samedi 18 mars 2017

JE LUI AVAIS BIEN DIT...

Je lui avais bien dit que le pot- au- feu n'était pas assez cuit. mais sous prétexte que c'est Monsieur Je-Sais-Tout il m'assommait du contraire. Je suis patiente. J'écoute. Il argumente. Les poireaux vont se déliter? Ils sont durs comme tout gelés par l'hiver. Les carottes s'écrasent sous la langue? Elles craquent sous les dents menaçant les plus vulnérables.Quant aux navets et aux pommes de terre, ni cuits, ni "al dente", mais des blocs de béton.
Je lui fais remarquer le grotesque de la situation: que nenni! Je dois réapprendre le guide des modes de cuisson, je m'entends dire. J'enrage!
Et la viande? Venons-y. Moelleuse? Fondante m'ajoute-t-on.
Mais pour qui me prend-on? Une novice? Un palet inapte aux goûts et aux saveurs? Une bouche incapable d'apprécier la dureté ou la souplesse d'un aliment?
Les mains dans mes anses, je massacre les rebords de mon tablier. Une accalmie? Après tout, je m'en fiche, je laisserai aux autres l'infâme pot- au- feu et me régalerai de quelques œufs en meurette.
J'accepte ma défaite, la mine un peu déconfite heureuse que le bœuf donne du foin à retordre aux convives.
Je tousse. Un verre d'eau vite fait. Je tousse encore et encore. On me tape le dos. On me pend par les pieds. Je tousse toujours. Rien à faire. On appelle un ami médecin.
Je reste frémissante presque inerte maintenant. La malheureuse bouchée que j'avais avalée a fait une fausse route. Le médecin, lui, remplit l'acte de décès et me ferme les yeux. Rideau!
Et la cocotte-minute de soupirer!

La fillette aux oreilles de silence et le garçon à la bouche d’étincelles

Suppose
une fillette —
comme une petite fille d’avant
avec des socquettes blanches
et des souliers vernis —
elle joue sur une marelle
tracée à la craie bleue
elle lance sa petite pierre
vers le large du 1                                     
elle saute sur les cases
2 / 3 / 4 et 5 / 6 / 7 et 8
à cloche-pied à cloche rêve
elle se retourne
fait le chemin en sens inverse
ramasse la petite pierre
de la parole perdue
en silence sourit
car elle espère le ciel
elle est seule
sur son arc en ciel
et dans sa tête
un froissé de silence



Suppose
un garçon —
comme un petit garçon d’avant
avec sa casquette de travers
et ses chaussures de liberté —
il parle sans arrêt
il dit n’importe quoi
des histoires à dormir debout
des devinettes sans queue ni tête
des discours d’infini
des poèmes de ciel
des charades d’enfer
des contes d’elfes amoureux
  de princesses immaculées
il parle dans sa voix
époustouflée de bleu
il embrasse le vent
de tous les rêves
il jette des paillettes de mots
personne ne l’écoute
et sur son visage
une bouche d’étincelles



Suppose la fillette
aux oreilles de silence —
suppose le garçon
à la bouche d’étincelles —



leurs ailes invisibles
caressent les étoiles
main dans la main
ils cheminent
à pied de clochettes
vers l’immensité des lointains
jusqu’au bord
de l’horizon qui dort
le silence d’elle
résonnant dans sa voix à lui
sa voix à lui
heurtant son silence à elle


ce sont là des histoires
que nous devons conter


pour respirer large et beau


une rêverie bleue
élargit les barreaux

vendredi 17 mars 2017

Les oreilles immaculées du péché

Ce fut dans un bus que je l'aperçus pour la première fois : il se tenait debout tout au fond, là où se regroupent les jeunes souvent bruyants. Il me frappa par son regard lointain, absent. Je sus aussitôt qu'il venait d'ailleurs, que son esprit flottait loin, bien au-dessus de nous. Mon voisin, aux oreilles ciselées, avait beau tout faire pour attirer mon attention, ses yeux crapoteux ne me faisaient pas plus d'effet qu'un croque-mort. Dans un mouvement de foule, je le perdis de vue. Etait-il descendu, avait-il disparu, reparti là-bas d'où il venait ?
Il se passa plusieurs semaines sans que je le revoie ; quand à la caisse d'un supermarché, je l'aperçus entrain de régler ses achats. Et moi qui me trouvais là, derrière six chariots débordants de victuailles. Il allait encore m'échapper. J'eus le temps de contempler ses épaules intempérantes, sa démarche souple, ses pieds nickelés et d'entendre chanter son do-ré-mi dont je sus aussitôt qu'il m'était destiné. Il portait ce jour-là un casquette qui masquait ses cheveux tombant sur les épaules. Je lâchai tout, abandonnai mon chariot, refusant qu'il m'échappe encore. Bousculant tout le monde … pardon … pardon … je sortis le plus vite possible du magasin quand j'aperçus sa voiture disparaître du parking. Je n'avais vu ni sa bouche ni son front, ni son ventre pas plus que ses chevilles. Mais ce que je regrettais le plus étaient ses oreilles cachées sous ses longs cheveux souples. J'aime les oreilles, elles disent tout d'un être humain.

De longues semaines s'écoulèrent sans qu'aucune nouvelle rencontre n'eut lieu. Un soir au cinéma, dans une salle pleine, je m'assis par hasard non loin d'une silhouette dont je compris immédiatement que, oui, là, c'était LUI. Situé à ma gauche, le regard braqué sur sa bouche bée, j'oubliais l'écran. A quoi bon : mon film était là. Pendant une heure et demie, j'admirais son front de mer impétueux, respirais selon le rythme de son ventre métronome. Quand à la fin du film, il secoua ses longs cheveux et que m'apparurent ses oreilles immaculées, je sus que c'étaient les oreilles immaculées du péché et que nous allions délicieusement le commettre ensemble.

jeudi 16 mars 2017

Consigne du 15/03/2017

Tes yeux crapoteux sur son dos de la cuillère.


Tes yeux crapoteux sur son dos de la cuillère, tu n'y es pas allé de main morte. Sur la face bombée de sa colère, tes cils se rabattent et la cornée fume. Petit peu à petit peu, par bouffées vertes et nocives, un poison lent et sûr. Il riposte ! Enfin te cloue la paupière vertement !
Tu laisses passer quelques instants et, tel un éléphant crapotes à nouveau, distillant par bribes anodines ta méchanceté pour lui tuer l'oreille. La rendre ivre pour commencer, puis sourde et remplie d'acouphènes.
Tirée, elle violace en effet. Tu la regardes virer au cramoisi et tu crapotes encore campé et immobile pour l'achever tout de bon. Les yeux larmoyant et la bouche vrillée, il sort.

Toi, taurin, tu entends cette porte qui claque. Tes pieds foulent quelques fois la moquette et te traînent finalement jusqu'au fauteuil derrière ton bureau. A demain.   

Printemps des poètes : l'oubli


Oublier ? 
On raconte volontiers que le temps aide, qu'avec le temps on oublie. Les hommes s'accrochent à cette idée, veulent y croire à tout prix pour adoucir quelque peu le chagrin d'un départ, d'une disparition ; le trou creusé est si intense que chacun se cramponne au moindre espoir.
Tout d'abord l'odeur disparaît : ton odeur tant aimée dans laquelle parfois je venais noyer mes pauvres chagrins, dont je m'abreuvais comme à un sein, le parfum de tes cheveux, du creux de ton cou, celui de lait et de foin, celui de l'enfance. Il m'arrive parfois de la retrouver au pli d'un de tes vêtements, au coin d'une rue, apportée tout à fait par hasard par le vent et je sais alors que tu me fais signe, que tu es toujours là avec moi, pour moi.
Puis la voix elle-même s'estompe, de plus en plus évanescente ; restent quelques accents, des expressions qu'avec étonnement je m'entends prononcer à mon insu.
Tu fus celle que je perdis la première … puis vinrent les suivantes … Semaines et mois passent ... effectivement la vie continue, la joie revient, la vie prend le dessus dit-on, l'envie même de vivre renaît, mais le trou reste béant, là tapi dans un coin, de ce qui sera désormais ce nouveau moi qui a dû réapprendre à vivre avec quelqu'un qui a changé d'état. Car c'est bien de cela qu'il s'agit, se construire à nouveau et vivre, non avec un vivant, mais avec un disparu avec qui l'on continue de dialoguer, d'échanger. La transmission n'est jamais terminée. Il y a maintenant vingt-cinq ans que tu n'es plus mais le temps entre nous a oublié de s'écouler, le sablier est bouché. Le reste des années lui, a bien poursuivi son chemin ; j'ai vieilli, les feuilles sont tombées d'innombrables fois, les arbres ont reverdi mais tu es là, présente, ici, maintenant. Je me blottis toujours contre toi au creux de mes nuits blanches. Vous êtes tous là.
A chaque disparition sur ma route, la même horreur, la même folle douleur, le même manque mais je sais que le temps ne fera rien à l'affaire, ne viendra rien gâcher, que le fil d'or persistera.
Il y a aussi celui que l'on laisse, loin, dont des milliers de kilomètres nous sépare, distance qui empêche de se revoir et avec qui on échange d'innombrables mails qui se vident peu à peu de toute substance : il manque le toucher, le son de ta voix, tes pas traînés dans le sable, l'intensité des moments passés ensemble, les confidences, nos rires …

Que je porte ton bijou à mon cou, que tout à coup au tournant de la page d'un livre une de tes annotations me ravisse, que le vent m'apporte quelques notes d'un de tes airs préférés et voilà mon coeur qui gambade et toi-vous assis à mes côtés.

dimanche 12 mars 2017

Je luis avais bien dit que...

Je lui avais bien dit que je n'aimais pas le rouge.
Sous prétexte qu'il aime les cerises, les steaks saignants et respecte le code de la route, il m'a offert cette robe écarlate. Il est égoïste et mesquin
Quand je suis partie arpenter la rue de ce village, il y régnait une atmosphère de fournaise. Lui, il paradait sous son panama, moi j'essayais de me pavaner dans mon fourreau sanglant. Personne pour nous regarder passer. Mais peut-être nous épiait-on à travers les persiennes, derrière les vantaux, à la crête des éventails.
Au loin, on entendait parfois une clameur. Je lui disais rentrons, j'ai trop chaud, les talons me tordent les chevilles, ce qui entre nous est assez paradoxal, me répondait-il avec justesse.
Il jubilait, exhibant à son bras la plus belle des saucisses qu'il eût jamais conquise."La vie elle-même n'est-elle pas ce grand instrument que le Seigneur a négligé d'accorder ?" me dis-je en contrepoint.
La clameur s'amplifiait. Une grande vague de "olé" lancinants.
Je me tordais les chevilles, il me retenait par le coude. Nous avancions dans cette rue sans fin, sans âme qui vive, comme dans ces westerns où à l'horizon de la rue est peu à peu sculpté le mot FIN. Soudain la foule hurla. Puis plus rien, comme une transparence, un arrêt de mort.
Nous nous immobilisâmes. Surgi de nulle part, un immense taureau noir et baveux et luisant et sanguinolent, qui n'en avait pas fini de sa colère, me fit face, contemplant ma silhouette luisante écarlate suante, mais pas baveuse ni encore sanguinolente. Il racla le sol comme le lui avait appris ses ancêtres; me chargea et m'encorna.
Sur ma belle robe rouge, le jus sucré des cerises de mon sang factice repassa une deuxième couche de rouge. Le médecin remplit l'acte de décès puis il me ferma les yeux. Rideau.
Pour la prochaine prise, il faudrait me procurer une nouvelle paire de talons aiguilles.

la consigne de Linette, juste un peu en retard

 y avait ce petit texte et puis aussi écrire un texte avec le début "Je lui avais bien dit queet la fin Le médecin remplit l'acte de décès, puis il me ferma les yeux, rideau. imposés (avec délicatesse)

lundi 6 mars 2017

La nouvelle à chute

Je lui avais bien dit que je ne savais pas raconter les histoires. Il insistait pourtant. Nous nous connaissions depuis deux heures. Quand je le rencontra, la neige s'abattait sur la montagne. Nous marchions sans voir à plus d'un mètre. Il faisait partie d'un groupe de quatre randonneurs. J'étais seul. Le refuge devait se trouver tout près de nous. Il était tôt dans l'après-midi et nous étions frigorifiés. Découragés. Soudain - j'appris plus tard qu'il était médecin - il hurla en faisant des gestes désordonnés. Le refuge était là, face à nous.
Nous nous engouffrions à l'intérieur
Entourés des ténèbres engourdissant nos corps.
Le médecin entreprit d'allumer le poêle à bois devant lequel nous nous serrions bientôt, assis par terre. Il nous fallait attendre, attendre que la journée s'écoule, demain la météo serait meilleure, peut-être.
L'ennui s'empara de nous. Un autre compagnon de naufrage proposa que nous racontions une histoire, à tour de rôle, pour faire passer le temps et la faim.
Quand ce fut à moi, je ne sus que dire. Avec entêtement. Ce qui agaça le médecin:
Je leur devais bien ça ! Sans eux, sans lui surtout, que serais-je devenu ? Une momie ?
Il commença à s'agiter, aussi dingue que lorsqu'il avait aperçu la cabane tout à l'heure. Il se leva, me menaça de toute sa masse, gauche et lourde.
Ses collègues le regardaient faire, sans le raisonner. Il semblait décompenser de l'aventure et de bien d'autres choses que j'ignorais.
Plus il s'énervait, moins je ne pouvais parler, encore moins retrouver des souvenirs ou inventer un conte. Soudain, il prit le bâton qui lui servait de tisonnier, le dressa au-dessus de mon crâne.

Alors dans un dernier souffle, les larmes tremblantes, je proposa que nous composions un texte, chacun ajouterait une phrase à celle que je prononcerais d'abord :

- le médecin remplit l'acte de décès

- puis il me ferma les yeux


- rideau


- ...

dimanche 5 mars 2017

La nouvelle à chute ,

Je lui avais bien dit que je n'appréciais pas la laine, en effet il n'en avait jamais été question. Tout cela était prévu et il me connaissait depuis toujours, de sorte que toute nouvelle explication m'avait semblé inutile. Ma mère laisser rouler ses larmes à leur gré en chuchotant : - Marcel s'il vous plait laissez lui porter sa robe en coton, je sais que nous sommes en hiver, elle aussi le sait bien. Mais c'est un jour particulier, alors quelle importance ? Marcel restait sur son choix , inflexible mais doux , me caressant délicatement les cheveux. Sa main glissait involontairement sur ma joue lorsque je tournais la tête sur la gauche pour regarder les flocons tomber et adoucir ma déception. -Non , disait -il gentiment , elle aurait froid. Je saisissais le coton de ma robe déposée avec soin près de moi et , entre le pouce et l'index, faisait glisser l'étoffe d'avant en arrière jusqu'à ce que je décide de lâcher prise sur l'aimable sourire de Marcel. Le médecin remplit l'acte de décès, puis il me ferma les yeux, rideau. 

mercredi 1 mars 2017

"A quelle heure l'homme sera-t-il un poème?"


L'homme à des heures variables est poème ou poète; ou rien; ou tout; ange ou bête, ou monstre, ou être honteux, ignoble, abject, infâme et terrifiant qui se dévore le foie ou sanctifie le monde et mange ses enfants que pourtant il adore, les étouffe ou les noie.
Mastiquant les étoiles il se brûle les dents et la langue et la bouche: et ses cordes vocales quand il respire: adonc les mots deviennent inutiles à dire: ne servent plus qu'à écrire/lire.

L'homme est poète à heure fixée d'avance, mais pas par lui, ni par personne, que par le poème lui-même lorsqu'il remonte de l'inconscient ou bien en descend, ce n'est qu'une question personnelle, chacun situant son inconscient où il le désire, enfin qu'importe, les mots se cristallisent, et c'est ça l'important, ils viennent par fragments remplir un peu d'espace, dès lors, l'homme se sent parfois un peu poète.


L'homme est poème enfin, lorsqu'il devient intrinsèquement essentiel et se réduit au cœur sensible, pas le cœur physique, mais le cœur symbolique centre de ce corps mystique, allégorie dont l'homme a besoin pour s'imaginer lui-même. L'heure de survenue en est aléatoire, incertaine et stochastique.

lundi 27 février 2017

Et vingt-trois

Et vingt-trois

Pour ta peau et ta prose tu effleures et bouscules, libères les mots qui te protègent, tu ne les choisis plus. Plus assez, pas toujours. Tu les jettes en manteaux qui encombrent le dossier et les entends parfois pour te mordre les doigts mais, trop tard. 

Alors tu changes le ton, penses être lu avec justesse. Dans le texte précisément. Mais saisissant la méprise tu t'agites doucement. Et tandis que tes gestes font rebondir l'erreur, la grossissent et t'éloignent de ton pauvre auditoire, tes manteaux compriment mes dorsales et me gardent en veille.

Tu expires et renonces, enfin, quand tu me vois sourire.

C'est l'heure.

Pas l'heure pile non, plutôt vingt-trois. Cette heure qui n'intéresse personne. Celle que l'on ne relève pas et qui glisse à vingt-quatre. Celle où mes vertèbres pourront se dérouler. L'instant où bienveillante je pourrai te revoir.

L'entre-minutes où fourbu tu renonceras au verbe.

L'heure où bien malgré toi tu seras un poème.

samedi 25 février 2017

la consigne oubliée du Caprice de la Reine (Jean Echenoz et moi)

à ma droite, les fidèles, 
ceux qu'il faut bien appeler, les élus, 
ceux qui ont contribué à la victoire, 
à la nomination, à la gloire. 
Va pour la gloire même si l'on sait d'ores et déjà qu'elle sera éphémère. 
Vêtus de sombres figures et d'airs fats, vêtus de sourires 
mais au triomphe platonique. 
Ils paradent immobiles, 
dans leur succès tout neuf 
fourré au pétard mouillé.
Vêtus de morgue et de haine, 
un pas de plus vers l'inconnu luisant. 
pour l'heure, ils se taisent, 
se congratulent du regard, 
échafaudent déjà les coups tordus 
qu'ils pourront porter 
pour prendre la place de l'Elu, 
ou d'un moindre, 
mais plus haut placé qu'eux.
Ah oui bien sûr, il y a des femmes "padsouci", 
la parité n'est certes pas exactement respectée, 
mais certaines comptent au moins pour 2, 
dans l'échelle de l'ambition 
et de l'écrasement du cloporte.

A ma gauche, ...
A ma gauche.
A ma gauche, rien ou si peu.
Quelques jeunes gens encore en train de cicatriser, 
propulsés par le destin et le manque de prétendants, 
les vieux sont vieux, presque mourants, 
au placard. 
Du balai.
A ma gauche, quelques fantômes. 
Mais très peu. 
Lesbouffonsde "àmadroite" occupentdurestelaplupartdel'espacesemi
circulaire 
etpoussentlittéralementdansleurs retranchementslesraresàmagauche. 

On se croirait un soir de Häsel.

Devant moi exactement, une statue de marbre. Yeux bandés. On ne sait plus si elle dit que l'amour est aveugle ou que la justice est impartiale.

Derrière moi, sur le perchoir 
le grand chef de ce qu'il faut bien appeler L'HEMICYCLE. 
Il savoure son rêve enfin réalisé.
un petit rêve pour l'heure
un pas de plus vers le sommet.
Il va prendre la parole pour prononcer le discours de bienvenue à ses collègues qui l'ont porté là.
Il a pris ses pastilles il a tout bien rodé.
Son troupeau référentiel réagira en conséquence à la bonne heure. Applaudira à tout rompre dans une assemblée ou tous ou presque lui sont acquis. Triompher lorsqu'il n'y a plus d'adversaire, ridicule et petit.

Et moi
Moi qui suis le termite ultime
celui par qui 
l'effondrement de la tribune adviendra
le dernier à ronger 
le dernier filament de bois
j'entame 
ma
dernière
bouchée

dimanche 19 février 2017

Fleurs d'amandier font le printemps





Non loin de Nyons, à Bellecombe Tarandol, la nature est réveillée. Quel dommage que l'appareil photo de mon fils ne soit pas équipé d'un odorama. Je me réjouis de le rejoindre jeudi et ne peux m'empêcher de partager avec vous cette promesse de beaux jours.

mardi 14 février 2017

A quelle heure l'homme sera-t-il un poème?


à l'heure de l'intime
en cet instant dérisoire
tremblement du miroir
et moire de mots
on voit et 
on ne voit rien
on entend presque rien
énigme voilée
odeur de désir
le je délié

à l'écart


mercredi 8 février 2017

A QUELLE HEURE L'HOMME SERA-T-IL UN POEME?

Peut-être minuit,
l'heure où les songes murmurent
où les cauchemars dictent
leurs diagnostics
à des hordes de farfadets
qui vrillent les oreilles
de leurs refrains saltimbanques
L'heure où les poussières tombent
des chevrons électriques
sur les tempes endolories
 proférant des menaces
de nuits blanches
Où la mémoire asthénique
lutte contre les quiproquos
de l'âge
C'est l'heure  montante
où la lune écarte
insidieusement
le rideau des paupières serviles
pour soumettre le corps
 à ses plaies
Peut-être minuit
l'heure où se récitent les hommes
dans leur bulle amniotique
Ils bâillent
étouffant leurs mots
qui meurent sur leurs lèvres
flétries
A quelle heure l'homme sera-t-il un poème?

A vos oreilles !

Sur France culture, à 20h "A voix nue" du lundi 6 février au vendredi 10 "Pierre Bergounioux, de lettre et de fer"
A écouter en direct, à ré-écouter en différé ou à podcaster SANS MODERATION

mardi 7 février 2017

lieu perdu; consigne ancienne


La chambre; elle aurait dû être sombre; elle éclairait; de sa propre lumière; fin du jour; rideaux tirés; lumières éteintes; pourtant il y faisait clair; l'éclat de son sourire; ou bien de ses cheveux; blancs; peut-être son regard; d'où venait la lumière; perdue; à jamais; perdue; juste; le souvenir; pleurer; comme un enfant; comme un adulte; sa part d'enfance; perdue; rêve; réalité; rêve; rêve d'une réalité passée; toujours vivante; présente; au souvenir; socle des émotions; socle solide; rocheux; rocher doux; sur lequel tu t'appuies; sur lequel tu te reposes; pour affronter le réel.

vendredi 3 février 2017

A quelle heure l'homme sera t-il un poème ?



Est-ce vraiment une question d'heure ? Faire de sa vie un poème ne serait-ce pas plutôt une question d'écoute, d'affût ?
Ecoute du vent, celui qui souffle au dehors et rugit au dedans. Affût de la moindre pousse verte qui va se déployer comme la crosse de la fougère au jardin ou pousser en grinçant les portes de l'imaginaire. On peut être un poème sans avoir jamais écrit un seul mot de poésie. Je connais plusieurs personnes dont le rire fuse comme une source, dont le sourire illumine notre journée quand nous les croisons et qui n'ont pas écrit un seul vers. Leur vie est telle qu'elle est un instant de grâce et de légèreté dans tout ce qu'ils disent, dans tout ce qu'ils font.
Si un poème est une bulle légère qui éclate sous les yeux d'un enfant émerveillé, s'il est ce qui redonne à mon pas grâce et jeunesse et à mon coeur encore un peu l'envie de vivre, alors point n'est besoin de mots avec ou sans pattes, avec ou sans toute leur cohorte de sens.

Ces personnes bénies qui ont cette grâce et cette légèreté jamais ne médisent, ne se plaignent ou ne blessent. On dirait qu'elles ont oublié de dire « je », vous écoutent pleinement, l'oeil plein d'étincelles et d'émerveillement devant ce qu'elles croisent, et le pardon tout près quand elles rencontrent le malheur ou le laid.

jeudi 2 février 2017

A quelle heure l'homme sera-t-il un poème ?

L'heure est déjà passée, l'heure n'est plus à jouer des mots, l'heure est au chaos. Tant de mots à notre disposition et si peu de sens en commun. Tant de mots qui ne veulent dire que des tiroirs grouillants de vers. Il serait urgent que l'heure sonne, que l'heure de l'homme-poème s'apocalypse un bon coup. Le poème ne se relève qu'à grand peine, et il chancelle. 
Je compte jusqu'à 10 - 3...4...
Le boxeur sue son poème de sang à grands gargouillis qui lui sortent par le nez et par la bouche.
Depuis moi je ne vois qu'un grand corps malade, agonisant.
L'homme poème mange ses enfants. Il recrache à flux tendus les petits os des phalanges et ronge les autres.
Toutes les alarmes hurlent en même temps. L'heure de l'homme poème arrive à grand renfort de feu. Il se tient encore droit 5...6...7... mais il n'y croit plus. Il tombe.
Je compte jusqu'à 10. Je me tiens au-dessus de lui, assénant le compte, sachant que s'il ne se relève pas à temps, je sombrerai aussi, englouti par tous les mots qui n'ont servi à rien, tous les chiffres qui ne comptent plus que pour du sable.
L'homme devient poème et s'en est fini de lui, de nous, des heures où l'on mangeait des cerises, où l'on caressait des textures douces. L'heure de l'homme devenu poème est un glas, une aube ultime, un dernier souffle. 9...10... KO.

CONSIGNE DU 1ER FEVRIER 2017

Lire le texte et répondre à la question de la dernière phrase