dimanche 12 novembre 2017

Sans les noms #1

Je vous écris sans les noms et sans la carte. à quelques milliers de kilomètres au Nord de partout. Certains paysages ressemblent à ceux de mon carré là-bas, ou bien je me l'imagine car l'exotisme a ses limites que la nostalgie n'ignore pas. 
Je vous écris arc-boutée sur mon carnet rouge dans le ciel, avec ces nuages qui se délitent en tempête et ne survolent que du néant liquide.
Je vous écris de mes souvenirs d'un lieu qui m'a vu naître mais pas grandir, que j'ai voulu renier croyant en avoir honte. Mais le lieu de votre naissance vous emporte avec lui et laisse autant de traces en vous que vous en laissez sans doute sur lui et vous enferme tout autant qu'il vous propulse.
Je vous écris sans les noms mais en pensant à un autre atelier "Mon lieu de naissance".
Je vous écris allongée sur les nuages de mon inconscient qui dit que le père est celui qui vous élève, pas celui qui vous conçoit.Je vous écris sans savoir jusqu'à quel point c'est juste, en butant les mots sur les mots et tous leurs sens.
Je vous écris, autiste, ramassée en moi-même, avec en fond sonore une voix qui parle anglais, qui dit des mots en glaise, de ceux dont on fait les cartes, les courbes de niveaux, les couleurs des reliefs, les échelles de mesure.
Je vous écris pour vous dire, sans les noms, tout ce que la carte ne dit pas, tout ce qu'elle dit et que je ne sais pas lire.
Je vous écris depuis les sensations cachées dans les plis de la carte, les noms des monticules et les noms des dépressions, le tracé de ma route originelle, les noms de la terre mère au nom du père, qui lorsqu'on gratte un peu, vous désignent sous la fine pellicule, les noms qui évoquent des landes et des morts, d'anciens maures, aussi peut-être.
Je vous écris si loin de mon carré dont la densité de population est à peu près la même que celle où je me trouve, en comptant les vaches et quelques poissons.
Je vous éCRIs Aline, pour qu'elle revienne, et je suis revenue, sans crier gare, sur les lieux du crime.

2 commentaires:

  1. Tu es donc revenue, bienvenue, avec ton doux texte automnal de landes et de nuages

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  2. Tu écris sans nom mais tu me laisses sans voix. Sensations à fleur de crayon, à fleur de mots, a fleur de peau.

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