets
qui vrillent les oreilles
de leurs refrains saltimbanques
L'heure où les poussières tombent
des chevrons électriques
sur les tempes endolories
proférant des menaces
de nuits blanches
Où la mémoire asthénique
lutte contre les quiproquos
de l'âge
C'est l'heure montante
où la lune écarte
insidieusement
le rideau des paupières serviles
pour soumettre le corps
à ses plaies
Peut-être minuit
l'heure où se récitent les hommes
dans leur bulle amniotique
Ils bâillent
étouffant leurs mots
qui meurent sur leurs lèvres
flétries
A quelle heure l'homme sera-t-il un poème?
l'heure où les songes murmurent
où les cauchemars dictent
leurs diagnostics
à des hordes de farfadets
qui vrillent les oreilles
de leurs refrains saltimbanques
L'heure où les poussières tombent
des chevrons électriques
sur les tempes endolories
proférant des menaces
de nuits blanches
Où la mémoire asthénique
lutte contre les quiproquos
de l'âge
C'est l'heure montante
où la lune écarte
insidieusement
le rideau des paupières serviles
pour soumettre le corps
à ses plaies
Peut-être minuit
l'heure où se récitent les hommes
dans leur bulle amniotique
Ils bâillent
étouffant leurs mots
qui meurent sur leurs lèvres
flétries
A quelle heure l'homme sera-t-il un poème?
A vos oreilles !
Sur France culture, à 20h "A voix nue" du lundi 6 février au vendredi 10 "Pierre Bergounioux, de lettre et de fer"
A écouter en direct, à ré-écouter en différé ou à podcaster SANS MODERATION
A écouter en direct, à ré-écouter en différé ou à podcaster SANS MODERATION
mardi 7 février 2017
lieu perdu; consigne ancienne
La
chambre; elle aurait dû être sombre; elle éclairait; de sa propre lumière; fin
du jour; rideaux tirés; lumières éteintes; pourtant il y faisait clair; l'éclat
de son sourire; ou bien de ses cheveux; blancs; peut-être son regard; d'où
venait la lumière; perdue; à jamais; perdue; juste; le souvenir; pleurer; comme
un enfant; comme un adulte; sa part d'enfance; perdue; rêve; réalité; rêve;
rêve d'une réalité passée; toujours vivante; présente; au souvenir; socle des émotions;
socle solide; rocheux; rocher doux; sur lequel tu t'appuies; sur lequel tu te
reposes; pour affronter le réel.
vendredi 3 février 2017
A quelle heure l'homme sera t-il un poème ?
Est-ce vraiment une
question d'heure ? Faire de sa vie un poème ne serait-ce pas plutôt
une question d'écoute, d'affût ?
Ecoute du vent, celui qui
souffle au dehors et rugit au dedans. Affût de la moindre pousse
verte qui va se déployer comme la crosse de la fougère au jardin ou
pousser en grinçant les portes de l'imaginaire. On peut être un
poème sans avoir jamais écrit un seul mot de poésie. Je connais
plusieurs personnes dont le rire fuse comme une source, dont le
sourire illumine notre journée quand nous les croisons et qui n'ont
pas écrit un seul vers. Leur vie est telle qu'elle est un instant de
grâce et de légèreté dans tout ce qu'ils disent, dans tout ce
qu'ils font.
Si un poème est une
bulle légère qui éclate sous les yeux d'un enfant émerveillé,
s'il est ce qui redonne à mon pas grâce et jeunesse et à mon coeur
encore un peu l'envie de vivre, alors point n'est besoin de mots avec
ou sans pattes, avec ou sans toute leur cohorte de sens.
Ces personnes bénies qui
ont cette grâce et cette légèreté jamais ne médisent, ne se
plaignent ou ne blessent. On dirait qu'elles ont oublié de dire
« je », vous écoutent pleinement, l'oeil plein
d'étincelles et d'émerveillement devant ce qu'elles croisent, et le
pardon tout près quand elles rencontrent le malheur ou le laid.
jeudi 2 février 2017
A quelle heure l'homme sera-t-il un poème ?
L'heure est déjà passée, l'heure n'est plus à jouer des mots, l'heure est au chaos. Tant de mots à notre disposition et si peu de sens en commun. Tant de mots qui ne veulent dire que des tiroirs grouillants de vers. Il serait urgent que l'heure sonne, que l'heure de l'homme-poème s'apocalypse un bon coup. Le poème ne se relève qu'à grand peine, et il chancelle.
Je compte jusqu'à 10 - 3...4...
Le boxeur sue son poème de sang à grands gargouillis qui lui sortent par le nez et par la bouche.
Depuis moi je ne vois qu'un grand corps malade, agonisant.
L'homme poème mange ses enfants. Il recrache à flux tendus les petits os des phalanges et ronge les autres.
Toutes les alarmes hurlent en même temps. L'heure de l'homme poème arrive à grand renfort de feu. Il se tient encore droit 5...6...7... mais il n'y croit plus. Il tombe.
Je compte jusqu'à 10. Je me tiens au-dessus de lui, assénant le compte, sachant que s'il ne se relève pas à temps, je sombrerai aussi, englouti par tous les mots qui n'ont servi à rien, tous les chiffres qui ne comptent plus que pour du sable.
L'homme devient poème et s'en est fini de lui, de nous, des heures où l'on mangeait des cerises, où l'on caressait des textures douces. L'heure de l'homme devenu poème est un glas, une aube ultime, un dernier souffle. 9...10... KO.
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