lundi 24 avril 2023

MATIN-VAGUE. (VIII)

 Les collines douces-amères
à l'horizon
un théâtre de toile
les chevaux bleus du soleil
affleurant
les pentes généreuses
ourlées de reflets
tardifs
indécis cotonneux territoire
lumières ridées
ombres marionnettes
lançant leurs bras de soie
nacrés de bulles d'or
langueurs du paysage
fuite du temps
instant des couleurs échevelées
celui où sont brodés
les adjectifs
du plaisir
d'un jour renouvelé.

(codicille: à partir de interlude IV - partie 1 -Les Vagues; Virginia Woolf)


mercredi 19 avril 2023

à tour de bras

à tour de bras

les mains plongent dans l’eau de lassitude

lavandières de versets portés par le courant

un brouillon de mélancolie se lave

se retourne et essore son dernier grain

dans les entrelacs de l’eau et de la toile

la trame du tissu froissé

se traduit en langue noble

drainée entre les eaux

un poème dans de beaux draps

 

klasma faisant écho à un passage de l'interlude 5 des Vagues de Virginia Woolf dont voici ma traduction:

...et les femmes aux cheveux blancs, aux seins tombants, agenouillées dans le lit de la rivière battant des tissus froissés sur les pierres...


 

samedi 15 avril 2023

CHEMIN DE TRAVERSE.

 Racines mortes
en somnambule
dans les cathédrales de glace
sous l'algèbre des étoiles
Les saules
lambeaux de terre enracinés
embaument
odeurs mystérieuses
appartenance à une pantomime
Sombrer dans un abîme
Aveu d'imposture
un coma sans lumières sans
cordes ni remparts
les plis des heures vides bousculent
les crépuscules couleur de gencive
Débusquer
la ligne soignée affable
chercher la faille
des mains honteuses
Enduire
une tempête intérieure
posture ténébreuse
sous la pergola
de la nuit-enveloppe
Les sacrifices-précipices
Les imperfections du corps
Le silence des oiseaux
veinures-bâlafres sur l'écorce d'un chêne
mais insolent regard
illusion faussaire
turbulences
d'un printemps bleu.





vendredi 7 avril 2023

Interlude 5.1 p.126 La femme aux cheveux d'or

La femme aux cheveux d'or la roue rouillée les gouttes d'eau opale les maisons de carton roses le dépaysement multicolore la couche de mer émeraude  un petit acompte argent sur le bonheur conjugal les charbons rougeoyants de l'amour, les fournaises du coeur la barque bleue azur du destin flottant sur des eaux incolores 3 nuits champagne la poitrine bistre la fragrance mauve de son after-shave une robe blanche imméritée la débâcle anthracite une chausse-trappe moutarde une bottine acajou sans lacets les sillons noirs creusés par le vent vermeil

de l'oubli

du rabougri

des tissus kakis froissés sur les pierres brûlantes



ma traduction

Le soleil était au zénith. On ne le devinait ni ne l'entr'apercevait plus à partir d'indices et de lueurs ; c'était comme si une jeune fille allongée sur sa couche maritime verte se fatiguait le regard à distinguer les joyaux aquatiques, ronds comme des globes qui lancent des lumières teintées d'opale, tombent et clignotent dans l'air incertain comme les flancs d'un dauphin glissant ou l'éclair d'une lame qui tranche

Maintenant le soleil brillait sans équivoque, de manière indéniable. Il dardait ses rayons sur le sable dur et les rochers devinrent aussi rouges et brûlant que des fournaises. Il cherchait chaque flaque, et attrapait le petit poisson caché dans le moindre recoin, faisait apparaître la roue rouillée, l'os blanc, ou le ... sans ... accroché, noir comme du fer, dans le sable. Il donnait à chaque chose sa masse exacte de couleur. Aux dunes leur scintillement innombrable, aux herbes folles leur vert brillant. ou bien il tombait sur l'étendue aride désolée du désert, montrant ici les sillons creusés par le vent, ici balayé en cairns désolés, ici parsemée d'arbres exotiques (?) rabougris d'un vert sombre. Il allumait la fine mosquée dorée, les frêles maisons de carton roses et blanches du villages au sud, et la femme à la poitrine généreuse et aux cheveux blancs, qui s'agenouillait dans le lit de la rivière en battant des vêtements froissés sur les pierres. Les paquebots qui s'élançaient lentement sur la mer étaient pris dans le regard rasant du soleil qui, à travers les auvents jaunes, frappait les passagers qui somnolaient ou arpentaient le pont, abritant leurs yeux pour chercher la terre, tandis que, jour après jour, comprimé dans ses flancs huileux et palpitants, le navire les portait monotonement sur les eaux.

à partir de la phrase " 2023 04 07   - "Le soleil donnait à chaque chose sa masse exacte de couleur" 

"The sun fell in sharp wedges. Whatever the light touched became dowered with a fanatical existence"

lundi 27 mars 2023

 Soleil froid et silence—fin de nuit—départ demain—herbe folle et vieux mur—premier bruit de voiture—un merle décidé court sur un vieux toit—cherche sa nourriture—nuage couleur plomb— la neige est pour bientôt—le merle s’est perché sur un frigo rouillé dans le jardin en face.

samedi 25 mars 2023

à vif

 

à vif

le corps et la langue comme

des échardes — ce quelque chose qui transperce

et qui de l’intérieur de soi

peut déchirer l’intime de l’autre

alors desserrer l’imperceptible blessure entre les soi

comme entre les mots les césures créent le souffle

avoir besoin de rien qu’un abandon de blanc

pour protéger son amas de moi

des lancinantes ciselures cachées

 

klasma écrit en écho à ma traduction ( interlude 4 deuxième partie) des Vagues de Virginia Woolf: 

Ils chantaient comme si le contour de leur être était aiguisé et aurait pu couper, fractionner la douceur de la lumière bleu-vert, l'humidité de la terre mouillée... 

lundi 20 mars 2023

Interlude 4.2 p.93 Comme l'herbe ondulante

 Comme l'herbe ondulante de la mer

les vapeurs violettes

Comme les moiteurs recroquevillées à l'arrière-plan

les dagues de glace

Comme la campagne blanche de fleurs

les visqueuses fêlures

Comme les gobelets zébrés de lumière éphémère

un glacis rouge

Comme les chants enturbannées abrupts

à l'aplomb de la flèche

Comme le grain du bois les épluchures pitoyables

Comme l'étoile polaire sa lumière blafarde

sa position immuable

Comme les ruisseaux les torrents les étangs les lacs

le ciel tournoyant

les chevaux virevoltants

 

Comme si au bord de leur vie

Rien n'avait d'ombre


à partir de la phrase 2023 03 25 "They sprang as if the end of their being were sharpened and must cut, must split the softness of the blue green light, the dampness of the wet earth"Comme si leur fin était proche et que le bord de leur vie s'approchait "

Ma traduction

Ils chantaient comme si leur chant était expulsé sous la pression du matin. Il sautaient comme si leur fin était proche et que le bord de leur vie s'approchait et devait fendre la douceur de la lumière bleu-vert, l'humidité de la terre mouillée, les fumées et les vapeurs des volutes grasses de la cuisine, ; les effluves chaudes de mouton et de bœuf ; l'abondance des pâtisseries et des fruits ; les matières humides et les épluchures jetées depuis le seau de la cuisine, et d'où s'échappait une lente vapeur montant du tas d'ordures. Sur tout ce mouillé, ce tâché d'humidité, ce recroquevillé par le trempage, ils descendaient, avides, impitoyables, abrupts, Ils plongeaient soudain depuis les branches du lilas jusqu'à la grille, ils épiaient un escargot et frappaient la coquille contre une pierre. Ils frappaient avec fureur, méthodiquement, jusqu'à ce que la coquille se casse et que quelque chose de visqueux suinte de la fêlure.

Ils balayaient le ciel en tournoyant comme des flèches  haut dans les airs lançant des notes brèves et aiguës perchés sur les plus hautes branches d'un arbre ils regardaient à travers les feuilles les flèches des clochers et en bas la campagne blanchie par les fleurs, avec l'herbe ondulante et la mer qui battait comme le tambour d'un régiment de soldats enturbannées ou portant des casques à plumes.

Maintenant et encore leurs chants montaient ensemble sur des portées rapides comme les entrelacs d'un torrent dont les eaux se mêlent au confluent,  écument et se mélangent, puis se hâtent de plus en plus vite vers le chenal traçant une sortie unique et large emportant les mêmes larges feuilles. Mais il y a un rocher. Elles se séparent.

Le soleil tombait en pans aigus dans la pièce.

Quoi que ce fut qu'elle touchât, la lumière devenait plus crue avec une existence fanatique exacerbée

Une assiette devenait un lac blanc, un couteau une dague de glace. (un stalactite). Soudain des verres se révélaient soutenus par des zébrures de lumières (des raies de lumières)

Les tables et les chaises émergeaient comme si ayant préalablement coulé elles surgissaient à nouveau, elles refaisaient surface, recouvertes d'une mince pellicule rouge, orange, violette comme le duvet sur la peau d'un fruit mûr. Les veines sur la glaçure (le vernis, le brillant) de la porcelaine, le grain du bois, les fibres du cannage se précisèrent plus finement. Rien n'avait d'ombre. Un pot était tellement vert que l'oeil semblait aspiré par le tunnel de son intensité et restait collé dessus comme un mollusque, une bernique

Puis les formes prirent du volume et des contours. Là on distinguait la courbe d'une chaise ; là la silhouette d'une armoire. Et à mesure que la lumière augmentait des tâches d'ombre y pénétrèrent, s'accumulèrent et se répandirent en de multiples plis et replis sur l'arrière plan.

Scintillement avant le jour—ni silence ni mystère—les seuls chants d’oiseaux—mouvements invisibles du vent—lorsque l’herbe ondule—tremblent les arbres—mouvements imperceptibles—mouvements faits de rien—les vents agitent les arbres—les vents croisent et emportent des oiseaux—l’aube comme une vallée sombre entre le jour la nuit.

samedi 18 mars 2023

Lectures

"... Co-naître implique de rencontrer, de vivre avec. Cela impose une relation, un engagement, une prise de risque. Cela implique d'être vécu ... Le marin peut connaître la mer, la ressentir, la comprendre intuitivement, sans pour autant savoir grand chose sur elle. A l'inverse, l'intellectuel peut savoir beaucoup de choses, sa salinité, sa température, la circulation océanique, sans jamais être allé en mer, sans la connaître. Ce savoir distancié, hors sol, s'il n'est pas mis au service de la connaissance, du vivre avec, ne m'intéresse pas. Plus important encore, alors que la connaissance m'inclut dans le monde, qu'elle me fait comprendre que je lui appartiens et qu'en conséquence je ne peux pas en disposer, le savoir, lui, me laisse croire que je suis extérieur à la nature que j'étudie de loin et que je peux exploiter à ma guise. La connaissance ouvre sur le vivre ensemble, c'est une relation dynamique, un enrichissement réciproque sans cesse renouvelé, qui ne se nourrit pas nécessairement de chiffres. "

 François Sarano, entretien Actes Sud "Réconcilier les hommes avec la vie sauvage"

F Sarano est océanographe, plongeur professionnel, conseiller scientifique du ct Cousteau, co-fondateur de l'association Longitude 181 dont l'objectif est la protection des océans. 

mardi 14 mars 2023

interlude 4.1 p.92 Oiseaux déréglés

Oiseaux déréglés, chaque année moins de doigts pour les compter. 

Aucun jacarini sautant sur place les ailes en l'air pour montrer à sa femelle sa tache blanche.

Rouge-gorge solitaire. Est-ce le/la même chaque année ? Combien de temps vit un oiseau ?

Des pigeons, ça oui. Lundi dans le jardin, un ramier égorgé, un éventail de plumes.

Quelques mésanges et quelques pies. Un pivert revenant, quelques pinsons des arbres et trois moineaux.

Aucun petitduc faisant escale après avoir parcouru 3000 km au-dessus du désert

Aucune perdrix rouge guettée par l'autour des palombes

Pas de cassiques cul jaune de Guyane dans son nid tressé et suspendu

Pas de picolette précieuse qui sait tout chanter et en paye le prix

je pense au silence de confinement rempli d'oiseaux, au cri de chouette dans les films, dès que l'atmosphère est crépusculaire

je sais bien que vous ne chantez pas pour me faire plaisir, que vous avez votre vie, mais comment vous dire que je suis contente que vous le fassiez

Et tous ces plumages, ces ramages, ces crêtes, ces chants cette créativité infinie. Stridence, passion, véhémence, murmurations des étourneaux.

Psychologie du désastre. Je reste attentive, je compte sur vous

murmuration des étourneaux

à partir de la phrase p.93 They sang, exposed without shelter, to the air and the sun" ils chantaient bien en vue, sans abri, pour l'air et pour le soleil,

Ma traduction

Le soleil, à présent levé, ne reposait plus sur un matelas vert, jetant un coup d’œil furtif à travers l'eau scintillante comme des bijoux, révéla sa face et piqua droit au-dessus des vagues. Elles tombaient avec un bruit sourd régulier. Elles tombaient comme fait le martèlement des sabots des chevaux galopant sur le gazon. Leur écume s'élevait comme le jet de lances et de sagaies au-dessus de la tête des cavaliers. Elles balayaient la plage de leur eau bleu-acier parsemée de diamants. Elles allaient et venaient sur le rivage avec l'énergie, la musculature d'un moteur qui déploie et réintroduit sa force. Le soleil tombait sur les champs de maïs et sur les bois. Les rivières devenaient bleues et enchevêtrées comme des tresses, les pelouses qui descendaient jusqu'au rivage devinrent vertes comme les plumes des oiseaux qui ébouriffent doucement leur plumage. Les collines courbées et enserrées, comme liées par des lanières, à l'image d'un membre lacé par ses muscles ; et les bois qui se hérissaient fièrement sur leurs flancs étaient comme la crinière bien taillée sur l'encolure d'un cheval.

Dans le jardin là où les arbres se tenaient lourdement au dessus des parterres de fleurs, des étangs, et des serres, les oiseaux chantaient dans le chaud soleil, chacun en solo. L'un d'eux chantait au-dessus de la fenêtre de la chambre, un autre sur le plus haut rameau du lilas ; un autre sur le rebord du mur. Chacun chantait de manière stridente, avec passion, avec véhémence, comme pour expulser le chant et peu importait si ce chant dissonait avec le chant d'un autre oiseau. Leurs yeux ronds brillaient de mille éclats : leurs serres agrippaient le rameau ou la rampe, ils chantaient bien en vue, sans abri, pour l'air et pour le soleil, magnifiques dans leur plumage tout neuf, veinés de nacre ou éclatants, ici strié de bleu pâle, ici éclaboussé d'or, ou rayés d"un duvet brillant.


jeudi 9 mars 2023

à découvert

à découvert

dans l’éblouissement du bleu émaillé

une chaîne de chants aux tons déchirés

écarquille les quartiers d’air en volutes indécises

fragmente l’atmosphère en passerelles de sons

et l’éclatement des notes tentaculaires

se ramifie telle une tache d’encre diluée

sur une feuille de papier humide et des arabesques

s’esquissent se tracent une forme prend vie

à la verticale d’un tourbillon

 

klasma écrit en écho à la première partie de l'interlude 4 des Vagues dont voici ma traduction:

 Le soleil, levé, et non plus couché sur le matelas vert, décochant des coups d’œil intermittents au travers des joyaux délavés, dévoilait sa face et regardait droit par-dessus les vagues. Elles tombaient en un bruit sourd, régulier. Elles tombaient en une trépidation de sabots de chevaux sur le gazon. Leurs embruns augmentaient comme le ballottement de lances et de sagaies au-dessus des têtes des cavaliers. Elles balayaient la plage d’une eau bleu acier aux pointes diamantées. Elles allaient et venaient avec l’énergie, la musculature d’un engin qui déferle de vigueur encore et encore. Le soleil tombait sur les champs de blé et les forêts, les rivières devenaient des multitudes de tresses bleutées, les pelouses qui descendaient vers le bord de l’eau, devenaient vertes comme des plumes d’oiseaux ébouriffant doucement leur panache. Les collines, arrondies et enserrées, semblaient reliées à l’arrière par des lanières, tel un membre attaché par des muscles ; et les forêts qui se dressaient fièrement sur leurs flancs étaient comme une crinière coupée ras au cou d’un cheval.

Dans le jardin,où les arbres se dressaient, touffus au-dessus des plate-bandes, des étangs, et des serres, les oiseaux chantaient sous la chaleur du soleil, chacun pour soi. L’un chantait sous la fenêtre de la chambre ; un autre sur la plus haute brindille du lilas ; un autre sur le rebord du mur. Chacun chantait avec véhémence, avec passion pour que le chant jaillisse jaillir hors d’eux, et peu importait qu’il se brise sur le chant d’un autre oiseau en une âpre dissonance. Leurs yeux ronds se gonflaient d’éclat ; leurs griffes s’agrippaient aux rameaux ou aux barreaux. Ils chantaient, à découvert sans abri, face à l’air et au soleil, magnifiques dans leur plumage neuf, veiné comme un coquillage ou émaillé de lumière, barré ici d’un bleu doux, là éclaboussé d’or, ou rayé d’une plume brillante. Ils chantaient comme si leur chant leur était arraché sous la pression du matin.


vendredi 3 mars 2023

Chemins de traverse

Pour me rappeler à vous et partager des moments de tendresse, quelques mots écrits hier soir, de ma fenêtre. Il me faut reprendre l’écriture, lentement, laborieusement, laisser remonter les images, les impressions fugitives comme ces bourgeons qui « savent » le printemps bien avant que nous nous en apercevions. Désolée pour cette longue absence, l’hiver de la saison et de l’âge m’avaient « gelée », recroquevillée, je ne savais plus que lire vos mots pour m’y réchauffer.

« Une belle lumière du soir, non plus une lumière d’hiver,

celle-ci est plus bleue, plus vibrante que les violets, orangés d’un coucher de soleil hivernal

dont on sent la dureté annonciatrice de la morsure de la nuit.

Aucun souffle d’air, une lumière douce, difficile à définir.

Ici, derrière la fenêtre de chambre ouverte,

(rue J d’Arc, c’était au-dessus du cerisier que j’écrivais mais toujours collée à une fenêtre, sur ma gauche), je ne ressens pas du tout de froid, les t° glaciales le matin se sont beaucoup radouci en journée.

Le long du Roubion, pâquerettes, primevères, bourgeons des arbres ... tout sort timidement, rien n’explose encore mais sort à peine la tête pour se protéger des nuits froides, pas folles les plantes.

Je viens de m’accouder à la fenêtre pour tenter de découvrir les mots et écrire cette lumière.

Rien à faire, « j’entends » les oiseaux pépier, je perçois comme une sorte de « rumeur », des ondulations au-dessus des cheminées, pas de la fumée, de la chaleur qui irradie, mais rien sur la lumière.

Ou peut-être si : transparente,

oui, ciel blanc traversé d’une lumière transparente comme de l’eau claire qu’on peut entendre dans le silence.

Le soleil doit être sur l’horizon, là-bas, derrière la ligne du vieux village, au-delà des collines, mais sans rougeoyer.

C’est tendre, paisible et fait du bien ».

 

 


 PS : la photo est aussi pauvre que mes mots, tout est beaucoup plus bleu et lumineux, plus beau quoi !


mardi 21 février 2023

APRèS (VII)

     La terre flasque
     flétrie
     battements torturés
     danse sépulcrale
     aux mouvements perclus
     les racines enchevêtrées
     vestes opaques des corps
     dénudés
     humidité putride
     relents de décomposition
     de griffures en blessures
     les vers de mort
     abandonnés
     festin somptuaire
     noirceur de nuit éternelle
     moiteur palpable de la peur
     sur la chair délaissée
     lumière
     seuls les feux follets
     une larme
     sur un sein fané
     goutte de l'au-delà.


    klasma  écrit en regard de l'interlude N° 3 (partie 3) de "LES VAGUES". Virginia Woolf;

dimanche 19 février 2023

à la dérive

à la dérive

dans un monde sourd et sombre

tenter de crever le magma de boursouflures

où décantent la mixture du quotidien

et la purulence du corps dissous du jour

se déposent alors ébahis des débris de mots

cherchant à faire ressortir quelques rais

d’une lumière vive ou délavée

dessinant des lignes droites ou

des arabesques au travers de l’impossible

 

Klasma écrit en écho aux deux derniers paragraphes de l'interlude 3 des Vagues de Virginia Woolf dont voici ma traduction:

Jetant maintenant un coup d’œil d’un côté, de l’autre, ils regardaient plus intensément , sous les fleurs, vers les avenues sombres d’un monde non éclairé où les feuilles pourrissent et les fleurs sont tombées. Et l’un d’eux, s’élançant à merveille comme une flèche, se posant avec exactitude, embrochait le corps flasque, monstrueux d’un ver sans défense, le piquant à plusieurs reprises, et le laissant se putréfier . Là-bas au milieu des racines où les fleurs pourrissaient, des bouffées de puanteur cadavérique s’exhalaient ; des gouttes se formaient sur les flancs bouffis des choses gonflées. La peau des fruits pourris se déchirait, et de la matière suintait trop épaisse pour couler. Des excrétions jaunes exsudaient des limaces, et de temps en temps un corps informe avec une tête à chaque extrémité oscillait lentement d’un côté à l’autre. Les oiseaux aux yeux d’or en s’élançant entre les feuilles observaient cette purulence, cette humidité, d’un air perplexe. De temps à autre ils plongeaient la pointe de leurs becs sauvagement dans cette mixture poisseuse.

À présent, le soleil levant entrant par la fenêtre, atteignant le liseré rouge du rideau, commença à faire ressortir des cercles et des lignes. Là dans la lumière croissante la blancheur s’étendait sur les assiettes ; l’étincellement se condensait sur la lame du couteau. Fauteuils et placards se dessinaient derrière et bien qu’ils soient séparés ils semblaient inextricablement emmêlés. Le miroir blanchissait le mur d’une flaque La fleur naturelle sur le rebord de la fenêtre était accompagnée d’un fantôme de fleur. Pourtant le fantôme faisait partie de la fleur, car lorsqu’un bourgeon se libéra la pâle fleur dans la glace ouvrit aussi un bourgeon.

Le vent se leva. Les vagues tambourinaient sur le rivage, comme des guerriers enturbannés, comme des hommes enturbannés qui levant leurs sagaies empoisonnées les faisaient tournoyer au-dessus d’eux, avançaient sur le troupeau en train de paître, les moutons blancs.




 

dimanche 12 février 2023

Interlude 3.2 p.63 The wind rose

The wind rose

Le vent de Damas le vent des roses levant le poing pour dire la rage

les effluves pailletées de sable

le désert porté par le vent

je vois des roses

les pétales s'envolent poussière

l'air embaume le linceul la momie du fantôme

la fleur à sa fenêtre penche la tête

le vent claque le bouton de porte éclot

the wind rose

le rideau s'agite ondule la flaque de lumière se ride

et mon ami la rose des sables et mon ami le vent

tout tremble autour de moi et la terre s'ouvre sous mes pas

Rosam Video

+*+*+*+*+*+*+*+*+*+*+*

à partir de la phrase "THE wind rose"


ma traduction 

à présent, jetant des regards ici et là, ils scrutaient sous les fleurs, au-dessous des avenues sombres à l'intérieur du monde non éclairé là où les pourritures de feuilles et de fleurs se déposent. Puis l'un d'eux s'élançait gaiement, se précipitait gracieusement, piquait avec précision le corps doux et monstrueux d'un ver de terre sans défense, le picorant encore et encore puis l'abandonnait au pourrissement. Là-dessous parmi les racines où les fleurs se putréfiaient on percevait des effluves de choses mortes, des gouttes formées sur les bords gonflés des formes boursouflées. La peau des fruits pourris éclatait et des matières suintaient trop épaisses pour couler. Les limaces exsudaient des excrétions jaunes et ça et là un corps amorphe avec une tête à chaque extrémité se balançait doucement à chaque bout. Les oiseaux aux yeux dorés qui dardaient leur regard au travers des feuilles observaient cette purulence, cette humidité, d'un air interrogateur. De temps en temps ils plongeaient le bout de leur bec sauvagement dans cette mixture collante.

Dès lors le soleil levant parvint à la hauteur de la fenêtre, touchant le rideau aux ganses rouge, mettant lentement en évidence des cercles et des lignes. Maintenant, dans la lumière qui progressait sa blancheur s'installa dans l'assiette, se condensa sur la brillance de la lame. Les chaises et les buffets se profilaient de telle façon que bien qu'étant séparés, ils paraissaient inextricablement mêlés. Le miroir affichait sa flaque de lumière blanche sur le mur. La fleur vivante sur le rebord de la fenêtre était accompagnée par le fantôme d'une fleur.

Et comme le fantôme était partie intégrante de la fleur, lorsqu'un bouton éclosait, la fleur plus pâle faisait aussi éclore un bouton dans le miroir.

Le vent se leva. Les vagues roulèrent sur la grève avec un bruit de tambour, comme des guerriers enturbannés, comme des hommes en turbans avec des sagaies empoisonnées et qui faisaient tournoyer leurs armes dans l'air, chevauchant les troupeaux de moutons blancs. 

Ma lecture du matin (L'été où tout a fondu : Tiffany McDaniel) (Extrait du passage des roses sur les bleus)

"Parfois je regarde ces bleus et je vois des pétales. et je ne suis plus triste.Comment pourrais-je l'être ? puisque ma mère n'a fait que me donner des fleurs.

[...]

Pendant tout ce temps Sal avait contemplé ses bleus en silence, comme un garçon trop consterné pour être capable de dire quelque chose qui soit à la hauteur. 

[...]

Je pourrais transformer tes bleus en de vraies roses.

Il est allé à la table du patio prendre la paire de ciseaux et le rouleur de ruban adhésif laissés là par Dresden quand elle avait fait son maquillage en papier coloré. Jetant un coup d'oeil autour de lui il s'est dirigé vers le buisson de roses d'une couleur lavande telle qu'on pouvait dire qu'elles étaient bleues.

samedi 11 février 2023

Klasma du temps qui passe/ semaine 5/ jour 5

 

 

21 octobre à 11h34 : où sont les couleurs ? ( Marc Jajah sur son site)

dans l’usure et la fatigue — des traces craquelées — résistent malgré — des filoches d’un bleu délavé — des brins rougis d’une autre vie — des brins auburn de l’absence — presque là — à la rupture du temps — un peu à l’abandon — ou en perdition — et soudain le sourire d’un enfant — et le soleil revient — (13h12)

vendredi 10 février 2023

OISEAU (vI)

     Leurré par l'écume
bulles mouvements
sur le rivage
éclaireur du matin calme
manteau lissé de la nuit
voilier
à l'affût du courant
les ailes impatientes
coquillages fleuris
tel un refus du ciel
sombre
une pierre rougeoyante
les griffes dessinant
sur le sable
une suggestion du demain
le bec offrant
des trilles bleues
chant d'amour à la vague
en attente
une langue du soir
offrande
corps plumes de soie
blotti au large de l'écume.


vendredi 3 février 2023

Interlude 3.3 p.63 Dans le sombre Tunnel d'ombre pourpre

 Dans le sombre Tunnel d'ombre pourpre

le sang palpite et les Tissus s'englanTent

un coeur baT quelque parT sTrié de peines intermiTTenTes

l'oeil jaune scruTe cet organe enchanTé

lumière au bout du Tunnel ?

pour l'heure elle esT dedans

TouT le specTre des rouge

des senTiments cramoisis

une usure raisonnable

la morT sournoise encore dans l'anTichambre

plaies bosses

méTasTases oubliées au fond d'un placard

TouT l'arsenal

les caviTés creusées à même les parois

des mammouThs de chair des pendeloques de Tendresse

les moTs

-percuTent puis sédimenTent

donT on ausculTera les cendres :

des je T'aime et des Toi non plus


Fragment 3 des Vagues. 

Ma traduction

Dans le jardin les oiseaux qui avaient chanté de façon intermittente et saccadée au creux de cet arbre de ce buisson, faisaient maintenant entendre leur choeur, strident et aigu ;  tantôt ensemble, comme conscients de la présence de leurs compagnons tantôt solitaires, à l'intention du bleu pâle du ciel . Ils s'enfuirent/ s'enfuyaient tous dans un même envol, quand le chat noir vint /venait visiter les buissons, quand le cuisinier(la cuisinière) lança/lançait des cendres sur le tas d'escarbilles et les fit /les faisait décamper. On sentait la peur dans leur chant, et l'appréhension de la douleur, et la joie à saisir dans l'instant. Ils chantaient également pleins d'élan dans l'air lumineux du printemps, en passant au-dessus de l'orme, pépiant ensemble alors qu'ils se pourchassaient, s'échappaient, se poursuivaient se donnaient des coups de bec alors qu'ils tournoyaient haut dans le ciel. Puis, lassés de se poursuivre et de voler, ils descendaient en douceur, s'inclinaient délicatement vers le sol, atterrissant et se posant sur un arbre, un mur, avec leurs yeux brillants scrutant, et leur tête se tournant d'un côté puis de l'autre ; à l'affût, en éveil ; intensément conscient d'une chose, d'un objet en particulier.

Ce pouvait être une coquille d'escargot, se dressant dans l'herbe comme une cathédrale grise, un grand bâtiment incendié avec des anneaux sombres dans l'ombre vert foncé de l'herbe. Ou peut-être voyaient-ils la splendeur des fleurs qui répandait une lumière flottante violette fluide sur les parterres traçant de sombres tunnels d'ombres pourpres mauves entre les tiges. Ou bien fixaient-ils leur regard sur les petites feuilles de pommier brillantes, qui dansaient bien que toujours attachées à la branche, éclaboussant pétillant étincelant à travers les boutons de fleurs roses ; ou bien voyaient-ils une goutte de pluie suspendue sur la haie mais ne tombant pas, contenant l'image inversée de la maison entière et des ormes imposants comme des tours ; ou regardant droit vers le soleil, leurs yeux devenaient des perles dorées.


jeudi 2 février 2023

à l'endroit

 


à l’endroit ou à l’envers

en surplomb d’un buisson de hasard

au sauvage désir d’eau

une goutte de lumière telle une hypothèse

telle une question enserrée dans une bulle

emmure quelque chose d’un peu noir

un bout de monde aux reflets de revenants

agitant leurs tristes lambeaux de chair

déformant le miroir d’espérances

mais l’on se tiendra sur le bord

 

klasma correspondant à la deuxième partie du troisième interlude des Vagues de Virginia Woolf dont voici une ébauche malhabile de traduction:

Dans le jardin, les oiseaux qui, à l’aurore, avaient chanté de manière hésitante et épisodique sur tel arbre, tel buisson, désormais chantaient en chœur, avec des sons stridents et aigus ; ensemble, comme conscients d’être en compagnie, ou seuls face au ciel bleu pâle. Ils s’écartaient, tous en un seul vol, lorsque le chat noir sortait du buisson, ou lorsque le cuisinier jetait des braises sur le tas de cendres et les faisait sursauter. Il y avait de la crainte dans leur chant, l’appréhension d’une souffrance, et le plaisir d’un envol rapide à cet instant .Ils chantaient avec rivalité dans l’air clair du matin, s’écartant de l’orme, chantaient ensemble tout en se poursuivant les uns les autres, s’enfuyant, se pourchassant, se donnant des coups de bec alors qu’ils tournoyaient dans les airs. Puis fatigués de cette poursuite et de ce vol, plaisamment ils redescendaient, déclinant délicatement, en se déroulant et se posaient en silence sur l’arbre, sur le mur, les yeux brillant en coin, leur tête tournant d’un côté et de l’autre, à l’affût et vifs, intensément conscient d’une seule chose, d’un objet en particulier.

Peut-être était-ce la coquille d’un escargot, grimpant sur la pelouse telle une cathédrale grise, un édifice gonflé avec des cercles noirs et des ombres vertes dues à l’herbe. Ou peut-être voyaient-ils la splendeur des fleurs faisant une lumière d’un pourpre fluide sur les lits, au travers desquels des tunnels noirs aux teintes pourpres étaient conduits entre les tiges. Ou bien fixaient-ils leur regard sur les petites feuilles brillantes du pommier, dansant toutefois avec retenue, effervescence rigide parmi les bourgeons à la pointe rose. Ou regardaient-ils la goutte d’eau sur la haie, en surplomb mais ne tombant pas, avec une maison entière recroquevillée en elle, et des ormes gigantesques ; ou regardant droit vers le soleil, leurs yeux devenaient des perles d’or.