mardi 28 novembre 2017

#3, Les noms qui cheminent,

     Le nom de La Chaise-Dieu s'impose au début du voyage, sévère, sans fioritures. La Casa Déi, stricte, toute en lignes carrées, imposante comme son abbaye qui domine le paysage. Son granite gris, épais  et mystérieux enserre les âmes, prisonnières derrière les barreaux rouillés d'une quelconque maison-forte en ligne directe avec l'au-delà. Sa sonorité sèche et rugueuse laisse peu de place à la fantaisie lyrique des trompettes de la renommée qui pourtant rayonne bien au-delà du canton voire de l'hexagone. Saint Robert peut dormir tranquille, il a de beaux jours devant lui.
     Il vaut bien mieux se perdre dans les routes qui s'échappent  pour goûter à une nature qu'elle n'a pas réussi à endiguer. Partir par l'étang du Breuil, l'antichambre de la départementale 20 toute en lacis entre les prés batifolant du vert au bleu, du blanc au jaune, mariant les marguerites et les bleuets, les coucous et les boutons d'or, les épilaubes et les grandes digitales au fil des heures et des saisons.  Etroite, elle erre en somnambule entre des murets de pierre posés là en désordre les nuits de pleine lune.
     Des clôtures de guingois, quelques bêtes laissées dehors le temps d'un été, des herbes hautes mal fanées, encore une forêt sombre, puissante, un coude, un hameau sorti d'une pochette surprise "Petit Bénaud" et la pancarte improbable d'un lieu-dit "Maisonseule". Est-ce l'unique maison qui lui a donné son nom ou le lieu qui a incité à une seule construction?
La maison en hauteur de la départementale émerge des grands arbres. Ses larges baies vitrées mangent le soleil. Elle semble dormir bien campée sur ses murs faits pour résister aux vents quelquefois bien présents sur cette pente qui résiste tant bien que mal aux machines des forestiers. "Maisonseule", un nom tout en silences ébréchés, les envols des oiseaux à l'automne, le criaillement des corbeaux, le froufroutement des écureuils ou des fouines, un paradis perdu.
     La route continue de descendre, incise les verts et les marron, surplombe un cimetière inoffensif, une pancarte blanche et enfin un nom tout en rondeur "Bonneval"; bon vallon, bonne vallée, accueillant, tassé autour de sa chapelle, sa mairie, de son auberge "La Dorette" du nom de la petite rivière qui coule en contrebas, et de sa maison d'hôtes "Chez Valentin". Un hameau de carte postale où le temps semble s'être arrêté. Une carte postale où j'ai griffonné mon nom quelque part pour ne rien oublier.

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